Les minorités modèles

The Book of Negroes. Avant d’être le titre d’un roman à succès canadien, il s’agit d’abord du nom d’un document bien particulier datant de la guerre d’indépendance américaine. Une longue liste de 3000 noms de Noirs survivants à l’esclavage aux États-Unis qui, pour avoir risqué leur vie pour la cause loyaliste des Britanniques, ont reçu la promesse de liberté et de terres, du côté de la Nouvelle-Écosse. Des Noirs affranchis, donc, en contexte de guerre, pour services rendus, alors que l’esclavage allait continuer à avoir cours tant dans l’Empire britannique que chez les Américains pour quelques décennies.

Je sais qu’il peut être dangereux de faire certaines comparaisons historiques et que différents moments de l’Histoire ne sont jamais identiques. Cela dit, je vois qu’il faut encore aujourd’hui invoquer les services extraordinaires rendus à l’État, au péril de sa vie, pour revendiquer les droits de la personne de base et l’accueil au Canada pour des personnes, majoritairement noires, qui ont fui le contexte américain il y a quelques années. Et ça me décourage.

Des familles, surtout d’origine haïtienne, qui sont passées par le chemin Roxham pour s’installer ici, travailler ici. Ces hommes et ces femmes redirigés vers les rôles de préposés aux bénéficiaires auprès de nos aînés, ou dans les usines de production alimentaire dont dépendent nos épiceries. Ces « anges gardiens » sous-payés parmi les sous-payés, pris en otages par les agences de placement qui s’arrogent une grande partie des salaires versés par les CHSLD et autres employeurs en manque de main-d’œuvre. Ces personnes qui sont toujours en attente d’une décision pour leur demande d’asile. Et celles qui sont aujourd’hui sans statut et qui ont donc difficilement accès au système de santé si elles sont malades de la COVID-19.

Cette semaine, les organismes de la Concertation haïtienne pour les migrant.e.s ont lancé une pétition à la Chambre des communes pour demander un « programme spécial assurant la régularisation du statut pour des raisons humanitaires, pour les demandeurs d’asile travaillant à la lutte contre la COVID-19, contribuant ainsi à la santé et à la sécurité de toute la population canadienne. » On cite le rôle central joué dans les services essentiels et les compétences que toutes ces personnes apportent dans des conditions exceptionnelles. On fait valoir que « l’expulsion de ces anges gardiens, aussitôt la bataille gagnée, irait à l’encontre de nos valeurs québécoises et canadiennes ». Et on a tout à fait raison.

Les demandes de cette pétition devraient aller de soi. Il est aberrant que l’on ait pu tergiverser sur la désirabilité, voire stigmatiser des personnes pourtant indispensables à nos sociétés. On ne devrait pas avoir besoin d’une pandémie pour prendre conscience de leur valeur. Et surtout, on ne devrait pas avoir à qualifier d’exceptionnels leurs sacrifices pour même considérer leur accorder les droits revendiqués. On ne devrait plus, comme au XVIIIe siècle, avoir à faire la liste des Noirs fuyant des conditions difficiles « méritant » de faire partie des heureux élus, alors que l’injustice persistera partout autour d’eux. On ne devrait plus avoir à risquer sa vie au front pour être accueilli et traité dans le respect et la dignité.

Les travailleurs essentiels méritent l’accès à la résidence permanente, non pas à cause de la COVID-19, mais parce que. Point. Tout comme leurs hausses salariales ne devraient pas être justifiées par la crise. Nul besoin d’être un être exceptionnel dans des circonstances exceptionnelles pour être rémunéré correctement.

Vous trouvez mon parallèle avec le Book of Negroes injuste ? Que dites-vous, par exemple, du combat pour les droits civiques des Canadiens d’origine chinoise ? Amenés ici plus ou moins librement pour construire le chemin de fer au XIXe siècle, et occuper d’autres emplois au service de l’Empire, ils ont vécu dans ce pays durant plusieurs générations sans avoir le droit de vote, le droit d’habiter certains quartiers, d’avoir accès à certains métiers, d’aller à l’université. Il a fallu que les jeunes se battent pour avoir le droit de s’enrôler dans l’armée durant la Deuxième Guerre mondiale pour, avec le statut de vétérans ayant risqué leurs vies, revendiquer avec succès qu’on mette fin à la ségrégation raciale.

Et puis, il y a le système d’indenture, qui a longtemps existé sous une forme ou sous une autre un peu partout dans les colonies britanniques, y compris ici : cette idée de faire venir des travailleurs domestiques ou agricoles, par exemple, et de ne pas les payer, ou si peu, durant une période prédéterminée dans des conditions exécrables, jusqu’à ce que l’affranchissement légal soit « mérité ». Ces systèmes migratoires douteux sont l’ancêtre des programmes d’immigration pour les travailleurs temporaires ou d’aide à domicile qui sévissent encore aujourd’hui, et dont on comprend enfin l’importance capitale.

Cette logique, donc, du « tu seras mon égal seulement si tu travailles fort pour mériter ce que moi, je tiens pour acquis », est une logique de charité arbitraire qui est bien sûr au fond incompatible avec l’égalité réelle. Un stratagème qui permet d’applaudir à des gestes prétendument magnanimes qui devraient être naturels. Un système si présent dans notre histoire — vraiment, les exemples abondent — qu’on le prend pour le sens commun, voire pour de la générosité toute canadienne.

Il faut donc absolument la signer, cette pétition. Mais il faudra aussi un jour que notre sens de la justice cesse d’être étouffé par le piège des listes de minorités modèles méritantes. Ça fait quelques siècles déjà qu’on s’est enfermés là-dedans. Ça commence à faire longtemps.


 
49 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 14 mai 2020 04 h 47

    Au Québec les races n'ont pas de statut civique

    La chroniqueuse voit le monde à travers un seul prisme, celui de la race. Et encore, pas de n'importe quelle race. À lisant ses propos, on se croirait au Canada anglais. Manifestement, sa trajectoire intellectuelle l'a rendue incapable de saisir qu'au Québec, le seul et unique statut qui prévaut est celui de citoyen. Le Québec : http://wikiquebec.org/images/0/03/Carte-du-quebec-

    • François Poitras - Abonné 14 mai 2020 07 h 53

      Vous avez raison. il n'est donc surprenant que les éléments contextuels de la chronique de Mme Nicolas réfèrent au colonialisme britannique ou canado-britannique. Une manie chez plusieurs chroniqueurs du Devoir de critiquer la société québécoise en citant des nations ou des juridictions étrangères !

    • Jean Roy - Abonné 14 mai 2020 08 h 56

      Madame Nicolas voit le Québec à partir d'un certain angle. Certes son point de vue est partiel, et pas tout à fait impartial, ce qui est normal dans une logique plus activiste... mais rien de tout cela ne l'empêche de développer une opinion cohérente. L'important, c'est que Le Devoir puisse donner la parole à différents points de vue tout aussi cohérents... Rioux n'est pas Lanctot, par exemple, et c'est très bien ainsi!

      Ceci dit, il me semble que madame Nicolas pose une question tout à fait pertinente, ce matin...

      Et, à la base de ce questionnement, il m'est troublant de constater que des gens, dont la condition (civique, économique, etc.) est si précaire, prennent autant soin d'autres personnes que nous abandonnons dans une situation précaire différente... Il nous faut bien constater, objectivement, que ces gens-là sont souvent des femmes, immigrantes, légales ou pas, d'origine haïtienne!

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2020 09 h 13

      Bien d’accord avec vous M. Naud. Ceux qui déplorent le racisme sont toujours les premiers à parler d’ethnie, de race et de la couleur des gens. Oui, « le seul et unique statut qui prévaut est celui de citoyen ». Point à la ligne.

      Ceci dit, tous sont exceptionnels en ces temps exceptionnels. Tous. Dire qu’ils auraient pu être encore plus exceptionnels, nos illégaux du chemin Roxham et d’un pays sûr, les États-Unis, en Haïti, leur pays d’origine où la pandémie fait rage. Ils auraient pu s’occuper de leurs mères, leurs pères et leurs familles.

      Les lois pour l’immigration sont claires. Vous faites votre demande en bonne et due forme et vous attendez comme les autres. Est-ce qu’il faut redire la définition d’un réfugié encore une fois selon la Convention de Genève de 1951 :

      « le terme de réfugié s'applique à toute personne craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels évènements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner ».

      « S’il a plus d’un pays de résidence habituelle antérieure, le demandeur d’asile apatride doit démontrer, selon la prépondérance des probabilités, qu’il existe une possibilité sérieuse qu’il soit persécuté dans l’un ou l’autre des pays où il a eu sa résidence habituelle et qu’il ne peut retourner dans aucun d’eux. Il s’agit du critère que l’on appelle « l’un ou l’autre des pays, en tenant compte de l’arrêt Ward ».

      Cette pétition est une insulte à ceux qui sont de vrais refugiés, pas ceux venant d’un pays sûr et qui enfreignent toutes les lois du pays pour avoir la citoyenneté. Ils doivent retourner chez eux, point barre.

    • Hermel Cyr - Abonné 14 mai 2020 10 h 33

      M. Naud, Mme Nicolas est spécialiste de l’histoire des minorités. Il serait étonnant que Le Devoir ait retenu sa collaboration pour faire la météo ou couvrir le hockey. De plus, je trouve qu’elle traite bien ses sujets. Elle est posée, bien documentée et, contrairement à d’autres, elle ne demande pas à tout bout de champ à ses lecteurs de faire leur examen de conscience.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2020 10 h 38

      Pour ajouter, c'est doublement insultant que de voir des instances comme la Concertation Haïtienne venir nous dire comment gérer l'immigration et surtout celle illégale. Il y a plus de deux milliards d'individus que seraient à nos portes demain matin s'ils en avaient la possibilité. Pour ce regroupement d’organismes de la société civile et de membres individuels qui participent au mouvement de solidarité avec le peuple haïtien, eh bien, devraient-ils commencer par Haïti avant de venir nous donner des leçons d'humanisme? Si on ne veut pas régler la situation dans cet endroit, pourquoi donc devrions-nous accueillir tous ceux qui viennent de ce pays dysfonctionnel qui n'en est pas un au lieu de l'autre deux milliards de gens qui attendent à nos portes? Et le Québec est déjà plein.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 14 mai 2020 11 h 19

      Monsieur Roy,

      Le Devoir donne la parole à des gens dont le point de vue est différent dans la page Idées, tous les jours. Le problème c'est qu'un journal n'a pas à refléter tous les points de vue de la société dans son offre éditoriale (ce que sont les chroniques). Il est préférable qu'il offre plutôt un une certaine cohérence dans le traitement ou encore dans ses positionnements idéologiques. À l'intérieur d'une proposition circonscrite, il y a de la place pour de la variété, évidemment. Mais autrement, c'est de la bouillie pour les chats, car justement les positions éditoriales permettent de comprendre comment le journal traite la nouvelle. À La Presse, on disait qu'il y avait «une muraille de Chine» entre l'éditorial et la nouvelle, mais on sait très bien qu'en dehors d'une ligne répétée tous les ans, ça ne voulait rien dire, car le journal n'était pas imprimé à deux endroits différents et assemblé le matin par un camelot, le pupitre se mêle d'éditer « la nouvelle objective » et j'ai même déjà dénoncé un texte signé par une journaliste sur lequel le pupitre avait ajouté des éléments (une couverture de manif) sans que la journaliste (caution sur le terrain) puisse le savoir ou le confirmer. Les ajouts provenaient directement des communiqués de la police, que la reporter sur le terrain devait justement surveiller. J'ai déjà aussi donné des masques à des journalistes mal équipés pour suivre les manifs. J'ai compris qu'ils se mettaient peu en danger et donc ne voyaient pas ce que les manifestants vivaient.

      Tout cela est explicable avec la position éditoriale de La Presse qui était favorable à Charest en 2012, défavorables à la cause étudiante et pro ligne dure. Les nouvelles et les chroniques s'opposaient aux éditoriaux, le journal était donc complètement incohérent. Konrad Yakabuski, Émilie Nicolas et Francine Pelletier viennent brouiller les positions éditoriales et contredisent le reste, le pupitre semble seulement suivre «le marché».

    • Léonce Naud - Abonné 14 mai 2020 15 h 00

      Monsieur Cyr : Le passage Roxham ("fermé" pour l'instant) n'avait rien à voir avec une mansuétude canadienne envers de pauvres gens mais bien plutôt avec une politique fédérale de noyade démographique analogue à celle qui a permis au Dominion of Canada d'écraser le projet caressé par tant de Canadiens-français de naguère, à savoir de fonder une seconde nation francophone dans l'Ouest du pays par une reconquête pacifique du sol qui fut autrefois celui de la Nouvelle-France.

      Si le Canada anglais désire maintenir une brèche analogue à celle que fut le passage Roxham en quelque point de sa frontière avec la République américaine, il doit oublier le Québec. L'endroit le plus approprié pour le passage d'arrivants illégaux est en effet la péninsule du Niagara, soit la ville de Niagara Falls, bien plus facile d'accès à partir de l'État de New-York qu'un honteux et invraisemblable passage dissimulé au fond d'un bois à l'extrême sud du Québec, exemple de l'insidieuse fourberie d'Ottawa en matière d'immigration.
      Demandez-vous donc, M. Cyr, pourquoi cette brèche ouverte dans la frontière canadienne n'est pas située en Ontario plutôt qu'au Québec ? Réponse : parce qu'il ne s'agit pas ici de charité mais de géopolitique.

    • Jean Roy - Abonné 14 mai 2020 16 h 02

      Monsieur Gill, permettez-moi de ne pas être d'accord avec vous. Je ne peux vous contredire à propos de La Presse, car je connais très peu ce journal... mais, à mon avis, les chroniqueurs sont en principe plus autonomes que les autres journalistes, et leurs prises de position n'engagent qu'eux-mêmes, contrairement aux lignes de l'équipe éditoriale. Ça me paraît d'autant plus vrai du fait (me semble-t-il) qu'il y ait plus de chroniqueurs qu'autrefois dans les journaux. Les journaux visent la variété de ce côté, et je crois que c'est bien ainsi...

      Vous dites que "Konrad Yakabuski, Émilie Nicolas et Francine Pelletier viennent brouiller les positions éditoriales". C'est vrai, sans doute, particulièrement pour Yakabuski.... mais qu'en est-il de Lanctot (relativement proche de Nicolas) et, plus encore, de Rioux (proche de personne d'autre)? Je ne crois pas que leurs points de vue, très opposés l'un à l'autre, donnent un éclairage supplémentaire sur les positions éditoriales! Après ça, il en reste pas mal moins dans le domaine socio-politique: Nadeau, David...

    • Jacques Patenaude - Abonné 14 mai 2020 16 h 22

      Il me semble que suite aux commentaires qui sont émis dans cette tribune le directeur du Devoir devrait préciser le point de vue du Devoir sur la question de l'immigration.

    • François Poitras - Abonné 14 mai 2020 20 h 34

      Hermel Cyr. Je lis au contraire chez Mme Nicolas une volonté obsessionnelle de culpabilisation politique. Par le biais d’un répertoire de cas datés totalement étrangers à la réalité historique québécoise. Un argumentaire toc et infiniment méprisant.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 14 mai 2020 21 h 57

      Je vais tenter de vous répondre Monsieur Roy,

      Le capital du Devoir est symbolique. Sa devise centenaire est «Fais ce que dois». Son ancien slogan publicitaire était «Nos cahiers ne sont pas épais, nos lecteurs non plus». C'est un journal qui avait du chien, c'est un journal que j'aimais beaucoup. C'est un journal qui défendait le Québec des intrusions du Fédéral, mais qui combattait aussi Duplessis. Le Devoir a animé l'un des grands débats de la Révolution tranquille, la querelle du Joual, c'est grâce à lui que le Frère Untel s'est révélé. Le Devoir c'est la rigueur, dans l'écriture, la pensée et aussi l'enquête. Le Devoir ne se perdait pas en faits divers, parce que Le Devoir a été fondé par un intellectuel qui avait décidé de combattre l'Orangisme. Le Devoir était donc politique, mais pas nécessairement de « la politique partisane ».

      Le Devoir est le miroir intellectuel qui permet au Québec de se reconnaitre et de trouver son intérêt.

      Évidemment, l'esprit de Bourassa ou de Laurendeau s'est parfois perdu (par exemple avec Ryan), mais il suffit de savoir à quel point Desmarais voulait acheter le journal pour comprendre la raison d'être du journal. L'indépendance, la liberté a justement comme corollaire le devoir public et ce devoir consiste, à ce que la pensée, la culture «illumine» les zones obscures, là où les pouvoirs politiques, économiques se livrent à leur trafic douteux, qui risquent de corrompre le reste de la société.

      Parce que dans une colonie, le pouvoir économique couche avec le pouvoir politique, et accouche de notre assujetissement : c'est la catastrophe de Lac-Mégantic, c'est la voie maritime du Saint-Laurent, c'est le désastre de Mirabel, c'est les 40 G de pertes de la Caisse de dépôt, c'est la vente des actifs pétroliers d'Hydro à Gastem ou de Pétrolia, c'est une province qui finance McGill, c'est la hausse des frais de scolarité, c'est la folie du gaz de schsite, c'est l'anglicisation de Montréal.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 14 mai 2020 23 h 03

      Monsieur Roy,

      J'ai passé sincèrement 2 heures à vous répondre et c'est mon fiel qui sortait contre un journal que j'ai pourtant aimé, que j'ai cherché à faire aimer. Je vais plutôt vous livrer des extraits d'un texte de Madame Bissonnette, qui tout en étant directrice, écrivait parfois dans le cahier Arts.

      C'est un hommage à VLB. Une situation impensable avec la direction actuelle. Vous comprendrez la différence, avec la plume des pigistes :

      « Au moment où je mettais la main sur les trois volumes des actes d'un Colloque George Sand tenu en Italie, le maître des lieux est apparu en culottes courtes et en sandales, sous le froid crachin qui précipitait les touristes au Dollarama pour acheter des chaussettes. Dans cette tenue qu'il prétend arborer jusqu'en octobre, il m'a présenté la descendante directe du grand seigneur Rioux, aristocratie du Bas-Saint-Laurent. Le glas sonnait à l'église proche, nous parlions de poètes disparus et goûtions les seuls souvenirs de soleil dans les framboises du jardin.

      Mélanges. Dans la Maison VLB, l'établissement le mieux connu de son petit empire, une jeune femme de bonne volonté nous a promenés dans les décors de téléromans, en faisant gentiment l'article de M. Beaulieu qui écrit en moyenne «trois livres et demi» par année. Le piano ancien, le meuble le plus digne, était à vendre, son histoire non comprise. À l'entresol, un garçon très renseigné présentait une exposition Félix Leclerc, avec un luxe de renseignements inédits. Et à l'étage grenier, le café allait recevoir en fin d'après-midi un écrivain et poète non disparu, Raôul Duguay, qui entretiendra la salle, pleine, du droit des artistes à ne pas produire ce qu'on attend d'eux. Il y avait encore et toujours des livres le long des murs, il y en avait à venir dans les mots de Raôul, nous étions en philosophie comme jamais à l'école, le temps et le lieu étaient précieux. »

      Le titre est « Une journée chez VLB» , cela a été publié le 6 septembre 1997.

    • Hermel Cyr - Abonné 15 mai 2020 06 h 32

      M. Naud, Mme Poitras, je suis aussi un tenant d’une citoyenneté de tradition universaliste qui, pour fonder les droits, doit faire abstraction des particularités religieuses, ethniques, de genre, d’apparence physique, etc. Et j’ai toujours été critique de ces centres d’étude postmodernes qui analysent la société à partir de points de vue partiels, qui tendent à devenir partiaux. C’est d’ailleurs à mon avis la limite de l’approche de Mme Nicolas et de bien d’autres. Mais là n’était pas mon propos.

      La question des droits des minorités est tout de même son sujet et elle a raison de dénoncer l’héritage colonialiste qui, à cet égard, sous-tend les inégalités et les injustices actuelles dans notre société envers des catégories sociales. Ce n’est pas blâmer les Québécois que de le dire, bien au contraire. Car ce colonialisme est l’héritier en droite ligne des traditions britanniques dont on sait qu’elles privilégient la ségrégation. D’ailleurs, le communautarisme découle directement de ce colonialisme diversitaire. Les pays issus des traditions britanniques ont tous été, à divers niveaux, ségrégationnistes, non universalistes, incluant le Canada. Le Québec en a, à la fois, écopé et hérité.

      Reconnaitre les droits égaux pour tous, au Québec, c’est reconnaitre que nonobstant les différences tous les citoyens doivent être traités avec les mêmes égards. Mme Nicolas, en dénonçant le principe de mérite et de récompense comme condition à l’accès à l’égalité pour « services rendus », rejoint d’une certaine façon, implicitement, le principe d’universalité.

    • Hermel Cyr - Abonné 15 mai 2020 08 h 11

      Pardon, M. Poitras ... pas Mme

    • Jean Roy - Abonné 15 mai 2020 09 h 15

      Monsieur Gill, tout cuisant qu'il soit, c'est un mot d'amour envers une vieille flamme que vous nous avez transmis. Ma lecture à moi du Devoir a commencé au temps de Ryan... trop tard pour l'amour! Loin de moi, l'idée de comparer l'esprit de finesse de madame Bissonnette et l'esprit de géométrie plane, qui plane, en général, sous monsieur Myles... Que voulez-vous? Le Devoir, comme les temps, change! J'admets cependant que la multiplication des chroniques, qui vont dans tous les sens, le font ressembler au buffet chinois. En ces temps microbiens, on aimerait sans doute un menu plus digeste, plus santé. D'un autre côté, j'aime bien les débats oratoires que suscitent, chez les éminents lecteur du journal, les points de vue éparpillés de nos inégaux chroniqueurs...

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 15 mai 2020 14 h 19

      Monsieur Roy,

      Je suis content d'avoir pu échanger avec vous. Vous aurez compris que je suis inquiet. Le buffet chinois ne me dérangerait pas si on avait encore des éditions comme «Le Devoir des écrivains» ou encore «Le Devoir en BD» en plus de la rigueur de l'époque où Descoteaux, Francoeur, Robitaille et Boileau travaillaient ensemble.

      Je suis aussi heureux de savoir que votre «méconnaissance» de La Presse provient justement du fait que vos êtes un vieux lecteur du Devoir, c'est rassurant... en un sens. Vous n'avez rien manqué, de toute façon les bonnes chroniques de Foglia circulaient comme des samizdat.

      Je chérie encore la communauté des lecteurs. J'ai par exemple découvert parfois des bijous...

  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 14 mai 2020 05 h 53

    Comment expliquer nos manques à répétitions ?

    Merci , Emelie Nicolas de nous rappeler
    que dans le métier de ' soignant '
    se retrouve la plus grande proportion de femmes immigrantes !

    Ce n'est pas la couleur , mais la valeur ,
    qui essentiellement , COMPTE , n'est - ce pas ⁉️

    " Une injustice , oû qu'elle se produise est une menace
    pour la justice partout ailleurs , car nous sommes
    tous pris dans un même tissu de relations mutuelles . "
    ( Martin Luther King )

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 14 mai 2020 09 h 01

      Bon, ben le problème se situe dans les conditions de ce personnel. La composition raciale, le genre ou l'origine ethnique importe peu. En région ce même personnel soignant n'a pas nécessaiement les mêmes caractéristiques et il subit les mêmes préjudices.

      J'ai habité en face des entrepôts La Capitale, à voir des jeunes peu éduqués et des plus vieux, immigrants, se pointer aux petites heures, pour se casser le dos pour faire des déménagements. Je comprends l'injustice de travailler pour une agence, en 1998, je payais mes frais de scolarité en travaillant pour « une agence », en anglais, qui me chipait sur les «shifts» de nuit, la fin de semaine, dans une sérigraphie de Pointe-Claire (assez loin en métro et en bus merci). Tu te fais taper dessus par le contrôleur parce que tu ne travailles pas assez vite, tu te fais taper dessus par «tes pairs» parce que tu vas trop vite et qu'eux essaient de ralentir la chaine. L'agence permettait à l'usine de sous-traiter et donc de ne pas embaucher de travailleurs syndiqués. À la fin, je mettais 6 bouteilles sur un convoyeur d'un coup pendant que mon collègue en mettait 4 en deux mouvements. Il y avait une différence de statut considérable entre les travailleurs de l'agence et les «réguliers», syndiqués,  que l'on croisait le lundi matin. Il n'était pas rare que notre «rendement» soit supérieur aux leurs, alors que nos conditions étaient merdiques, sans parler de notre salaire...

      Je maintiens que j'ai beau être sensible à la pénurie de main-d'oeuvre, la banque de travailleurs semblait inépuisable et c'est de là que me vient ma propre intuition, avant de lire « Le remède imaginaire » de Dubreuil et Marois, que des seuils élevés d'immigraiton entretenaient les conditions de travail que je viens de décrire, le manque d'investissement dans le secteur manufacturier aussi. Une usine moderne aurait employé facilement le 1/4 du monde, avec des salaires plus élevés et de meilleures conditions.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2020 09 h 18

      Chère Mme d'Aigle,

      Il ne faut pas confondre les immigrants en bonne et due forme, les vrais réfugiés avec les illégaux du chemin Roxham venant d'un pays sûr. Ce n'est pas du racisme de refuser l'entrée à des gens qui ne réponde aucunement à la definition dun réfugié selon la convention de Genève en plus d'engorcer les services de l'immigration où les autres vrais immigrants et réfugiés attendent patiemment des années dans leur pays d'origine. Vraiment pas.

  • François Poitras - Abonné 14 mai 2020 07 h 03

    Selon Émilie Nicolas, la demande de la Concertation Haïtienne à l’effet de créer un « programme spécial assurant la régularisation du statut » des travailleurs » révèle que notre « sens de la justice est étouffé par le piège des listes de minorités modèles méritantes »

    De même que le nécessaire encadrement de l’immigration revient à « tergiverser sur la désirabilité [sinon à] stigmatiser des personnes »…

    Profondément malhonnête.

  • Jean-Pierre Lusignan - Inscrit 14 mai 2020 07 h 05

    Pétition

    Et où trouve-t-on cette péition? Je voudrais la signer « à deux mains ».

  • Clermont Domingue - Abonné 14 mai 2020 07 h 33

    Continuez

    Il faut toujours dénoncer l'égoĩsme de ceux qui se croient généreux.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 14 mai 2020 11 h 32

      Il faudrait d'abord clairement expliquer ce que l'on entend par égoïsme. Des gens en région paient des impôts et se saignent parfois dans des emplois peu valorisants, alors que leur propre panier de services est inférieur aux urbains, ex. une bibliothèque ouverte deux avants-midi par mois et le strict minimum pour le reste (déneigment tellement rudimentaire qu'il faut un 4X4 par exemple).

      De l'autre côté, des travailleurs urbains, intellectuels, touchent des bourses, en partie payées par les taxes des petits travailleurs que je décris. Augmenter artificellement le nombre de réfugiés, au nom même de l'équité, alors que depuis 3 ans de 16 000 à 18 000 personnens franchissent le Chemin Roxham (qu'il suffirait de transformer en poste frontalier régulier), ça représente le tiers de nos seuil d'immigration.

      Il est parfaitement raisonnable de demander à que cette «générosité» fasse au moins l'objet d'un consensus, car bien qu'ils puissent travailler, la contribution de la société d'accueil est énorme pour soutenir ces «réfugiés» alors que beaucoup sont simplement immigrants qui devraient autrement faire la démonstration qu'ils seront autonome.

      Le problème c'est que nos élites intellectuelles interdisent en partie ce débat avec les termes comme égoïsme, intolérance, racisme, discrimination, xénophobie.

      Pourquoi pas faire comme l'Allemagne et dire que tout le monde est bienvenue, d'abord? Au lieu de laisser tout le monde (qui peut passer par là) à Roxham, pourquoi ne pas plutôt établir un seuil avec lequel tout le monde est à l'aise et chercher des déshérités que tout le monde veut recevoir? Par exemple les «boat people» étaient quand même familiers avec le français, même chose pour les intellectuels haïtiens des années 70, mais les Haïtiens qui vivaient aux États-Unis, depuis 10 ans ne sont pas tous des Laferrière en puissance.

      Favoriser l'adéquation entre «l'offre» et notre propre «demande» c'est pas fou pour de l'intégration réussie.

    • Clermont Domingue - Abonné 14 mai 2020 21 h 34

      Pour moi, ëtre égoĩste, ça consiste à attendre de l'autre avant de vouloir l'aider. Égo est un mot latin qui se traduit par je. Le je me moi c'est ça l'égoĩsme. C'est la façon dont on traite nos vieux dans les CHSLD,la façon dont on traite les demandeurs d'asile, C'est notre indifférence à l'égard des affamés de la terre, c'est notre esprit de village. C'est le " Deus venter est"

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 14 mai 2020 23 h 55

      Si vous êtes dans une commune autogérée, comme au GREB, avec votre propre statut municipal, vous et vos pairs pouvez pratiquer la charité, l'entraide comme vous le voulez. Vous critiquez l'esprit de village, comme si on manquait de spiritualité, j'imagine que c'est ce que vous cherchez à signifier en citant Paul.

      Comment traite-t-on les demandeurs d'asile? Je vous réponds qu'on les traite mal parce qu'on en accueille n'importe comment. Comme je l'ai écrit plus bas, parfois 18 000 demandes ont été faites, à partir de Roxham. Cela ralentit tout le monde. À ceux de 2017 s'ajoutent ceux de 2018, puis 2019, puis les femmes font des enfants, la situation devient inutilement complexe.

      Un pays n'est pas la citée de dieu où l'on ouvre pour quiconque frappe. Un pays est une mise en commun de ressources et ce n'est pas une communauté, mais un individu qui demande à entrer. Pour que cela se passe bien, il faut l'accord de ceux chez qui il cogne. Il faut qu'entre eux, ils soient d'accord.

      À titre d'exemple, le Québec pourrait réserver des ressources et par un plan, soulager la souffrance des affamés, il pourrait littéralement aller chercher des déshérités et tout couvrir, en «adoptant» une population, par exemple les Juifs éthiopiens. Au contraire de votre explication, « mon village » est généreux, mais il ne fonctionne juste pas selon le principe de la parabole des ouvriers de la 11e heure. Il n'est donc pas évident que nous allons nécessairement ouvrir juste que ça cogne à la porte.

      Parce que les ressources sont communes, il convient d'établir les modalités de l'accueil et du partage. Il semble qu'il y a juste Trudeau qui vit dans le monde imaginaire où le vin et le poisson se multiplient. Mais il a beau y croire fort, la dette continue de s'accumuler. Vous pouvez me convaincre que les portes doivent être grandes ouvertes, ça sera plus facile sans le mépris... N'avez vous pas écrit sur la dette?

    • Clermont Domingue - Abonné 15 mai 2020 11 h 00

      Monsieur Gill, je crois que je vous ai offensé.Quand je parle des égoĩstes, sachez que je m'y inclus. Toute la vie, on traîne son insécurité. Ça rend le partage difficile.
      J'essaie d'être lucide, mais je peux paraître méprisant. Je m'en excuse.
      J'ai réfléchi et souvent écrit sur la dette PUBLIQUE. Telle dette ne doit pas être confondue avec une dette privée. J'arrive à la fin de ma vie, mais l'État a un très long avenir devant lui. De plus, la capacité d'emprunt de l'État est très très considérable. (L'État peut aussi créer de la monnaie par sa Banque centrale). L'État peut emprunter pour payer ses intérêts. L'État peut lever des taxes et des impôts par son gouvernement.
      Considérant la démographie; la moitié de la population est composée d'inactifs.
      Considérant la très grande efficacité des moyens de production. (mécanisation, informatique et internet)
      L'État devra intervenir de plus en plus. Conséquemment, la dette de l'État augmentera sans cesse et jamais ne sera remboursée.
      Présentement, l'État finance sa dette au taux de .25%; c'est peu si on pense à l'inflation.
      Je pense qu'il faut voir la dette publique comme une réserve monétaire servant à combattre la pauvreté en distribuant mieux la richesse.
      Merci d'avoir répondu à mon commentaire.

    • Clermont Domingue - Abonné 15 mai 2020 11 h 00

      Monsieur Gill, je crois que je vous ai offensé.Quand je parle des égoĩstes, sachez que je m'y inclus. Toute la vie, on traîne son insécurité. Ça rend le partage difficile.
      J'essaie d'être lucide, mais je peux paraître méprisant. Je m'en excuse.
      J'ai réfléchi et souvent écrit sur la dette PUBLIQUE. Telle dette ne doit pas être confondue avec une dette privée. J'arrive à la fin de ma vie, mais l'État a un très long avenir devant lui. De plus, la capacité d'emprunt de l'État est très très considérable. (L'État peut aussi créer de la monnaie par sa Banque centrale). L'État peut emprunter pour payer ses intérêts. L'État peut lever des taxes et des impôts par son gouvernement.
      Considérant la démographie; la moitié de la population est composée d'inactifs.
      Considérant la très grande efficacité des moyens de production. (mécanisation, informatique et internet)
      L'État devra intervenir de plus en plus. Conséquemment, la dette de l'État augmentera sans cesse et jamais ne sera remboursée.
      Présentement, l'État finance sa dette au taux de .25%; c'est peu si on pense à l'inflation.
      Je pense qu'il faut voir la dette publique comme une réserve monétaire servant à combattre la pauvreté en distribuant mieux la richesse.
      Merci d'avoir répondu à mon commentaire.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 15 mai 2020 14 h 10

      Il n'y a pas d'offense Monsieur Domingue, j'ai lu le mémoire que vous avez envoyé en 95, c'était très pertinent.
      Je pense que l'État doit intervenir et en même temps être responsable. De considérer que l'argent qu'il retire des impôts est précieux.

      Je pense donc souvent que la meilleure façon d'assurer l'adhésion des citoyens est de les consulter et de les mobiliser. Je serais vraiment favorable à ce qu'on mette le paquet pour les réfugié, mais que la décision se fasse par consensus, par exemple que l'on prenne vraiment des gens en difficultés, de par le monde, et qu'on en fasse nos pupilles, avec une intégration culturelle de qualité. Pas juste qu'on «ouvre» la porte parce que quelqu'un passe par la ruelle (Roxham), en même temps je suis conscient qu'il y a des cas légitimes qui passent par là..

      Parfois j'ai l'impression que l'on dilapide les ressources (le fédéral est bon là-dedans) et qu'à cause de cela, notre population un jour sera justement moins généreuse.