Briser le tabou, repenser la police

Aujourd’hui, j’aimerais vous inviter à réfléchir au problème de la violence et de l’impunité policières ici, au Québec, sans faire ne serait-ce qu’une mention des États-Unis.

Ici, au Québec, le Bureau des enquêtes « indépendantes » a été créé en juin 2016, afin qu’une institution extérieure aux corps policiers se charge de faire la lumière sur les cas où une personne meurt ou est grièvement blessée à la suite d’une intervention. J’utilise « indépendantes » avec de grands guillemets, puisque la moitié des gens qui y siègent sont d’anciens policiers.

Selon la CBC, durant les trois premières années d’existence du BEI, 126 personnes ont subi des blessures assez graves aux mains de la police québécoise pour qu’un processus d’enquête soit déclenché, dont 71 personnes qui en sont mortes. À la fin de ces 126 enquêtes, aucun des policiers impliqués n’a été accusé au criminel. Voilà le résultat de notre système « indépendant ». 71 morts en trois ans. Un mort toutes les deux semaines. Je crois qu’il est tout à fait à propos, au Québec, de parler d’impunité policière systémique.

Le Québec compte une population de 8,5 millions d’habitants. Le Royaume-Uni en compte 66,5 millions. Durant cette même période de trois ans, au Royaume-Uni, 10 personnes sont mortes en différentes circonstances à la suite d’une intervention policière. 10 personnes de trop. Mais tout de même, il faut se poser la question : pourquoi un Québécois court-il 56 fois plus de risques de mourir aux mains de la police qu’un Britannique ? Hormis quelques exceptions, le patrouilleur britannique n’a pas d’arme à feu. Y a-t-il un problème de profilage racial et social au Royaume-Uni ? Oui, comme partout. Mais le même phénomène ne tue pas autant, loin de là.

Mais est-il possible ici de parler du désarmement des corps policiers sans faire l’objet d’un anathème ?

Seulement à Montréal, en 2020, le SPVM a coûté 665 millions en taxes municipales. Notre mairie progressiste investit autant par année dans le SPVM que dans le transport en collectif. Pourquoi ? Si on acquiesçait moins aux demandes de notre service de police, qui veut toujours plus d’armes et de ressources, combien de fonds à réinvestir dans des services d’urgence alternatifs, ou directement dans les communautés qui ont été les plus affectées par la discrimination systémique et le profilage racial et social ?

Pourquoi, alors qu’on a coupé dans plusieurs services publics récemment au nom de l’austérité, n’avons-nous jamais eu de débat national sur les budgets de la police ? Pourquoi est-ce un tabou ? Je ne crois pas qu’on se soit déjà donné la peine de faire la preuve de quelque relation à établir entre leurs ressources, leurs armes, et les variations du taux de criminalité au Québec.

Sandy Hudson, de Black Lives Matter Toronto, soulevait la question avec brio cette semaine : où est la démonstration selon laquelle les personnes qui ont reçu une formation en technique policière sont les mieux placées pour intervenir lorsqu’une femme veut porter plainte pour violence sexuelle, ou lorsqu’une personne vulnérable vit une crise de santé mentale ? Une grande partie des appels du 911 ne pourraient-ils pas mieux être servis par des professionnels d’urgence ayant une formation proche du travail social, par exemple, et qui n’auraient nul besoin d’être armés ?

Les gens qui soulèvent depuis longtemps ces questions ici même au Québec sont balayés du revers de la main comme s’ils étaient complètement fous. Alors que la folie, c’est de s’imaginer que les services de police tels qu’on en a l’habitude au Québec constituent la seule manière d’organiser une société moderne, soucieuse du bien-être de ses citoyens. L’absurdité, c’est de refuser d’en apprendre plus sur les alternatives qui offrent des résultats intéressants, là où elles existent déjà.

Le tabou de cette réflexion sur le rôle, les ressources et les procédures de reddition de comptes des corps policiers vient de plusieurs sources. En entrevue à Tout un matin en octobre dernier, Marie-Maude Denis, journaliste d’Enquête, s’est confiée sur les jeux d’intimidation et les tentatives de contrôle des médias exercés par la Sûreté du Québec. Elle y a raconté que la police traite les journalistes comme des poneys. Ceux qui signent des reportages qui leur plaisent reçoivent une « pomme », soit de l’information privilégiée. Les autres sont laissés sur la touche. Est-ce acceptable qu’un service public joue ainsi avec l’accès à l’information pour influencer la manière dont on parle de son travail à la population, en particulier lorsqu’il est question de citoyens blessés ou tués par des agents de l’État ? D’autres reporters ont sûrement d’autres informations à dévoiler sur ces tactiques incompatibles avec la démocratie. Je les invite à briser le silence. On ne peut pas avoir un débat public sain sur la police si nos journalistes sont intimidés.

Je crois aussi que bien des élus municipaux et leurs conseillers politiques auraient des choses importantes à révéler à la population sur la manière dont les corps policiers et leurs syndicats négocient leurs budgets et leur course à l’armement, refusent les réformes et s’entêtent dans l’impunité pour les bavures commises derrière les portes closes.

D’ailleurs, pourquoi les citoyens ordinaires ne pourraient-ils pas poser leurs questions directement à la police plus qu’une fois par éclipse lunaire ? C’est déjà le cas dans plusieurs autres villes canadiennes comme Toronto, où les séances du conseil d’administration de la police sont depuis longtemps ouvertes au public.

Quand on cesse un peu d’analyser nos propres problèmes uniquement dans la lorgnette de l’autre-pays-qu’il-ne-faut-pas-nommer, voyez l’espace de réflexion qui se libère et les pistes d’action qui se dessinent pour faire avancer le Québec ! La marche contre le racisme à Montréal de dimanche dernier a atteint des proportions historiques. Il faudra que la réponse politique et citoyenne au moment que nous vivons nous sorte aussi de notre carcan habituel. Imaginez toutes les vies que nous pourrions ainsi sauver dans les années à venir.
 

60 commentaires
  • Robert Beaulieu - Abonné 4 juin 2020 06 h 27

    Faire la lumière sur la culture policière

    Merci Mme. Nicolas de soulever ces questions fondamentales. Les chiffres que vous présentez, le nombre de morts suite aux interventions policières sont accablants. Cette culture se durcit en se perpétuant de génération en génération. L'impunité institutionalisé des corps policiers pour les gestes inapropriés qu'ils peuvent commettre dans leur interventions doit être adressée. Les critères d'admissions aux études des techniques policières devraient assurément faire l'objet d'une révision. De toutes évidences, les aptitudes des candidats en voie de devenir recrues que l'on favorisent ne sont pas les bonnes ou à tout le moins sont insufisantes et mettent la population en danger. L'emphase sur les qualités de guerrier, d'obéissance sans questionnement, nous sont d'une complète inutilité dans la presque totalité des interventions policières. La capacité de maintenir le silence sur les comportements abusifs et les incompétances de ses confrères est un prérequis. Les recrus doivent se fondre à cette culture de répression ou ils sont écartées. Avec la militarisation des forces policières et la course aux armements et autres équipements de ''contrôle des masses'' que l'on peut observer on ne peut espérer une amélioration des tristes statistiques sans une refonte des priorités et un regard élargie des communautés sur le fonctionnement des ''agents de la paix''.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 juin 2020 08 h 58

      Vous touchez le point sensible M. Beaulieu. Si les policiers devaient avoir un baccalauréat en poche comme minimum pour être admis, on risquerait de ne pas justement retrouver tous ces « bullies » qui en font partie. Sous-éduqués et surpayés semble être la devise des limiers.

      Mais, encore une semaine des quatre jeudis. Rare, mais je suis d’accord partiellement avec Mme Nicholas. Si à la fin de ces 126 enquêtes, aucun des policiers impliqués n’a été accusé au criminel, alors pourquoi ce Bureau des enquêtes indépendantes? Pourquoi? Tous connaissent déjà la décision finale de ce « kangourou court ».

      J’aime bien cette idée de désarmer la police. Pourquoi a-t-on l’impression que s'il y avait moins d’armes, il y aurait moins de morts lors des confrontations. Et ce n’est pas à la police avec fusils battants d’aller désarmer une situation explosive d’une personne avec des problèmes de santé mentale. Il semble qu’il y aurait des gens bien plus qualifiés qu’eux.

      Eh oui, est-ce qu’on vient juste de le réaliser, mais l’intimidation de la police envers les médias est un vieux jeu. Évidemment, ils veulent contrôler les médias afin d’avoir toujours raison et ne pas subir les conséquences de leurs actes souvent brutaux. Et le pauvre petit journaliste qui a besoin d’information ne se mettra pas à dos la police de peur d’être mis hors du cercle rapproché. Ce qui est encore plus insultant, c’est de voir un ex-policier de 50 ans à la retraite avec une pleine pension nous expliquer ce que les bons policiers font dans une telle ou telle situation contre les vilains méchants qui sont souvent racisés.

      Ceci dit, une marche contre le racisme en pleine pandémie est tout simplement idiot. Combien de gens infectés vont mourir à cause de celle-ci maintenant? Surtout, lorsqu’il s’agit d’un acte crapuleux venu d’une société qui n’est pas la nôtre à plusieurs points de vue. Aussi, le supposé racisme systémique se nourrit de lui-même. Il n’existe pas au Québec dans la population.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 4 juin 2020 11 h 16

      Francis Grenier a été atteint par une grenade assourdissante en mars 2012. Or le journaliste de La Presse qui couvrait la chose, Tristan Péloquin, a complètement gobé le point de presse du SPVM et il a exposé aux lecteurs (dans une vidéo) la grenade assourdissante en montrant le capuchon en plastique qui se détachait du haut de ladite grenade (que le SPVM lui avait fourni). Or, une enquête avec Moïse Marcoux-Chabot documentariste indépendant, a montré qu'il existait une partie en métal qui se détachait de la grenade lors d'une première explosion, ce qui a pu blessé Francis Grenier. Au aucun moment, dans la conférence de presse du SPVM, ce dernier a parlé de la partie en métal.

      Donc avant même d'exiger de quoi de la police, Tristan Péloquin et La Presse aurait pu, dès 2012, aller plus loin en consultant la fiche technique, ce qui a été fait en 2013, encore avec un travail bénévole, alors toute la grève aurait été différente avec l'implication d'une négligence criminelle du SPVM. Cela aurait par contre dû supposer une méfiance de Péloquin à l'encontre du discours des policiers.

      C'est ici une leçon de que l'on appelle « la dépendance aux sources officielles » , c'est le 3e filtre institutionnel expliqué par Herman et Chomsky dans « La fabrication du consentement ».

      Pour une fois je suis d'accord avec Madame Nicolas. Le problème des médias, c'est qu'ils croient important de «suivre l'actualité» d'être «les premiers à raconter l'histoire», alors que précisément, le rôle (idéal) des médias serait de surveiller les centres de pouvoir.

      Madame Nicolas parle des sources qui montrent ce contrôle policier sur l'info, je la félicite d'en parler, mais ma critique est sur l'ensemble des médias : comment se fait-il que les journalistes, surtout les indépendants, ignorent « La fabrication du consentement »?

    • Christian Montmarquette - Abonné 4 juin 2020 11 h 18

      @ Cyril Dionne

      "Le supposé racisme systémique se nourrit de lui-même. Il n’existe pas au Québec dans la population." - Cyril Dionne

      Le négationnisme de Cyril Dionne ne change rien à la réalité.

      "Presque un Québécois sur cinq avoue qu’il est un raciste" - Radio-Canada international

      https://www.rcinet.ca/fr/2015/02/27/presque-un-quebecois-sur-cinq-avoue-quil-est-un-raciste/

      "Le racisme systémique, c'est très simple à comprendre.

      Au Québec, si tu es membre d'un minorité visible, c'est plus difficile de se trouver une job, plus difficile de se trouver un logement et plus facile de se faire arrêter par la police." - Gabriel Nadeau-Dubois

      Quand on sait qu'il est plus difficile de se trouver une job ou un appartement, on ne nous fera pas accroire qu'il s'agit de racisme systémique lié à une organisation, mais de racisme individuel dans la population.

      Le "supposé" racisme systémique.. - Cyril Dionne

      "Quand t'es jeune et noir à Montréal, t'as 5 fois plus de chances de te faire interpeller par la police qu'un blanc. Arabe, 4 fois. Femme et autochtone, 11 fois. C'est pas moi qui le dit, c'est 4 ans de données du SPVM."

      - Manon Massé, 1er juin 2020

      Autrement dit, le racisme est partout au Québec, autant dans les organisations que chez les individus.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 4 juin 2020 11 h 34

      A la base monsieur Beaulieu le métier de policier en est un de répression des comportements qui ne sont pas conforme aux règlements édités et dictés par le politique et la culture de l'organisation sociale. Les "aptitudes" demandée aux policiers est assez large merci. Exemple: avec le confinement et la distanciation sociale on a demander à la police de faire respecter le 2 mètres distance. Dans la première étape les constables ont fait de la sensibilisation auprès du public. Mais en deuxième temps on leur a demander de distribuer des contraventions à 1,000$ pièce, doublé de frais totalement usurier de plus de 500$.

      Comment voulez-vous donc que la même personne puisse avoir des "aptitudes" sociales pleine de bon sens et humaniste pour amener les citoyens a avoir de bons comportement, et en même temps leur demander de se transformer en donneur de coup de matraque monétaire tel qu'on leur commande de le faire ?

    • Marc Therrien - Abonné 4 juin 2020 12 h 42

      M. Dionne,

      Content de voir qu'il y a au moins un domaine où vous reconnaissez qu'une formation universitaire en sciences humaines ou sociales serait bénéfique à la société ou au «système» dans le cas qui nous préoccupe ici.

      Marc Therrien

    • François Leduc - Abonné 4 juin 2020 12 h 45

      Démonstration boiteuse

      Lorsque l'on jette un coup d'oeil sur les données avancées par la chroniqueuse (site du BEI), on découvre que les morts survenus lors des interventions policières résultent soit de meurtres avant l'arrivée des policiers, de suicides au moment ou suite à l'arrivée des policiers, de tentatives d'échapper aux policiers qui se terminent mal pour le fuyard (sans que les armes des policiers n'aient été utilisées), de défaillances physiques mortelles et ainsi de suite. En somme, les policiers, lors de ces interventions, ne sont pas la cause de ces morts et ce, après enquêtes du DPCP.

      Mme Nicolas, votre prémisse étant contraire à la réalité, votre argumentation et votre conclusion sont irrecevables.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 juin 2020 14 h 07

      Et combien de contraventions à propos de la distanciation sociale nos paramilitaires ont distribué aux manifestants professionnels ce weekend à Montréal M. Arès lors de la manifestation américaine en anglais, « thank you very much »? Aucun. None, Nada. Et pourtant, vous aviez des milliers de gens qui ne respectaient absolument rien, encore moins la distanciation sociale. Ils portaient des masques et des lunettes noires, Black Block obligent, pour ne pas se faire identifier. Même, ils en avaient qui volaient des guitares en ne respectant pas le deux mètres prescris.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 juin 2020 14 h 24

      « 71 morts à la suite d'une intervention policière sur 3 ans et 126 enquêtes sans condamnation », ça m'a figé. Je porte une attention à tout ce qui se passe au Québec avec un oeil attentif à ce qui est publié dans les médias. J'avoue que ça m,a échappé.

      Le bilan présenté m'a incité à avoir plus d'informations sur ces 71 morts et ces 126 déculpabilisations policières. Ça s'impose et je suis persuadé que l'autrice de ce texte en conviendra. Si elle a en mains des informations plus détaillées, il urge qu'elle les révèle et en présente un tableau qui s'impose.

      Qu'elle le fasse en deux articles ou un seul, peu importe. Il faut que soient révélés comment sont survenues des morts dans le cadre d'intervention policière. Autrement, on commente sans savoir ce qui s'est passé. Même chose pour les 126 déculpabilisations. Il y a certainement des motifs qui les expliquent.

      Par ailleurs, il importe aussi que ces informations soient mises à sa disposition par les institutions en cause.

    • François Leduc - Abonné 4 juin 2020 16 h 17

      @ Claude Bariteau

      En réponse à votre demande, je vous suggère d'aller consulter le site du Bureau des enquêtes indépendantes dans lequel on retrouve les données sur les interventions policières, personnes impliquées, dates et circonstances, les cas de mortalités ou blessures, enquêtes et décisions du DPCP. Les données de la chroniqueuse ne sont pas en phase avec celles du BEI et sont incomplètes.

    • Hermel Cyr - Abonné 4 juin 2020 16 h 42

      Je suis aussi d’avis que les chiffres produits ici posent questions et on mériterait d’en savoir davantage quant à leur signification.

      Les données brutes même quantitatives et même comparées n’informent pas précisément sur la criminalité ou l’action policière. Il faut des circonstances, des contextes, une typologie de crimes dans une région et dans un temps donné pour que les « chiffres parlent » et bien d’autres facteurs. Autrement dit, en statistique on ne peut tenir les « cooccurrences » pour des « causalités » et trop de commentateurs font l’erreur de confondre les deux.

      Et quand des considérations ethniques sont en jeu, la chose est encore plus délicate. Il est vraisemblable, par exemple, que certains types de criminalité (attaque à l’arme blanche, violence conjugale, vols qualifié, vol à l’étalage, crime économique…) se distribuent en fonction de l’appartenance sociale et/ou ethnique. Les criminologues sont mieux placés pour nous informer sur ces aspects; ils méritent plus de place dans des enjeux comme celui-ci.

    • Marc Therrien - Abonné 4 juin 2020 19 h 28

      Et pour reprendre l’introduction de cette chronique, suivant les apports spécifiques de M. Leduc et de M. Cyr, je réponds à madame Nicolas : voilà, c’est fait, nous avons réfléchi « au problème de la violence et de l’impunité policières ici, au Québec » et conclu qu’il vous faut vous-même réfléchir à comment mieux présenter et interpréter des données statistiques pour établir des inférences sur cette problématique.

      Marc Therrien

  • François Poitras - Abonné 4 juin 2020 06 h 44

    Les voeux pieux et la réalité

    « Où est la démonstration selon laquelle les personnes qui ont reçu une formation en technique policière sont les mieux placées pour intervenir lorsqu’une femme veut porter plainte pour violence sexuelle, ou lorsqu’une personne vulnérable vit une crise de santé mentale ? »

    Suite à cette affirmation, quelques questions : Quelles sont les données recensant les décès causés par les policiers lors « d’une plainte pour violence sexuelle » ?

    Quand sait-on qu’une personne au comportement délinquant ou criminel a des problèmes de santé mentale ? Lors du coup de fil au 911 ? Pendant l’intervention policière ? Ou après ?

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 juin 2020 08 h 54

      Moi je trouve qu'elle aborde un angle qu'on néglige trop souvent. Les policiers sont-ils toujours les bons intervenants dans de tels cas. Pour avoir travaillé à St-Jean-de-Dieu je peux témoigner qu'une personne en crise demande une compétence très différente de celle des policiers. Le manque de service pour les personnes en crise fait en sorte que les policiers finissent par devoir intervenir hors de leur expertise avec tous les dégats que ça occasionne. De même pour les cas de violence conjugale. Il est temps qu'on mette cette réflexion en évidence. Ne vous inquiétez pas ce n'est pas difficile de repérer une situation de crise liée à la santé mentale ou à la violence conjugale. Si au moins les policiers pouvaient avoir le support d'équipes spécialisées lors d'un appel ce serait déjà mieux.

    • Céline Delorme - Inscrite 4 juin 2020 08 h 54

      Citation: "Qui sont les personnes les mieux placées pour intervenir lorsqu'un personne vulnérable vit une crise de santé mentale ? »
      Les services policiers ont certainement besoin de s'améliorer, mais on ne peut pas blamer les policiers de la détérioration des services de santé mentale. Eux mêmes voudraient bien que d'autres plus formés, s'en occupent.
      Quiconque s'informe un peu sait que les gouvernements successifs, dans la lignée du néo libéralisme. ont abandonné les services de santé mentale, depuis la désinstitutionnalisation au point où les familles ou amis sont incapables de trouver de l'aide soutenue pour leur proche atteint de maladie mentale grave. L'Institut Pinel, longtemps un modèle de soins, crie au secours, victime de coupures de postes professionnels année après année. On appelle les policiers en dernier recours, alors qu'une intervention de suivi et encadrement pourrait prévenir les crises,
      Par ailleurs, j'admire la politique britannique de policiers non armés, c'est un modèle à suivre. Mais si on demande à nos policiers de travailler sans arme, il faut d'abord combattre les puissants lobbys de NRA et ne pas comparer des pommes avec des oranges.
      Statistiques de Wiki:
      Canada: 34,7 armes à feu au domicile pour 100 citoyens. Homicides par arme à feu 4,46 (pour 100 000)
      Royaume Uni: 2,8 armes à feu pour 100 citoyens: Homicides par arme à feu: 0,75 (pour 100 000)

    • Julie St-Laurent - Abonnée 4 juin 2020 10 h 05

      La réalité n'est pas difficile à comprendre quand on veut bien ouvrir les yeux. L'actualité très récente (mai 2020) a offert un exemple horrible de réaction disproportionnée, inappropriée et humiliante des services d'urgence à la détresse d'une femme autochtone:
      https://www.ledevoir.com/societe/579323/le-spvm-vise-par-une-plainte-pour-discrimination-envers-une-femme-autochtone

    • Jean-Yves Arès - Abonné 4 juin 2020 12 h 13

      @ Celine Delorme, les chiffres que vous avancez ne semble pas être les bons (faudrait voir vos sources, c'est vaste Wiki...).
      Taux d'homicide de 4.7 par 100,000 hab. c'est pour les États-Unis.
      http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/670464/taux-ho

      Et des nuances sur le sujet ici, l'arme et le crime,
      http://www.lesoleil.com/actualite/verification-fai


      @ Julie St-Laurent, bonne exemple. Ici je crois bien que ce sont les centrse hospitaliers qui ne veulent pas se retrouver a devoir contrôler seul une personne ivre. Reste que l'important surplus de policiers a intervenir sur place indique bien un problème de mesure qui est en soi sans-mesure. La chose peut peut-être s'expliquer par le presque rien-à-faire des policiers en temps de confinement de la population !

    • Céline Delorme - Inscrite 4 juin 2020 13 h 29

      A M Arès, Correction.
      Vous avez raison, j'ai fait erreur d'une ligne:

      Statistiques de Wiki: Death biy firearm statistics
      Canada: 34,7 armes à feu au domicile pour 100 citoyens. Homicides par arme à feu 0,75 (pour 100 000)
      Royaume Uni: 2,8 armes à feu pour 100 citoyens: Homicides par arme à feu: 0,06 (pour 100 000). Il y a quand même 12 fois plus d'homicides au Canada qu'en UK.

      Céline Delorme.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 5 juin 2020 10 h 24

      Il y a un monde différence ente la formation des policiers au Québec et celle dans beaucoup d'états américains. Ici, il y a quelque 60 ans, c'était sensiblement comme aux USA: des gros bras de 6 pieds avec peu de formation.

      Ici, nos policiers vont au collège pendant 3 ans et doivent faire un stage à l'École de police.

      Je me souviens que, il y a une trentaine d'années, on exigeait une grandeur physique.C'est fini cela: on exige une bonne condition physique bien sûr, mais on n'exige plus une certaien grandeur. Maintenant il y a beaucoup de femmes dans nos corps policiers.

      Nos policiers nous représentent. Si la population est raciste, il y aura des policiers racistes. Mais, Dieu merci, nous sommes très loin de ce qui se passe aux USA.

  • Antoine Thériault - Abonné 4 juin 2020 07 h 07

    Très belle chronique

    Merci cette chronique si bien rédigée ! Je conseille à celles et ceux voulant approfondir la question du racisme au sein des corps policiers au Canada le livre "NoirEs sur surveillance" de Robyn Maynard !

  • Yves Charette - Abonné 4 juin 2020 07 h 38

    attention aux comparaisons

    Madame je ne conteste pas votre opinion c'est la vötre et nous pourrions en discuter. Toutefois pourriez vous vérifier vos données? Au Québec, tout décès lors d'une intervention policière fait l'objet d'une enquête, même un suicide, une surdose ou un accident lors d'une pourauite. Donc il faudrait faire une véritable comparaison. Quand vous dites que 71 personnes sont décédées des mains de la police s.v.p. vérifiez bien vos chiffres. Et surtout pas 71 décès liés à des armes. Un seul exemple très récent....deux policiers interceptent un véhicule pour une infractions au csr, c'est une personne agée et lorsque les policiers arrivent à sahauteur la personne fait un arrêt cardiaque. les policiers lui prodiguent les premiers soins et elle est conduite à l"hôpital. Elle a heureusement survécue. Si cette personne était décédée il y aurait eu enquête du BEI et sans doute que les policiers auraient été blanchis. J'aurais d'autres exemples à vous donner alors qu'une enquête au BEI n'avait rien à voir avec une faute policière. Donc interprété les chiffres comme vous le faites fausse totalement la réalité. J"ai les rapports enmain pour l'exemple donné.

  • Yves Mercure - Abonné 4 juin 2020 07 h 45

    Excellence!

    Très belle idée que cette chronique. Vérité de tout temps et lieux quant à l'usage du pouvoir : le pouvoir recèle intrinsequement le ferment de l'abus. Or, avoir du pouvoir se révèle un poison addictif où le possesseur gagne en sécurité d'autant plus qu'il fait partie des gens d'armes. Un pouvoir menacé peut, s'il est armé, ajouter un argument de plus au simple bouquet de fleur! Garant déclaré de la sécurité publique, un policier possède ainsi un argument fondamental pour imposer d'avantage que n'importe quel quidam venu. Alors, faute de prendre garde, une société peut craindre de perdre sa sécurité, une peur fondamentale du danger qu'il "pourrait arrivé" n'Importe quoi fait que chacun peut en venir à accepter l'argumentation du plus de budget policier, plus de moyens d'action, plus de raffinements de leur caserne et transport, plus de plus... feront en sorte que chacun dormira plus tranquille. Et plus tu dors, plus tu es tranquille.
    Insidieusement, une dérive survient ainsi trop souvent pour amplifier les risques du pouvoir coercitif. Or, ce qui tranche par une plus grande distinctivité peceptuelle sera d'autant susceptible de questionnement ... d'action "préventive", de répression. La seule prise de conscience de ces potentiels d'abus ne peut suffir à y mettre fin. Il faut y ajouter une constante alerte contre les réflexes archaïque et une pratique constante de réactions alternatives. C'est de l'éducation et l'instruction peut en être l'un des moteurs.
    Effectivement, il existe des situations où les difficultés trouvent de meilleurs solutions avec des intervenants armés de concepts plutôt que de gourdins.