Dr Horacio Arruda: le vacancier

Dans l’entrevue qu’il a accordée au collègue Alec Castonguay, dans le cadre de son reportage intitulé « Au cœur de la bataille pour sauver le Québec », le Dr Horacio Arruda avait confié : « Quand j’ai vu la contagion communautaire en Chine, je me suis dit : Oh là là ! Si ça sort de là, c’est clair que ça va arriver ici et qu’on va être dans le trouble. »

La première victime de la COVID-19 en Europe est décédée dans la région de Padoue, en Italie, le 21 février. Le lendemain, un des plus grands quotidiens italiens titrait : « La contagion effraie l’Italie ». De toute évidence, le virus était bel et bien sorti de Chine. Il serait pour le moins étonnant que le directeur national de santé publique du Québec n’en ait pas été informé.

Une semaine plus tard, cela n’a pas empêché le Dr Arruda de se rendre au Maroc pour participer, les 28 et 29 février, à une conférence sur le cannabis. « On m’attendait là-bas », a-t-il argué. Il est cependant permis de croire que les organisateurs de la conférence ne lui auraient pas tenu grief de son désistement. Bien des premiers ministres ont annulé des visites officielles à l’étranger pour bien moins.

Après la fin de la conférence, il a cru bon de demeurer au Maroc pendant une autre semaine. Des vacances qui étaient sûrement méritées. Tout comme l’étaient celles que comptait prendre le sous-ministre de la Santé, Yvan Gendron, qui a pourtant dû les annuler à trois heures d’avis le 3 mars afin de mettre en place le plan d’urgence. Faut-il rappeler que les vacances de l’ensemble du personnel de la santé ont aussi été annulées par décret ?


 

Le Dr Arruda est finalement rentré au Québec le 8 mars, soit la veille de sa rencontre avec le premier ministre Legault, qui a alors pris conscience de l’ampleur du danger. Une rencontre que Jonathan Valois, directeur de cabinet de la ministre de la Santé, manifestement impressionné par sa performance, a qualifiée de « Horacio show ». Au cours des derniers mois, le Québec tout entier a pu apprécier les talents qui auraient fait de lui un excellent comédien, s’il n’avait pas finalement opté pour la médecine, mais un comédien doit entrer en scène au bon moment.

Depuis le début de la pandémie, M. Legault a réussi à imposer l’image d’un gouvernement ayant réagi plus rapidement que les autres quand il a été informé de la gravité de situation. Le problème est que cette information lui est parvenue trop tard. Il est vrai que le Québec a été la première province canadienne à ordonner le confinement, mais la semaine de relâche était déjà passée, et le mal était fait. Malgré ses erreurs, M. Legault a fait preuve d’un leadership remarquable durant la crise. Le meilleur général ne peut cependant pas remporter la bataille s’il ne connaît pas la position de l’ennemi.

Il est vrai qu’un branle-bas de combat plus hâtif n’aurait rien changé à la pénurie de préposés aux bénéficiaires dont les conséquences ont été si désastreuses dans les CHSLD, mais la contagion aurait sans doute été moindre si on avait fourni au personnel disponible, et donc commandé plus tôt, l’équipement de protection nécessaire.


 

Il est trop commode de distinguer une victoire et une défaite dans la lutte contre la pandémie, comme l’a fait le premier ministre. Il a félicité encore une fois les Québécois pour leur discipline, qui a permis de limiter la contagion communautaire, mais les personnes âgées qui vivent en établissement sont partie intégrante de la communauté. Certes, leur âge et leur état de santé rendaient celles-ci vulnérables, mais on ne peut pas isoler ce qui s’est produit dans les CHSLD, pas plus qu’on ne pourrait relativiser le drame vécu par les victimes des inondations printanières en disant qu’il n’y en a pas eu ailleurs.

Ce n’est ni M. Legault ni le Dr Arruda, mais la société québécoise tout entière qui a choisi de privilégier ce modèle d’hébergement pour les personnes âgées, alors que d’autres provinces ont davantage mis l’accent sur les soins à domicile. S’il en avait été autrement, le bilan global de la pandémie au Québec aurait sans doute été bien meilleur.

À entendre M. Legault plaider la nécessité du projet de loi 61 pour réduire les délais dans la réalisation des projets d’infrastructure et être en mesure de construire plus rapidement de nouveaux CHSLD et des Maisons des aînés, on n’a toutefois pas l’impression qu’il existe une réelle volonté de revoir ce modèle.

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