La France au front

En France, l’assassinat d’un enseignant du secondaire, vendredi, par un très jeune fanatique criant « Allahu Akhbar ! » alors que la police le rattrapait, est bien davantage qu’un fait divers tragique dans un pays étranger.

C’est un épisode majeur, symbolique de la guerre que l’islam politique violent a déclarée à la liberté d’expression et de pensée sur différents fronts.

Malgré la portée universelle de l’avertissement contenu dans cette agression — contre un professeur du secondaire qui discutait de liberté d’expression ! —, l’endroit où elle s’est produite n’est pas un hasard.

La France est dans le collimateur des islamistes du monde entier. Ce pays s’est engagé, peut-être plus que tout autre, dans la défense active de la liberté d’expression et de la laïcité, sur les terrains intellectuel, journalistique, législatif.

Un projet de loi est à l’étude sur le « séparatisme » (sic) sociétal de certaines zones du territoire français qui, imprégnées d’islamisme, vivraient « en marge de la République ».

Son intitulé : « Projet de loi visant à renforcer la laïcité et à conforter les principes républicains. » Parmi les sujets traités : la neutralité des services publics, la scolarisation à domicile (et ses abus), les associations « culturelles » (parfois devenues lieux d’endoctrinement), les « certificats de virginité » (demandés à certains médecins), etc.

Fin septembre, après l’attentat « Charlie Hebdo-bis » devant l’ancienne rédaction de l’hebdomadaire, les grands médias français ont publié un manifeste : « Aujourd’hui, en 2020, certains d’entre vous sont menacés de mort. […] Des médias sont désignés comme cibles par des organisations terroristes. […] Des États exercent des pressions. […] Ensemble, défendons la Liberté ! »

Ces dernières semaines, on y est allé de diatribes, dans plusieurs pays, contre la France et ses libertés, contre Charlie Hebdo et ses caricatures, contre le simple droit de les publier.

Pour appeler au meurtre… ou applaudir lorsqu’il a eu lieu.

Début septembre, des manifestations haineuses se sont déroulées au Pakistan contre la republication des fameuses caricatures.

Samedi, un député tunisien justifiait sur Facebook ce nouvel assassinat : « Porter atteinte au Prophète, a écrit Rached Khiari, est l’un des plus grands péchés qui soient. Tout homme qui se rend coupable […] doit en assumer les conséquences […], qu’il soit un État, un individu ou un groupe d’individus. »

L’hostilité ouverte est une chose. La solidarité tiède, ou le silence embarrassé, en est une autre. La France est au front, et on se demande parfois si elle obtient, de la part de ses amis et de ses alliés, les marques de solidarité qu’on attendrait.

Car les réactions à ces horreurs dont la France est une cible prioritaire sont souvent feutrées, embarrassées. Sur l’air du « Oui, mais… ».

Demandez par exemple à des responsables de Québec solidaire — ou pour faire bonne mesure, à leurs amis de La France insoumise — de réagir à l’horreur de Conflans-Sainte-Honorine… Ça pourrait donner : « Oui mais… colonialisme ! », « Oui mais… islamophobie ! », « Oui mais… laïcité coupable ! ».

(Cette fois cependant, Jean-Luc Mélenchon s’est repris, prononçant les mots « terrorisme islamiste », jusqu’alors tabous dans sa bouche.)

Aux États-Unis, le New York Times a décidé, en juin 2019, dans la foulée de Charlie Hebdo mais aussi de controverses locales… d’abandonner complètement la publication de caricatures ! Une reddition sans condition au politiquement correct.

Le combat français est symbolisé aujourd’hui par le procès, toujours en cours, des complices de l’attentat de janvier 2015. Mais il l’est aussi, depuis des années, par des dizaines d’attaques ciblées avec, depuis 2012, une constance qui ne laisse aucune place au doute : elles ont causé plus de 260 morts civiles… dans un pays officiellement en paix.

Ironie : le Tchétchène de 18 ans qui a tué le professeur avait obtenu un statut de réfugié en France. Et l’auteur de l’attaque au hachoir du 25 septembre, d’origine pakistanaise, avait, pour sa part, reçu de l’État français la protection reconnue aux « mineurs isolés ».

Ingratitude ? Non, infiniment pire…

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

60 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 19 octobre 2020 00 h 57

    L'avez-vous fait?

    «Demandez par exemple à des responsables de Québec solidaire — ou pour faire bonne mesure, à leurs amis de La France insoumise — de réagir à l’horreur de Conflans-Sainte-Honorine»

    Mais faites-le, demandez-leur plutôt que de deviner leur réponse en montrant la réponse d'un autre parti venant d'un autre pays!

    • Jacques Patenaude - Abonné 19 octobre 2020 09 h 16

      j'approuve

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 19 octobre 2020 11 h 22

      Le quésoliste Gabriel Nadeau-Dubois préfère se montrer en compagnie de huit femmes voilées (une photo en témoigne : https://www.journaldequebec.com/2017/04/19/gabriel-nadeau-dubois-se-defend-davoir-assiste-a-un-souper-pour-promouvoir-une-dpj-islamique) plutôt que de prendre franchement position. Québec solidaire ne veut surtout pas s'aliéner les dizaines de milliers de musulmans multiculturalistes qui voteraient sinon pour le PLQ. Ce parti est tombé bien bas sur cette question.

  • Nadia Alexan - Abonnée 19 octobre 2020 01 h 21

    Justifier l'injustifiable.

    L'assassinat brutal du professeur d'histoire qui faisait son devoir d'enseigner la liberté d'expression était victime de l'islamofascisme qui ne se trouve pas seulement en France. L'Angleterre, la Belgique et même l'Afrique, avec Bokko Haram, souffrent des terroristes qui pratiquent l'intimidation et la violence contre les idées progressistes. L'islamofascisme est un mouvement international qui propage l'imposition de l'obscurantisme et la misogynie par le biais de la violence et l'endoctrinement et n'a rien à faire avec la laïcité. Les bienpensants qui essayent de justifier cette barbarie sont des complices.

  • Yann Leduc - Abonné 19 octobre 2020 02 h 44

    M. Brousseau laisse sous-entendre que la France insoumise ne comdamne pas clairement et fermement les attentats terroristes islamistes en France. A-t-il des sources, des noms, des citations pour affirmer cela ? À ma connaissance, Jean-Luc Mélenchon a toujours condamné le terrorisme et, contrairement à Québec solidaire, a toujours défendu une laicité stricte à la française.

    Quand à Rached Khiari, il s'agit d'un député indépendant. Ses déclarations ont suscité de vives réactions en Tunisie. Le député est présentement sous enquête et il est passible de sanctions. Le parquet de Tunis estime que sa publication "est assimilable à un acte terroriste, conformément à la loi anti terroriste tunisienne, puisqu’elle constitue un éloge au terrorisme."

    • Françoise Labelle - Abonnée 19 octobre 2020 08 h 13

      On revient toujours au même problème: les risques d'amalgame. Mélenchon veut éviter la polarisation recherchée par les terroristes. Des maires communistes ont été élus grâce au soutien des musulmans, comme dans St-Denis en banlieue de Paris. Le Pen n’a pas les mêmes soucis; mais elle sait ce qu'une polarisation impliquerait.

      «Québec solidaire, a toujours défendu une laicité stricte à la française». Vous vouliez sans doute dire que QS s'en prend à la laicité de l'État à la française (les signes religieux ou autres ne sont pas interdits dans la rue).

      On peut très bien défendre la laïcité de l’État et militer pour l’égalité (Liberté, égalité…). On oublie commodément la citation de Marx sur l’opium du peuple, toujours d’actualité. Il faut combattre toute religion s'imposant à l'État, en France, en Iran, en Turquie ou aux USA.
      Molenbeek, une commune de Belgique pratiquant l’absence de laïcité, a longtemps été la plaque tournante des attentats visant la France (Le Monde, 2015).

      La lutte contre le «séparatisme» doit inclure la lutte contre la criminalité en général. Certains quartiers de Paris, Marseille ou Lyon sont contrôlés par diverses mafias. Mais cet attentat est significatif: Daech passe au terrorisme «lofi» (armes blanches confectionnées), plus difficile à prévoir.

      Je ne peux cliquer «J'aime»: je ne suis plus sur FB et j'ai été punie (sourire).

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2020 10 h 04

      Nul besoin de sources, de noms, de citations, on les connaît bien trop. Ces communistes qui se sont réinventés dans une nouvelle mouture plus passable sont les mêmes qui vénéraient Staline alors que celui perpétrait ses génocides et ses goulags dans la Sainte paix. Québec solidaire ses adeptes sont des émules de cette gauche française où les anciens partisans ne se reconnaissent plus.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 octobre 2020 11 h 53

      Monsieur Leduc,

      M. Brousseau est toujours prompt à décerner les blâmes et les condamnations, il l'est beaucoup moins à poser les questions qui font avancer un débat et la compréhension des sujets qu'il aborde. Ses chroniques sont chaque fois sur le mode "Voici la vérité".

      Ce qu'on peut reprocher aussi à Charlie Hebdo bien qu'il soit une victime dans cette affaire. Car l'équipe de Charlie Hebdo n'a pas su, après les attentats de 2015, confronter ses agresseurs autrement qu'en les provoquant une nouvelle fois par des caricatures, geste dont il connaissait pourtant les conséquences probables. Les journalistes avaient le droit et la morale de leur côté et ils auraient pu adresser aux takfiris des accusations, lourdes et fondées, qu'ils n'auraient pas eu à démontrer puisque ceux-ci reconnaissaient et assumaient pleinement leur crime, leurs victimes étant pour eux des cibles légitimes. Ils auraient pu ainsi contribuer, même dans la confrontation la plus féroce, à défendre et à faire valoir leur droit de parole que reconnaît la République française comme une valeur fondamentale.

      Résultat des courses : on en est au même point qu'en 2015, sans dialogue ouvert avec l'Islam de France comme allié, mais avec quelques victimes de plus et sans aucun progrès. Souhaitons seulement qu'ils ne récidiveront pas une nouvelle fois en s'entêtant pour avoir le dernier mot ... parce qu'ils en ont bien le droit !

  • Michèle Lévesque - Abonnée 19 octobre 2020 03 h 32

    Le nerf de la guerre

    Lucidité et courage admirables! Bravo et merci ! C'est le segment sur les silences et les langues de bois (politiques, médiatiques et académiques), qui se rendent de fait complices du mensonge et de l'horreur, qui m'a le plus impressionnée. Cri d'alarme.

    La laïcité est et a toujours été l'enjeu. Quoi d'étonnant qu'elle soit combattue contre le Québec avec tant de virulence et, osons le dire: d'injustice, et ce jusqu'en très haut lieu et par des manœuvres sournoises dont l'accusation de haine n'est pas la moindre ? C'est le nerf de la guerre.

    Espérons que la réaction actuelle de la France et du monde, devant ce meurtre au nom du dieu politique de l'Islam radical (mais demain ce pourrait être un autre fondamentalisme religieux qui attaque, voire même un athéisme érigé en dogme quasi-religieux), ne soit pas étouffée, comme le 'Je suis Charlie' par les fameux "Oui mais" de service, dont l'Europe et le Canada, se sont fait une spécialité pour supposément ne pas verser dans l'islamophobie.

    Le problème n’a jamais été l'islamophobie, laquelle est désormais bien enchâssée sous le concept valise de racisme, un néo-racisme faussement post-moderne qui peut pratiquement inclure tout et n'importe quoi, selon les opportunités intersectorielles - d'où, soit dit en passant, la résistance actuelle au fameux 'racisme systémique', inclusif de fait. Le problème, et la solution, c'est la laïcité de l'État. L'islamophobie, sous ses différentes appellations et amalgames, est un écran de fumée pour distraire du seul ennemi à abattre en l'espèce de cette séparation nette et claire des religions et de la politique dans l'appareil d'État. La France au front alors, oui, bien sûr!

    De mon point de vue, et du fait même que je suis très croyante, la liberté des peuples et l’avenir progressiste passent par l’affirmation claire d'une laïcité de l’État capable de garantir les droits de liberté de conscience et de parole publique de tous les citoyen-nes. Macron a bien dit.

  • Serge Lamarche - Abonné 19 octobre 2020 03 h 46

    Mauvaise religion

    Le problème avec les musulmans est que leur religion permet et encourage ces choses. Leur religion doit changer et s'adapter au modernisme. Est-ce possible?

    • Christian Roy - Abonné 19 octobre 2020 17 h 01

      Votre propos monsieur Lamarche me semble abusif. Il s'agit d'une généralisation qui ouvre la porte à de l'ostracisme envers de personnes qui n'ont rien à voir. Il ne tient pas compte du fait qu'il faut distinguer "les musulmans" des adeptes de l'islamofascisme, ce mouvement international qui propage l'imposition de l'obscurantisme et la misogynie par le biais de la violence et l'endoctrinement.

      Entre modernes, il me semble que nous avons le pouvoir de différencier les deux. Est-ce possible ?

    • Gilberte Raby - Abonnée 19 octobre 2020 17 h 42

      Non, ce n'est pas possible. Leur objectif est de conquérir le monde et ils sont très très bien organisés. À moins que.... conquérir le monde, c'est également l'objectif des Sick... Souhaitons, (ou organisons) un affrontement Sick vs Musulman, ensuite, peut-être aurons-nous la paix.

    • Christian Roy - Abonné 19 octobre 2020 21 h 33

      @ Mme Raby,

      Ce que vous évoquez me fait penser à ces films de science-fiction mettant en vedette des extraterrestres gigantesques. Je persiste à dire qu'il est malheureux de faire des amalgames. C'est l'une des leçons qui sont enseignées à l'école.

      Mes respects.