Encaisser sa rente plus tôt avec pénalité ou plus tard sans pénalité?

Cher M. Chiasson, c'est avec un grand intérêt que je vous lis chaque semaine dans Le Devoir.

Votre récente chronique intitulée «Encaisser la valeur actuelle de son régime de retraite ou opter pour la rente» m'a intéressée car je suis présentement à analyser l'opportunité de toucher dès maintenant ma rente de retraite avec pénalité actuarielle ou attendre le moment où je n'aurais plus cette pénalité pour la recevoir (soit à partir de 60 ans).

Je suis membre du RREGOP, aurai 56 ans très bientôt et quitterai mon employeur actuel en août pour occuper un autre emploi dans le secteur privé. La pénalité actuarielle, si je touche maintenant la rente de retraite, serait de 12 %. Mon autre emploi étant bien rémunéré, mon taux d'imposition sur le revenu additionnel de la rente de retraite serait au maximum.

Ma réflexion actuelle me porte à penser qu'il serait plus avantageux et plus facile à gérer d'avoir 12 % de plus sur ma rente de retraite dans quatre ans, pour le reste de ma vie, que de percevoir une rente de retraite maintenant (à peu près 120 000 $ pour quatre ans), réduite de 12 % maintenant et plus tard, imposée au maximum.

Mes calculs me font croire qu'il serait bien difficile d'obtenir un rendement de ce capital économisé qui équivaudrait à la différence de la rente obtenue (à peu près 6000 $ par année).

Dans ma réflexion entre en jeu le fait que 6000 $ par année de plus, à 60 ans, me donneront une rente de retraite qui pourra m'assurer une vie quotidienne intéressante sans que j'aie à compter (et à gérer) sur des revenus annuels additionnels réguliers qui proviendraient de mon capital investi. Je compterai toutefois sur le rendement du capital investi (REER et autres) pour les dépenses plus importantes (auto, réparations importantes sur la maison, etc.).

Je ne sais vraiment pas si ma façon de voir les choses est correcte ou si j'oublie quelques éléments importants dans ma réflexion. De quoi devrais-je tenir compte dans cette décision?

Je vous remercie chaleureusement.

Suzanne

Grosso modo, votre choix se pose à peu près comme suit: encaisser dès maintenant, à 56 ans, une rente annuelle à vie de 30 000 $ ou attendre à 60 ans pour encaisser une rente annuelle à vie de 36 000 $.

Bien sûr, le revenu additionnel de 6000 $ à partir de 60 ans vous paraît alléchant, comme vous le laissez entendre dans votre lettre. Par contre, pour obtenir ce revenu additionnel de 6000 $ par année à vie, il faudra vous priver entre 56 ans et 60 ans de la rente annuelle de 30 000 $ à laquelle vous avez droit, ce qui représente une rondelette somme de 120 000 $ avant impôt pour la période.

Première chose à faire pour effectuer le bon choix: quantifier la valeur actuelle des flux financiers de chacune des options. Pour ce faire, je pose les deux hypothèses suivantes: le rendement composé annuel à long terme de votre capital est de 5 %; votre espérance de vie est de 80 ans.

Selon votre espérance de vie hypothétique, la première option accorde un flux financier annuel de 30 000 $ pendant 24 ans (de 56 à 80 ans), ce qui donne une valeur actuelle de 413 959 $ pour toute la série de revenus.

L'autre option vous assure d'un flux financier de 36 000 $ pendant 20 ans, soit de 60 à 80 ans (c'est votre espérance de vie hypothétique), ce qui se traduit par une valeur actuelle de 448 640 $ pour toute la série de revenus. Une précision s'impose: il s'agit ici de la valeur actuelle de la série de revenus lorsque vous aurez atteint 60 ans. Dans le cas de la première option, il s'agit véritablement de la valeur actuelle de la série de revenus à 56 ans, votre âge présent.

Reste donc ici à calculer le rendement requis pour faire en sorte que la valeur actuelle de la première série, soit 413 959 $ à 56 ans, puisse équivaloir à celle de la seconde option, soit 448 640 $ à 60 ans. Ce rendement requis s'élève à seulement 2 % par année. Autrement dit, si vous parvenez à obtenir entre 56 ans et 60 ans un rendement de votre capital supérieur à 2 %, la première option surclassera la seconde sur le plan financier. Vous en conviendrez: obtenir un tel rendement n'est pas difficile. Juste en cotisant au REER et en y versant les droits de cotisation inutilisés ou encore en combinant l'achat d'unités d'un fonds de travailleur à la cotisation au REER, le capital ainsi investi rapportera bien plus que 2 % par année. Ou encore, utiliser l'argent de la rente encaissée à 56 ans pour accélérer le remboursement de vos dettes dont les intérêts ne sont pas déductibles vous assurera un rendement du capital ainsi utilisé bien supérieur à 2 % par année.

Jusque-là, je n'ai pas tenu compte du facteur impôt puisque les deux séries de revenus étudiées sont avant impôt. L'impôt ne vient donc pas modifier le choix entre les deux séries de revenus comparées sauf si elles sont taxées différemment, ce que vous constatez dans votre lettre. En effet, en encaissant dès 56 ans votre rente, celle-ci s'ajoutera à d'autres revenus d'emploi imposables et sera, à cause de cela, probablement imposée au taux marginal maximum.

Ce ne sera pas le cas de la rente encaissée à partir de 60 ans, dont le taux marginal d'impôt sera moindre puisque, à ce moment-là, elle constituera le seul revenu imposable (avec les rentes gouvernementales et les revenus de placement), alors que vous aurez cessé de travailler. Pour tenir compte de ce facteur, supposons que la rente encaissée à 56 ans sera imposée à 48 % et celle encaissée à partir de 60 ans à 30 % (le taux d'imposition de cette rente se rapprochera davantage de son taux effectif que de son taux marginal). Cette différentielle de 18 % dans le taux de taxation se traduit par un avantage financier de près de 23 274 $ en faveur de la seconde option. Dans un tel cas, le rendement requis du capital investi pour que la valeur actuelle de la première option (la rente encaissée à 56 ans) puisse équivaloir à celle de la seconde option (celle de la rente encaissée à partie de 60 ans) passe alors de 2 % à 3,3 %, ce qui demeure tout de même très faible.

Conclusion: j'estime que la première option, celle permettant d'encaisser votre rente dès 56 ans même si elle est diminuée de 12 % par rapport à celle de 60 ans, est le choix le plus intéressant. Ce choix est encore plus évident si votre état de santé ou encore vos antécédents familiaux laissent entrevoir une assez forte probabilité de mourir plus tôt que plus tard durant votre retraite.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
1 commentaire
  • Réjean Fillion - Inscrit 3 mai 2005 23 h 09

    Et si je compensais la pénalité avec mes REER.....

    Bonjour M. Chiasson,
    Les responsables du RREGOP m'indiquent qu'il serait possible pour moi de compenser en grande partie la pénalité. Pour un coût de 55,000$ provenant de mes REER, je pourrais passer d'une rente à 55 ans de 30,000$ à une rente de 34,000$ à vie....

    Qu'en pensez-vous ?? Dois-je utiliser mes REER à cette fin ???

    Merci pour votre chronique qui est très appréciée