Le retour à la normale

Dans son point de presse de mardi, il était un peu curieux de voir le premier ministre François Legault laisser au Dr Horacio Arruda le soin d’expliquer qu’imposer le port obligatoire du masque pouvait contrevenir à la Charte des droits et libertés. On a découvert que le directeur national de santé publique avait de nombreux talents, qu’il s’agisse de la pâtisserie ou de la danse, mais il n’est pas juriste. Il ne lui appartient pas non plus de décider si le gouvernement désire ou non prendre le risque d’une contestation devant les tribunaux.

M. Legault, qui avait dit souhaiter « fortement » que tous les Québécois portent un masque dès qu’ils sortent de chez eux, peu importe où ils habitent, a manifestement compris que l’argument juridique ne tenait pas la route, comme de nombreux experts l’ont souligné. Cette obligation s’inscrirait parfaitement dans « les limites raisonnables et justifiables » prévues par l’article 1 de la Charte.

 

D’ailleurs, si un gouvernement s’abstenait de légiférer simplement parce qu’une loi risque d’être contestée, ce qui est le droit absolu de tout citoyen, les parlementaires seraient rapidement en chômage. La quasi-certitude que la Loi sur la laïcité de l’État le serait, malgré la disposition de dérogation, n’a pas empêché de gouvernement de la faire adopter.

Mercredi, dans un nouveau virage, M. Legault a reconnu qu’« on peut passer par-dessus la question juridique » et que la véritable raison est tout simplement qu’il n’y a pas assez de masques disponibles pour en rendre le port obligatoire, pas même dans le métro de Montréal, sans parler du reste du Québec. On ne peut sans doute pas fabriquer du jour au lendemain les dizaines de millions de masques qui seraient requis, mais d’autres pays en ont trouvé. On les aurait probablement si le gouvernement n’avait pas déconseillé d’en porter au départ.


 

Dans sa première intervention à l’Assemblée nationale en sa qualité de nouvelle cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade a salué « le travail exemplaire du premier ministre et du gouvernement » au début de la pandémie, mais il était clair que les fleurs seraient rapidement suivies du pot. Sa première question ressemblait plutôt à une accusation : « Aujourd’hui, au Québec, on se retrouve avec 60 % des décès au pays. Est-ce que le premier ministre peut nous dire pourquoi ? »

Même si M. Legault s’est réjoui d’un « bon ton de collaboration », l’attitude constructive que promettaient les partis d’opposition a surtout consisté à souligner les lacunes, la confusion et les contradictions des dernières semaines. Ils ne manquaient pas d’exemples. Ils ont pris bonne note du fait que la confiance de la population à l’endroit du gouvernement a baissé et ils ne feront certainement rien pour la renforcer.

M. Legault s’emploie quotidiennement à entretenir l’espoir d’un retour à une vie plus normale. Même si les parlementaires étaient en nombre réduit au Salon bleu, on a pu constater que c’est chose faite à l’Assemblée nationale. Il est vrai que bien des choses demeurent difficiles à comprendre. Alors que le gouvernement dit maintenant avoir la capacité d’effectuer tous les tests de dépistage requis, au point de se plaindre de manquer de clients, comment expliquer qu’une infirmière qui œuvrait au tristement célèbre CHSLD Herron a dû mentir sur ses symptômes pour subir un test, qui s’est avéré positif, avant d’aller travailler dans un autre établissement ? Comment se fait-il qu’en dépit d’une directive formelle et répétée, des proches aidants se voient toujours interdire l’accès à des CHSLD qui manquent de préposés ?


 

« Le gouvernement s’adapte de jour en jour », a déclaré le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette. Autrement dit, il improvise. Il est sans doute difficile de présenter des plans de déconfinement le moindrement précis quand on ignore de quoi le lendemain sera fait, mais la politique ne s’embarrasse pas de ce genre de détails.

Tout le monde convient que le gouvernement, comme partout dans le monde, a été pris par surprise par un virus dont personne n’avait prévu la virulence. Au-delà du rythme et des modalités de la sortie de crise, le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, a cependant posé la question qui sera bientôt sur toutes les lèvres : « Est-ce qu’on va être prêts pour la deuxième vague ? »

M. Legault a réitéré sa confiance dans sa ministre des Aînés, Marguerite Blais, mais ce qu’elle a dit sur le degré de préparation des CHSLD à court terme n’était pas très convaincant. Certes, les Maisons des aînés ne sortiront pas de terre d’ici l’automne, mais le problème de la pénurie de main-d’œuvre pourra-t-il au moins être réglé ? Tous les CHSLD auront-ils été inspectés ? « On travaille sur un plan », a-t-elle déclaré. Voilà qui est rassurant.

   

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