Les turbulences d’une radio X

Les radios X sont-elles solubles dans les appels d’urgence au salut public ? Québec a atterri dans le rouge sang. Cette ville longtemps épargnée regardait au printemps la métropole d’un œil narquois, à l’abri ou presque du virus assassin. Fini pour elle de jouer au village gaulois sur son cap Diamant qui résiste à l’envahisseur ! Mais que faire avec les trublions des ondes de la capitale qui prêtent le micro aux conspirationnistes et attisent le brasier antimasque de résistance aux mesures de confinement ?

Le maire Régis Labeaume avait déjà, sans la nommer, mis ses ouailles en garde contre les dérives de CHOI Radio X. Lundi, la Ville a sévi en retirant ses publicités de la station maudite, la présentant comme un danger pour la santé publique. Une kyrielle d’annonceurs privés lui ont emboîté le pas. « Ce comportement est de nature à augmenter le niveau de contamination actuel qui a un impact majeur sur la santé publique et sur l’économie locale », lisait-on dans le communiqué municipal.

On connaît la suite. Régis Labeaume reçoit des menaces par les réseaux sociaux et porte plainte dans la foulée. Un suspect est arrêté. Le maire jure que jamais plus son administration n’achètera de publicité dans une boîte pareille. Véritable état de guerre au sein d’une ville où les radios poubelles constituent un immense pouvoir parallèle. Par effet d’entraînement, toutes ces défections successives d’annonceurs privés ou paragouvernementaux : Hydro-Québec, Bell, Desjardins, alouette ! font mal à la station.

Vendredi dernier, le gouvernement du Québec avait renoncé à sa campagne d’information sur la COVID « sur mesure » cherchant à poser un pansement sur les propos controversés tenus au repaire de Jeff Fillion. Il semblait évident que la radio refuserait de passer ces messages anticomplotistes visant directement sa clientèle et pourfendant les voix de ses prophètes. On les trouve délirants, mais eux défendent leurs thèses. L’État aurait mieux fait d’économiser ses frais de campagne. Autant y aller d’un boycottage publicitaire, façon Labeaume, plutôt que de tenter d’infiltrer les lieux avec un cheval de Troie aussi voyant.

Écouter CHOI Radio X de passage à Québec est une dure épreuve pour les gens de bon sens, mais elle galvanise des foules d’auditeurs enfiévrés par les hauts cris sortis de la boîte à sons. On y entend les mêmes arguments que ceux lancés par les pro-Trump : complot des élites contre le peuple, résistance aux diktats sanitaires jugés démentiels puisque la COVID relèverait du canular (sic) et que les droits individuels seraient brimés. Cela finit par des manifestations bruyantes et désordonnées. Sauf qu’ironie du sort, les nouvelles mesures mises en place dans les zones rouges demandent aux antimasques… de porter des masques pour défiler. Y’en aura pas de facile pour eux ! On attend quand même de nombreuses manifestations à travers la province ce samedi. On n’arrête pas le progrès.

Québec ne sévit pas seule dans sa cour. Montréal et les autres villes ne font guère mieux. Les complotistes n’ont pas besoin d’une radio poubelle pour se crinquer, mais celle-ci leur offre, il est vrai, une formidable caisse de résonance dans la capitale. Et bonne chance à Régis Labeaume pour ce bras de fer où les deux camps prennent une volée de coups !

« Sous le couvert de l’idée de la liberté d’opinion, cette organisation valorise les idées s’opposant aux mesures sanitaires », clamait la municipalité pour justifier son retrait des ondes. De quoi ranimer tout le débat autour de la liberté d’expression qui roule en France et ici. Selon la logique du principe à défendre au-delà de tout, une immense légion de sympathisants devrait voler au secours de la station de Québec malmenée par son maire et les commerçants de la ville, même si elle met des vies en péril et pratique la désinformation massive. Sauf que sa cause soulève dans les médias traditionnels, on le comprend, peu de sympathie…

La situation de CHOI Radio X place des champions de la liberté d’expression faisant fi des répercussions collectives devant leurs propres contradictions. Faut-il appuyer ces fauteurs de troubles à corps perdu ? Oui ? Non ? Nous voici clapotant dans les terrains fangeux où droit et responsabilité, intérêt public et choix éditoriaux s’affrontent. La réalité brouillée de nos jours sombres où rien n’est blanc ou noir. Mais compliqué en diable.

Il est clair que manipuler la population à coups de thèses abracadabrantes et délétères est un droit. Mais la Ville a le loisir aussi de couper les vivres à CHOI Radio X. Et les commentateurs possèdent celui de blâmer des esprits malfaisants qui poussent leurs concitoyens au-devant d’un virus assassin en roue libre. Avec fol (et vain ?) espoir de voir de dangereux agitateurs perdre le terrain dans cette étrange et municipale guerre civile.

25 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 3 octobre 2020 03 h 33

    Autres temps même mœurs

    Dans l’épidémie de variole de 1885 à Montréal, les franco-montréalais ont été dévastés alors que la population anglophone était épargnée; la différence entre ces deux groupes était que les francophones refusaient le vaccin alors que les anglophones l’acceptaient à grande échelle. Mortalités chez les Montréalais francophones 2,884. Anglophones 95.
    Comme pour les anti-masques de 2020, la population franco-montréalaise anti-vaccin de 1885 était mal informée et croyait aux théories de conspiration qui décrivait ce vaccin comme du ‘’charlatanisme’’ et un plan pour ‘’empoisonner nos enfants.’’ La désinformation venait des églises et de groupes identiques aux radios-poubelle d’aujourd’hui. Des émeutes violentes d’un millier de personnes contre la vaccination eurent lieu les 28 et 29 septembre 1885 devant l’Hôtel de ville de Montréal. Le médecin hygiéniste reçut des menaces de mort.
    Devant le refus de suivre les consignes de la santé publique, les forces policières durent éventuellement être déployées en 1885 pour forcer les récalcitrants à se faire vacciner ou hospitaliser pour arrêter la contamination de la population et les décès.
    On pourrait croire en 2020, qu’il ne sera pas nécessaire d’en arriver là car les moyens de communication modernes devraient permettre aux gouvernements de convaincre les citoyens de la nécessité de respecter les consignes sanitaires. Cependant, si ces tentatives continuent d’être inutiles, des amendes salées plutôt que les garcettes policières devront être appliquées à ceux qui ne veulent pas comprendre pour leur propre bien et celui de la majorité. Ceux qui colportent des faussetés qui couteront des vies devront aussi être répudiés.

    • Françoise Labelle - Abonnée 3 octobre 2020 08 h 35

      Merci pour ce rappel historique, M.Samson, mais je tique devant la comparaison des deux époques. Les gens peuvent s'informer beaucoup plus facilement aujourd'hui, s'ils le veulent. Si la pandémie frappait le groupe d'âge des auditeurs de X, la chanson aurait un tout autre air. Mais en l'occurence, ce sont des matamores de salon à grande gueule.

      Je ne peux aimer de commentaire. N'étant plus sur FB, j'ai été punie.

    • Serge Lamarche - Abonné 3 octobre 2020 12 h 49

      L'histoire nous en apprend toujours. Résister à l'envahisseur requiert une peu de jugeotte. En 1885, les gens étaient certainement corrects de résister. Les anglais au pouvoir ont peut-être même utilisé la résistance francophone pour les diriger vers plus de récalcitrance, sachant que la variole était mortelle.

    • Mario Jodoin - Abonné 3 octobre 2020 17 h 11

      Lorsqu'il parle de cette épidémie de variole de 1885 dans son livre «Brève histoire des épidémies au Québec – Du choléra à la COVID-19», Denis Goulet, professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et spécialiste en histoire, mentionne aussi la résistance au vaccin, mais ajoute que ce vaccin était peu efficace et que, les instruments pour vacciner n’étant pas désinfectés, il causait d’autres maladies, ce qui n'aidait pas à son acceptation. Je n'ai bien sûr pas les compétences pour trancher à ce sujet, mais venant d'un expert sur le sujet, j'ai tendance à lui accorder de la crédibilité.

      Cela dit, vous avez bien raison de souligner que les comportements irrationnels étaient encore plus répandus par le passé. Cela touche aussi les croyances aux remèdes miracles, le port du masque, la distanciation et bien d'autres sujets connexes. J'ajouterai qu'ils ne datent pasnon plus de la popularité des réseaux réseaux sociaux!

    • Benoit Samson - Abonné 4 octobre 2020 08 h 17

      Merci de ces détails monsieur Jodoin;
      Les arguments fallacieux contre la vaccination que vous énumérez faisaient effectivement partie de la légende urbaine de l’époque. La preuve qu’ils étaient faux est inscrite indélébilement dans l’histoire :
      Mortalités : anti vaccins 2,884. Pro vaccin 95.
      Soyons clair : le port du masque n’est pas un comportement irrationnel. La preuve scientifique est faite. S’y opposer l’est. Quant à la distanciation, elle est en effet irrationnelle si elle sert d’échappatoire au port du masque.

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 octobre 2020 09 h 59

      @ Mme Labelle, ne vous désolez pas de ne pouvoir utiliser le "J'aime". Votre commentaire est nettement plus significatif que le "j'aime" qui ne sert qu'à fournir gratuitement à Facebook la base de sa richesse. Si on ne veut pas faire un long commentaire on peut utiliser la réponse en se limitant à un "J'approuve " ou " intéressant " ceci en attendant que le Devoir remplace le "j'aime" par son propre bouton.

  • Hélène Lecours - Abonnée 3 octobre 2020 08 h 45

    Le plus surprenant

    De mon point de vue, le plus surprenant est d'apprendre QUI finançait cettre Radio poubelle. Pourquoi ne pas financer une radio stimulant un véritable partage des idées et des compétences? Pourquoi financer ces gueulards connus depuis la "nuit des temps"? Je ne comprends pas la logique des Hydro Québec ,Bell et Desjardins de ce monde. Quelqu'un peut-il m'expliquer??

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 octobre 2020 17 h 05

      Oui, c'est vraiment paradoxal! Québec une ville universitaire avec plusieurs cégeps
      Oui, c'est vraiment paradoxal! Québec une ville universitaire avec plusieurs cégeps.
      Oui, c'est vraiment paradoxal! Québec, une si belle ville universitaire, francophone, avec plusieurs cégeps.Mais, Québec est plutôt de tendance conservatrice. Même au référendum de 1995, le score du OUI n'a pas suivi le tempo des francophones du reste de la province.

    • Bernard Plante - Abonné 4 octobre 2020 12 h 10

      "Quelqu'un peut-il m'expliquer??" - Mme Lecours

      Les cotes d'écoute Mme Lecours, les cotes d'écoute qui garantissent de rejoindre un vaste auditoire sont ce qui motivaient les annonceurs à payer pour des publicités, à un moment où l'on ne se posait pas trop de questions sur l'éthique de ce qui était transmis en ondes. La fin d'une époque?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 3 octobre 2020 15 h 41

    La radio récolte ce qu'elle a semé

    Si cette radio avait accepter de passer la publicité de la santé publique contredisant le discours des Laurier, Cossette Trudel, Perrera et cie,tout cela ne serait pas arrivé.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 octobre 2020 18 h 59

      Je m'excuse pour le bégaiement ci-haut.Oui, si cette radio avait accepté

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 octobre 2020 19 h 51

      Mario Dumont et l'ADQ, vers 2004, ont appuyé ouvertement la station CHOI FM. Je me souviens d'une manif à Québec où Mario Dumont était présent.

  • Lise Tremblay - Abonnée 3 octobre 2020 18 h 45

    La manipulation

    Ils ont une sorte de frustration qui leur vient d'on ne sait où.. Ce n'est pas de la colère mais une agressivité terriblement malsaine qui exige réflexion. Se permettre de faire de l'argent avec ça en mettant le pied sur l'accélérateur est terriblement irresponsable.

    • Bernard Plante - Abonné 4 octobre 2020 12 h 26

      "Ils ont une sorte de frustration qui leur vient d'on ne sait où."

      Mme Tremblay, la radio se nomme Radio X car à son origine, dans les années 1990, elle se faisait principalement le porte-voix de la génération X. Une génération fortement frustrée, avec raison, par l'absence totale de place que lui laissait le "système" entièrement bloqué (surtout à Québec) par la génération des baby-boomers.

      Au début des années 2000, Jacques Parizeau affirmait d'ailleurs que le plus grand drame silencieux du Québec était qu'il était en train de sacrifier le potentiel d'une génération. Monsieur avait bien vu.

      Depuis ce temps la frustration continue d'apparaitre sous diverses formes, mais toujours contre le "système".

  • Gilles Delisle - Abonné 4 octobre 2020 07 h 29

    Les anti-masques???

    J'aime la ville de Québec, j'y étais, il y a quelques jours à peine. C'est la ville qui représente le mieux la nation québécoise, n'étant pas envahie par des hordes de nouveaux arrivants. Mais je n'arrive pas à comprendre certaines dérives, qui n'ont pas leur place dans une société moderne et éduquée comme la ville de Québec! Ces malheureux citoyens qui ne veulent pas porter le masque est digne d'une population américaine , galvanisée, à la manière '' Trump''!. Comment expliquer que des pans complets de la population de villes québécoises se ''battent'' pour leur soi-disant ''liberté'', qui pourrait les amener directement dans le tourbillon de la contagion, et même de contaminer leurs proches! Cela demeure une énigme que j'espère comprendre un jour!

    • Bernard Plante - Abonné 4 octobre 2020 12 h 34

      "Cela demeure une énigme que j'espère comprendre un jour!"

      À l'origine de Radio X on retrouve Jeff Fillion dont la première émission, nommée "Le monde parallèle de Jeff", était directement inspirée d'une émission de radio américaine de Floride animée par un certain Bubba. Une radio de droite de type "radio parlée" promouvant les idées de droite, voire d'extrême-droite, pourfendant tout ce qui se rapproche de près ou de loin de la gauche (appelée la go-gauche!).

      Depuis 25 ans ce discours néolibéral de droite se répand jour après jour à Québec. On en voit aujourd'hui le résultat.

    • Bernard Plante - Abonné 4 octobre 2020 12 h 34

      "Cela demeure une énigme que j'espère comprendre un jour!"

      À l'origine de Radio X on retrouve Jeff Fillion dont la première émission, nommée "Le monde parallèle de Jeff", était directement inspirée d'une émission de radio américaine de Floride animée par un certain Bubba. Une radio de droite de type "radio parlée" promouvant les idées de droite, voire d'extrême-droite, pourfendant tout ce qui se rapproche de près ou de loin de la gauche (appelée la go-gauche!).

      Depuis 25 ans ce discours néolibéral de droite se répand jour après jour à Québec. On en voit aujourd'hui le résultat.

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 octobre 2020 15 h 42

      M. Plante, c'est bien une méthode de la gauche marxiste de confondre l'extrême-droite à saveur suprémaciste et religieuse, la droite libertaire des nostalgique du colonialisme, et le néolibéralisme à tendance scientiste (pas scientifique, notez bien), de façon à tout brouiller et au bout du compte empêcher la moindre réflexion hors de votre très petit cadre écaillé.

      C'est la même gauche marxiste qui confond ses positions de scission et de lutte avec la social-démocratie, dont pourtant les plus éminents créateurs et promoteurs ont renié totalement toute l'approche de tonton Karl comme perverse. N'importe quoi pour s'attirer des sympathisants,
      Quand on est incapable de faire la part des choses, c'est qu'on prend les gens pour des cons, comme ceux de Radio X.

      Étant donné que toute la pensée marxiste tient sur deux ou trois points répétés et martelés pour interdire toute pensée divergente, on conçoit comment un militant peut s'auto-censurer, puis confondre le reste de l'univers dans un melting-pot où tout est à rejeter.
      À ce compte votre intervention ne tient même pas compte de la réalité. Seulement d'une certaine paranoïa et de son étroitesse d'esprit.

      Ne voir que des ennemis dans tout ce qui n'est pas votre déviation perpétuelle vers la gauche, puisque tout ce qui n'est pas gauche est pourri, s'pas, c'est une chose et c'est malhonnête. Dire qu'ils sont tous pareils, c'est autre chose et c'est doublement malhonnête parce que ça interdit tout discours.