Hors-jeu - Que faire?

Avec tout ça, le match des Étoiles du baseball majeur est passé comme si de rien n'était — d'ailleurs, de rien n'est, puisque personne ne l'a regardé. Si, si, personne, faites un petit vox pop autour de vous, vous verrez. Or vous souvient-il que, il y a de cela pas assez longtemps pour qu'on ne s'en rappelle plus, les autorités de Majeure Ligue Baseball avaient promis juré craché qu'une décision relative à l'avenir de nos Expos serait rendue au plus tard au match des Étoiles 2004?

Bon, évidemment, elles avaient aussi dit ça en 2003, en 2002, en 2001, en 2000, en 1999, en 1998 et ainsi de suite jusqu'à la disparition mystérieuse de l'Atlantide quand on comptait encore les années à l'envers. Mais il ne faut pas vivre dans le passé, c'est très malsain même si ça rajeunit. Il faut plutôt préparer l'avenir. C'est ce que dit une pub à la télé, je ne me souviens malencontreusement pas de qui, mais peu importe: préparer l'avenir. (Ça doit être un service financier. Les services financiers sont très portés vers l'avenir. Comme ça, si votre argent fait du sur-place, ils peuvent vous dire d'attendre.) À ce sujet, j'apprécierais que vous me télécopiiez une notice explicative si vous connaissez quelque chose que l'on puisse préparer et qui ne soit pas l'avenir, ou du moins situé dans icelui. Merci d'avance et soyez prudents pour le retour à la maison.

Donc, oui, le match des Étoiles est passé, et nos Expos sont toujours dans un brouillard dont l'opacité n'est pas sans rappeler le jus de tomates Heinz qu'on peut faire tenir un pied de céleri droit dedans. Bob DuPuy, le principal adjoint de notre ami le commissionnaire Bud Selig, a déclaré avant-avant-hier qu'une décision interviendrait à coup sûr avant la fin de la présente saison. Bien oui bien oui bien oui.

Si vous voulez mon avis si humble qu'il passe ses journées à fixer le bout de ses souliers et émet un murmure inintelligible lorsqu'on lui demande son nom, vous et moi mourrons à 112 ans de nous être couchés un peu trop tard les veilles de jours ouvrables, et les grands penseurs de l'avenir seront encore en train de se demander que diable faire de nos Expos.

Comme roman-feuilleton, c'est presque aussi bon que Les Feux de l'amour. Même si vous manquez trois ans d'épisodes, vous pouvez retrouver le fil comme si vous ne l'aviez jamais quitté. Comme un vieil ami, en quelque sorte.

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Marion Jones. Tim Montgomery. Michelle Collins. Chryste Gaines. Presque tous les athlètes américains soupçonnés ou accusés d'usage de maudite drogue sale de tricheurs dans le cadre de l'enquête BALCO ont échoué lors des qualifications en vue des Jeux d'Athènes, le week-end dernier en Californie. (En vérité, Collins, une spécialiste du 400 m, ne s'est pas présentée à la rencontre, prétextant une blessure dans la région du Texas.)

Cette situation, strictement due au hasard selon mes sources scaphandrières dissimulées dans l'étang du 3000 m steeple, épargne évidemment aux dirigeants de la fédération US d'athlétisme la perspective d'envoyer en Grèce des symboles chimiques sous haute surveillance et suscitant partout la moue du doute.

Car il faut dire que, de tous les autres participants que nous pourrons admirer du 13 au 29 août, aucun n'a jamais approché une substance illicite à moins d'un kilomètre et demi.

Par ailleurs, on notera que Jones et Montgomery, compagnons de vie dans la vie hors des pistes au point d'être parents d'un même enfant — et qui ont tous deux été associés à Charlie Francis, l'ancien entraîneur de Ben Johnson, et à Trevor Graham, lui aussi observé de travers dans le dossier BALCO —, ont attribué leur piètre rendement aux médias. Les journalistes sont constamment sur notre dos, a dit Montgomery, et allez donc courir un 100 mètres en transportant à bras tout ce que l'Amérique a créé de presse libre, j'aimerais bien vous y voir non mais.

Il me fait d'ailleurs plaisir de souligner au passage que, au palmarès «c'est la faute à», les journalistes occupent depuis maintenant mille ans l'une des dix positions de tête, les neuf autres étant: le gouvernement, les grosses compagnies, les syndicats, la télévision, l'argent, le système, les Américains, les hommes et les femmes.

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Si vous étiez des nôtres la semaine dernière, vous avez pu constater que la victoire de la Grèce à l'Euro 2004 était parfaitement prévisible à la condition d'appliquer une numérologie santé. On vous a du même coup mis l'eau au moulin en annonçant une démonstration de l'architecture de la pyramide de Khéops par le service d'Andy Roddick. Ne me remerciez pas, c'est Mathématthieu qui s'est tapé tout le travail.

Donc, lors du récent tournoi de Queen's, Roddick a battu son propre record en expédiant une balle de service à 246,2 km/h. Et, nous écrit Math, «un terrain de tennis réglementaire mesure exactement 23,77 mètres de profondeur. C'est donc dire que la balle de Roddick, qui voyage à 68,39 m/s, aurait traversé le court en 0,348 seconde. Or vous n'ignorez certainement pas que le nombre de décès qui ont affligé notre pauvre humanité en 2002 a été de l'ordre de 54 997 000. [Nota: M. fournit scrupuleusement toutes ses sources, et elles sont plus que fiables. Je vous fais grâce de leur nomenclature parce que vous n'iriez pas les consulter de toute façon.] Cela faisait donc en moyenne 1,744 décès à la seconde en 2002, soit 1,776 en 2004 puisque la population mondiale a crû de 1,8 % depuis.

«Donc, pendant que la balle d'Andy Roddick traversait le court, il y a eu une espérance mathématique de 0,618 décès sur la planète (0,348 seconde multiplié par 1,776 décès). Et vous avez sûrement reconnu que 0,618 est l'inverse du nombre d'or.» Et le nombre d'or, il va sans le dire alors imaginez en le disant, est le rapport entre la hauteur de la pyramide de Khéops et sa demi-base, un nombre sui generis qui évoque la proportionnalité parfaite et qui fascine les mathématiciens et fait délirer les zozotériques depuis si longtemps qu'à l'époque où ç'a commencé, l'Atlantide était encore une destination vacances prisée des amateurs des Feux de l'amour.

Ce n'est pas à la nouvelle émission de CKAC, Le Coin à Ron (ils ont organisé un lac à l'épaule pour arriver à cette appellation révolutionnaire), que vous entendrez des révélations pareilles.

jdion@ledevoir.com
1 commentaire
  • Louis Reeves-Morache - Abonné 15 juillet 2004 07 h 58

    Une demande formulée à Mathématthieu

    Je me permets d'insister avec tout le poids de ma pression morale pour réitérer ma demande d'un traitement de la question du 12 x 12 = 144.

    Puisque vous êtes débordé par le cycle et que Mathématthieu accepte de formuler à l'oeil, me semble que....


    A moins que, pressé libre, vous ne craigniez d'être taraudé par les témoins de l'autobus 144 qui débarque son monde aux frontières du Plateau.


    Je vous laisse tout degré de latitude sur la forme.
    Côté longitude, cela ferait plaisir de savoir où est le 144ème degré.


    Mise en garde: les services secrets des grandes démocraties ignorent toujours l'existence du réseau des duodécimaliens. Alors, je compte sur votre discrétion.

    Salutations.