Pour qui sonne le glas

De tous les soupirs de soulagement entendus depuis la victoire de Joe Biden, je retiens celui d’un commentateur de CNN, l’avocat et militant noir Van Jones. « Le comportement, ça compte. La vérité, ça compte », a-t-il dit, la gorge nouée. « Vous savez, le “Je ne peux pas respirer” (I can’t breathe), il n’y a pas que George Floyd qui l’a vécu. Beaucoup de gens l’ont ressenti », a-t-il ajouté, éploré.

S’il fallait encore une illustration du cauchemar qu’ont vécu bon nombre d’Américains depuis quatre ans, en commençant par ceux et celles qui ont le malheur de payer la couleur de leur peau, elle crevait maintenant l’écran. On ne sait pas combien on a mal, dit-on, avant que ne cesse la douleur. M. Jones venait d’en faire toute une démonstration. Cela dit, l’intégrité et l’empathie de Joe Biden évoquées ici suffiront-elles à renverser la vapeur ? Peut-on vraiment parler d’une victoire démocrate ? En ces lendemains toujours chargés d’émotion, on est nombreux à se poser la question.

Du côté démocrate, il n’y a pas eu de « mur bleu », pas d’enthousiasme délirant, pas de programme clair sauf celui du retour à la « normalité ». La révélation de cette élection n’est pas venue de ce côté, mais, encore une fois, du camp républicain. Alors qu’on est toujours à digérer la révélation de 2016, les « déplorables » (hommes, blancs, en colère) qui ont permis à Trump de voler la couronne à Hillary Clinton, on découvre que l’engouement pour l’improbable président est en fait beaucoup plus étendu que prévu.

  

On ne peut plus désormais voir les gens qui ont voté pour Trump — ils sont plus de 70 millions après tout — comme une simple extension de l’homme lui-même : ignorant, souvent ridicule, quand ce n’est pas ouvertement raciste, sexiste et homophobe. Beaucoup d’entre eux ont dû trouver leur compte ailleurs. Dans la manière Trump d’aborder l’économie, le refus catégorique de l’État-providence, le pied de nez à tout ce qui n’est pas américain ou, encore, la célébration, casquette bien enfoncée sur la tête, du monde ordinaire. Tous ces aspects ont non seulement sauvé Donald Trump d’une défaite cuisante, ils lui ont conféré une certaine victoire morale.

Alors qu’on voyait sa gestion de la pandémie comme un clou dans le cercueil, une abomination de trop, on constate que pour près de la moitié des électeurs cette indifférence crasse n’a guère compté. Ce qui pour Van Jones et des millions d’autres Américains constitue un comportement abject, répréhensible, se voit compensé, pour des millions d’autres, par quelque chose de bien plus envoûtant : l’incarnation d’un certain rêve américain. À maints égards, Trump est cet homme singulier, l’éternel cowboy, rude et sans manières, capable de vaincre les obstacles (et jusqu’à la COVID) pour trouver sa place au soleil.

N’importe qui peut réussir. Voilà la grande promesse de l’Amérique. À lui seul, Trump reflète beaucoup des mythes fondateurs du pays : de l’outsider qui, contre toute attente, atteint le sommet, une belle femme pendue à son bras comme gage de ce viril combat, à la méfiance vis-à-vis de l’État inscrite à même la Constitution, en passant par l’exceptionnalisme américain (Make America Great Again). À mon avis, ce culte de la réussite individuelle — responsable non seulement d’une grande partie de la popularité de Trump mais aussi des inégalités sociales — est en train de pourrir le pays de l’intérieur. Le pouvoir sacro-saint de l’individu, on le voit déjà dans les rangs républicains, agit de plus en plus contre la cohésion sociale, la recherche du consensus et le bien commun. Le pays se dirige peu à peu vers l’atrophie. Ça ne peut que mal finir.

  

Mais, pour l’instant, les républicains paraissent, malgré tout, en meilleure posture que les démocrates. C’est l’autre révélation de cette élection crève-cœur. Drapé dans le rêve américain, le parti de Donald Trump a réussi l’impensable en séduisant une partie de l’électorat latino et même noir, sans parler des Blancs diplômés. Alors qu’on le disait moribond, car trop associé à l’homme blanc vieillissant en région, voici que le parti, fort de cette nouvelle résonance, tire admirablement son épingle du jeu. Imaginez, disent les observateurs, ce que le parti pourrait faire avec quelqu’un de moins « problématique » à sa tête ? On se frotte déjà les mains en vue de 2024.

Du côté démocrate, bien qu’on ait réussi une mobilisation peu commune contre l’ineffable président, le parti cherche désespérément son âme, écartelé entre l’establishment incarné par Joe Biden, un centre usé et sans grande inspiration et les jeunes progressistes fougueux représentés par Alexandria Ocasio-Cortez. Les Anciens et les Modernes s’accusent mutuellement d’avoir découragé le vote : les plus jeunes en étant radicaux, les plus vieux en ne sachant pas mener une campagne virtuelle qui se respecte. Alors que les républicains, grâce à Donald Trump, retrouvent les ailes d’un patriotisme bon teint, les démocrates cherchent toujours ce que devrait être leur message. Misère.

Biden, oui, a gagné ; ne boudons pas ce plaisir. Mais la gauche, elle, n’est pas sortie du bois.

fpelletier@ledevoir.com

Sur Twitter : @fpelletier

43 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 11 novembre 2020 01 h 04

    Les démocrates ont trahi la classe moyenne.

    C'est vraie, madame Pelletier, que la gauche n’est pas sortie du bois. Les démocrates ont trahi les pauvres et la classe moyenne en appuyant la cupidité des riches sur Wall Street. Ils sont moins nocifs que les républicains, toutefois, ils ne contestent pas le capitalisme sauvage qui a créé les inégalités insurmontables aux États-Unis. Peut-être, les jeunes élus au Congrès vont changer les choses.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 novembre 2020 10 h 28

      Donc, si on vous a bien compris Mme Alexan, la gauche est devenu la droite et l'establishment démocrate de Biden, des républicains qui sont plus polis. Les Alexandria Ocasio-Cortez représentent les extrémistes de gauche aux États-Unis et personne ne les suivra. Personne.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 novembre 2020 10 h 54

      Il faudra détailler un peu plus.

      Sous Clinton, ce sont les travailleurs d'usine qui furent sacrifiés.

      Sous Obama, ce sont les propriétaires de maison qui écopèrent le plus de sa gestion de la crise de 2008.

      Avec Biden, qu'en sera-t-il ?

      Ce président, s'il est confirmé, ne pourra pas tourner le dos à ses électeurs et électrices plus à gauche. Il devra livrer en santé, en éducation, en promotion des droits et libertés pour tous et à la lutte contre le racisme.

      La gauche n'est pas au pouvoir. Par contre, la gauche républicaine s'est ralliée et a contribué à paver la voie au candidat démocrate Biden.

      Ce dernier a deux ans pour rassembler les Américains et les Américaines, ce qui ne pourra pas se faire par des courbettes envers le capital. Il devra développer des programmes à connotation sociale-démocrate façon étatsunienne.

    • Marc Pelletier - Abonné 11 novembre 2020 13 h 00

      Mme Alexandre, avez-vous écouté le discours de M. Biden et de Mme Harris ?

      Ces deux élus représentent le centre-gauche, ce qui donne aux américains beaucoup plus d'espoir qu'un gouvernement qui aurait pu être dirigé, il y a quatre ans, par Mme Hilary Clinton .

    • Claude Bariteau - Abonné 11 novembre 2020 17 h 14

      M. Dionne, Mme Ocasio-Cortez n'a rien d'une extrémiste de gauche à moins que que des réformes sociales-démocrates en éduction, en santé, en environnement, en fiscalité et en économie transforment, selon vous, leurs promoteurs en extérmistes radicaux.

      Or, cette élue avec de forte majorité à la Chambre des représentants est connue pour des idées proches de feu Robert Kennedy, de John Kerry ancien secrétaire d'États des États-Unis, de Paul Krugman, prix Nobel d'économie en 2008, qui vit dans ses idées fiscales des recherches sérieuse et d'Elisabeth Warren.






      Le prix Nobel d'économie 2008 Paul Krugman estime qu'Alexandria Ocasio-Cortez est totalement en phase avec les recherches économiques sérieuses.

      Environneemnt, pro Gren New Deal

      Éducation partage les idées de Warren

    • Claude Bariteau - Abonné 11 novembre 2020 17 h 16

      Ne pas tenir compte des 3 derniers paragraphes. Ce sont des notes oubliées.

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 novembre 2020 19 h 46

      Merci, monsieur Bariteau, pour votre commentaire éclairant. Effectivement, «il n'y a rien de radical dans les propos de Mme Ocasio-Cortez qui n'a rien d'une extrémiste de gauche, à moins que des réformes sociales-démocrates en éducation, en santé, en environnement, en fiscalité et en économie,» soient des propos radicaux.
      Je ne sais pas de quelle source monsieur Dionne s'informe pour faire ses commentaires qui n'ont rien à faire avec la réalité, ou l'intérêt public.
      Oui, effectivement, il faudra qu'il explore les livres des économistes récipiendaires du Prix Nobel pour l'économie, tels que Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Thomas Piketty et Mariana Mazzucato. Get with the times, monsieur Dionne.

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 novembre 2020 19 h 56

      À monsieur Marc Pelletier: Vous avez raison que «Biden et Harris représentent le centre gauche, ce qui donne aux Américains beaucoup plus d'espoir qu'un gouvernement qui aurait pu être dirigé, il y a quatre ans, par Mme Hilary Clinton».
      Par contre, pour faire des réformes en profondeur, il faudrait changer la main prise de l'oligarchie sur la gouvernance du pays, pour servir le bien commun, pas l'intérêt personnel du 1%, la ploutocratie qui a pris le pays en otage pour satisfaire sa cupidité. Il faut arrêter la financiarisation de l'économie.

  • Jérôme Faivre - Inscrit 11 novembre 2020 05 h 27

    Risque de deuxième vague

    Il est intéressant de constater que chez tout ceux qui voient le Démon dans l'aventure trumpiste, il y a souvent une sérieuse incapacité à se demander pourquoi la moitié de l'électorat américain a donné et augmenté son soutien au président honni, même du coté des fameuses «communautés & minorités».

    Si on pose la question de la raison du rejet viscéral du parti démocrate par certains et certaines, on se fait traiter de partisan de l'Innommable.

    Il est impossible et puéril de concevoir sérieusement que des millions de gens soient irrémédiablement des campagnards abrutis totaux et malodorants. Le défi du gagnant en démocratie est de gouverner ensuite pour tout le monde, dans la mesure du possible. C'est la grosse différence avec les mentalités religieuses qui toutes, prétendent incarner le Bien face au Mal. C'est la grande supériorité des régimes démocratiques par rapport aux régimes autoritaires à parti unique.

    Pour éviter de recommencer un Trump 2, il faudrait bien se poser quelques questions, notamment sur certains enjeux souvent chers au Devoir.

    Un peu inconsciemment, sans mauvaise volonté, mais avec un peu de naïveté, les équivalents américains des nadeaux, nicolas, lanctots, pelletiers etc… risquent sérieusement, par leurs excès et leur désir de revanche, de faire trébucher le nouveau président et… d'ouvrir la porte à une deuxième expérimentation populiste.

    On est pas sorti du bois, en effet.

    • Pierre Fortin - Abonné 11 novembre 2020 12 h 17

      Monsieur Faivre,

      Le rôle de la presse que vous soulevez est en effet déterminant. Dans les réseaux dominants US qui couvrent les actualités nationales de même qu'internationales, il n'y a en fait que deux positions dominantes qui s'excluent mutuellement, les pro-Trump (e.g. Fox News) et les anti-Trump (e.g. CNN, MNSBC et Cie), chacun agissant comme caisse de résonnance du parti de son choix en avançant des conclusions circonstancielles, souvent incohérentes et parfois démenties, mais rarement des analyses fondées sur les faits.

      Le problème avec cette approche destinée davantage à convaincre son lectorat plutôt qu'à l'informer des différents dossiers est qu'on évite systématiquement le "doute raisonnable". Or le champ du doute est souvent si vaste que seule la mauvaise foi peut permettre d'inférer des certitudes. Le lecteur étant privé du minimum d'information factuelle pour se faire sa propre idée, s'il ne la cherche pas ailleurs, il sera immanquablement entraîné dans un manichéisme malsain du genre "vous êtes avec nous ou contre nous". Or le débat électoral US actuel est bien davantage celui des partis que celui du peuple, les partis étant eux-mêmes contestés par leur candidat anti-système respectif : Bernie Sanders côté démocrate et Donald Trump côté républicain.

      On peut jeter un œil sur ce que dit Glenn Greenwald de la guerre politique sans quartier que se livrent les partis depuis 2016. On pourra encore douter, mais au moins on le fera sur la base de faits avérés :

      « The Sham Prosecution of Michael Flynn » ( https://www.youtube.com/watch?v=xB26jj0jrjc ).

    • Jacques-André Lambert - Abonné 11 novembre 2020 13 h 21

      À propos de "mentalités religieuses", cet extrait d'entrevue avec André Gagné, professeur titulaire à l’université Concordia, auteur de Ces évangéliques derrière Trump:
      "En 2016, les évangéliques blancs ont voté à plus de 80 % pour lui. Ils ne l’ont pas fait par hasard : Donald Trump, lors de sa campagne, n’a cessé de leur faire des promesses car il savait que sans eux, il ne pourrait être élu. Et ces promesses, il les a largement tenues. Il a nommé trois juges ultraconservateurs à la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire du pays, ainsi qu’une multitude de juges fédéraux conservateurs. Il s’est clairement exprimé en faveur du mouvement pro-life, qui se bat contre le droit à l’avortement, se présente en défenseur de la « liberté religieuse » et a décidé de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Tout cela, les évangéliques pro-Trump ont peur de le perdre si Joe Biden est élu."
      ("Réforme", 30 septembre 2020)

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 novembre 2020 15 h 21

      M. Lambert, vous avez raison. Et les évangéliques protestants américains représenteraient environ 27% de l'électorat. Plusieurs le voient comme un envoyé de Dieu,

      IL faut donner crédit à Trump: il a gouverné en fonction de sa base. Laquelle: les évangéliques, les complotistes, les libertariens et ceux qui en ont contre l'immigration.J'ajouterais les anti establisment.

      Mais quel mépris pour les institutions démocratiques! Voir actuellement le ministre de la Justice.

  • Benoit Samson - Abonné 11 novembre 2020 06 h 12

    La suprématie blanche de la ‘’Grande Amérique’’

    Le succès de Trump aux urnes en 2020 devrait susciter des inquiétudes. Son projet de redonner sa grandeur à l’Amérique est toujours vivant et partagé par 70 millions d’Américains. La majorité de ses adeptes sont blancs même s’il a augmenté le nombre de minorités visibles dans ses rangs, car la grandeur dont il parle est la suprématie blanche des États-Unis d’avant 1965. Il est conséquemment difficile de comprendre l’adhésion montante des minorités visibles à son projet si ce n’est que par soucis du proverbial ‘’If you can’t beat them join them’’ ou par ignorance de ses véritables intentions.
    Son plan d’action pour réussir son projet avait pourtant été bien défini par son conseiller stratégique Steve Bannon, présentement hors de prison sous bail de 5 millions de dollars et qui suggérait la semaine dernière la décapitation du Dr. Fauci et du directeur de la CIA. En février 2017, Bannon décrivait ainsi le programme de chambardement majeur des États-Unis à odeur dictatoriale de l’équipe de Trump : « Notre but : la déconstruction de l’état administratif. » … « si vous pensez qu’ils vous redonneront votre pays sans se battre, vous êtes dans l’erreur… chaque jour, ce sera une bataille. »
    Le plan de déconstruction de l’état administratif a été suivi à la lettre pendant les quatre dernières années. De nombreuses agences gouvernementales ont été purgées de leurs dirigeants par Trump qui les a remplacés par des yesmen. Sa plus récente purge des derniers jours au ministère de la défense pourrait augurer l’annonce de la loi martiale et l’utilisation des militaires américains pour rétablir l’ordre dans les rues du pays quand les citoyens voudront se battre pour forcer le départ de Trump qui pourrait s'accrocher au pouvoir en continuant de refuser les résultats des élections et pour prévenir le retour à l’Amérique d’avant 1965.

  • Clermont Domingue - Abonné 11 novembre 2020 06 h 18

    Désolant.

    Merci. Vous m'aidez à un peu mieux comprendre nos égoïstes voisins.

  • Claude Bariteau - Abonné 11 novembre 2020 06 h 38

    Un long préambule avec une finale en deux paragraphes. L’un sur des divisions « anciens et moderne » s’accusant mutuellement chez les démocrates et le bon teint retrouvé chez les Républicains qui ont des ailles; l’autre affirmant que la gauche n'est pas sortie du bois.

    Mme Alexandria Ocasio-Cortez, élue en 2018 à la Chambre des représentants, ne donne pas le feu vert à l’administration de M. Biden, mais s’attend à une transition témoignant d’une approche ouverte, collaboratrice et rassembleuse qui ne repoussera pas l’aile gauche qu’elle représente.

    Le duo Biden-Harris ne peut âs stopper l’entrée d’administrateurs associés à l’aile gauche, encore moins de s'astreindre à une représentation minimale. S’il veut réussir la transition, il doit marquer un changement d’alignement qui ne soit pas qu’un retour à une simple normalité après quatre ans de trumpisme.

    Il me semble qu’il s’imposait de placer ainsi l’enjeu que représentent la transition et la nomination des secrétaires d’État sous Biden-Harris plutôt que de souligner le vent républicain alors qu’il y a un écart de 5 millions de votes révélant plus le rejet du président Trump et ses politiques et le choix d’un chevronné de la politique désireux de rassembler les Américains et les Américaines.

    Lors de cette élection, la gauche s’est associée à Biden et ce dernier, s’il n’en tient pas compte réellement, naviguera en eaux troubles et ne parviendra pas à réaliser des gains en 2018 à la Chambre des représentants et au Sénat. Il sait que ces gains sont à sa portée et nécessitent une approche politique plus social-démocrate que capitaliste de centre sans laquelle il risque de sentir le vent sous ses pieds et les bruits du glas sonner dans ses oreilles.

    • Danièle Jeannotte - Inscrite 11 novembre 2020 09 h 21

      L'incurie du Parti démocrate a beaucoup joué dans sa très courte victoire. Il a eu du mal à présenter un front unifié, tiraillé entre centristes et gauchistes, ce qui a dû amener bon nombre d'électeurs à se demander à quel Parti démocrate ils auraient affaire après l'élection. Les Républicains, eux, ont malheureusement été d'une solidarité inébranlable dans leur défense de l'indéfendable. Des écarts du côté de l'aile gauche des Démocrates, par exemple, des tentatives de justifier le pillage observé pendant certaines manifs, ont pu rebuter beaucoup d'électeurs dans un pays où la propriété privée est une valeur essentielle. On a aussi commis l'erreur de tenir pour acquises aux Démocrates certaines clientèles et il est assez ironique que Donald Trump, apôtre du Mur et défenseur des violences racistes, ait gagné des appuis dans les «communautés» noire et hispanique. L'analyse du vote selon le groupe ethnique de l'électeur commence à perdre de sa pertinence.
      M. Biden aurait pu montrer plus de poigne envers les extrémistes de son parti mais il craignait sans doute que ceux-ci s'abstiennent de voter. Il reste qu'il aura un gros travail de réconciliation à faire et on se demande s'il réussira aussi bien que Barack Obama devant des Républicains déterminés à reprendre le pouvoir.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 novembre 2020 09 h 26

      Bon M. Barriteau. Vos 5 millions de votes de plus viennent tout simplement de la Californie, état qui a connu des vagues successives d’immigrants illégaux qui ont été amnistiés et qui votent maintenant pour maintenir des frontières ouvertes.

      Le coup de théâtre de Van Jones. C’est le même qui a travaillé dans l’administration Obama et qui a acquis une notoriété publique en tant qu'agitateur racial au « Lawyers Committee for Civil Rights Under Law », organisation soutenue par George Soros, la fondation libérale Ford et la Fondation Rockefeller. Il a gagné sa notoriété publique en fustigeant les dirigeants modérés des droits civiques pour s'être opposés à la politisation des salles de classe. C’est le même qui a accusé George W. Bush d’être de connivence avec septembre 11 2001. Et tout cela sur CNN qui donnait à Biden 15 points d’avance sur Trump.

      Ah! La gauche. Oui, une mobilisation peu commune et suspecte chez les démocrates. On nous dit que plus de 90% des gens ont voté au Wisconsin. Cela ne sent pas très bon. Même dans les pays où c’est obligatoire de voter sinon il y a sanction, on n’atteint même pas 90%.

      Oui, les républicains sont en bien meilleure posture que les démocrates puisqu’il garde le Sénat et vont reconquérir la Chambre des représentants en 2022.

      On parle de mauvaise gestion et pourtant, il y a plus de morts par million de population au Québec (770) qu’aux États-Unis (741) et pourtant on nous imposé des mesures draconiennes, nous avons un système de santé public robuste et la densité de population par km2 est une des plus faible dans le monde.

      Le mur bleu n’existe plus, les villes et les campagnes sont divisées, la classe moyenne et les minorités votent de plus en plus républicains et on nous parle de victoire morale. Cette élection est loin d’être terminée et ce n’est pas aux médias de gauche de nommer un vainqueur; ce sont les grands électeurs après recomptage et validation de tous les votes légaux qui feront leur choix en décembre.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 novembre 2020 10 h 45

      En passant, il n'y a que seulement 2,9% de difference entre Biden et Trump. Il y avait 2,1% entre Clinton et Trump en 2016. La différence, c'est le vote des tiers partis qui a été moindre cette élection-ci.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 novembre 2020 14 h 23

      Trump n'aurait eu aucune chance dans un vote où on compte chaque vote directement, c'est grâce au système du collège électoral en 2016 qu'il a gagné, et il n'aurait eu aucune chance de gagner en 2020 sans ce système.

      Quant au Sénat, on peut comprendre dans une fédération l'idée de 2 sénateurs par État. Mentionnons quand même que si on prenait le vote pour les candidats démocrates et le vote pour les candidats républicains au Sénat, au total, le vote pour les candidats démocrates l'emporterait. C'est pour ça que les démocrates sont mieux représentés à la Chambre des représentants (districts plus ou moins proportionnels à la population) qu'au Sénat, même si le découpage des districts (gerrymandering) de la Chambre des représentants favorise les républicains. Et c'est important le contrôle du Sénat.

      De plus, il faut s'inscrire pour voter aux États-Unis, et cela est souvent une course à obstacles où tous ne partent pas sur un pied d'égalité. Souvent il faut soi-même s'inscrire, la démarche n'est pas toujours facile. Les files d'attente peuvent être plus longues selon où vous êtes. Certains États exigent certaines cartes d'identité dont tout le monde ne dispose pas. D'autres ne permettent pas de voter si on a un casier judiciaire. Et ces difficultés ont tendance à davantage défavoriser l'expression par le vote de la population noire.

      Article détaillé à ce sujet: https://www.businessinsider.com/why-black-americans-still-face-obstacles-to-voting-at-every-step-2020-6

      En gros, dans la situation contemporaine, les démocrates ont une côte plus grosse à remonter et ce, pour des raisons "systémiques", on peut le dire dans ce contexte sans controverse.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 novembre 2020 15 h 44

      M. Dionne, le taux de participation selon les données préliminaires est supérieur à celui de 2016 pour l'ensemble des États, soit 66,9% estimé le 3 novembre.

      Selon United States Election Project, au Wisconsin, le taux serait de 76,1% avec 40% des vostes par la poste, au Michigan, 73,5% avec la moitié des votes par la poste, au Massachussetts, 73,5% avec 35% des votes par la poste, en Iowa, 78,6% avec 50% des votes par la poste, au Maine, 79,2% avec 60% des votes par la postes, au Minesota 79,2% avec 53% de votes par la poste et en Californie, 62,5% avec 72% des votes par la poste. Le « on dit » pour le Wisconsin m'apparaît vriment du « on dit ».

      Sur le taux cumulé de mortalité de la Covid19, au 24 octobre, il est de 679 par millions aux États-Unis et de 721 au Québec. Par contre, le taux de mortalité entre le 1er septembre et le 24 octobre est de 125 par millions aux États-Uis et 43 au Québec. L'écart initial s'explique par le nombre élevé de décès dans les CHSLD lors de la première vague selon l'Institut de la statistique du Québec.

      Sur les résultats, il fadra attendre les rapports de validation pour connaître le nombre de Grands Électeurs dont le choix sera connu le 14 décembre 2020. Ce choix doit être entériné lors d’une session conjointe du Congrès, qui se tient le 6 janvier 2021.

      D'ici là, les résultats rendus publics en faveur de l'un ou l'autre candidat sont les projections des médias. Par exemple, l'Arizona est déclaré par Associated Press et Folks comme démocrate, mais le décompte n'est pas terminé et ne figure pas dans les résultats de CNN.

      Ma lecture s'inspirait de ces données et faisait écho à une déclaration de Mme Ocasio-Cortez il y a deux jours concernant l'importance que le président Biden, s'il est choisi par les Grands Électeurs, doit accorder à l'appui qu'il a reçu de la gauche démocrate, ce que néglige Mme Pelletier.

      Quant à la différence entre Biden et Trump, elle est de 3,4% le 11 novembre 2020, mais pas de 2.9%.

    • Christian Roy - Abonné 11 novembre 2020 18 h 50

      @ M. Dionne,

      Heureux que vous teniez le compte: "il y a plus de morts par million de population au Québec (770) qu’aux États-Unis (741)".

      @ M. Baribeau,

      Merci également: "Sur le taux cumulé de mortalité de la Covid19, au 24 octobre, il est de 679 par millions aux États-Unis et de 721 au Québec. Par contre, le taux de mortalité entre le 1er septembre et le 24 octobre est de 125 par millions aux États-Uis et 43 au Québec."

      La qualité des gens qui participent à ce forum m'emballe.