L’insolvabilité est en pause

L’aide gouvernementale, aux entreprises et aux particuliers, fait son œuvre. Malgré l’ampleur des pertes d’emplois, malgré aussi l’érosion des revenus, l’insolvabilité ne suit pas. Mieux, elle se contracte fortement par rapport aux périodes correspondantes de l’an dernier. Une simple mise en veilleuse ?

Le Bureau du surintendant des faillites a indiqué vendredi que le nombre total de dossiers d’insolvabilité au Canada a diminué de 8,2 % en mai 2020 par rapport au mois précédent. Il était en baisse de 50,3 % par rapport à mai 2019. Et même au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 31 mai, le nombre total de dossiers d’insolvabilité reculait de 2 % par rapport à la période correspondante terminée le 31 mai 2019.

Le recul est encore plus prononcé au Québec, où le nombre de dossiers d’insolvabilité en mai était en diminution de 12,4 % par rapport à avril, de 64,2 % comparativement à mai 2019.

Plus en détail, au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 31 mai 2020, le nombre de dossiers d’insolvabilité de consommateurs canadiens a diminué de 1,8 % par rapport à la période correspondante terminée le 31 mai 2019. Celui des entreprises s’est replié de 11,3 %. Étonnamment, les deux secteurs ayant enregistré la diminution la plus marquée à ce chapitre sont celui de la construction et celui de l’hébergement et des services de restauration. Sans surprise, les secteurs des arts, spectacles et loisirs, frappés directement par les mesures de distanciation, ont enregistré les augmentations les plus importantes de dépôts de dossiers d’insolvabilité.

Répit momentané

À l’évidence la pandémie a mis l’insolvabilité sur pause. Comme vient en témoigner ce contraste entre un taux de chômage historique de 13,7 % en mai et une diminution du nombre total de dossiers d’insolvabilité de consommateurs de 50,6 % par rapport à mai 2019. L’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation (ACPIR) retient que « cette baisse est en grande partie attribuable à l’assouplissement des modalités de paiement apporté par les créanciers, les locateurs et les administrateurs, allié aux mesures temporaires de soutien du revenu mises en place par le gouvernement. Ces formes d’aide ont permis à de nombreux Canadiens de joindre les deux bouts […]. Mais leur problème d’endettement n’est toujours pas réglé […] La pandémie accroîtra l’endettement excessif auquel les Canadiens faisaient déjà face. »

En revanche, les propositions aux créanciers augmentent davantage que le recours à la faillite. Au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 31 mai 2020, la proportion de consommateurs insolvables ayant opté pour une proposition atteignait 62,7 %, comparativement à 57,7 % pour la période de 12 mois terminée le 31 mai 2019. Comme les prestations d’urgence pour les particuliers dont l’emploi et les revenus sont directement touchés par la pandémie.

Pour leur part, les entreprises ont accès à des subventions du gouvernement du Canada, des prêts sans intérêt, des subventions provinciales et une prolongation des délais pour le versement des loyers et la perception des impôts. « Toutes ces mesures ont laissé un répit à court terme aux propriétaires d’entreprises ayant des problèmes de liquidités […] Elles constateront peut-être que leurs revenus sont insuffisants, car la reprise est lente. Il leur sera donc difficile de rembourser les dettes accumulées lorsqu’elles n’auront plus l’aide gouvernementale », insiste l’ACPIR. Si 97,5 % de l’ensemble des dossiers d’insolvabilité étaient déposés par des consommateurs au cours de la période de 12 mois qui a pris fin le 31 mai 2020, cette proportion pourrait changer à l’automne.

Pour les ménages, le stress financier était déjà palpable avant la pandémie. Selon l’agence Equifax, le taux de délinquance mesurant les retards de paiement de 90 jours ou plus à la fin de 2019 sur la dette excluant l’hypothèque était le plus élevé depuis 2012. Quoique faible, celui sur un prêt hypothécaire était le plus élevé depuis 2016.

Les résultats d’un sondage réalisé par la Banque CIBC, publiés le 29 juin, soulignent que, sur le plan budgétaire, 63 % des répondants affirment avoir réduit considérablement leurs dépenses discrétionnaires pour contrer les effets de la pandémie. Pour les 22 % de répondants qui ont dû emprunter davantage au cours des 12 derniers mois, les dépenses courantes (38 %) constituaient la principale raison de leur emprunt, suivies d’une perte de revenu (28 %) et d’une perte d’emploi (18 %).


 
1 commentaire
  • Françoise Labelle - Abonnée 5 juillet 2020 08 h 08

    Une simple mise en veilleuse ?

    Quel point d'interrogation troublant !
    L'histoire ne se répète pas mais elle bégaie, dit-on. Il y a des petits airs de 2008, qui n'est pas si loin. En 2008, pour éviter la panique, on a sauvé des canards boiteux, comme AIG, qui, selon la théorie, auraient dû être sanctionnées pour leur incompétence majeure. Et on en a laissé d’autres faire faillite, comme Lehman Brothers.
    Espérons maintenant que la population ne sauvera les canards boiteux qui aiment vivre dangereusement avec l'argent des autres. Nietzsche ne l'entendait pas de cette façon.
    Étonnant comme les questions économiques semblent sans intérêt.