Apprivoiser la classe virtuelle

J’ai eu la curiosité de demander aux professeurs et aux enseignants qui me suivent sur les réseaux sociaux de partager leurs astuces pour mieux enseigner en ligne. Je les remercie de leur extraordinaire générosité et m’excuse de ne pouvoir rapporter ici qu’une infime fraction de leurs idées.

Préparer l’enseignement

Jean-François Doucet (cégep) s’excuse auprès des étudiants de son intrusion dans leur maison, dit qu’il est tout à fait normal que les autres membres de la famille y soient présents, que frères, sœurs, parents, enfants ou animaux passent devant la caméra. « Ensuite, j’ai présenté ma fille et mon chat. La réaction des étudiants a été spontanée : ils se sont présentés à tour de rôle ainsi que les autres occupants de la maison : “Voici ma sœur”, “voilà mon chien.” Les autres cours se sont déroulés à caméra ouverte sans aucune crainte de dérangement, avec un parent qui passait dire bonjour à l’occasion. »

Anne-Sophie Bally (université) prépare un document de planification qui contient « tout ce qu’on va faire, ensemble ou séparément, pendant la semaine, combien de temps chaque activité dure, sur quelle plateforme elle est accessible ». « Grâce à ces documents hyper complets, je n’ai pas à gérer des tas de courriels dans lesquels les étudiants me demandent quoi faire, et ils me sentent en contrôle de la situation. »

Josée Latendresse (primaire) écrit : « Chaque semaine, j’envoie par courriel aux parents un plan de travail avec des liens vers de courtes capsules vidéo sur les notions étudiées, ainsi que des travaux à faire. Les parents devaient me renvoyer des photos des travaux par courriel, que je corrigeais le jour même (parfois jusqu’à très tard) et je renvoyais les corrections à faire pour que, dès le lendemain, les élèves puissent se corriger. »

Catherine St-Arnaud (français, langue seconde) commence le cours avec une activité ludique où tous les étudiants sont sollicités. « Ça aide énormément pour l’ambiance de groupe. »

La gestion de classe

Marilène Poitras (cégep), allemand, rappelle cette vraie fatigue devant l’écran. Elle suggère de faire fréquemment des pauses. « Je demande aux étudiants de ne pas rester devant leur écran, de marcher dans la maison, de s’étirer, d’aller se faire un thé, etc. »

René Bolduc (cégep) écrit : « Je rencontre à chaque semaine mes étudiants en Zoom. Presque pas d’absence. Seulement deux ou trois caméras fermées. Ils savent que je questionne toujours ceux et celles dont les caméras sont fermées et s’ils ne répondent pas, je les déclare absents. Durée maximale en Zoom : 75 minutes. Je demeure toujours disponible ensuite pour revenir sur le cours ou pour parler simplement de la pluie et du beau temps. »

Rosalie Meloche (secondaire) enseigne en contexte bimodal — à la fois à des élèves en classe et à d’autres à la maison. « Pour que l’élève à la maison sente qu’il fait partie de la classe, je tourne souvent la caméra vers le groupe pour que ses collègues puissent le ou la saluer (en début de période) ! Ce n’est pas grand-chose, mais je sais que cela leur fait plaisir ! »

Jonathan Grondin (cégep) écrit : « J’enseigne dans ma classe habituelle équipée d’un TBI et de tableaux blancs pour écrire. Je donne tous mes cours comme à l’habitude : debout, en écrivant au tableau et en projetant ma présentation au TBI. À certains moments du cours, je glisse des courts extraits vidéo de documentaires ou des reportages pertinents sur le sujet du cours. Je suis filmé en direct sur ZOOM à l’aide de mon téléphone portable qui est installé sur un petit trépied. Derrière ma caméra, je projette sur un grand écran la « galerie » ZOOM de l’ensemble de ma classe. Je m’adresse donc à la caméra tout en ayant une vue d’ensemble de mes étudiants (je peux très bien voir l’expression sur leur visage en projetant la séance sur l’écran). »

Édele M. Boucher (primaire) me dit : « Nos rencontres étaient sur un lien Meet de notre Classroom où se retrouvent tous les travaux. Les élèves ont travaillé sur des textes en équipe et un texte personnel via Docs. Comme ils les déposaient sur Classroom, je pouvais aller commenter et vérifier tout au long de la rédaction. »

L’évaluation

Alexandre Boisvert, cégep : « Ils ont un mini-test (2 %) après chaque cours sur Moodle en lien avec les lectures. » Et cela n’a pas ouvert la porte aux tricheurs.

Charles Laporte (cégep) m’écrit : « L’utilisation d’une tablette graphique électronique est idéale pour de multiples usages. On peut sous Microsoft Edge corriger directement sur un PDF. Sous Microsoft Onenote, on peut recevoir un travail en PDF, en Word ou en photos, annoter directement dessus, ajouter un commentaire audio ou vidéo. »

Isabelle Bouchard (cégep) raconte : « Lors du rodage de la connaissance, je ferme mon partage d’écran et je questionne mes étudiantes et étudiants caméra ouverte. Ils et elles écrivent leurs réponses dans la section clavardage (le chat). Toutefois, je leur demande de ne pas partager leur réponse tout de suite. Ils et elles appuient sur retour au moment ou je leur donne la permission. C’est ce que je nomme le 1-2-3 Go ! De la sorte, il n’y a pas de contagion des réponses et mes élèves et moi prenons connaissance des réponses de tout le groupe en même temps. Les élèves et moi regardons les réponses et on se questionne. »

Farida Khadri (secondaire) suggère ceci : « Pour surveiller et commenter leur travail pendant qu’ils le font, je crée sur Google Docs une copie par élève. De cette façon, on peut lire leur texte en direct. »

J’espère que tout cela vous sera utile !

8 commentaires
  • Loyola Leroux - Abonné 14 novembre 2020 09 h 19

    Et le ‘’Decvir’’ et les manuels de cours, et les livres à lire…

    Bizarre, n’est-il pas, camarade Baillargeon, que vos petits amis des réseaux sociaux ne vous aient pas parlé de cette expérience d’ingénierie éducative bien québécoise, le DECVIR, financé entre 2000 et 2006, par 6 cégeps du Québec, a cout de plusieurs millions.

    Tous les cours du général étaient offerts. Au Cégep de St-Jérôme, j’ai enseigné 2 cours par session pendant 5 années, les trois cours de philosophie. Pour combler le 3 périodes passées en classe à écouter le prof, les concepteurs de ces cours ont dû créer une énorme quantité d’exercices pédagogiques pour capter l’attention des étudiants. J’avais un taux de réussite de presque 100% (92% dans mes cours réguliers), pas d’échecs (4% dans mes cours réguliers) mais 50% d’abandon (4% dans mes cours réguliers… ). Les meilleurs et les plus motivés réussissaient. Ceux qui vivaient au cégep ‘’les 7 plus belles années de leur vie’’ selon les humoristes, coulaient.

    Vos amis ne vous ont pas parlé des excellents manuels de cours, avec textes questions et exercices ou des profs qui lisent un livre, comme ‘’L’éthique à Nicomaque’’ d’Aristote, un paragraphe à la fois et qui demandent aux étudiants d’expliquer en prenant les présences.

    J’aimerais bien retourner enseigner au cégep, la plus belle et la moins stressante vocation du monde (32 semaines de 32.5 heures par année). J’étais à ma place. Quand reprendrez-vous votre page Facebook ?

  • Louis Langelier - Abonné 14 novembre 2020 11 h 23

    Très intéressantes, ces astuces!

    Faire ouvrir leur caméra à l'ensemble de mes étudiants universitaires demeure un défi que je n'ai pas encore su relever. Les astuces présentées ici me permettront peut-être d'obtenir de meilleurs résultats! Merci pour ce partage.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 novembre 2020 12 h 06

    Super!

    Et voilà! J’ai bien aimé les interventions de la part des pédagogues décrites par M. Baillargeon.

    La classe virtuelle rejoint autant l’apprenant au niveau émotif, social et cognitif, les bases mêmes de l’apprentissage en éducation que celle en présentielle. Certainement, lorsque l’élève présente son chien ou son animal de compagnie à l’enseignant.e, c’est très facile en mode virtuel et souvent impossible en mode présentiel à cause des allergies multiples qui sont présentes aujourd’hui.

    En fait de gestion de classe, la tâche est encore plus facile pour l’enseignant. Dans la classe virtuelle, elle impute une certaine responsabilité directe aux parents, phénomène qui n’est pas présent en salle de classe ordinaire mal ventilée, pandémie oblige.

    Enfin, venons au noeud du problème, la question de l’évaluation. Pour l’évaluation formative, eh bien, c’est facile puisque c’est pour aider l’apprenant à cheminer vers un apprentissage solide et à longue durée. C’est au niveau de l’évaluation sommative que cela peut présenter certaines difficultés qui ne sont certainement pas insurmontables. Il faut que l’enseignant.e réinvente des tâches sommatives à évaluer, chose qui se prête sans beaucoup de difficultés, mais qui revendique et qui entérine en revanche, beaucoup de travail. Mais cette lourde tâche peut être allégée par le concours du Ministère de l’éducation en fournissant des tests et examens originaux. Pour la partie littératie, eh bien, c’est plus facile en autant que l’exercice n’est pas teintée d’une aide trop marquée de la part d’un adulte, item qu’un enseignant aguerri peut déceler tout de suite. Pour la partie mathématique, c’est encore plus facile, surtout aux niveaux plus avancés.

  • Réal Gingras - Inscrit 14 novembre 2020 12 h 07

    Intéressant mais…

    …mais monsieur Baillargeon ce qui vous énoncez ce matin est fort intéressant mais tous les logiciels utilisés sont américains: Zoom, Classroom, MeetJitsi,, Microsoft Onenote, Microsoft Edge, Word, Google Docs, Moodle, etc.

    Moodle et Jitsi ont l’avantage d’être des logiciels libres. Les autres sont privés et tous transitent par des serveurs américains. Tout cela est bien beau mais comment se fait-il qu’aucune solution logicielle locale ne puisse être envisagée avec des hébergements locaux sur des serveurs en sol canadien ou québécois?.
    Si je me trompe , il faudrait m’en avertir, mais je ne crois pas, mise à part l’utilisation du logiciel libre, que l’on doive utiliser des logiciels privés dans le domaine public. Dans la grande majorité, les écoles primaires, secondaires, CEGEP et Universités sont biens du domaine public. Il y a sûrement des programmeurs ici qui sont capables de créer des solutions publiques qui répondent aux besoins pédagogiques.

    Devons-nous rester dépendant des développeurs américains et utiliser en français des logiciels anglo-saxons qui plus souvent qu’autrement hébergent les données recueillies dans des ”nuages” contrôlés par les Américains? Existe-il un ”nuage” pédagogique hébergé en territoire québécois? Pourquoi devons-nous utiliser un vocabulaire anglais pour travailler en français?

    • Virgnie Blanchette-Doucet - Abonnée 15 novembre 2020 10 h 07

      Bonjour!
      J'ai eu l'occasion d'enseigner avec "Brio" en session à distance cet été, une création de l'Université Laval je crois bien. Cela semble maintenant utilisé à la Formation Continue de mon cégep seulement. Ça permettait de faire à peu près tout, allant de déposer les documents reliés au cours jusqu'à donner les classes virtuelles. Il n'y avait que la boîte courriels qui était externe. C'était un peu complexe à gérer, car les étudiants ont plutôt l'habitude de passer par Omnivox pour leurs communications. J'ai eu beaucoup de gestion à faire pour rameuter des étudiants perdus (et l'information pas vue!) dans les premières semaines!

      Nous fonctionnons aussi, dans la grande majorité des cégeps, avec "Omnivox", qui n'est pas nommé dans cet article, probablement parce qu'il est très évident : nous l'utilisons pratiquement en tout temps, covid ou pas. Omnivox rassemble la messagerie (Mio), et un site (Léa) où on peut déposer nos exercices, nos résultats, bref faire absolument tout sauf des examens et des classes virtuelles. Omnivox est de Skytech Communications, produit québécois. Ce qu'Omnivox ne permet pas, il faut le trouver ailleurs... et c'est là où les institutions se tournent vers Zoom ou vers Teams... qui est en quelque sorte "intégré" à notre environnement habituel. Mon impression, c'est que le problème s'est vu solutionné par ce qu'il y avait de disponible rapidement (Zoom), lorsque tout a dû être mis à distance au printemps dernier.

      Je ne suis pas très calée en informatique, mais j'espère que les termes que j'emploie ici vous aideront à avoir un meilleur portrait de la situation!

      Voilà qui devrait un brin vous rassurer :)
      Virginie

  • Pierre Grandchamp - Abonné 14 novembre 2020 20 h 23

    L'évaluation en mode virtuel

    On a lu des comptes rendus, dans ce journal, assez récemment, nous informant que plusieurs étudiants avouaient avoir triché, en mai dernier, dans des examens, au niveau collégial.

    La semaine dernière, j'ai contacté une jeune fille devant suivre des cours à distance, en première année, dans une Université. Dans le domaine de la santé. Je lui ai demandé au sujet des évaluations à distance:"D'après toi, est-ce facile de tricher, si une personne veut le faire?" Elle m'a répondé par l'affirmative.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 novembre 2020 10 h 02

      Cher M. Grandchamp, si des étudiants trichent ou font du plagiat, eh bien, les professeurs et les universités ne font tout simplement pas leur travail puisqu'il existe une panoplie d'outils informatiques et des méthodes pédagogiques pour palier à tout ceci. Malheureusement, la plupart des professeurs ne sont pas formés à déceler toutes les formes de tricheries en virtuel. Pour le plagiat, il y a longtemps que des outils comme Dupli Checker, Copyleaks, PaperRater et j’en passe existent et sont très efficaces. Pour le reste, les méthodes pédagogiques, eh bien, il en va de la formation du professeur et du gros bon sens. De toute façon, dans les sciences pures et appliquées, il est très difficile de tricher puisqu’il existe plusieurs méthodes pour obtenir la bonne réponse, mais il y a seulement une bonne réponse. La preuve du raisonnement est toujours dans le pudding lorsqu’on repose la même question d’une autre façon dans un autre temps. Pour les sciences sociales, eh bien, les outils contre le plagiat des textes sont implacables contre les tricheurs.

      Ceci dit, on devrait se demander pourquoi les universités déchirent leur chemise présentement sur l'enseignement en virtuel? Eh bien, c’est parce qu’ils ont besoin d’étudiants en présentiel pour maintenir leurs infrastructures gargantuesques qui sont aujourd’hui dépassées à l’heure de la 4e révolution industrielle de l’automation, de robotique intelligente et de l’intelligence artificielle. Pour les syndicats de professeur, encore une fois, le virtuel remplace un grand nombre d’enseignants et plusieurs sont réduits à faire du temps partiel. Ceux qui ont une permanence universitaire et qui gravitent dans leurs tours d’ivoire respectives, eh bien, ils voient de très mauvais œil l’arrivée des nouvelles technologies du savoir.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 15 novembre 2020 17 h 13

      La tricherie explose dans les universtés:https://www.tvanouvelles.ca/2020/11/15/la-tricherie-explose-dans-les-universites