Comment motiver les élèves?

Des parents qui accompagnent en ce moment leurs enfants dans leurs apprentissages ont sans doute rencontré quelque chose que tous les enseignants connaissent bien : le difficile et délicat problème de la motivation.

Ça ne les consolera pas, mais sachez qu’il se pose actuellement aussi de manière aiguë pour bien des enseignants, alors que plusieurs de leurs élèves voient bien que le principal système de motivation qu’ils connaissent, les notes, n’agit pas comme d’habitude.

Intrinsèque/extrinsèque

Ce problème de la motivation est un gros enjeu pédagogique. Intuitivement, on admet que, si les élèves sont motivés à apprendre, désirent apprendre, ils apprendront probablement plus volontiers et mieux. Mais d’où peut venir cette motivation ? De quelle nature est-elle ? Existe-t-il de bonnes et de mauvaises sortes de motivation ? Lesquelles sont réellement efficaces ?

On distingue couramment la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque. La première serait naturelle, spontanée, intimement reliée à ce qu’on veut faire apprendre ; la deuxième serait acquise, rattacherait ce qu’on veut faire apprendre à quelque chose d’autre qui, justement, motive — de bonnes notes en sont un exemple.

On pourrait sans trop de mal raconter l’histoire de la pédagogie selon les réponses apportées à ce problème de la motivation. Les progressistes insistent sur la motivation intrinsèque, demandent de partir de l’intérêt de l’enfant, de ce qui lui est naturel ; les traditionalistes insistent sur la motivation extrinsèque, en rappelant que la motivation intrinsèque, certes souhaitable, viendra à son heure et que, selon la belle formule d’Alain, « les vrais problèmes sont d’abord amers à goûter. Le plaisir viendra à ceux qui auront vaincu l’amertume ».

Si la première avenue est parfois romantique à l’excès, la deuxième, elle, prend parfois des tournures troublantes. D’autant plus dangereuses que ça fonctionne en général plutôt bien.

Prenez le fait de donner des notes ou diverses récompenses pour inciter à lire des livres. Comment ne pas s’inquiéter de savoir s’il n’y a pas quelque chose de moralement discutable à récompenser chez les enfants des comportements qu’on veut encourager, un peu comme on le ferait pour un animal que dresse un dompteur ou un psychologue béhavioriste. Lire devrait être un plaisir en soi, qu’on ne pratique pas que pour recevoir un collant ou un bonbon.

On s’inquiète d’ailleurs aussi, avec raison, de l’effet de la cessation de la récompense sur le comportement : s’il fallait que, dès qu’il n’y a plus de récompense, il n’y ait plus de lecture ! On craint même que certaines récompenses (payer en argent sonnant les enfants pour lire un livre, comme cela se fait parfois) ne dénaturent le bien (lire) qu’on veut promouvoir. Cela mérite d’autant notre attention qu’à l’extérieur de l’école ce type de récompense sera très, voire omniprésent.

Quoi qu’il en soit, des recherches montrent tout de même que le recours aux récompenses, bien pensé et sagement et modérément appliqué, peut être efficace et aider à motiver.

Mais ce n’est pas une panacée et rien ne remplace la motivation intrinsèque. Or, comme le suggère Alain, celle-ci se construit progressivement, en comprenant peu à peu des choses présentées dans une séquence logique, cohérente, progressive. Rien ne vaut pour cela un programme scolaire soigneusement pensé et enseigné de manière rigoureuse.

À ce sujet, une fois de plus, la leçon de la vaste expérimentation appelée Follow Through, qui reste méconnue, même dans les milieux concernés, mérite d’être rappelée.

Apprendre et comprendre, ça motive !

Ce projet éducatif américain a duré de 1967 à 1995 et a coûté en gros un milliard de dollars. Trois grandes familles de méthodes pédagogiques étaient testées, visant par des moyens propres des finalités différentes : des méthodes centrées sur l’acquisition des habiletés, des savoirs de base, d’abord ; d’autres, centrées sur la résolution de problèmes et sur le fait d’apprendre à apprendre ; les dernières centrées sur le développement d’attitudes positives sur l’apprentissage, et elles aussi sur l’idéal d’apprendre à apprendre.

Comment performaient ces méthodes pour ces trois grandes finalités ?

On s’attend à ce que chacune fasse mieux que les deux autres sur les finalités qu’elle vise explicitement. La surprise a été que les méthodes centrées sur l’acquisition des habiletés de base, à commencer par la méthode d’instruction directe, l’emportaient sur tous les plans, y compris sur ce que devraient favoriser les modèles du troisième type — des choses comme l’estime de soi, le plaisir d’apprendre.

Je suggère qu’on peut lire dans tout cela un appui à l’idée que la motivation intrinsèque, patiemment construite à travers un programme scolaire bien conçu enseigné correctement, donne naissance à une sorte de cercle vertueux : plus on apprend, plus on veut apprendre et donc plus on apprend et donc…

Respecter ces principes serait une bonne idée, en classe, en ligne, partout, tout le temps.

Ce qui reste un mystère est que ces résultats, dont on sait en outre depuis lors qu’ils sont confirmés par ce que nous apprennent les sciences cognitives, sont connus depuis… 1977.

Et restent sans grand effet visible sur nos pratiques.

12 commentaires
  • Michel Laforge - Abonné 6 juin 2020 07 h 13

    La volition

    La volition est cette approche psychologique de la volonté. Certains la définissent même par la motivation, la motivation et la motivation. Le principe de la volition est très bien expliqué dans les films «La matrice».

    Ce que j’en comprends est qu’associer la volonté à la motivation peut être un leurre. En réalité, nous sommes toujours motivés à faire ou à ne pas faire quelque chose. Est-ce la motivation qui manque selon la volition ? La motivation est toujours là et présente en soi.

    Maintenant, si nous sommes toujours motivés alors pourquoi les taux de décrochages scolaires sont si élevés. La réponse de la volition met en cause le principe décisionnel qui est mis en jeu. Qu’est-ce que va nous faire faire prendre telles ou telles décisions. On peut croire que les décisions sont prises par ce que «je» le veux. Le «je» est illusoire. À un moment donné, «je» peux décider de faire une chose durant la journée, et, m’apercevoir que «je» fais tout à fait le contraire au courant de cette même journée.

    Donc ce «je» est aisément influençable selon le contexte. Par exemple, donner des notes, la pratique du behaviorisme ou de la bienveillance vont orienter les comportements. Mais la décision d’adopter ne peut être prise que par l’apprenant. La sensation de contrôle est fondamentale à la volition.

    C’est la raison pour laquelle rendre l’école obligatoire impliquera plus de décrochage scolaire. La perte de cette sensation de contrôle en est la cause. Je ne dis pas qu’il ne faut plus rendre l’école obligatoire.

    L’enseignement explicite est très volitionnel contrairement aux autres modes d’apprentissage. Il accroît cette sensation de contrôle.

    Présentement, qu’advient-il de cette sensation de contrôle en éducation ?

  • Gilbert Talbot - Abonné 6 juin 2020 08 h 49

    Fsire ce qu'il faut!

    Il faut d'abord un bon plan de cours, clair, précis, qui couvre l'ensemble des aspects structurants du cours: ses objectifs, sa méthode, ses exigences, son contenu et son évaluation. Ensuite, il faut que ce plan soit accepté par l'ensemble des élèves et modifié en fonction de leurs propositions. Pour augmenter la motivation des élèves au cours, rien de mieux que de permettre et stimuler leur participation. Fini le temps où le prof décidait de tout. Vive la coopération dans la classe.Non, àla compétition à savoir qui sera le meilleur, le plus fort. Ça, ça détruit tout au contraire. Voilà pour la motivation extrinsèque. Pour stimuler la motivation intrinsèque, rien de mieux que stimuler leur curiosité, leur désir de connaître des chioses nouvelles, leur goût pour solutionner des problèmes, leur joie de découvrir par eux-mêmes et pour eux-mêmes des principes, des lois, des théories qui font partie déjà du trésor de connaissances de l'humanité.Et peut-être en ajouter de leur cru Par exem^ple, pourquoi ne pas les amener à participer à la construction de Wikipedia.

  • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2020 09 h 50

    Il faut enseigner pour comprendre

    Il y a deux caractérisques vitales chez les enfants motivés.

    La premiere est intrinsèque et innée aux aptitudes cognitives de l’enfant. L’intelligence, n’est-ce pas seulement une constante où l’enfant assimile les données de son environnement et des concepts à l’étude plus rapidement que les autres? Aussi, n’est-ce pas celui qui n’arrête pas de faire des comparaisons avec ses connaissances antérieures et son environnement qui sont sublimées dans son être et qui ne cesse de poser des questions et de se questionner?

    La deuxième, n’est-ce l’environnement familial qui s’occupe de motiver l’enfant afin qu’il découvre son monde à partir de ses sens, ceci, depuis la naissance jusqu’à l’âge de cinq ans? Le rôle des parents est crucial dans le développement de l’enfant en bas âge. Si celui-ci est constamment stimulé à partir de sources différentes, les chances sont bonnes pour que celui-ci développe des aptitudes d’enfant motivé. Ajoutez à cela l’encouragement positif qui conduit au développement émotif et social de l’enfant et vous avez la recette pour un enfant heureux et bien dans sa peau qui est motivé à apprendre.

    Je suis arrivé à cette conclusion en observant les élèves autochtones et les autres élèves de ma classe. Les premiers, pour la plupart des cas, n’avaient pas eu cette chance de vivre dans un environnement fonctionnel où les problèmes socioéconomiques sont presqu’inexistants. Pourtant, les élèves autochtones avaient les mêmes capacités cognitives que les autres mais dû à un développement fautif ou le manque de celui-ci, la plupart avaient des problèmes d’apprentissage. Enfin, cela n’aidait certainement pas lorsqu’ils me disaient qu’ils n’avaient pas besoin de venir à l’école cinq jours par semaines; trois suffisait selon leurs parents quand ceux-ci étaient là.

    Et voilà pour votre « Intrinsèque/extrinsèque ».

  • Marc Therrien - Abonné 6 juin 2020 10 h 32

    Et la motivation de la compétition?


    Et qu’en est-il de la motivation de la comparaison dans un classement qui semble être devenue un tabou depuis qu’on rejette l’élitisme dans l’espoir de construire un monde plus égalitaire alors qu’on sait que la société dans laquelle l’enfant continue d’être éduqué dans ses allers-retours entre l’école et la maison est friande de galas, de concours et de compétitions de toutes sortes dans lesquels il y a les nominés et « le gagnant est », des premiers, des deuxièmes et des troisièmes, etc.? Dans mon temps, à l'école secondaire, il y avait les "Galas Méritas'. J'y ai éprouvé le plaisir de gagner.

    Quand on sort de l’école et qu’on affronte le marché du travail, on apprend vite que même si on est tous des médaillés d’or convoitant un même poste, il faudra bien que l’employeur choisisse le candidat dont la médaille d’or lui semble la plus brillante ou la moins brillante, s’il craint trop le compétiteur qui pourrait le dépasser.

    Marc Therrien

  • Caroline Langlais - Inscrite 6 juin 2020 11 h 17

    Et les profs?

    Je suis une enseignante de moins en moins motivée et même, sur le point de décrocher. Un article à ce sujet?

    • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2020 15 h 35

      Comme je suis d'accord avec vous Mme Langlais. Lorsque j'ai débuté ma carrière en enseignement, j'ai eu la chance de côtoyer une de mes anciennes institutrices. Lorsque que je lui ai demandé si le respect des élèves envers les profs de mon temps était au rendez-vous à comparer de celui qu'elle vivait en ce moment, elle a été catégorique. Nous étions très polis et respectueux si on comparait à ceux qu'elle enseignait durant cette époque du début de ma carrière. Et pourtant, je n'avais jamais pensé qu'on était des anges à l'école.

      Aujourd'hui, le manque de respect envers l'école et ses professionnels de la part des enfants rois, version 2.0 et des parents rois, version 1.0, est au point où la plupart des nouveaux enseignants songent à quitter cette carrière « au plus sacrant ». Dans la capitale mondiale de la COVID-19, Montréal, la plupart des enseignants cherchent à quitter la profession ou aller enseigner ailleurs en région. C’est tout dire.

    • Gilbert Talbot - Abonné 7 juin 2020 11 h 23

      Il faut se foutre de tout l'encadrement proposé par le ministèere ou par la direction de son école ou la Commission scolaire, ils ne sont que des empêcheurs de tourner en rond, qui vous sucent votre énergie inutilement. Se concentrer uniquement sur le travail à faire avec les élèves c'est dans ce rapport que vous retrouverez votre motivation intrinsèque: bien faire votre travail. C'est tout.

    • Loyola Leroux - Abonné 7 juin 2020 13 h 26

      Motiver les profs !

      Un peu avant ma retraite en 2009, j’ai fait le tour de ceux avec qui j’enseignais depuis 36 ans. J’ai demandé à un collègue, prof de maths ce qui avait changé depuis 35 ans. Il m’a répondu, dans le 1e cours de maths, ‘’Calcul différentiel’’ que je viens de donner, j’ai enseigné 75% de la matière que j’enseignais il y a 35 ans. Devoir s’adapter aux élèves et aux demandes l’administration, de faire passer tout le monde, est tres démotivant.

      Un autre collègue prof de bio, me dit : ‘’En philo, vous êtes chanceux, vous enseigner n’importe quoi, les modes intellectuelles qui vous passent par la tête, en bio, c’est différent. Dans le 1e cours de bio, obligatoire pour les étudiantes en techniques infirmières, j’enseigne, depuis 35 ans, les systèmes : sanguins, digestifs, nerveux, musculaires, etc. toujours la même matières. Tres démotivant.

      Le refus de transmettre aux élèves un savoir éternel, tres répétitif mais fondamental, comme les règles de la syntaxe, explique un peu, selon moi, l’attrait de toutes les modes pédagogiques qui affligent l’école.

      Les profs devenus des professionnels ont du trouble avec leur estime de soi, en tant que citoyen exerçant des ‘’emplois non prioritaires’’.