Lendemain de veille

Une course à la chefferie laisse inévitablement des traces. Pour un nouveau chef, asseoir son autorité tout en préservant l’unité du parti est une opération aussi délicate que nécessaire. Ça l’est plus encore quand celui qui était le favori au départ finit par mordre la poussière.

Sa défaite aux mains de Jean-François Lisée en 2016 avait complètement démotivé Alexandre Cloutier, qui avait toutes les raisons de croire qu’il succéderait à Pierre Karl Péladeau. Il avait plus d’ancienneté à l’Assemblée nationale que son collègue de Rosemont et la majorité des députés péquistes s’étaient rangés derrière lui. Au lendemain du congrès, il n’était plus le même. Visiblement, le feu sacré n’y était plus. Personne ne pouvait être réellement surpris quand il a annoncé qu’il ne se représenterait pas en 2018.

Raymond Bachand n’était pas le favori dans la course à la chefferie du PLQ en 2013. Tout le monde s’attendait à la victoire de Philippe Couillard. L’ancien ministre des Finances ne s’attendait cependant pas à une humiliante troisième place. Il a annoncé son départ à peine six mois après le congrès.

L’homme d’expérience qu’est Sylvain Gaudreault avait sûrement réalisé la menace que représentait Paul St-Pierre Plamondon, qui a fait la meilleure campagne, mais il ne prévoyait sans doute pas être supplanté dès le premier tour. On a beau savoir que la politique est ingrate, une telle gifle ne peut que laisser des traces.

Au lendemain de sa défaite, il a dit avoir été battu par « une apparence de nouveauté » et il croyait toujours avoir avancé « les idées les plus modernes, les plus transformatrices du parti ». C’est sans doute ce que pensait aussi Pauline Marois après sa défaite aux mains d’André Boisclair en 2005. Elle avait démissionné quatre mois plus tard.

  

Maintenant qu’un député qui démissionne en cours de mandat n’a plus droit à une indemnité de départ, les départs anticipés se font rares, mais cela ne garantit pas et l’enthousiasme et l’harmonie, surtout si la frustration est exacerbée par des différends de nature idéologique. Le maintien de Pascal Bérubé au poste de chef parlementaire est sans doute de nature à arrondir certains angles, mais cela n’effacera pas les divergences d’ordre idéologique. Ni M. St-Pierre Plamondon ni M. Gaudreault ne pouvaient envisager que ce dernier assume cette fonction.

Tout ne les oppose pas. Les deux sont des convertis tardifs à la tenue d’un référendum dans un premier mandat. Ni l’un ni l’autre n’y étaient enclins au départ ; pour les besoins de la course, ils ont simplement ajusté leur discours à l’impatience des militants. Le nouveau chef ne l’a pas dit aussi clairement, mais il partage sans doute l’avis de son rival, qui disait avoir le devoir de « faire primer le succès sur le calendrier ». Dans son discours d’acceptation, il n’a pas prononcé le mot « référendum » une seule fois.

Le député de Jonquière se voulait le candidat le plus vert, mais ils sont sensiblement sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la lutte contre les changements climatiques et ils se réclament l’un et l’autre d’une social-démocratie de bon aloi. Ils ont toutefois des points de vue opposés sur les questions relatives à l’identité. M. Gaudreault est beaucoup plus représentatif de ce « nationalisme civique inclusif » auquel M. St-Pierre Plamondon conviait le PQ dans son rapport de 2017, mais dont lui-même s’est beaucoup éloigné depuis.

Le clivage est apparu dès le début de la course sur la question de l’immigration. M. St-Pierre Plamondon proposait d’abaisser les seuils actuels et d’accueillir seulement de 35 000 à 40 000 nouveaux arrivants par année tant que le Québec n’aura pas réussi à « inverser la courbe de déclin du français », alors que le M. Gaudreault suggérait plutôt de dépolitiser la question en confiant à un « observatoire » indépendant le soin de proposer différents scénarios au gouvernement.

C’est cependant sur la reconnaissance de l’existence d’un « racisme systémique » au Québec que leur opposition risque de se cristalliser. Dès son élection, M. St-Pierre Plamondon a clairement signifié que la position officielle de son parti s’apparenterait à celle du gouvernement Legault, qui juge ce concept inapproprié à la situation québécoise, contrairement à M. Gaudreault et à ses collègues de Joliette, Véronique Hivon, et des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau. Un racisme « institutionnel » fait bon marché de la discrimination dans des domaines comme le logement ou la recherche d’un emploi.

Dans l’esprit de M. St-Pierre Plamondon, le débat semble clos, mais rien n’est jamais définitif au PQ. Le chef peut toujours dicter la position officielle du parti, mais il ne peut pas commander à la conscience de ses députés. Faire entorse à ses principes est encore plus difficile sans l’incitation au compromis que favorise la perspective d’une prise du pouvoir dans un avenir prévisible. Alexandre Cloutier avait peut-être mal digéré sa défaite, mais la laïcité envahissante de Jean-François Lisée, qui se demandait s’il ne fallait pas l’imposer à l’ensemble de la sphère publique, choquait sa conception de la vie en société. M. Gaudreault devra maintenant se demander s’il peut s’accommoder de celle de son nouveau chef.

13 commentaires
  • Gloriane Blais - Inscrite 15 octobre 2020 08 h 02

    La personne

    Il y a les idées, il y a aussi la personne. Il importait que le chef est fondamentalement confiance en lui, pour inspirer l'émancipation collective. M. St-Pierre Plamondon représente cela.
    M. Gaudreault a, tout à fait, sa place au sein de l'équipe. Il n'a fait l'erreur d'avoir "trop" aimé d'être chef intérimaire lors de la dernière campagne. Lors de la soirée du résultat en 2016, il a dit devant l'audience qu'il regrettait avoir été chef intérimaire tant il avait aimé être chef. Aimé être chef et avoir les qualités nécessaires pour élever son peuple vers sa souveraineté, c'est très différent. M. Gaudreault a reçu l'aide de beaucoup de personnes pendant cette course à la chefferie car on le croyait gagnant (je ne le croyais pas, de mon côté). S'il n'a pas été élu, ce n'est pas qu'il n'a pas eu toutes les chances, les aides, c'est qu'il n'a pas l'étoffe. Cela fera partie de son expérience, c'est bien. Il aurait été préférable pour lui qu'il consulte des gens qui sont capables de voir et lui dire la vérité, et non seulement de le flatter pour faire parrie de sa garde.
    Maintenant, si Sylvain Gaudreault veut continuer, ce que je souhaite sincèrement, il va falloir qu'il s'entoure et accepte les gens qui sont assez solides pour lui dire la vérité, c'est la seule façon de grandir dans la vie, c'est la seule façon de grandir et même de survivre en politique. Lorsqu'on a toujours été élu dans une circonscription historiquement facile, lorsqu'on toujours été le "gentil", le docile qui ne contestait rien ni personne, cela prend du temps à comprendre, et en politique c'est mortel.
    Sylvain Gaudreault apprendra beaucoup de cette expérience, beaucoup plus qu'il ne le voit actuellement. Et cela rendra sa personne, soit encore plus docile malheureusement, soit plus souveraine que jamais.

  • Claude Bariteau - Abonné 15 octobre 2020 08 h 25

    Un « nationalisme civique inclusif » n'est pas aux antipodes d'une affirmation de la laïcité dans la fonction publique et parapublique, sauf si on définit ces termes à la manière britannique et canadienne. Il manque, entre autres, cette précision dans votre texte.

    Une autre précision est que le déploiement d'une laïcité à la CAQ est celle d'une province du Canada balisé par les règles de la constitution canadienne de 1982 toutes associées à la vision canadienne d'une citoyenneté d'ayants droit.

    Je ne sais pas à quoi précisément réfère M. Gaudreault, mais je serais surpris que son « nationalisme civique inclusif » ne soit pas associé à une conception d'une citoyenneté québécoise plutôt qu'à une lecture provincialiste basée sur la charte canadienne des droits et libertés même s'il a appuyé la loi 21, ce qui implique au préalable de créer l'État indépendant du Québec sans lequel une citoyenneté québécoise ne saurait voir le jour.

  • Christian Roy - Abonné 15 octobre 2020 11 h 22

    Divisions qui ne mènent à rien

    Au nationalisme civique inclusif ouvert à la diversité on peut opposer le nationalisme identitaire exclusif et revanchard. Ils sont antagonistes.
    Le mouvement souverainitste québécois est vicié à sa base.
    Le fédéral est dans le siège du conducteur.
    Ce n'est donc pas demain la veille.
    Dommage.

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 octobre 2020 11 h 23

    Pourquoi cherché le poux au lieu de voir l'éclaircie au Parti Québécois

    Depuis le temps qu'on dit que ce parti doit se renouveler ou disparaître bien là ce n'est pas le temps de chercher la bibitte qui va lui faire ombrage. Ils sortent à peine de l'ombre, donnez leur une chance et j'ai confiance au bon sens de M.Gaudreault. Vingt-cinq ans a roulé avec du vieux stock, y faut ce qui faut pour continuer à avancer vers cette République en arrimant des gens pour qui René Lévesque c'est un boulevard au «pays» de la mère sourire.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 octobre 2020 13 h 02

      Votre commentaire m'a RAVIE ce matin M. Corbeil avec votre:"...Y faut ce qui faut pour continuer à avancer vers cette République en arrimant des gens pour qui René Lévesque c'est un boulevard"....Et RIRE aux éclats avec "la finale" : " ...au "pays" de la mère sourire."

    • Hermel Cyr - Abonné 15 octobre 2020 21 h 06

      Tout à fait ... et quand on cherche des poux on en trouve toujours. Et pour les journalistes et chroniqueurs de la novlangue, il y a toujours matière à en trouver, même et surtout dans notre imaginaire idéologique.

  • Réal Bouchard - Abonné 15 octobre 2020 11 h 30

    Prochaine campagne

    M. Gaudreault n’ira pas à la guerre pour M. Plamondon. Et le PQ devrait descendre encore plus bas à la prochaine élection puisque M. Plamondon peinera à constituer un groupe de candidats de qualité.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 octobre 2020 13 h 09

      Et, vous avez vu ça dans votre Boule de Cristal ?

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 15 octobre 2020 16 h 09

      Avec l'arrivée de Plamondon, les seuls qui vont descendre plus bas c'est Qs.
      Ils n'ont pas su protéger leur base, les jeunes, pendant la pandémie, ils n'ont même pas essayés.
      Ils font depuis 2 ans des interventions inutiles, ils ont baisés le Qc au complet avec leur 180° sur la laicité et Nadeau Dubois, à l'air complètement perdu comparé aux fougueux Jolin Barrette et Plamondon dans le dossier de la langue française.