Le virus et l’indépendance

Dès lors que l’Assemblée nationale a repris ses activités presque normalement, il allait de soi que le PQ se déconfine à son tour et relance sa course à la chefferie, dont la conclusion est maintenant fixée au 9 octobre.

Avec six candidats en lice, elle devrait normalement éviter la fin en queue de poisson de la course au PLQ, qui a vu Dominique Anglade l’emporter par défaut et dans l’indifférence générale. Cela ne garantit pas que l’opération sera plus profitable. Au cours des quatre prochains mois, les Québécois vont avoir bien d’autres préoccupations.

Il faut d’abord que les candidats amassent les 2000 signatures exigées durant les trois semaines prévues à cet effet, du 5 au 26 juin. Cela ne devrait pas poser de problème au député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui bénéficie d’une longueur d’avance en matière d’organisation. Malgré l’annulation de ses spectacles, on peut également penser que la notoriété de Guy Nantel lui permettra de s’acquitter de cette obligation.

Avant que le Québec se mette « sur pause », un sondage Léger accordait une nette avance à l’humoriste, qui avait l’appui de 38 % des électeurs péquistes, loin devant M. Gaudreault (16 %) et les deux autres candidats à l’époque, Paul St-Pierre Plamondon (5 %) et Frédéric Bastien (4 %), pour qui l’opération signatures s’annonce moins facile. Pour ceux qui se sont ajoutés depuis, l’avocate Gloriane Blais et l’homme d’affaires Laurent Vézina, la barre semble encore plus haute.

Pour avoir « une belle et vraie course » et éviter d’éliminer ceux qui pourraient être victimes de la pandémie, M. Bastien demande aux membres du PQ de signer les bulletins de tous les candidats, mais cela paraît un peu angélique, dans la mesure où signer un bulletin de candidature est déjà la manifestation d’une préférence.


 
 

En réalité, quel que soit le nombre de candidats, créer un peu d’engouement pour la course constitue un défi en soi. Le retour graduel à la vie en société ne signifie pas que la population sera plus à l’écoute. Au contraire, elle sera trop heureuse de profiter de sa liberté retrouvée pour s’intéresser à une troisième course au PQ en cinq ans. Et elle y sera encore plus indifférente s’il y a une deuxième vague à l’automne.

Les libéraux qui déplorent que le désistement d’Alexandre Cusson n’ait pas permis la tenue d’un « débat d’idées » au sein de leur parti devraient plutôt se réjouir de ne pas avoir dû faire étalage de la vacuité intellectuelle qui l’afflige. Ce n’est pas le cas au PQ, où plusieurs candidats ont déjà pris des positions substantielles, souvent opposées, qui témoignent d’une solide réflexion.

Le problème est que l’essentiel du débat va inévitablement porter sur un sujet qui est actuellement très loin des préoccupations de la grande majorité des Québécois. Peu importe que le référendum ait lieu dans un premier ou un deuxième mandat, que la question porte directement sur l’indépendance ou sur un projet de Constitution, la souveraineté n’est tout simplement plus sur leur radar. Certes, elle ne risque pas de réapparaître si on n’en parle pas, mais il faut être prêt à vivre avec l’ingratitude de prêcher dans le désert.


 
 

Pour rendre le débat plus concret, la pandémie constitue un beau cas de figure. Un Québec souverain y aurait-il mieux réagi ? Certains croient qu’il aurait pu ordonner la fermeture de la frontière plus rapidement que ne l’a fait Justin Trudeau, mais peut-on sérieusement penser que François Legault — en supposant que ce fut lui — aurait été mieux en mesure de bousculer Donald Trump ?

D’un point de vue fédéraliste, les milliards d’aide en tous genres dépensés par Ottawa constituent un argument de poids. La curieuse idée selon laquelle deux gouvernements valent mieux qu’un a la vie dure, mais rien ne permet d’affirmer qu’un Québec maître de tous ses impôts n’aurait pas été capable du même effort. Après tout, M. Legault a lui-même signé un rapport selon lequel les finances d’un Québec souverain se porteraient mieux.

Il n’est pas davantage possible de soutenir que nous aurions mieux anticipé le danger. Il demeure toujours aussi incompréhensible que la Santé publique ait été alertée dès le 12 janvier et que le M. Legault soit tombé de sa chaise seulement le 9 mars, donc après la semaine de relâche où, apparemment, tout le mal a pris naissance. La souveraineté nous apporterait sans doute de grandes choses, mais elle ne nous rendrait ni plus intelligents ni plus compétents.

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