L’autre austérité

Il y a un an, le premier ministre Legault avouait candidement qu’il ne s’attendait pas à ce que la première année de son mandat soit aussi facile. Il savait très bien que cela ne pouvait pas durer, mais il ne s’attendait certainement pas à ce que la guigne de la deuxième saison familière aux amateurs de sports s’acharne sur lui à ce point. Ce que nos voisins américains appellent le « mid-term blues » n’est généralement pas aussi noir.

Les débats sur la laïcité ou l’immigration étaient de la petite bière en comparaison de la crise sanitaire des derniers mois. En octobre 2018, le gouvernement Couillard avait laissé les finances publiques dans une situation qu’enviaient toutes les autres provinces, et le rythme de croissance de l’économie québécoise a surpassé la moyenne canadienne au cours de l’année suivante. Aujourd’hui, des milliers d’entreprises luttent pour leur survie et le retour à l’équilibre budgétaire ne viendra pas avant cinq ans.

Après la morosité des années Barrette, on s’est félicité de la bouffée d’air frais que l’arrivée de Danielle McCann a apporté au réseau de la santé, mais elle n’a pas résisté à la tempête. Elle manquait peut-être de la poigne nécessaire, mais on se demande encore comment sa collègue responsable des Aînés, Marguerite Blais, a pu survivre à l’hécatombe dans les CHSLD.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a eu du mal à défendre le bien-fondé de l’implantation des maternelles quatre ans, dont M. Legault avait fait une question presque existentielle pour son gouvernement, mais les incohérences dénoncées par l’opposition paraissent bien légères à côté des ratés dans la gestion des écoles au printemps dernier.

  

Dans son point de presse de jeudi, M. Legault a souligné le deuxième anniversaire de son arrivée au pouvoir en remerciant les Québécois de lui avoir conservé leur confiance. Le sondage Léger du début de septembre indiquait en effet que 76 % d’entre eux avaient toujours une bonne opinion du premier ministre, et la CAQ était créditée de 48 % des intentions de vote.

Après six mois de pandémie, un taux de satisfaction aussi élevé était inespéré, mais qu’en sera-t-il après une deuxième vague ? Quand le sondage a été effectué, les Québécois sortaient d’un bel été, dont ils avaient profité sans trop se soucier du virus, se berçant de l’espoir qu’il avait été vaincu, qu’à tout le moins le pire était passé. Le réveil est brutal.

Quand il est devenu premier ministre, M. Legault leur avait dit qu’ils pouvaient être « les meilleurs » et les succès de la première année de son mandat semblaient appuyer ses dires. Le bilan de la première vague y aapporté un cruel démenti. Dans la lutte contre la pandémie, la performance du Québec a été de très loin la plus mauvaise au Canada et une des pires au monde, quoiqu’en dise le premier ministre.

Que la population ait accueilli un tel fiasco avec autant d’indulgence et accepté si facilement ses explications tient du prodige. M. Legault a déjà commencé à justifier la plus grande difficulté du Québec à contrer la deuxième vague en montrant à nouveau du doigt la semaine de relâche de mars dernier. Malgré sa grande force de persuasion, il lui faudra trouver mieux. Il vient un moment où la bonne volonté ne suffit plus ; il faut aussi des résultats. Dans la même situation, Philippe Couillard aurait été cloué au pilori.

  

Tout le monde comprend que lutter contre le virus tout en laissant les écoles ouvertes et en minimisant les dommages causés à l’économie est plus compliqué que de tout fermer. Il est normal que les consignes s’ajustent à l’évolution de la pandémie, mais les principes sur lesquels s’appuient les décisions du gouvernement doivent être mieux définis que le « gros bon sens », et les sacrifices exigés doivent paraître équitables. Si le milieu de la culture s’est insurgé avec une telle unanimité contre la fermeture des salles de spectacle, des bibliothèques et des musées, c’est précisément parce qu’ils n’en ont pas l’impression.

Le gouvernement est bien conscient de la lassitude grandissante de la population, que la perspective d’un long hiver dans l’isolement et d’un Noël gâché ne peut qu’aggraver, mais il faut être bien optimiste pour croire que les consignes imposées lundi dernier seront levées à la fin du mois. L’austérité peut prendre différents visages et la nouvelle mouture est nettement plus désagréable que celle d’il y a quatre ans. Qu’elle soit le lot de toute la planète ne la rend pas moins pénible à vivre. Le malheur des uns ne fait pas nécessairement le bonheur des autres.

Correction : Dans ma chronique de jeudi, j’ai erronément attribué à la maison Léger un sondage portant sur la course à la chefferie du PQ qui accordait 31 % des intentions de vote des membres et sympathisants péquistes à Sylvain Gaudreault et 26 % à Paul Saint-Pierre Plamondon. Le sondage a plutôt été réalisé par la firme Segma et a été commandité par l’équipe de M. St-Pierre Plamondon. Toutes mes excuses.

13 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 3 octobre 2020 04 h 14

    Grand coup de barre requis

    Il est insensé d’espérer qu’en répétant les mêmes erreurs on en arrivera à des résultats différents. Le temps est venu pour le gouvernement du Québec de donner un grand coup de barre pour que le Québec cesse d’être le dernier dans la parade canadienne et mondiale de la morbidité reliée à la COVID-19.
    Il faut éliminer le fiasco administratif des zones multicolores, et à teintes variables en plus, qui sont une source de confusion et de fausse sécurité dans la population. Les milliers de consignes à géométrie variable et dosées de ‘’gros bon sens’’ qu’elles génèrent sont dangereuses et doivent disparaitre au plus vite.
    Pour reprendre le devant de la parade pendant la deuxième vague, le temps est arrivé de simplifier les choses et d’appliquer sur tout le territoire ‘’unicolore’’ de la province les seules méthodes de protection connues à date contre le virus. Le port du masque dans tous les endroits publics intérieurs et extérieurs, la distanciation qui doit cesser d’être une échappatoire pour enlever le masque et l’hygiène des mains.
    Toute application partielle et trop timide des règles sanitaires requises aboutira au même endroit que celles des républicains américains qui ont levé le nez sur les menaces du virus. Ils tombent comme des mouches. On continuera à en payer le prix le plus cher au Canada et au monde avec la vie des Québécois.
    Le leadership demande parfois de prendre des décisions difficiles, impopulaires et qui ne paraissent pas à prime abord payantes aux urnes. Dans le cas présent elles causeront des levées de bouclier, mais en bout de piste sauveront des vies en plus de permettre les activités sociales et économiques normales, mais en portant le masque, pour l’avenir prévisible.

    • Jean Lacoursière - Abonné 3 octobre 2020 08 h 40

      Bon sang, calmez-vous !

      Voir si porter un masque quand on va prendre une marche dans un parc va faire une différence dans cette pandémie.

      Ce matin, il y a au Québec 5-6 fois moins d'hospitalisations que ce printemps.

      Ceci est un marathon. Les mesures qui ne sont pas soutenables à long terme sont inutiles, voire contre-productive.

      Le problème en est un de gestion des ressources humaines, un manque d'agilité du système de santé.

    • Benoit Samson - Abonné 4 octobre 2020 08 h 30

      C’est avec grand calme effectivement qu’il faut analyser et répondre au problème auquel on fait face, mais pas celui de l’autruche, apaisée la tête dans le sable.
      Se réjouir que l’on ait moins d’hospitalisations qu’au pire de la pandémie n’élimine pas le fait que l’on est toujours à la queue du peloton canadien et mondial. Eux aussi ont moins d’hospitalisations tout en continuant, comme nous à enterrer leurs morts.
      Répéter les mêmes actions et espérer un résultat différent est insensé.

    • Jean Lacoursière - Abonné 4 octobre 2020 14 h 09

      Obligez la population à porter un masque dehors, alors que ses effets bénéfiques ne sont même pas si spectaculaires que çà à l'intérieur, et vous verrez si les gens restent calmes.

      Ce que j'ai énoncé n'a rien à voir avec les autruches.

  • Francois Ricard - Inscrit 3 octobre 2020 06 h 16

    Gestion incohérente de la part de François "Dawson" Legault

    Gestion de crise :beaucoup d’incohérences et de décisions incompréhensibles.Les journaux aiment à répéter que s’attarder sur toutes ces incohérences et tous les questionnements qu’elles suscitent n’est rien d’autre que du complotisme, terme désormais plus que galvaudé pour désigner toute remise en question de la doxa qu’on nous prodigue.Méthode fort habile pour nous clore le bec et , par ricochet, pour conforter les gouvernants qui veulents’arroger encore plus de pouvoir au détriment des exigences démocratiques.
    D'autant plus que le tandem Legault-Arruda , de plus en plus, rend la population responsable de ce qui lui arrive,C'est la population qui est fautive...parce qu'elle n'a pas su obéir aux directives vagues et discordantes qu'on lui donnait.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 octobre 2020 12 h 24

      Vous êtes bien trop poli M. Ricard. Ce n’est pas une gestion incohérente, mais bien une incompétente qu’on nous a présentée au Québec. Pardieu, ils ont aucune idée où ils s’en vont avec tout cela et lorsque le désastre nous frappera pour une 2e fois par décembre, eh bien, ils blâmeront la population. Si le Québec était un pays aujourd’hui, nous serions au 3e rang dans le monde en ce qui concerne le nombre de décès par million de population même si on bénéficie d’un système de santé public et une densité de population très faible. En plus, on nous a attablé avec toutes sortes de mesures draconiennes qui ont donné de piètres résultats.

      Ceci dit, ils ont ouvert les écoles bien trop tôt. Tout semble être précipité et non réfléchi chez Legault et la CAQ, le parti d’un homme. Le nationalisme dont lequel il voulait se draper, eh bien, la couche de vernis était très mince avec sa subvention de près d’un milliard pour un cégep anglophone. Si seulement dans le merveilleux royaume du ROC, les Anglos étaient aussi gentils avec les francophones hors Québec qu'ils ont presque tous assimilés à ce jour.

    • Joane Hurens - Abonné 3 octobre 2020 14 h 50

      L’hypercentralisantion dans la fonction publique québécoise est un boulet dont un gouvernement soucieux d'efficacité veut se défaire s’il veut maximiser l’apport des ressources humaines de première ligne. Le dernier exemple de l’IUCPQ est éloquent avec la centralisation des tests de labo qui a engendré retard, cafouillage et de nouvelles éclosions. Tenter de régler ce problème de l’hypercentralisation des moindres décisions dans la fonction publique au cas par cas ne sera pas suffisant.
      C’est toute une culture organisationnelle qu’il faut changer. Le réflexe centralisateur des « grands commis de l’État » actuels doit être remplacé par le réflexe inverse. Et ce ne sont certainement pas ces derniers qui peuvent procéder à cette révolution nécessaire.
      La ministre responsable du CT doit créer une cellule de travail avec des acteurs qui ont connu une grande organisation reconnue pour son efficacité et la délégation des décisions par ceux qui sont sur le terrain. Cet exercice devra rassembler « les meilleures pratiques » de fonctions publiques décentralisées comme l’Autriche, l’Allemagne et ... le Canada.

      Tant que les hauts fonctionnaires croiront que les équipages de navires peuvent traverser des tempêtes quand le capitaine décideur est coincé sur le quai ou dans le bunker d'à côté, la fonction publique actuelle sera condamnée à la répétition d’échecs, au manque d’imputabilité et à la paralysie.

    • Serge Pelletier - Abonné 4 octobre 2020 01 h 36

      M. Dionne, non ce n'est pas de l'incompétence ou de l'inconhérence (ce qui serait hétérogène) . Ce sont ces deux tares simultanément, formant un tout autogène sur toutes les décisions ou mesures qui sont prises par ces piètres personnes.

      Deux choses semblent grandement échappées et ignorées aux journalistes supposément "professionnels", qui a leurs tours n'en mentionnent aucunement le fait et pas même pas l'ombre dans leurs communications. Le premier point touche sur "ce sont qui les petits copains politiques du Cabinet Legault - ce sont eux qui conseillent le P-M et filtrent tout ce qui se rend à lui. Le deuxième point, c'est remarquable que c'est l'argument du toujours "c'est la Santé publique qui décide" pour toutes les décisions., alors que l'on ne voit jamais le nez de ces personnes. À titre d'exemple: Roberge, le ministre de l'Éducation, n'arrête pas de répéter que c'est la Santé publique qui décide, et pas lui. Pourtant, c'est lui qui a ordonner d'ouvrir les classes, et Legault qui en fait le "obligatoirement coûte que coûte le obligatoire"... et quand cela tourne au cauchemard, c'est la Santé publique qui décide avec le "pas moé pantoute" par ces politiciens là. Étrange quand même.
      Étrange aussi que le Arruda soit encore en poste, avec un "contrat blindé et or" jusqu'à sa retraite toute auusi "blindée et or". La semaine dernière, il se préparait à donner une conférennces aux petits amis corpotatifs moyennant un 50$ supplémentaires aux participants... Quand l'histoire a sortie dans un quotiden (la Presse), il a annulé sa participation et a remboursé le 50$... Il disait, le Arruda en question, pour se défendre qu'il ne savait pas que la situation était critique, et que l'ayant appris il a annulé sa présence à la conférence... Cela ne semble pas inquité du tout les journalistes "professionnels" de cette piètre reprise des agissements qu'il (Arruda) a fait se trouvant au Maroc en début de crise... au lieu d'être à son bureau pour diriger de près ses subalterne

  • René Bourgouin - Inscrit 3 octobre 2020 06 h 51

    Toute la planète? Pas du tout!

    Vous faites de la désinformation ici

    Ce n'est pas le lot de «toute la planète».

    La plupart des provinces canadiennes ne vont pas aussi loin. La Floiride a mis fin à à peu près toutes es mesures. Un pays comme la Suède a choisi une toute autre approche.

  • Marc Therrien - Abonné 3 octobre 2020 10 h 29

    La lassitude de la peur pourrait renforcer le désir du risque de jouir de la vie


    On comprend, entre autres, avec le texte d’Yves Gingras, dans le Devoir de philo d’aujourd’hui, que la « machine » se soit emballée sous l’effet de la peur qui se voulait heuristique. Le problème à venir sera de découvrir si cette « machine » sera capable de se ressaisir et de reprendre ses esprits et son sang froid quand de nouvelles données épidémiologiques pourront lui laisser penser qu’il n’y a plus lieu de paniquer et que le Réseau de la Santé sera capable d’assumer et de gérer ce nouveau risque pour la santé ou nouvelle menace pour la réduction de l’espérance de vie, c’est selon. Du côté des citoyens, il est fort possible que la lassitude de la peur renforce le désir de prendre le risque de jouir de la vie avant de mourir, car depuis son apparition, l’être humain ne s’arrange pas si mal avec le tango de la pulsion de vie et de la pulsion de mort.

    Marc Therrien

  • Roger Gobeil - Inscrit 3 octobre 2020 11 h 11

    Pour le mieux!

    Me semble que tout irait bien mieux si c'était Anglade première ministre, avec Barrette ou Montpetit ministre de la santé! Legault pourrait chailer en masse à son tour.