Les vaches maigres

Une pandémie est peut-être le moment le plus difficile pour les partis politiques. Par définition, un parti est une réunion de gens qui partagent les mêmes idées et les mêmes objectifs. Dès lors que les rassemblements sont interdits, le cordon ombilical qui les unit est coupé. C’est encore plus difficile pour les partis d’opposition, qui ont davantage besoin de visibilité.

En fin de semaine dernière, le Parti québécois et Québec solidaire ont tenu des conseils nationaux virtuels. La couverture médiatique était inévitablement réduite, mais il faut bien entretenir la flamme et surtout préparer l’avenir. Le temps des vaches maigres finira bien un jour. À moins de deux ans de la prochaine élection générale, alors que le gouvernement continuera à monopoliser l’attention pendant de longs mois encore, cela risque toutefois de durer encore un bon moment.

Samedi, le nouveau chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a annoncé l’ouverture d’un « nouveau cycle » devant mener à l’indépendance et réitéré qu’un gouvernement péquiste tiendrait un référendum dans un premier mandat. En conférence de presse, il a affirmé que cela n’avait « absolument rien de farfelu ». Alors que chacun attend avec anxiété le prochain bilan de la pandémie en se demandant s’il sera possible de fêter Noël, plusieurs ont dû penser que le PQ vivait sur une autre planète.

Le ministre des Finances a beau assurer que le retour à l’équilibre budgétaire ne touchera pas les services, tout le monde sait bien qu’il faudra tenir les cordons de la bourse serrés pendant plusieurs années. Dans les circonstances, entendre qu’un gouvernement péquiste n’hésitera pas à utiliser les fonds publics pour faire la promotion de l’indépendance peut également laisser perplexe.

  

L’idée d’un « impôt de la pandémie » qui viserait les entreprises qui ont profité de la crise n’est pas nouvelle. QS en avait déjà fait la proposition au printemps dernier, alors que les Walmart, Métro et autres Dollarama, sans parler des géants du Web, avaient profité abondamment de la fermeture des petits commerces. QS voudrait augmenter l’impôt sur les entreprises de 11,6 % à 17,4 % tout en prévoyant une exemption sur les premiers 500 000 $ de revenus afin de protéger les PME.

Il ne s’agit pas d’une lubie entretenue par la gauche québécoise. Un sondage effectué par la firme Abacus Data, basée à Ottawa, indique que 68 % des Canadiens, d’un océan à l’autre, seraient d’accord pour doubler la taxation sur les profits réalisés par les entreprises pendant la pandémie, par rapport à ceux qu’elles généraient avant. C’est même au Québec que l’appui à une telle mesure est le plus faible (64 %).

« Avec la préoccupation qui existait déjà concernant le fossé entre les riches et les autres, il existe une marge de manœuvre pour les politiciens qui cherchent des options permettant de lever des fonds et qui semblent équitables dans les circonstances », a expliqué le président et analyste d’Abacus Data, Bruce Anderson.

Si le PQ tente de récupérer les électeurs souverainistes qui l’ont déserté au cours des dernières années, QS cherche plutôt à éviter d’être refoulé dans ses circonscriptions de l’île de Montréal. Aux yeux de plusieurs, sa percée en région à l’élection d’octobre était un simple accident de parcours. La députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, a fait valoir qu’en affirmant sa préoccupation pour les petites entreprises, QS pourrait élargir sa base électorale, mais son image d’anticapitalisme primaire demeure fortement ancrée dans les esprits.

  

On retiendra de la fin de semaine les élucubrations démentes du directeur général de l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne de l’Université Concordia, Kyle Matthews, qui a comparé sur Twitter M. St-Pierre Plamondon à l’ancien chef des Khmers rouges, Pol Pot, responsable d’un effroyable génocide au Cambodge dans les années 1970. Cette énormité constitue une injure non seulement pour le chef du PQ, mais pour tous les Québécois, peu importe leur allégeance politique.

En 1993, un conseiller financier montréalais, Richard Lafferty, avait accusé Jacques Parizeau et Lucien Bouchard de pratiquer « une forme classique de démagogie qui n’est pas différente de celle d’Hitler ». Les deux chefs souverainistes avaient poursuivi M. Lafferty pour diffamation. Dans un premier jugement, en 2001, la Cour supérieure l’avait condamné à leur verser des réparations de 40 000 $. En 2003, la Cour d’appel avait non seulement maintenu cette décision, mais elle avait même triplé la somme. M. Lafferty est décédé quatre jours plus tard.

M. Matthews a retiré son gazouillis lundi après-midi, expliquant qu’il n’avait pas eu l’intention d’offenser M. St-Pierre Plamondon. Ah bon ? Alors, que cherchait-il à faire exactement ?

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31 commentaires
  • Lawrence Desrosiers - Abonné 24 novembre 2020 00 h 12

    Le monde universitaire n'est pas à l'abri des imbécile

    Il serait de mise que l'université Concordia se penchera sur les courriels de ce «grand» directeur de recherches. Si non plusieurs personnes penserons que Concordia approuve l'opinion de cet anti-francophone

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 novembre 2020 10 h 49

      On dirait que les anglophones vivent sur une autre planète, dans leur tour d'ivoire, complètement détachée de la réalité.
      Oui il est grand temps de taxer les riches et les grandes entreprises qui bénéficient de la largesse de l'état en matière de subventions,
      de crédits d'impôt et d'échappatoires fiscales, sans qu'elles paient, pour autant, leur juste part d'impôts.
      Tandis que le travailleur ordinaire ne gagne que $12 l'heure, le PDG profite d'une rémunération exagérée de 2 millions de dollars par année. Il faut absolument réparer cet écart scandaleux.

    • Christian Roy - Abonné 24 novembre 2020 12 h 21

      Le monde universitaire est au prise avec un problème de liberté d'expression ! C'est devenu chronique ?

  • Roger Gobeil - Inscrit 24 novembre 2020 02 h 08

    On verra !

    Quand QS et le PQ seront portés au pouvoir, on verra alors ce qu'il faut faire de leurs propositions de la fin de semaine. Quant à Matthews, il doit être poursuivi en justice pour diffamation. Y'a quand même des limites à se faire cracher dessus.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 25 novembre 2020 09 h 42

      "Y'a quand même des limites à se faire cracher dessus." Il faut croire que non. Matthews et ses acolytes nourris par la rage et la frustration l'ont bien compris. C'est que...voyez-vous, nous sommes d'une infinie tolérance et avons le dos très large...mais viendra un temps où l'élastique cèdera et ces enragés n'auront plus le choix. Ils devront respecter nos droits...

  • Claude Bariteau - Abonné 24 novembre 2020 08 h 00

    Devant le projet du PQ, la Presse canadienne, voyant un référendum à l'horizon, a qualifié ce parti de pressé. Quant à vous, vous le dites sur une autre planète sans écho à l'appui à la hauteur de 40% en faveur de l'indépendance, le même reçu sous Parizeau en 1994.

    Puis, comme le nouveau chef a annoncé qu'il entend faire la promotion de l'indépendance en recourant aux fonds de l'État québécois, vous écrivez que ce choix pourrait laisser perplexe, laissant entendre qu’un gouvernement du PQ ne devrait pas gouverner pour réaliser son mandat.

    Je m’attendais à mieux. Il était opportun de questionner le retour d’une démarche référendaire dans le cadre de la loi de clarification qui soumet à l’approbation du Canada la question, le pourcentage de participation, le pourcentage d’appuis et les suites définies dans cette loi.

    Il y avait aussi place pour signaler que les gouvernements fédéralistes du Québec (PLQ et CAQ) utilisent les fonds québécois pour promouvoir leurs politiques pro-canadiennes et de souligner que les gouvernements canadiens (PLC et PC) utilisent les fonds publics canadiens pour empêcher que le mouvement indépendantiste s’irradie et crée démocratiquement l’État indépendant du Québec.

    S’agissant de l’approche économique de QS visant à nationaliser des pans de l’économie et à taxer d’avantage les entreprises et les plus riches, il était approprié de souligner les alignements en cours dans plusieurs pays pour taxer les GAFA et de citer les options de M. Anderson. Par contre, il l’était tout autant de montrer que l’approche de QS va beaucoup plus loin parce qu’elle vise à instituer un nouvel ordre économique et non à réformer l’ordre actuel.

    Sous cet angle, s’imposait aussi de faire le bilan des nationalisations au Québec à une période qui les favorisait et de signaler, parmi les options de M. Anderson, celles appropriées au Québec au sein du Canada ou pays indépendant.

    Ce sont là des points que Le Devoir devrait relever.

    • Michel Héroux - Abonné 24 novembre 2020 09 h 52

      Claude, vous écrivez : « sans écho à l'appui à la hauteur de 40% en faveur de l'indépendance, le même reçu sous Parizeau en 1994. » Bien.Oubliez-vous les 26 ans qui se sont écoulés depuis ? Croyez-vous que les convictions politiques des gens n'ont aucunement évolué ou changé durant ces deux décennies et demie ? Oui, les appuis à l'indépendance avoisinaient les 40 % en 1994. Nous sommes en 2020, et le PQ a sans cesse reculé dans les votes exprimés depuis cette époque. À moins de vouloir vivre danms un monde irrééel, cela doit bien vouloir dire quelque chose. J'admire l'enthousiasme de PSPP, mais les chiffres sont là, francs et... décourageants.

    • Claude Bariteau - Abonné 24 novembre 2020 12 h 44

      M. Héroux, ce sont les chiffres d'un sondage effectué à la demande du PQ. C'est mon premier point. Mon deuxième concerne la division des indépendantistes en trois partis : le PQ, QS et la CAQ. Il s'git là de la conjoncture présente. Elle révèle un appui à l'indépendance, mais aussi une dispersion de cette idées dans divers partis dans un contexte post-libéral avec un gouvernement caquiste de transition.

      Par ailleurs, votre commentaire se concentre sur le PQ et non sur l'idée d'indépendance, ce qui est très différent, mais dans le monde réel d'aujourd'hui, un monde qui implique une approche nouvelle et mobilisatrice autour du projet de créer l'État indépendant du Québec en s'inspirant des associations entre partis indépendantistes en Catalogne et de l'entente entre l'Écosse et le Royaume-Uni, qui inspirera Mme Nicola Sturgeon dans son approche qui prendra probablement la forme d'un plébiscite si le gouvernement du Royaume-Uni refuse de lui transférer les pouvoirs pour réaliser un référendum comme en 2014.

    • Réjean Martin - Abonné 24 novembre 2020 15 h 24

      Monsieur Bariteau, Ce n’est pas «l’argent et des votes ethniques» qui ont fait le plus de mal il y a 25 ans. N’oublions pas qu’à peine 65% des Québécois de langue française n’a alors voté OUI à une question qui ne demandait au peuple, en tout et pour tout, qu’un mandat de négocier avec l’engagement de revenir lui offrir de plébisciter une quelconque entente de partenariat avec le reste du Canada.

    • Claude Bariteau - Abonné 24 novembre 2020 20 h 14

      M. Martin, ne vous est-il jamais venu à l'esprit que ce 35% se défissait en «canadien-français», ce qui cadre avec un vote ethnique alors que les gens qui ont voté OUI se définissaient en majorité comme des futurs citoyens et des futures citoyennes de l'État indépendant du Québec?

      Par ailleurs, l'idée de plébisciter une « quelconque entente » faisait partie de la démarche de M. Lévesque en 1980, mais n'était pas celle de la question posée en 1995 et de l'entente entre le PQ, le BQ et l'ADQ, qui octroyait aux parlementaires de l'Assemblée nationale de trancher.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 novembre 2020 08 h 55

    On censure parfois des commentaires sérieux pendant que d'autres personnes en font leur choux gras en faisant des allusions diaboliques!

    Les rivalités franco-anglaise ne sont pas près de se terminer. En désespoir de voir le Parti Québécois brandir de nouveau l'indépendance, à partir de tout ce qui ne marche pas dans nos relations avec Ottawa, la minorité anglaise laisse faire la CAQ qui ressemble de plus en pluis au PLQ, mais n'hésite pas à injurier ceux et celles qui prônent la défense de la langue française et l'égalité entre les citoyens.
    La politesse des uns n'égale pas celle des autres comme nous l'avons vu en de nombreuses occasions. Pire, tous les moyens ont déjà été employés par le camp du non au dernier référendum. Tricher n'est pas jouer! Mais qu'importe ce qu'on dira, grossiers personnages ou non, ils feront quasiment ce qu'ils veulent car les gouvernements successifs ont été trop mous! Avec le support du gouvernement fédéral en toile de fond, ils prennent leurs désirs pour des réalités et agissent spontanément pour ensuite retirer leurs injures! Encore récemment des publications ont été faites pour Ottawa en anglais avec ensuite les regrets habituels! C'est ça justement que l'on ne veut plus entendre car ce serait mettre le Français aux oubliettes! Ils sont partout ces anti-francophones, particulièremrent à Montréal qui est leur fief principal qu'ils défendent bec et ongles dans l'éventualité d'un quelconque changement de la loi 101!
    Évidemment, il y a des francophones mous dont on regrette la collaboration, chacun étant libre de son opinion, en respectant cependant les autres sans les insulter comme se fut concernant le chef du PQ!

    • Bernard LEIFFET - Abonné 24 novembre 2020 13 h 00

      Face à cette poussée anti-francophone au Québec, avez-vous remarqué le silence de Radio-Canada qui nous bourre le crâne avec C. Auger avec ce qui se passe aux États-Unis. Les événements sont nombreux au Québec et il n'est pas normal de voir ou d'entendre tout ce qui se passe. Enfin, avez-vous remarqué que de plus en plus qu'on nous casse les pieds avec des phrases incomplètes en anglais sur n'importe quel sujet! Ce n'est pas correct, sinon impoli d'agir ainsi sur notre territoire! Monsieur Pablo Rodriguez vous devriez intervenir afin que R-C ne pollue pas nos oreilles dans une langue qui n'est pas la nôtre. Assez, c'est assez!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 25 novembre 2020 09 h 48

      Merci M. Leiffet, vous faites du bien à lire. Quant à votre opinion sur Radio-Canada, je la partage entièrement. Pollution sonore et gaspillage sont au rendez-vous...pathétique!!

  • François Beaulne - Abonné 24 novembre 2020 09 h 22

    Raisonnement à géométrie variable

    Vous nous avez habitué à mieux, Monsieur David. Je ne vois aucun lien cause-effet entre votre constatation que la pandémie rend plus difficile la vie aux partis d'opposition, et vos affirmations qui en suivent, à savoir, entre autres, que le PQ est déconnecté de remettre à lavant scène l'indépendance du Québec et qu'il utilisera les fonds publics pour promouvoir son option.

    D'une part, vous même, dans une chronique précédente, faisiez l'illustration fort convaincante d'un besoin accru pour le Québec d'augmenter ses pouvoirs pour faire respecter le Français, sans oser pousser votre réflexion jusqu'à son aboutissement logique: la pleine souveraineté. C'est donc reconnaître que de maintenir vivante cette option n'est pas si <déconnecté> que vous l'écrivez aujourd'hui.
    D'ailleurs n'était-ce le regretté Jean Lapierre qui, tout fédéraliste qu'il était (mais également fier nationaliste) disait qu'il était important pour le Québec d'entretenir cette option comme carte atout fondamental dans les négociations avec Ottawa?
    Ça pourrait s'avérer drôlement utile dans un context où Trudeau a refusé cavalièrement de donner suite aux quatre revendications du PM Legault lors des dernières élections fédérales de 2108. Vous vous en rappelez, j'espère.

    De plus, votre étonnement à l'effet que le PQ au pouvoir pourrait utiliser les fonds publics pour promouvoir son option, relève davantage de la tartufferie quand on sait comment, et à quelle cadence éhontée le gouvernement Trudeau fait flèche de tout bois pour promouvoir sa religion du multiculturalisme, et comment les libéraux de Jean Chrétien ne se sont pas gênés pour puiser, même illégalement dans les fonds fédéraux pour contrer la montée souverainiste au Québec. Le <scandale des commandites>, ça vous rappelle quelque chose?

    J'apprécie vos chroniques et votre connaissance approfondie de la réalité québécoise. C'est pourquoi un peu plus de recul dans certaines opinions que vous émettez serait de mise.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 25 novembre 2020 09 h 51

      "C'est pourquoi un peu de recul dans certaines opinions que vous émettez serait de mise." Sage réflexion.