Le sens de l’innocence

La coupe déborde. Je ne parle pas de l’exaspération causée par la montée en flèche de la COVID, passée de moins de 100 cas par jour à plus de 1200 en quelques semaines. Il y a là matière à s’arracher les cheveux, mais on y reviendra. Je parle ici de l’exaspération causée par la mort de Joyce Echaquan.

« Maintenant, on veut que le déni arrête », disait le grand chef attikamek Constant Awashish dimanche dernier. Il parlait du refus systématique du gouvernement de reconnaître le racisme « systémique » après que ce racisme-là a été amplement démontré, jurons et bousculades à l’appui, à l’hôpital de Joliette, la semaine dernière.

Bien que visiblement secoué par le décès tragique de Mme Echaquan, François Legault, ainsi que sa vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a encore une fois refusé de prononcer le mot qui divise le Québec (plus encore que le port du masque), le mot « systémique ». Curieux, quand même, car M. Legault ne nie pas du tout le racisme comme tel ; il ne nie même pas que le racisme fasse partie d’un système, l’ayant admis du bout des lèvres à quelques reprises déjà. Après sa rencontre avec les chefs autochtones, le premier ministre s’est dit également prêt à présenter des excuses officielles aux Premières Nations. Signe de la reconnaissance d’un grave problème.

Seulement, il tient obstinément, c’est le cas de le dire, à protéger les Québécois de ce qu’il perçoit comme une injure. « Je ne veux pas qu’on se mette à accuser le peuple québécois, disait-il en point de presse, un peuple ouvert qui n’aime pas la discrimination. » M. Legault a même tendance à indemniser son « peuple » devant la catastrophe sanitaire qui nous guette. Face à un des pires bilans, non seulement au Canada mais au monde, la preuve que les Québécois ne sont peut-être pas aussi unis et solidaires que l’on croit, que dit le chef du gouvernement ? « Les Québécois aiment les partys. C’est une bonne chose d’aimer fêter »

Cette idée voulant que les Québécois soient du « bon monde », des gens bien intentionnés et progressistes par-dessus le marché est un thème qui refait surface régulièrement, lors de grandes crises notamment. Le problème n’est donc pas tant une négation de la discrimination ou du racisme en tant que tels, mais plutôt ce besoin obsessif de maintenir intacte la réputation « ensoleillée » (pour emprunter à un autre premier ministre) des Québécois. Bien sûr, il y a du vrai là-dedans : les Québécois sont souvent accueillants et ouverts d’esprit. Bons vivants également. Mais il y a un problème lorsque ce portrait un peu trop bon enfant devient prétexte à ne pas regarder la réalité en face — ce qu’on a pu constater lors du drame de Polytechnique, la crise d’Oka, celle des accommodements raisonnables, de la tuerie à la mosquée de Québec et encore aujourd’hui, face au traitement des Autochtones et peut-être même, ça reste à voir, face à la crise sanitaire.

Ce penchant très québécois consistant à se considérer comme une collectivité innocente, non coupable des grands travers de ce monde, est un legs, à mon humble avis, de la Révolution tranquille. C’est la conséquence psychologique d’avoir une histoire coupée en deux : l’avant-Révolution tranquille, l’âge sombre de l’ignorance, des dogmes religieux et de la pauvreté, et l’après, où tout devient possible. Même si la réalité est un peu plus nuancée, l’impression d’un tout nouveau Québec apparaissant soudainement — une espèce de Naissance de Vénus — est incontournable. L’éducation offerte à tous, les femmes affranchies des maternités à répétition, la mainmise sur la fonction publique, l’accès au monde des affaires, l’ouverture sur le monde… tout ça équivaut à une transformation époustouflante, quasi miraculeuse, qui se produit, comme tous les miracles, en très peu de temps.

Cette transformation post-Révolution tranquille explique en partie cette tendance à dépeindre le Québécois francophone sous les meilleurs auspices. Du fait d’être sortis de la Grande Noirceur, nous nous retrouvons tous grandis. C’est à peu près dans ces termes, d’ailleurs, qu’on présente le Québec chaque fois que le débat sur la laïcité surgit. L’obscurantisme, on a déjà donné. Pas question de revenir en arrière. Le mal est derrière nous ; nous cheminons désormais vers la lumière.

La difficulté d’admettre ses responsabilités, ses torts lorsqu’une crise éclate, une crise qui a comme dénominateur commun la façon qu’on traite les marginalisés, vient du besoin de protéger cette nouvelle identité « améliorée » et, derrière elle, l’histoire même du Québec.

Tout se passe comme si le fait d’avoir été jadis des damnés de la Terre, un peuple qui a souffert mais qui a réussi malgré tout à relever la tête, nous empêchait d’être ceux et celles aujourd’hui qui méprisent ou marginalisent. Nous voyant toujours comme des êtres vulnérables, des victimes de l’Histoire, nous sommes réticents à concéder que nous pouvons aussi par moments être des dominateurs.

Le formidable bond en avant qui a révolutionné le Québec a aussi créé une mythologie qui nous empêche parfois d’avancer.

fpelletier@ledevoir.com

Sur Twitter : @fpelletier1

151 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 6 octobre 2020 15 h 55

    Le vrai apartheid systémique existe aux États-Unis et dans les pays colonialistes anglophones qui ont créé le racisme.

    On dirait qu'il n'y a pas de racisme dans les autres provinces, madame Pelletier. Le racisme existe même chez les peuples d'une seule race ou d'une seule nation. Le racisme systémique n'existe pas ni dans nos lois ni dans nos us et coutumes.
    Historiquement, les Canadiens français se sont distingués dès le départ par leur métissage avec les Amérindiens. Ils doivent entre 1 et 2 % de leur patrimoine génétique aux Amérindiens. Ce « mélange » se traduit par leur amour de la nature et de la liberté, de leur sensibilité sociale-démocrate, de leur recherche de la consultation, du consensus et du compromis, de leur goût de la médiation, et de leur aversion pour les divisions et les conflits.
    Il faut se rappeler que c’est au Québec que le premier député d’origine juive dans l’histoire du Canada et de tout l’Empire britannique, Ézékiel Hart, a été élu en 1807, pendant que l’université McGill refusait les étudiants juifs.
    C’est au Québec également que Jean Alfred, un Haïtien, fut le premier Noir à être élu député, dans le comté de Papineau sous la bannière du Parti québécois.

    • Pierre Desautels - Abonné 6 octobre 2020 22 h 41


      SVP, arrêtez les comparaisons avec les autres provinces et autres, ça ne sert à rien. Revenez au vif du sujet. Ici, chez nous, au Québec, il y a du racisme systémique. Et c'est une honte.

    • Gilbert Paquette - Abonné 7 octobre 2020 04 h 47

      Enfin de la clarté et une mise au point nécessaire. merci Nadia Alexan

    • Éric Meunier - Abonné 7 octobre 2020 06 h 35

      C'est un peu comme le crucifix à l'Assemblée nationale: on le voulait bien comme souvenir mais on ne veut pas de la religion. C'est cute d'avoir du sang amérindien mais on grimace et détourne Le regard de leurs problèmes.

    • Pierre Rousseau - Abonné 7 octobre 2020 08 h 04

      C'est bien tentant de pointer le doigt vers l'autre mais on oublie un peu trop facilement qu'on voit la paille dans l'œil du voisin mais pas la poutre dans le sien. De plus c'est contre productif. J'ai vécu 30 ans dans le ROC, surtout en milieu autochtone, et les Canadiens des autres provinces ne sont pas pire que les Québécois, ni mieux. C'est un fait que dans le ROC, le fossé entre les non autochtones et les autochtones est moins grand, ce qui permet de meilleures interactions entre les deux nations mais, encore là, les résistances du côté de la société dominante sont très grandes. Enfin, du côté du ROC vous allez aussi trouver beaucoup d'exemples d'acceptation de l'autre, en particulier sur la côte ouest, appelée aussi Lotus Land...

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 7 octobre 2020 11 h 22

      Il y en a pour qui l'utilisation d'une étiquette est plus importante que le fond du probléme. Comme si ça réglait la question, surtout quand cette étiquette est importée des USA !

      Pour ma part, je préfère l'étiquette de "racisme larvé" chez une partie de la population... Vous savez le même qui perdure également au Canada anglais depuis plus de deux siècles à l'égard des descendants des "Anciens Canadiens".

      On est toujours l'Iroquois de quelqu'un chantait le poète...

    • Christian Roy - Abonné 7 octobre 2020 11 h 25

      Ce que les Boomers ont conservé de l'obsuratisme prérévolutionnaire, aussi bizarre que cela puisse paraître, est le sentiment profond d'être LE peuple choisi et sans tache - au risque de disparaître, d'être assimilé.
      Un peuple qui dissimula au regard les conquérants anglais un narcissisme grandiose religieusement entretenu. C'est envers les peuples voisins (authoctones ou de descendances européennes) que les Canadiens français ne cessèrent de se mesurer, s'abusant eux-mêmes pour conserver le beau rôle. La révolution "québécoise" (On est Québécois ou ben on l'est pas) fut vécue comme une revanche à la fois contre le moralisme catholique invasif et la domination économique anglophone.
      Remettre aujourd'hui en question "l'innocence" et la supériorité morale des Boomers est vécu comme une véritable insulte ainsi qu'une menace existentielle. Les Québécois doivent être reconnus comme des êtres exceptionnels, supérieurs et sans tâche, à défaut de quoi ils seront anéantis. C'est le Retour du refoulé: triste rappel de ce qui attendait les pécheurs d'autrefois. Vous savez, cet endroit où trône les mots: "Toujours Jamais"

      Reconnaître qu'il existe au Québec du racisme systémique c'est comme dire au Québécois qu'ils sont à la fois ni supérieurs ni inférieurs aux autres peuples de la Terre...Désillusion qu'ils vivent comme une faute impardonnable, leur faisant perdre leur statut d'Enfants préférés de Dieu et les exposant ainsi aux périls de l'Enfer. C'est dire au Boomers qu'ils ne sont pas le centre du monde et de l'Histoire. Voilà un échec honteux en terme laïc, un péché mortel en terme religieux.

      Le racisme "systémique" est vécu pour plusieurs comme une tare inavouable, une condamnation sans appel, la chute d'un pied d'estale.

      Ne demandez surtout pas à M. Legault d'adopter cet épithète. Systémiquement trop menaçant pour l'Égo collectif.

    • Pierre Fortin - Abonné 7 octobre 2020 13 h 23

      Il y a distorsion cognitive et distorsion affective.

      Quand on porte des accusations on devrait être en mesure de les qualifier par une démonstration et une argumentation conséquentes, précisément ce qui fait défaut quand il est question de racisme. Les actes racistes sont évidents par eux-mêmes, mais les accusations de racisme n'apportent que confusion quand on leur accole le qualificatif "systémique" sans être capable d'en définir le sens.

      Que le racisme existe au Québec est une triste et répugnante réalité — qui n'en a jamais été témoin ? Mais prétendre, chaque fois qu'un acte raciste se produit, qu'il est systémique sans démontrer en quoi ce racisme fait système est un non-sens. Entend-on par là que le système dans son ensemble est raciste ? C'est pourtant le sens premier de ce mot.

      On s'accroche aisément à ce mot fourre-tout qu'on semble incapable de définir avec précision tout en jouant de la très forte dimension affective dont il est chargé. Comment s'étonner alors qu'on baigne dans la confusion ? Et comment dénouer ce nœud gordien si aucun dialogue intelligent n'est engagé sur des fondements rationnels clairs ?

      Ceux qui portent l'accusation de racisme systémique ont le fardeau de démontrer que ce racisme fait système avant d'exiger qu'on se plie à leur appréciation, par ailleurs tout à fait légitime, mais fortement teintée d'émotivité. Il faudrait commencer par nommer les choses correctement si on veut arriver à remédier à ce problème qui répugne à tous.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 octobre 2020 14 h 49

      M. Rousseau, non seulement j'ai passé plus de temps que vous dans le ROC, je suis né en Ontario et je suis Franco-Ontarien de la 3e génération. Disons poliment que j'ai une bonne idée de ce qui se passe là-bas. En plus, j'ai enseigné à des enfants autochtones pendant des années et j'ai côtoyé les parents qui venaient des infâmes réserves comme Attawapiskat. On aurait dit qu'ils venaient tout droit des pires pays du tiers monde ou de pays en guerre civile.

      Des Joyce Echaquan, il y en a des centaines dans le merveilleux royaume du ROC, mais les racistes ont appris à mieux se cacher pour le faire et contrôler la situation contrairement aux Québécois. Que voulez-vous, l'élève n'est jamais supérieur au maître anglo-saxon dans ce domaine. Des autochtones abattus par la police dans des conditions suspectes, eh bien, c'est chose courante, même dans la petite ville de 50 000 personnes où je vivais. Mais ce sont les instances policières qui filtrent les informations qui sont disponibles à la population et donc, la vérité n'est jamais connue.

      La meilleure que j’ai entendu là-bas, c’est quand l’industrie nucléaire canadienne voulait enfouir dans le nord de l’Ontario, ses déchets nucléaires hautement radioactifs dans des anciens puits de mine. Et devinez où? Justement à côté de réserves indiennes. Je m’étais joins à un comité qui était contre l’enfouissement de déchets nucléaires dans le nord de l'Ontario et c’est là où j'ai appris cette nouvelle. Oui, « priceless ».

    • Marc Therrien - Abonné 7 octobre 2020 17 h 47

      Heureusement, madame Alexan et monsieur Dionne, que nous sommes finalement restés dans ce pays du Canada. Ainsi, en cherchant à se consoler en se comparant, on peut moins souffrir de se désoler en se regardant.

      Marc Therrien

    • Pierre Fortin - Abonné 7 octobre 2020 18 h 44

      Le racisme est-il systémique au Québec ?

      Il est d'abord constitutionnel au Canada. La Loi sur les Indiens n'est pas une vue de l'esprit.

    • wisner Joselyn - Abonné 7 octobre 2020 20 h 24

      Je crois que Lincoln Alexander était le premier noir élu en 1968 au parlement du Canada (député de Hamilton). Le premier noir à être élu provincialement l'était en CB.

  • Léonce Naud - Abonné 6 octobre 2020 16 h 01

    Une nation métisse

    François Legault a raison de penser qu'il ne convient pas d'accuser de racisme systémique la nation la plus métissée d'Amérique du Nord.

    • Pierre Desautels - Abonné 6 octobre 2020 22 h 43


      C'est faux. Il y a eu autant de métissage au Canada et aux U.S.A. qu'au Québec.

    • Léonce Naud - Abonné 7 octobre 2020 08 h 48

      Pierre Desautels : çà semble vous faire de la peine, que le Québec soit la nation la plus métissée d'Amérique du Nord. Pourtant, les Anciens Canadiens se sont conduits ici tout comme ils l'ont fait au Manitoba, où ils ont créé avec les Indiennes la Nation métisse. Les Métis de l'Ouest, Gabriel Dumont et Louis Riel, vous connaissez ? Les Français ont été amis et alliés de presque toutes les tribus autochtones de l'Atlantique au Pacifique. Le niez-vous ? Pour quelle raison le grand chef Indien Pontiac a-t-il durant trois ans (1763-1766) mené une guerre sanglante contre les Anglais ? Réponse : pour que le Roi de France reprenne possession de son Empire en Amérique. Qu'en dites-vous ? Çà aussi, vous ne pouvez l'admettre ?

    • Pierre Desautels - Abonné 7 octobre 2020 11 h 00


      Le métissage ne s'est pas seulement produit entre Français et Autochtones en Amérique du Nord. Des gens de toutes couleurs et de nations différentes y ont participé. C'est très réducteur et simpliste comme analyse, les bons Français et les méchants Anglais. C'est bien plus complexe que ça.

    • Léonce Naud - Abonné 7 octobre 2020 13 h 02

      Pierre Desautels : inutile de tenter d'obscurcir ce qui est clair.

      « Alors que les Espagnols ont massacré les Indiens et que les Anglais les ont chassés, les Français les ont épousés ». Francis Parkman, historien américain (1823-1893)

    • Pierre Desautels - Abonné 7 octobre 2020 18 h 12


      Pas si clair. Quand on cherche un peu, on finit toujours par trouver un historien parmi tant d'autres pour conforter son idéologie et on les cite quand ça fait notre affaire. Mais, dans le cas de Parkman, il s'est vivement opposé au droit de vote des femmes, et longtemps après sa mort, ses textes contre ce droit ont été repris. C'est ben pour dire.

    • Léonce Naud - Abonné 8 octobre 2020 05 h 53

      Cher M. Desautels : votre façon de réfléchir est singulière ; la logique m’en apparaît absente. Mais passons. Alors, puisque vous récusez Parkman, voyons comment les Iroquois eux-mêmes voyaient la différence entre Anglais et Français, peu avant la Guerre de Sept Ans (1756-1763).

      En 1754, trois nations Iroquoises soulèvent à nouveau la crainte de l'expansion britannique : « Ignorez-vous, nos frères, quelle différence il y a entre notre Père et l'Anglais ? Allez voir les forts que notre Père a établis et vous y verrez que la terre sous ses murs est encore en terres de chasse, ne s'étant pas placé dans celles que nous fréquentons que pour nous faciliter nos besoins; lorsque l'Anglais au contraire n'est pas plutôt en possession d'une terre que le gibier est forcé de déserter, les bois tombent devant eux, la terre se découvre. » L’Amérique du Nord est remplie de ce genre de constatations et votre dérisoire vindicte n’y pourra rien changer.

      Source : Conseil secret tenu à Montréal par les Onneiouts, Tuscarorens, Goyogouins avec les [Iroquois] domiciliés, 23 octobre 1754. Archives des Colonies, série Cl la, Vol.99, folio 391-392. Correspondance générale. Archives nationales du Canada.

    • Serge Pelletier - Abonné 8 octobre 2020 16 h 47

      M. Naud, où avez-vous puisé cela? Toutes les études sérieuses relèvent que cette affirmation est un mythe en regard des canadiens-français (anciennement canayens) d'origine française. Ces études font mention d'un pourcentage jouant de 1.5% à 2% de la population habitant le territoire du Québec.

      Pour le Québec, bien que l'immigration massive semble augmenter ce pourcengage. Ceci n'est en fait qu'un semblant: les gens d'une même origine ethnique, bien qu'ici depuis un certain temps, se marient majoritairement entre-eux... et cette situation est encore plus marquée pour les immigrants du Maghreb et de l'espace sud-saharienne.

      Cette dernière situation est aussi similaire pour le ROC.

      Malheureusement, le mythe est tenace, vous en êtes la preuve.

    • Léonce Naud - Abonné 8 octobre 2020 20 h 42

      Serge Pelletier. - Je connais l’étude dont vous faites état mais je n’ai jamais cru à ses conclusions. Là-dessus, un certain Guy O’Bomsawin a écrit un Commentaire éclairant dans Le Devoir du 9 janvier 2020. Selon cet Indien Abénaki :

      « Le registre fédéral d’inscription des Autochtones a été créé et mis à jour à partir des recensements effectués ponctuellement au sein des collectivités amérindiennes par ses propres agents sans, toutefois, que ceux-ci aient systématiquement tenu compte de l’origine de leurs membres. Comme les compteurs ont été remis à zéro lors du plus récent exercice, qui a été mené au siècle dernier, il est renversant de savoir que le nombre officiel d’Abénakis, à l’ADN indéniablement teinté de signatures polycontinentales, était de 365 en août 1945.

      « Sous cet angle, il est évident que le Canada a radicalement réduit les populations dites aborigènes non pas par la force, mais par une comptabilité créative. C’est pourquoi il est logique d’affirmer que le Québec pullule à ce compte de centaines de milliers de citoyens d’origine autochtone officieusement hors réserves, comme en témoignent le fait de voir dans de nombreuses municipalités un nombre étonnant de gens qui ont franchement les traits et la couleur de peau qui caractérisent les Amérindiens... à tel point, d'ailleurs qu'on se croirait au coeur d'une collectivité autochtone ! Ces « oubliés » sont donc légions. »

      Je suis un ancien professionnel en recherche sociale au Ministère fédéral des Affaires indiennes à Ottawa. C'est à cet endroit que j'ai appris à ne plus seulement voir des gens mais à distinguer des races. Revenu à Québec, j'ai bien vu qu'il y avait des tas de Québécois qui étaient manifestement d'ascendance autochtone, sauf que personne ne les remarque. Au Conseil exécutif, j'ai vu tout de suite que notre sous-ministre était un pur Indien, mais personne ne l'avait remarqué. À ma connaissance, ce dernier est ensuite devenu président de la Bourse de Montréal.

    • Pierre Desautels - Abonné 8 octobre 2020 22 h 01


      "Revenu à Québec, j'ai bien vu qu'il y avait des tas de Québécois qui étaient manifestement d'ascendance autochtone, sauf que personne ne les remarque."

      Pardieu, c'est une belle observation, vous avez des pouvoirs "manifestement" insoupçonnés...

  • Roger Gobeil - Inscrit 6 octobre 2020 16 h 20

    Rabaisser le Québec

    Vous n'en ratez jamais une? Partir d'un horrible événement pour mettre tout ça sur le dos des Québécois et rabaisser le Québec. Triste.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 octobre 2020 07 h 59

      Encore une fois M. Gobeil, elle n'en manque jamais une de nous rabaisser. Mais elle est mêlée. Elle ne sait pas sur quel pied danser. Est-ce la pandémie ou bien l’appellation du racisme systémique qui semble lui réchauffer son cœur multiculturaliste bien « canadian ». Oui, misère.

      Ceci dit, c’est comique d’entendre l’auteure dire que c’est à cause de la Révolution tranquille au Québec que les Québécois sont supposément devenus des racistes à la sauce du KKK. Wow ! Quel « leap of faith » comme il le dise si bien à son université où elle enseigne, Concordia.

      Dans ce Canada qui nous été imposé, nous agissons comme des êtres doubles. Nous accueillons en nous l'oppresseur. Nous pensons comme les colonialistes du Canada en faisant nôtre leur vision du monde. Nous avons peur de la liberté, peur de courir le risque d'autre chose et de l'autonomie en vivant sur notre grande réserve. Nous avons plutôt tendance à nous adapter, à faire comme les autochtones sans pour autant arriver à une solidarité authentique parce que nous avons peur d'être. Si les conquérants pratiquent le racisme systémique, on fait de même. Nous sommes maintenant immergés dans l'ordre établi par le Canada à son profit et nous n’en voyons pas la réalité.

      Il faut le dire, le racisme systémique envers les autochtones découle de l’infâme Loi sur les Indiens et de son sous-produit, les réserves. C’est le fil conducteur de tous les déboires des autochtones et pourtant, ils entretiennent volontairement cet apartheid et cette ségrégation en vivant dans un autre monde juste à côté de nous. Et devinez qui sont pour la continuité de ce régime d’apartheid qui ressemble étrangement à celui de l’ancienne Afrique du Sud? Oui les chefs des conseils de bande et le gouvernement fédéral.

      Pour finir, tant que nous n'aurons pas localisé en nous-même la présence de l'oppresseur et tant qu'on n'a pas acquis notre propre conscience, il aura des attitudes fatalistes face à sa propre situation et les autres.

    • Christian Roy - Abonné 7 octobre 2020 16 h 23

      Rabaisser le Québec M.Gobeil ?

      Et pourquoi pas plutôt le responsabiliser ?

      Comme si le fait d'entretenir un racisme "systémique" n'était pas notre fait, à la sauce ni canadienne ni américaine mais bel et bien québécoise.

      Le sentiment de culpabilité mine la perception que nous avons de nous-mêmes en tant que peuple.

      Il est temps de grandir, reconnaître nos déviances sans s'auto-flageller pathologiquement, et réparer systémiquement les tords que nous commettons envers des peuples qui sont fondamentalement nos égaux. Nous nous devons bien cela !

      Debout Québec ! Soit proactif ! Sois antiraciste ! Arrête de t'appitoyer sur ton passé... et comme dirait l'Autre: "Lève-toi et marche !"

    • Pierre Desautels - Abonné 7 octobre 2020 19 h 37


      Tout ça sur le dos du Québec? Vous êtes de mauvaise foi. Sur la défensive, tout le temps, ça sert à quoi? Au lieu de prendre nos responsabiltés de Québécois, fiers et forts. Tous les complexés du Québec qui n'arrêtent pas de se plaindre des autres devraient plutôt prendre leur place, ni plus, ni moins. Arrêtez de pleurnicher.

  • Yves Rousseau - Abonné 6 octobre 2020 17 h 15

    Chronique désuète

    François Legault vient de présenter ses excuses à la famille et à la nation.
    Vous auriez du attendre avant de publier, Mme Pelletier.

    Perso, je suis anti-racisme. Point barre.
    Je n'ai pas besoin d'ajouter le mot à la mode «systémique» pour avoir des convictions.

    «Systémique» est davantage un frein au dialogue qu'une voie de résolution.

    Tout est «systémique» dans notre société : économie, politique, éducation, médias etc.
    Dire que le racisme est «systémique» est une évidence digne du mot de La Palice...
    Ça peut faire du bien aux «bien pensants», mais n'ajoute rien dans la lutte pour une société plus juste.

    • Christian Roy - Abonné 7 octobre 2020 11 h 35

      Éducation: exemple du système scolaire à trois /quatre vitesses purement québécois et qui fait en sorte qu'une partie de notre jeunesse hérite "d'écoles-poubelles". Est-ce faire justice ?

      Perso, je suis anti-privativation. Et promoteur d'une École commune, mixte, citoyenne et publique mur-à-mur !

      Mais ça, c'est une autre histoire.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 7 octobre 2020 11 h 42

      ""Systémique" est d'avantage un frein au dialogue qu'une voie de résolution.". Bravo M. Rousseau, tout et dit dans cette phrase.

    • Roselyne Escarras - Abonnée 7 octobre 2020 12 h 26

      Si le racisme systémique est évident, pourquoi ne pas le nommer ?

      Ma mère, catholique pratiquante me disait en parlant des africains, alors que nous habitions chez eux, en Côte d'Ivoire : "Les africains sont nos frères mais pas nos maris". Voyez-vous la différence entre la fratenité et une entière égalité dont on n'aura même plus besoin de parler ? Et cela pour ne pas offenser une partie de la société qui a une attitude basée sur des préjugés et une méconnaissance scientifique.

      On part d'une différence minime dans notre humanité pour justifier une inégalité sociale

      Je m'échappe un peu : En parlant des propos de nos voisins du sud que le monde et nous-mêmes avons adoptés, pourqoui Obama est-il "noir" ? Alors qu'il est métis ? Il s'agit d'un peu plus de mélanine dans la peau, liée à un gène adapté au climat. Un caractère secondaire pour créer un scission dans l'humanité. Bon , Obama était président. Alors on lui accorde un certain crédit. Mais les anonymes ? Ils sont sales, alcooliques, inintelligents, pas civilisés...
      C'est pareil pour les autochtones, on dit lamême choses

      Ceci dit, au Québec,c'est vrai que l'on est ouvert à d'autres valeurs et que la Révolution tranquille (pas toujours tranquille) y a joué pour quelque chose. Mais on n'est pas des saints. Sachons redresser la tête en combattant et cottigeant nos faiblesses.

  • Huguette Jean - Abonné 6 octobre 2020 17 h 19

    Bravo!

    Il faut appeler les choses par leur nom!
    On a tous quelque chose à se reprocher.
    Merci d'avoir osé....

    • Claude Bariteau - Abonné 7 octobre 2020 07 h 27

      La lecture de Mme Pelletier part de la prémisse qu'il y a un peuple composé d'ex-canadien-français, avant d'ex-canadiens et d'ex-français, auquel se sont greffés d'autres habitants par métissage ou autrement.

      Par définition, cette prémisse morcelle la population du Québec en sous-groupes, les uns plus volumineux, les autres beaucoup moins. Mme Alexan a raison de signaler que l'on retrouve du racisme pratiqué par tous les membres de ces sous-groupes pour assurer leur distinctitvité.

      Par contre, elle a aussi raison de souligner que les lois du Québec ne prônent pas le racisme systémique, ce qui peut par ailleurs s'exprimer dans les us et coutumes des différents sous-groupes.

      Il y a des motifs qui expliquent ces faits. L'un d'eux est l'inexitence d'une citoyenneté québécoise en l'absence d'un État indépendant qui la promeut. Bien sûr, une citoyenneté ne corrige pas tout. Par contre, elle constitue une assise pour assurer une réelle égalité entre les citoyens et les citoyennes, mais surtout un « vivre ensemble » qui brise au quotidien les clivages associés à l'auto-valorisation des sous-groupes.

      Mme Pelletier illustre son propos en ciblant les Québécois d'origine canadenne-française qui seraient devenus promoteurs de leur sous-groupe. Elle pourrait faire le même constant avec tous les sous-groupes et elle le sait. Ce serait par contre différent dans un univers politique autre que provincial dont les contours de la citoyenneté et des droits des ayants droits sont définis par le Canada.

      À mon avis, s'il y a un reproche, c'est le refus de se doter d'un État indépendant et d'une citoyenneté québécoise, qui aurait ouvert la voie à créer au Québec un « vivre ensemble » partagé, ce qui demeure de l'ordre du possible pour quitter un pays, le Canada, qui prône depuis 1982 une citoyenneté d'ayants droit dans un État post-national dont seules les Premières Nations sont reconnues pour des fins politiques.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 octobre 2020 11 h 02

      Il n'y a aucune mérite à appeler les choses par le nom qu'on leur donne sans égard à ce qu'elles sont.

    • Léonce Naud - Abonné 7 octobre 2020 12 h 23

      Huguette Jean : si on a tous des choses à se reprocher, çà vaut pour les autochtones également, n'est-il pas ?

    • René Pigeon - Abonné 7 octobre 2020 13 h 47

      à monsieur Bariteau :
      Si "Elle pourrait faire le même constant avec tous les sous-groupes", pourquoi "serait-ce différent dans un univers politique autre que provincial dont les contours de la citoyenneté et des droits des ayants droits sont définis par le Canada" ?
      La plupart des Québécois francophones agissent comme s'ils étaient citoyens du Québec, citoyens d'une nation dans laquelle ils se reconnaissent partager une responsabilité commune.

    • Claude Bariteau - Abonné 7 octobre 2020 17 h 53

      M. Pigeon, agir au Québec comme si on est citoyen d'une nation imaginaire dit précisément qu'on n'est pas des citoyens du Québec. Pire, la notion de « nation » a des connotations différentes selon les quatre partis politiques, mais aussi selon les personnes qui recourent à ce concept au Québec.

      À quelle conception de la « nation » faites-vous écho ? À celle des descendants des canadiens-français et des personnes assimililées ? Aux gens de l'immigration récente et passé, aux Premières Nations, aux Anglo-Québécois ? À tous les habitants qui vivent au Québec ?

      Une nation, telle la nation américaine ? La nation française ? La nation mexicaine associée au concept de métissage qui promeut son unité à l'aide des symboles de l'État mexicain ? Ou toute autre nation référant aux citoyens et citoyennes d'un État indépendant ?

      Dans cet univers -il y a plus de 190 Nations reconnues associées aux États indépendants reconnus-, agir « comme si » n'a pas de fondement juridique et la citoyenneté n'existe pas même si ce terme est utilisé.

    • Serge Pelletier - Abonné 7 octobre 2020 18 h 34

      Pour faire partie d'une nation, encore faut-il n'en avoir qu'une. Comment voulez-vous qu'une personne s'identifie à la nation canadienne, ou à ce que certains nomment québécoise. Les double, triple, quadruple citoyennées sont à la mode dans ce Canada de Trudeau...

      Prenez, hier, un libanais de naissance, ici depuis 5 ans (1), me disait que la semaine prochaine il retournait au Liban. Je lui ai fait remarquer que ce n'était pas "le bon temps pour y prendre des vacances". Réponse: "mais, je n'y fais pas en vacances, j'y habite pratiquement à l'année". Moi: " mais cela est risqué pour un canadien d'être là dans ces temps-ci, sans parler que les subventions que vous recevez pour vos enfants, etc. qui sont versées par les GV du Canada et du Québec risqiuent fortement d'être coupées".. Réponse: "Aucun problème avec cela, je quitte ici en prenant mon passeport libanais, j'arrive au Liban en prenant mon passeport libanais, et je dis aux douaniers libanais que j'arrive de vacances à l'étranger".

      Croyez-vous qu'il est le seul dans ce cas, qu'il y a juste des libanais dans ce cas. Que non. Et le phénomène va en grandissant: canadien (et québécois) de passage pour les avantages, mais pour le restant "on est si bien chez-nous, et cela même sous les bombes et les arnarques"

      (1) possède une adrese ici. Mais de présence physique uniquement en "visite".

    • René Pigeon - Abonné 8 octobre 2020 11 h 26

      À monsieur Bariteau :
      La distinction entre « nation imaginaire », une nation en devenir, et « nation juridique » a sans doute un effet sur les mentalités et les comportements. Mais le sentiment que la majorité des Québécois ont de se reconnaitre entre eux (tous ou en majeure partie), de partager une responsabilité commune et d’agir en conséquence est le signe d’une « nation imaginaire » pour les juristes mais réelle pour ceux qui s’identifient à cette nation à venir. À titre d’exemple, la volonté de souveraineté manifestée par ses partisans indique que certains de nos concitoyens agissent comme s’ils étaient déjà citoyens d'une nation à venir, donc imaginaire sur le plan de la réalité juridique, mais réelle dans la réalité de leur quotidien.

      La distinction entre « tous les habitants qui vivent au Québec » ou une fraction majoritaire du total n’est pas essentielle à cet argument. Dans toute nation juridique, il existe une minorité qui ne se reconnait pas membre à part entière de la nation juridique. Exemples : 1- les Canadiens n’ont pas attendu 1947 ou 1931 pour délaisser le statut de sujet de l’Empire pour se comporter en citoyens ; 2- plusieurs « snow birds » se perçoivent, au sens juridique du terme, d’abord comme des Américains et seulement comme des Canadiens lorsqu’ils déclarent leurs impôts ou bénéficient de l’assurance maladie ; 3- les premiers Canadiens n’ont pas attendu que les Français du royaume les considèrent ainsi pour se reconnaitre un peuple canadien.

      (En parlant de nation, je faisais allusion à ce que les gens pensent et font et non à ce que je pense et veux personnellement.)

    • Claude Bariteau - Abonné 8 octobre 2020 19 h 43

      M. Pigeon vous m'étonnez en affirmant que vous savez ce que les gens pensent et font. Encore plus lorsque vous affirmez que les « Canadiens » n'ont « pas attendus 1947 ou 1931 pour délaisser le statut de sujet de l'Empire pour se comporter en citoyens ».

      Expliquez-moi alors pourquoi ils ne ne se sont pas mobiiisés et que seuls les dirigeants du Dominion ont choisi de se détacher de l'emnpire en 1931 et créer une citoyenneté canadienne en 1947 ?

      Expliquez-moi aussi comment vous savez ce que les gens font et pensent et que ce qu'ils font et pensent, selon vous, n'a rien à voir avec ce que vous pensez et voulez ?

    • Serge Pelletier - Abonné 8 octobre 2020 21 h 35

      Mais M. Bariteau, ce M. Pigeon est comme son idole Trudeau, il en fume du bon.