La finance durable réplique

Un trimestre ne fait pas une tendance, mais l’investissement dit durable, sous influence des critères ESG, a attiré les capitaux des investisseurs malgré le mouvement de retrait massif frappant les fonds d’investissement induit par la COVID-19.

BlackRock en a fait l’éloge. Le plus gros administrateur de fonds d’investissement, avec quelque 7000 milliards $US d’actif sous gestion, a effectué un virage à 180 degrés en début d’année en se faisant le promoteur d’un « capitalisme des parties prenantes », les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) constituant désormais le cœur de son approche en matière d’investissement et de son exercice d’influence auprès des dirigeants d’entreprise dans laquelle le gestionnaire investit.

« Les portefeuilles intégrés à la durabilité peuvent offrir de meilleurs rendements ajustés au risque. » À l’opposé, « au fil du temps, les entreprises qui ne répondent pas aux parties prenantes et n’abordent pas les risques de développement durable seront confrontées à un scepticisme croissant de la part des marchés et, à leur tour, à un coût du capital plus élevé », écrivait en janvier Larry Fink, chef de la direction de BlackRock.

Dans une étude publiée le 18 mai, le gestionnaire souligne que 40,5 milliards $US ont été canalisés vers les fonds durables ouverts — ce qui comprend les fonds négociés en Bourse (FNB) — au premier trimestre, en hausse de 41 % par rapport au trimestre correspondant de 2019. Certes, la période d’observation est courte, mais le gestionnaire y voit là un aveu que l’investissement durable a la cote même dans un contexte de tension provoqué par la COVID-19.

« Dans un stress de marché très fort, l’investissement responsable affiche de meilleures performances que les actifs traditionnels, a précisé Carole Crozat, corédactrice de l’étude. Les investisseurs ont saisi l’occasion pour allouer plus de capitaux aux fonds durables, moins volatils. » Une analyse corroborée par une récente observation de Morningstar, qui indique que 90 % de ses indices dits durables avaient mieux performé que leurs équivalents traditionnels depuis janvier. Même chose avec MSCI qui a souligné que 88 % de ses indices durables avaient « surperformé » leurs pairs sur la même période, lit-on dans les médias européens.

Le fait que les portefeuilles dits durables comportent une proportion moindre de titres dans un secteur pétrolier pénalisé par le plongeon du prix du baril n’explique qu’en partie cette meilleure tenue, reprend-on de l’étude. D’ailleurs, l’écart a à peine fléchi en avril, dans un contexte de rebond des grands indices boursiers de référence.

Popularité des FNB

Dans un sens plus large, les dernières statistiques de l’Institut des fonds d’investissement du Canada publiées vendredi confirment la remontée de l’actif des fonds d’investissement, qui, à 1540 milliards, a crû de 6,3 % de mars à avril, ce qui comprend des ventes nettes de 1,3 milliard. Et la popularité des FNB dont l’actif, à 204,2 milliards, a augmenté de 7,3 %, comprenant des ventes nettes de 703 millions. En mars, plombés par la chute des marchés, les fonds d’investissement avaient subi des rachats nets de 14,1 milliards, les FNB continuant toutefois à se démarquer avec des ventes nettes de 3 milliards.

Au cumul après quatre mois, les fonds d’investissement n’affichent plus que des ventes nettes de 1,3 milliard, contre 4,5 milliards au cours de la période correspondante de 2019. Et les investisseurs se sont rués vers les valeurs dites refuges, les fonds à long terme subissant des rachats nets de 3,3 milliards, alors que les fonds du marché monétaire ont affiché des ventes nettes de 4,6 milliards.

Les FNB maintenaient leur distance avec des ventes nettes de 15,9 milliards après quatre mois en 2020, contre 6,4 milliards pour la même période en 2019.

3 commentaires
  • Michel Carrier - Abonné 23 mai 2020 07 h 08

    Très intéressant, cela pourra peut-être changer le monde dans lequel nous vivons.

  • Bernard Plante - Abonné 23 mai 2020 12 h 59

    Enfin!

    Le début de la migration vers une économie durable. Vaut mieux tard que jamais.

    Et dire que si le Québec était un pays libéré du Canada pétrolier il pourrait surfer allègrement sur cette nouvelle vague plutôt que de perdre son temps et sa richesse à financer des industries du passé devenues des gouffres financiers.

    Nous possédons toutes les ressources et le savoir-faire pour devenir un leader mondial dans cette nouvelle économie. Ce qui explique d'ailleurs fort probablement pourquoi le ROC se bat autant pour nous garder sous son emprise...

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 24 mai 2020 10 h 17

      J'ai la même opinion que la vôtre pour les ressources et le savoir-faire, mais le gouvernement du Québec pourrait très bien s'opposer au projet de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay; il aurait égalemnent pu le faire à Port-Daniel ou à Anticosti et investir durablement dans ces deux régions. Exemples: relier Anticosti avec un service efficace de traversiers et réparer la voie ferrée entre Matapédia et Gaspé.