Autopsie d'une élection

Pour comprendre pourquoi le chef néo-démocrate, Jack Layton, milite pour la représentation proportionnelle, il suffit de regarder de plus près les résultats électoraux obtenus par son parti en Colombie-Britannique, le 28 juin dernier.

La bonne nouvelle pour le NPD reste que sa part du vote populaire a monté de 15 points. La mauvaise, c'est que le parti n'a réussi à faire élire que trois députés de plus qu'en 2000, lorsque sa part du vote était descendue aux enfers, tirée par l'impopularité du gouvernement provincial néo-démocrate de Glen Clark, l'ancien premier ministre.

La déception de M. Layton est compréhensible. Le lendemain du vote, le NPD s'est retrouvé avec le peu de sièges qu'il avait gagnés en 1997 sous le leadership terne d'Alexa McDonough. Quand le Parlement reprendra ses activités en octobre, seules cinq des 36 circonscriptions de la Colombie-Britannique seront représentées par des députés du NPD.

Le problème de M. Layton est aussi en partie celui du Parti libéral du Canada. Une analyse statistique de chaque circonscription montre d'ailleurs une forte corrélation négative entre les changements des votes néo-démocrate et libéral, ce qui suggère que beaucoup de ses habitants considèrent ces deux partis comme des solutions de rechange.

En dépit du spin de leurs stratèges, les libéraux ont connu une performance moyenne en Colombie-Britannique, augmentant leur part du vote par un point seulement. Bien que certains revendiquent l'élection de trois députés de plus, le parti n'a en fait gagné qu'un siège, puisqu'un député allianciste était déjà passé du côté des libéraux en 2002, suivi par un autre, peu de temps après que Paul Martin fut devenu premier ministre, en décembre.

Le parachutage de candidats par M. Martin semble ne pas avoir été bien reçu par les habitants de la Colombie-Britannique. Un seul d'entre eux a connu une performance supérieure à la moyenne obtenue par les candidats libéraux dans la province — et il a perdu. Tous ceux identifiés comme ministrables ont vu leur part du vote diminuer par rapport à celle obtenue par les candidats en 2000. C'est le ministre de l'Environnement sortant, David Anderson, qui a connu l'un des déclins les plus importants.

Comme en 2000, les libéraux ont réussi à gruger assez fortement l'appui au NPD, particulièrement pendant la dernière semaine de la campagne. En Ontario, les sondeurs prétendent que les électeurs ont changé d'avis à la dernière minute. Ici, en Colombie-Britannique, la voix conservatrice a à peine bougé dans les sept derniers jours, comme en font foi les résultats d'un sondage publié le 21 juin par le groupe Mustel. Il est cependant évident qu'il y a eu un vote stratégique, dans la dernière semaine, pour arrêter les conservateurs. Les libéraux ont augmenté leur part du vote d'environ 2 %, un pourcentage qui est issu du NPD et, à un moindre degré, du Parti vert.

Stephen Harper devra examiner pourquoi les néo-démocrates se sont encore une fois tournés vers les libéraux, comme ils l'avaient fait en 2000. Jack Layton connaît cependant un problème beaucoup plus sérieux en Colombie-Britannique. Les verts ont augmenté leur part du vote de quatre points depuis 2000. Si 60 % de ce vote était allé au NPD, M. Layton aurait terminé avec six sièges supplémentaires, deux libéraux et quatre conservateurs.

Le NPD est maintenant confronté au même défi qui a assailli la droite désunie pendant trois élections depuis 1993. L'union de la droite a rapporté des dividendes importants aux conservateurs en juin. Avec une part du vote inférieure en Ontario, par exemple, le parti a tout de même obtenu 22 sièges de plus qu'en 2000 et s'est creusé une place dans cette province pour la prochaine élection. Cependant, l'union de partis politiques disparates n'est pas facile et, en militant pour la proportionnalité, le NPD semble plutôt être à la recherche d'un raccourci vers le succès électoral.

Ce qui ne veut pas dire que les conservateurs sont sortis de l'auberge. En Colombie-Britannique, par exemple, une corrélation négative modérée entre les votes néo-démocrate et conservateur signifie que les deux partis pêchent dans le même océan d'électeurs contestataires. En effet, avec la réapparition du NPD dans cette province, la part conservatrice du vote a chuté dans chacune des circonscriptions électorales.

Il faut tout de même constater que ce parti a gagné douze sièges par plus de 20 %, alors que les libéraux et les néo-démocrates n'en ont gagné qu'un avec cette marge (tout comme l'a fait Chuck Cadman, le député indépendant). D'autre part, les conservateurs ont eu beaucoup de chance en juin: ils ont gagné cinq circonscriptions électorales par moins de 2 %, alors que le NPD n'en a gagné qu'une par cette mince marge. J'estime que, dans les circonstances, ni l'un ni l'autre de ces partis ne chercheront à provoquer des élections hâtives.

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

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