Quel «double pic»?

Il y a maintenant un peu plus de six mois que la COVID-19 fait partie du quotidien des habitants de la planète, presque partout.

Avec plus de 30 millions de cas officiellement rapportés, et bientôt un million de personnes tuées, la pandémie aborde-t-elle une « seconde vague » ? Ou ne s’agit-il pas plutôt des derniers sursauts de la première ? Y a-t-il, oui ou non, un « double pic » des courbes de la maladie ?

Il est indéniable que les mesures de contrôle prises pour freiner la circulation du virus, après avoir — dans bien des cas — réussi à aplatir la fameuse courbe, ne peuvent empêcher aujourd’hui cette courbe de repartir vers le haut dans plusieurs pays.

Encore que le rebond du coronavirus ne se vérifie pas partout, et que son taux de létalité, dans la plupart des courbes nationales, paraît radicalement à la baisse en ce début d’automne…

C’est vrai, même là où — en Espagne et en France — les nouveaux cas rapportés explosent ces jours-ci, jusqu’à dépasser les niveaux de mars et d’avril. Ce sont là les deux seuls pays au monde où le « double pic » crève les yeux, quasi symétrique : en Espagne à la mi-mars puis au début septembre ; en France au début avril puis à la mi-septembre.

Mais lorsqu’on regarde la courbe des décès et non celle des cas… le « double pic » disparaît ! Le nombre de morts reste bas ; la courbe devient plate.

L’Asie ne participe pas à ce supposé « rebond »… À Taïwan, à Hong Kong, en Corée du Sud, pratiquement rien ne bouge. Même si la COVID-19, bête capricieuse, souffre toujours quelques exceptions (par exemple : l’éclosion de foyers très actifs à Jakarta, en Indonésie).

La progression du mal est également terrible en Inde, où l’on rapporte ces jours-ci quelque 100 000 nouveaux cas par jour (1 personne sur 10 000). Mais attention ! Ce n’est pas ici un « rebond » : plutôt une vraie « première montée », amorcée tardivement en mai.

En Amérique du Sud, le Brésil connaît un répit, mais juste à côté, en Argentine, les nouveaux cas explosent : par habitant, la crise y est presque aussi grave qu’elle l’avait été au Brésil dans la pire période. Mais encore là, il ne s’agit pas d’une « remontée » — plutôt d’un décalage entre les épidémies nationales. Pas de « double pic » non plus en Argentine !

Autre pays où on avait cru déceler l’ébauche d’un « double pic » : l’Iran. Mais là, c’est plutôt un long et désespérant « plateau » que connaissent ses habitants depuis la fin mai, avec 2500 nouveaux cas quotidiens, chaque jour depuis quinze semaines. Ni plus ni moins (avec ici, une sous-question plausible : réalité, ou manipulation statistique ?).


 
 

Les courbes sont des fusions, des combinaisons de chiffres, avec des échelles variables, d’importants décalages temporels, de possibles erreurs de mesures, des traficotages occasionnels. Elles varient énormément entre régions du monde, pays, provinces, villes, quartiers…

Mais malgré tous leurs défauts, ces courbes disent beaucoup à qui sait les lire. Que révèlent par exemple les courbes globales des cas et des décès de la COVID-19, combinant tous les pays ?

Eh bien, que pour les nouvelles contagions quotidiennes, elles continuent de monter, mais semblent se diriger vers un plateau. Début juillet, on était à 200 000 nouveaux cas par jour. Depuis le début août, c’est 300 000. Ce qui peut en partie s’expliquer par le plus grand nombre de tests.

Mieux : la courbe mondiale des décès, elle, s’aplatit et même tend à diminuer — et ce, malgré l’augmentation des nouveaux cas. La COVID-19 ne tue plus entre 5 % et 15 % des personnes diagnostiquées (comme au printemps, en Europe)… Depuis quelques semaines, on serait plutôt entre 0,5 % et 2 % : le mal reste là, mais fauche beaucoup moins de vies.

Maintenir la prudence devant les signes immédiats d’une remontée de la COVID-19 ne doit pas empêcher de voir, dans l’évolution des courbes, une possible « sortie du tunnel ».

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

17 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 21 septembre 2020 04 h 12

    M. Brousseau...

    M. Brousseau... Nous sommes encore dans la première "vague". L'illusion de l'affaire "vague" et d'acalmie sont uniquement attribuables aux désastres des CHSLD qui prenaient toute la place.

    Quant à la fin de votre chronique (le restant est bon, très bon même) fait sourciller avec votre pourcentage de 2%... 2% sur une quantité de beaucoup plus élevée, c'est beaucoup plus que sur un petit nombre.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 21 septembre 2020 13 h 23

      @M. Pelletier

      Pas tout à fait, à mon avis, dans vos deux "critiques" :

      - Deuxième vague d'origine "humaine" (pas comparable aux vagues de la grippe espagnole) en ce que les mesures et les comportements fluctuent et la diffusion du virus en est influencée. C'est une catégorie de vague, du moins de l'avis majoritaire des experts. C'est le cas pour la France, ça commence au Québec. Ailleurs, c'est surtout une grosse vague continue. On voit bien la différence entre juin-juillet-août-septembre, après les CHSLD.

      - Ensuite, il s'agit bien de 2%, moyenne des 30 derniers jours, mais ça représente : a) une énorme baisse proportionnelle et b) une petite diminution en nombre, le tout alors que la courbe des cas est en augmentation constante. Ce n'est pas seulement que nous dépistons plus d'asymptomatiques, mais également que nos équipes médicales savent mieux comment réagir et sauvent plus de patients.

  • Yvon Montoya - Inscrit 21 septembre 2020 06 h 16

    Un bon résumé de la situation sanitaire mondiale. Merci.

  • Mikhael Said - Abonné 21 septembre 2020 07 h 10

    Merci

    Merci de donner un peu de recul au milieu de ces litanies de nouvelles catastrophiques et d'annonces eschatologiques de "deuxièmes vagues" qui ne cessent d'arriver éminemment .... et de repartir une fois le délai passé. Je ne sais pas si "Il est indéniable que les mesures de contrôle prises pour freiner la circulation du virus" ont réussi à aplatir la fameuse courbe, comme vous le mentionnez. Il est difficile à première vue de trouver des corrélations entre les différentes mesures prises, aussi drastiques soient-elles et les courbes des épidémies des différents pays, il faudrait sûrement encore un peu de recul pour y voir plus clair.
    Ce qu'on commence en revanche à entrevoir ce sont les conséquences de ces mesures (chômage, maladies non pris à temps, augmentation de l'aide alimentaire dans nos pays, et conséquences dramatiques sur des traitements de base et augmentation de la faim dans le monde ailleurs), le temps jugera si le remède était pire que le mal.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 septembre 2020 07 h 12

    Dépistage

    On trouve de plus en plus de cas.
    On dépiste de plus en plus.

    Il serait intéressant de comparer les taux de positifs détectés dans des échantillons de population similaire en avril et aujourd'hui.

    On ne le peut que très difficilement parce que la stratégie de dépistage n'était pas la même.

    Les données vraiment significatives (au premier chef pour les malades), ce sont les hospitalisations et les décès. La progression du nombre positifs ne s'accompagne d'une augmentation ni des unes ni des autres. A l'échelle mondiale, depuis plusieurs mois, même avec une augmentation fulgurante de cas, le nombre quotidien de décès reste stable. De même le nombre quotidien total de patients en condition sévère ou critique n'a augmenté que d'une dizaine de milles personnes (de trop!) depuis plusieurs mois - 61000 aujourd'hui -.

    • Marc Therrien - Abonné 21 septembre 2020 18 h 51

      Avec 586 nouveaux cas déclarés suivant 23 484 tests de dépistage réalisés le taux de positivité atteint actuellement 2.4% alors qu’il est déjà monté jusqu’à 13% au plus fort de la pandémie au printemps dernier. C’est pourquoi il faut continuer de communiquer seulement les gros chiffres des fréquences des nouveaux cas qui vont en augmentant pour éviter d’accentuer la tentation du relâchement. Il sera intéressant de savoir si Yves-François Blanchet et Erin O’toole sont restés « en parfaite forme » malgré la Covid-19. Comme l’objectif à atteindre, le nombre de vies à sauver, n’est pas défini précisément, il sera difficile de savoir quand est-ce qu’on pourra arrêter d’avoir aussi peur et essayer de reprendre un semblant de vie normale avec cette nouvelle maladie qui s’ajoute aux multiples autres qui menacent notre vie. Quand on pense quand même que la majorité des gens qui mourront cette année décéderont d’autre chose que de la Covid-19.

      Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 septembre 2020 06 h 56

      Merci, monsieur Therrien, pour ces utiles précisions. Et bonne chance à Blanchet et O'toole : ni l'un ni l'autre n'a à casquer pour stimuler la prudence des citoyens.

    • Serge Pelletier - Abonné 22 septembre 2020 08 h 55

      Il est à la mode de dire avoir été contaminé... Madona dans sa baignoire avec les roses et champagne à la main disait pour se justifier qu'elle avait eu le Covid-19 suite à son spectacle à Paris (un mois avant), et ce n'est rien encore, elle ajouta que toute son équipe des choristes aux techniciens son avaient tous eux le Covid-19... Et que la Maudatine de maladie était comme une "'grosse grippe", la perte de goût, etc. etc. Elle répétait ce que les "dires TV" disaient sur symptômes... Elle et son équipe les avaient eu tous, tous, tous... Et tous guéris...

      Vous avez le droit de la croire. C'est une vedette elle.

      Quant à vous M. Therrien, vos arguments sont ridicules, avec le summum des idioties dans votre dernière phrase... Qui reviendait à dire "les morts suite aux bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, ce n'était rien quand l'on pense que la majorité des gens qui sont décédées cette année là sont morts par autre chose que par ces deux bombardements atomiques".

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 septembre 2020 11 h 02

      Il y a des gens qui auraient besoin de repos. Cela reposerait tout le monde.

    • Marc Therrien - Abonné 22 septembre 2020 19 h 15

      Et, M. Pelletier, que répondrez-vous aux ridicules médecins et spécialistes qui s'inquiètent idiotement de ne pas pouvoir dépister à temps des cancers et les traiter comme il se doit dans les délais recommandés ou prescrits? Pour le reste, j’en comprends que vous faites de la Covid-19 votre inquiétude première ce qui est tout à fait légitime. On souffre souvent davantage de ce que l’on peut que de ce que l’on veut.

      Marc Therrien

  • Germain Dallaire - Abonné 21 septembre 2020 07 h 36

    Enfin, un peu de nuance!

    Une chronique qui tranche avec le climat de panique qui règne au gouvernement québécois. M. Brousseau s'en excuse presqu'à la fin. Ce climat de panique répercuté par les pigeons voyageurs sert des intérêts politiques en ce qu'il permet au gouvernement de faire l'impasse sur ses lacunes. C'est bien commode de tout mettre sur le dos de la population.