Le masque

Le port du masque est désormais chose acquise. Après qu’on l’a regardé de haut, et je m’inclus ici parmi les récalcitrants de la première heure, le directeur national de santé publique en a lui-même fait la promotion, vendredi dernier, en prenant bien soin de respecter l’élégance vestimentaire à laquelle il nous a habitués. Il a récidivé en point de presse mardi, cette fois en compagnie de François Legault et Danielle McCann. On se doute que la situation alarmante dans la métropole a dû jouer un rôle dans le changement d’attitude du docteur Horacio Arruda, comme chez bon nombre de Montréalais d’ailleurs. Si le confinement pur et dur des sept dernières semaines nous a si peu réussi — Montréal étant aujourd’hui une des villes les plus touchées au monde —, aussi bien essayer autre chose. Le masque, pourquoi pas ? D’autant plus qu’il permet un peu plus de circulation à l’air libre.

Seulement, le masque n’est pas sans soulever d’énormes contradictions vis-à-vis du port de signes religieux que le gouvernement Legault s’est fait un devoir d’interdire. On nous demande aujourd’hui de porter un masque pour des raisons de santé publique, de respect des autres, du légendaire « vivre ensemble », alors qu’on exige de nombreux employés de l’État de ne justement rien porter sur la tête ou le visage pour les mêmes raisons. Comment peut-on concilier ces deux mots d’ordre ? Comment le port de signes religieux, pourtant moins laids et souvent moins ostentatoires, enverrait-il un mauvais signal, le refus d’intégration dans la communauté d’accueil, et celui du port du masque, le signal contraire, le souci de cette même communauté ?

 

Questionné sur le sujet lors d’un point de presse rituel, le premier ministre Legault s’est contenté de dire, un brin excédé, que la loi interdisant les signes religieux continuera à s’appliquer. Prochaine question. On était encore à l’heure des arcs-en-ciel et des scénarios plutôt optimistes, à l’heure où le Dr Arruda semblait toujours peu friand du port du masque. On mesurait encore mal tout ce que cette invraisemblable pandémie nous forcerait à réexaminer, à voir et à comprendre avec les yeux écarquillés des grandes crises.

En France, le port du masque est obligatoire dans les lycées et les transports en commun depuis quelques jours. Des caméras dans le métro de Paris assureront la surveillance et les fautifs seront passibles d’une amende de 135 euros. Les marchands peuvent également exiger de leurs clients qu’ils portent un masque, sous peine d’expulsion. Au pays qui s’est justement démarqué par son refus catégorique du voile, qui a même interdit le cache visage lors des manifs des gilets jaunes, ces deux poids, deux mesures ne passent évidemment pas inaperçus.

« Les musulmans voient toute l’ironie de ces mesures », dit Karima Mondon, enseignante lyonnaise portant le foulard. « Il n’y a pas si longtemps, on nous apprenait que refuser de faire la bise était un “signe de radicalisation”, alors qu’aujourd’hui on nous dit, au contraire, que ça équivaut à une bonne pratique de santé publique. »

Après avoir interdit le port du hidjab dans les écoles en 2004, l’Hexagone a banni en 2010 le port du niqab et de la burqa dans l’espace public. Bien que peu de pratiques soient aussi détestables, on s’entend là-dessus, il n’est pas simple de les interdire pour autant. Comment une société « libre et démocratique » peut-elle dicter le comportement vestimentaire de simples citoyennes, qui n’ont ici aucune fonction étatique, sans, du même coup, violer les droits les plus fondamentaux ? Ceux du libre arbitre, de la conscience et de la religion. Il n’y a que deux arguments possibles dans de telles circonstances, ceux de la sécurité publique et du vivre ensemble. Cacher son visage, c’est cracher sur le contrat social qui nous unit, dit essentiellement la loi française.

Maintenant qu’on veut donner le sens contraire à précisément le même geste — le « bon citoyen » étant celui ou celle qui se couvre désormais le visage, et non l’inverse —, comment maintient-on l’interdiction de vêtements religieux ? Comment prétendre qu’il y a un problème de sécurité publique ou de cohésion sociale dans un cas, mais pas dans l’autre ? En France, à l’heure actuelle, une femme qui déambule en niqab risque une amende de 165 euros, mais elle risque du même coup, en se pliant à cette loi, une amende de 135 euros en se présentant dans le métro sans masque. On voit là tout l’absurde de la situation.

Bien que le Québec n’aille pas aussi loin dans l’interdiction des signes religieux, la contradiction saute aux yeux ici aussi. Une pratique perçue comme néfaste au bien commun encore hier ne peut pas soudainement devenir bénéfique sans révéler une certaine discrimination sous-jacente. Une poignée de femmes voilées dans les écoles représenterait une menace, mais une cohue de travailleurs masqués dans le métro tard le soir, pas de problème ? Quand la pratique est celle d’une minorité religieuse, ça nous inquiète, mais quand il s’agit d’un comportement majoritaire, tout va bien ?

Voilà un autre examen de conscience auquel cette pandémie nous convie.

221 commentaires
  • Sylvain Lévesque - Abonné 13 mai 2020 00 h 37

    prémisse boiteuse

    De deux choses l'une : ou bien vous vous fendez aujourd'hui d'un petit sophisme assumé pour prendre une triste revanche au sujet d'un débat que vous n'avez toujours pas digéré (le visage voilé pour des motifs religieux, ce qui n'a aucun rapport avec un masque porté pour des raisons médicales), ou alors sans le savoir vous confondez tout et ne voyez assurément pas plus loin que le bout de votre nez, votre masque étant sans doute remonté jusqu'à vos sourcils. Dans ce dernier cas, vous êtes un peu mieux protégée contre le virus, mais ne sortez pas de chez-vous pour autant, vous risqueriez un fâcheux accident.

    • Jacques Bordeleau - Abonné 13 mai 2020 05 h 38

      C'est bien entendu de la provocation gratuite de la part de Francine Pelletier, qui se disqualifie encore un peu plus du privilège de tenir une chronique dans Le Devoir. Mais du Devoir lui-même, on ne sait plus toujours à quoi s'attendre non plus.

      Jacques Bordeleau

    • Claudette Bertrand - Abonnée 13 mai 2020 07 h 24

      Comparaison Boiteuse oui, malhonnête aussi et empreinte de mauvaise foi, mais surtout, malsaine, qui trahit une petitesse et une rigidité d'esprit propre aux...

    • Cyril Dionne - Abonné 13 mai 2020 08 h 33

      D’accord avec vous M. Lévesque. Il y en a qui sont mêlés à matin et pas à peu près.

      Lorsque je travaillais à la centrale nucléaire et qu’il était temps de faire du travail de réparation et d’entretien sur les systèmes de télémétrie du réacteur, eh bien, on portait un masque complet qui avait été ajusté au préalable lors d’une session d’une demi-journée avec un scaphandre infusé de pression d’air positive. On portait le masque pour se protéger et non faire de la publicité pour la centrale. C’était une nécessité.

      Les accoutrements religieux ne sont pas nécessaires pour personnes à part de faire des annonces publicitaires pour leur idéologie politico-religieuse préférée. En fait, cet accoutrement brime les droits de ceux qui veulent vivre en harmonie avec les autres dans une situation neutre au sein de la sphère publique. Je ne veux revenir sur un débat qui est clos pour 80% des Québécois, mais les habits d’apiculteurs n’ont pas leur place en sein des services publics et encore moins à l’école.

      Comme l’a relaté Mme Alexan plus bas, ce sont des sophismes enrobés dans une démagogie qui fait la promotion de l’inégalité entre les hommes et les femmes. Point barre. Et on ne parlera même pas des minorités sexuelles qui sont mis à l’index par ces croyances venus d’un autre millénaire.

      Vous pouvez être persuadé que les masques vont disparaître une fois que les dangers de la pandémie ne seront plus avec nous. Personne ne veut vivre avec ces accoutrements ou des costumes d’Halloween à l’année longue. Ils sont peut-être nécessaires maintenant, pas du point de vue scientifique, mais bien du point de vue psychologique, pour apaiser une population (Montréal) qui semble être démunie face à un virus d’un diamètre 157 nanomètres.

      En passant M. Arruda, contentez-vous de nous donner des faits scientifiques comme chef de la santé publique. Et on parle des faits. C’est votre travail. Le reste, on s’en fout.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 13 mai 2020 09 h 05

      J'ai rarement lu une chronique aussi broche à foin que celle-ci. Vous avez raison, M. Lévesque, elle dérape complètement, prenant l'ombre pour la proie. Si l'on poursuit sur sa logique, « si je mets un foulard l'hiver par moins quarante, ça équivaut à porter un hidjab». Du grand n'importe quoi! Coudon, madame, vous n'êtes pas capable de différencier les contextes et les situations? Si je mets un masque pour aller cambrioler un dépanneur, ce serait la même chose que pour des motifs de prosélytisme religieux? Ouais, ça se défend, peut-être, si je déifie le dieu dollar... m'enfin!

      Il y a des fois des raccourcis que prennent certains épilogueurs publics qui les font sombrer dans le ridicule tellement ils suintent la mauvaise foi!

    • Gaetane Derome - Inscrite 13 mai 2020 10 h 00

      Très douteux comme article en effet,on dirait que Mme Pelletier n'a pas lu le projet de loi 21.En première page on peut voir:"Le projet de loi prévoit qu’un membre du personnel d’un
      organisme doit exercer ses fonctions à visage découvert. Il prévoit
      aussi qu’une personne qui se présente pour recevoir un service par
      un membre du personnel d’un organisme doit avoir le visage
      découvert lorsque cela est nécessaire pour permettre la vérification
      de son identité ou pour des motifs de sécurité. Il prévoit que la
      personne qui ne respecte pas cette obligation ne peut recevoir le
      service. Il précise que ces obligations ne s’appliquent pas à une
      personne dont le visage est couvert en raison d’un motif de santé,
      d’un handicap ou des exigences propres à ses fonctions ou à
      l’exécution de certaines tâches."
      Mme Pelletier faites vos devoirs avant d'écrire.

    • Raynald Rouette - Abonné 13 mai 2020 10 h 45


      M. Dionne, je ne partage pas votre point de vue concernant le docteur Arruda. Le monde manque cruellement d'humanité en ce moment malgré les efforts de beaucoup de gens de bonne volonté comme Horacio Arruda.

      Le monde n'est pas obligé de verser globalement dans la déprime. Tout comme je considère la réaction inappropriée de Dan Bigras porte-parole du Refuge des jeunes de Montréal, ce que j'appelle un acte manqué de sa part...

    • Guy Ducharme - Abonné 13 mai 2020 12 h 54

      Si Richard Martineau était de gauche, ça donnerait à peu près ça, ce genre d'article tout croche. Sophismes, raccourcis, associations douteuses, le tout pour donner des airs de vérité à une fausseté. Mme Pelletier a le droit d'avoir les opinions qu'elle veut, elle a le droit de les exprimer, mais il faudrait lui rappeller qu'elle a le devoir de faire preuve d'honnêteté. Le masque pour des raisons sanitaires, c'est une chose, les signes religieux pour des raisons idéologiques, c'en est une autre. Les transports en commun, les commerces et les endroits ou l'on ne peut pas assurer la distanciation physique, c'est une chose, les lieux de travail pour les employés de l'état en position d'autorité, c'en est une autre. Un peu de rigueur, s.v.p.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 mai 2020 15 h 51

      M. Rouette, le docteur Arruda est une personne bien sympathique et humaniste, je vous l'accorde, mais son travail lui dicte d'être neutre et même ennuyant puisqu'il assiste le gouvernement à prendre les meilleures décisions scientifiques en ce qui a trait à la pandémie. Il n'est pas là comme personnalité médiatique. Le meilleur exemple, le docteur Anthony Fauci, le directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses du Ministère américain de la Santé. Il nous donne les faits sans nous donner des recettes personnelles ou faire des raps.

      Ceci dit, la ville de Montréal est maintenant rendue à 1 159 décès par million. Une des pires villes du monde pour la COVID-19. Comme ville dysfonctionnelle, mondialiste et multiculturaliste à gauche, difficile de trouver pire. Que va-t-elle devenir cet automne lorsque le 2e vague nous frappera de plein fouet? Ce n’est pas en mettant leur masques d’Halloween que cela va faire une différence.

      Sur cela, gens de Montréal, ne venez pas en régions. Demeurez chez vous. Vous viendrez lorsque vous aurez résolu vos problèmes.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 13 mai 2020 18 h 20

      Je soupçonne Mme Pelletier de s'amuser à faire monter sa «cote de lecture». N'oublions pas qu'elle enseigne le journalisme à l'université Concordia. Elle s'amuse à formuler des inepties en gageant que les habitués de ses chroniques grimperont dans les rideaux. Elle contribue à susciter (au moment de ce commentaire) 154 commentaires dont certains reçoivent 1120 «j'aime». Faut le faire!!!
      Pari gagné!!!

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 mai 2020 00 h 58

    C'est du sophisme crasse!

    Vous êtes vraiment intellectuellement malhonnête, madame Pelletier. Il y'a une très grande différence entre un vêtement qui protège la santé et un vêtement qui infériorise la femme. Le niqab et le foulard sont des symboles religieux, un porte-étendard d'un intégrisme qui rendent la servitude de la femme aux diktats du patriarcat possible. Cela n'a rien à faire avec ni la religion ni la conscience. Honte à votre féminisme, madame.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 mai 2020 06 h 10

      Lorsqu'on prend une pomme pour un bassin de purification, il est temps de consulter, car on risque de boire la pomme et manger l'eau du bassin .

    • Raynald Rouette - Abonné 13 mai 2020 07 h 29


      Madame Pelletier nous offre ce matin un bel exemple de jésuitisme et d'acharnement...

    • Bernard Plante - Abonné 13 mai 2020 07 h 34

      Devinette: Quelle est la différence entre un signe religieux et un masque de protection?

      Pour les "durs de comprenure" ou pour les aveugles volontaires, voici la réponse: Le premier sert à montrer son appartenance à une secte, agissant ainsi en guise de symbolique pouvant influencer les gens sensibles ou moins avertis, tels que des enfants. Le second répond à une préconisation sanitaire, agissant ainsi en guise de barrière anti-virale pouvant protéger ses concitoyens.

      Ça semble difficile à comprendre.

    • Marc Therrien - Abonné 13 mai 2020 07 h 46

      Vous voyez bien que le sens et l'interprétation des choses peuvent prendre des couleurs et nuances différentes selon la prégnance fluctuante des éléments du contexte à partir duquel on les observe. Ainsi, avec la Covid-19, l’objet de la peur collective s’étant transformé, on pourra dire: ce niqab n’est pas un voile islamique, mais un simple couvre-visage pour protéger autrui. Ce sera aussi la même chose pour les caissières d’une banque qui ne seront plus apeurées de voir un homme masqué se présenter à leur comptoir.

      Marc Therrien

    • Louise Melançon - Abonnée 13 mai 2020 07 h 55

      Vraiment, madame Pelletier me renverse, ce matin.... quelle malhonnêteté intellectuelle, en effet! Le masque porté, en temps de pandémie, pour la santé et la vie de tous, par rapport à un vêtement ou un voile porté pour faire montre de sa religion à tous, ou pour se soustraire à l'intégration dans une société sécularisée... C'est quoi le rapport?...

    • Jean Roy - Abonné 13 mai 2020 08 h 20

      Et bâtir une chronique complète à partir de ce petit sophisme nous plonge dans l'insignifiance! Visiblement, madame Pelletier n'avait rien à dire... à part nous rappeler ses obsessions.

    • Christian Montmarquette - Abonné 13 mai 2020 08 h 48

      @ Nadia Alexan,

      "Il y'a une très grande différence entre un vêtement qui protège la santé et un vêtement qui infériorise la femme.."- Nadia Alexan

      Ce n'est pas si différent.

      Avec la prise de conscience provoquée par cette crise, des gens pourraient désormais légitimement vouloir se couvrir le visage en tout temps dans les lieux publiques pour se protéger des infections des autres. - Comment donc interdire de se masquer le visage pour motif religieux, alors qu'il est impossible de le différencier pour raison sanitaire ?

      De toute manière, ce futile débat sur le voile nous aurait fait perdre dix précieuses années de lutte qui auraient pu êtres mises au service de l'amélioration des conditions de vie des femmes, de celles de nos ainés.es et des conditions sociales des citoyens et citoyennes de manière général.

      Sans compter que toute la haine et les préjugés que ce débat délétère a engendré en infériorisant les musulmanes au Québec et en faisant reculer le féminisme qui est par définition anti-raciste et anti-exclusion sociale.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 13 mai 2020 09 h 09

      @ Nadia Alexan
      « Honte à votre féminisme, madame.« 

      Madame, cet anathème que vous proférez si facilement, d’autres personnes ne sauraient-elle le retourner contre vous?
      Qui de vous ou de Madame Pelletier utilisent le plus méchamment des sophismes « crasses » pour fonder des jugements de « valeurs », « catégoriser » les femmes et, selon la tenue vestimentaire, coller au front les étiquettes de féministes ou anti féministes?
      À ce propos des « sophismes crasses » et des étiquettes à l’encontre de l’habillement des femmes. En plus des propos orageux, souvent méprisant, à l’encontre des femmes voilées ... j’ai souvenir des propos dégradants et hautains tenus à l’encontre de la députée Dorion qui, en portant du cotton ouaté, ose défier le décorum vestimentaire !

    • Raynald Richer - Abonné 13 mai 2020 10 h 02

      Parfois, on se demande s’il y a une limite à la malhonnêteté intellectuelle et à la partisanerie. Vous n’aidez pas la cause des médias Mme Pelletier.
      En fait, c’est grâce à du “journalisme” ou des chroniques comme ça que des gens comme Trump se font élire, car ça constitue une brique de plus dans la construction de leurs discours anti-médias.

      Il ne vous reste plus qu’à vous excuser d’avoir pris les lecteurs et les lectrices du Devoir pour des imbéciles. Quoique je ne sais pas si c’est possible qu’un(e) journaliste puisse s’excuser.

      Avez-vous pensé à vous recycler dans les médias sociaux ?

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 13 mai 2020 10 h 05

      Vous avez raison, Marc Therrien ,de dire que ça dépend du contexte, or le contexte est le suivant : des femmes comme Ayaan Hirsi Ali (laquelle doit vivre sous protection) ou encore Djemila Benhabib nous renseignent, dans un monde mondialisé de la portée de ce signe. Dans des cultures où l'islam domine, lesquelles sont parfois victimes de la montée de l'islamisme, le voile sert d'étendard. Quand l'islamisme (peu importe la forme) est au pouvoir, il devient obligatoire.

      Dans les pays où l'islam est minoritaire, le voile sert aussi d'étendard, et, même, favorise confessionnalisme : les autres religions le voient d'un bon oeil au sens où en poussant la promotion d'une manière zélée d'une religion, les autres religions sont légitimes de faire la même chose. Ainsi, on verra la promotion « des droits » du turban, du kirpan, de la kippa, dans des lieux où d'ordinaire ils n'étaient pas requis. Ça montre que les fidèles peuvent et doivent vivre dans une certaine ségrégation. En clair, dans un monde multiculturel où un prêtre sait qu'il ne convertira pas les nouveaux arrivants, « la protections » des « droits » religieux lui permettra de conserver ses propres privilèges. Cela favorise un pouvoir multiconfessionnel disproportionné, la religion étant un régime de pratiques « exceptionnelles » par rapport à d'autres pratiques sociales.

      L' élément le plus important, c'est que le port du voile participe donc d'une normalisation de ce qui, il y a quelques années, était considéré comme «intégriste». En tant que pratique esthétique, le voile n'est pas comme la crête d'un punk, c'est plutôt une mortification (lesquelles existent dans d'autres religions) et c'est parce qu'elle est imposée, même à des fillettes, que la pratique se perpétue.

      Le voile pourrait, éventuellement (dans des décennies), perdre cette signification qui dépend du contexte, mais pour l'instant le contexte islamiste est trop pesant pour que l'interprétation individuelle soit pertinente.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 mai 2020 10 h 36

      Excellente réponse M. Plante.

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 mai 2020 11 h 43

      À monsieur Jean Jacques Roy: le féminisme traditionnel a toujours défendu les femmes de l'emprise de la religion. Un vêtement intégriste qui rend la femme invisible, ou qui l'a asservie comme un panneau publicitaire pour l'intégrisme prosélyte, n'est pas propice à l'épanouissement, ni à la liberté de la femme. Défendre de telles restrictions misogynes qui enferment les femmes dans une cage vestimentaire sont complètement opposées aux principes féministes. Ceux et celles qui défendent un tel obscurantisme se font complices de la misogynie et du patriarcat.

    • Céline Delorme - Abonnée 13 mai 2020 11 h 51


      Avec sa logique unique et personnelle, Mme Pelletier pourrait certainement résoudre la célèbre énigme: SI vous avez un bateau de cinquante pieds, avec trois matelots à bord, qui mangent de la morue salée tous les matins, .... Quel est l'âge du capitaine?
      Mélagner des pommes et des oranges, un méli mélo de concepts et tenter de faire passer cela pour une argumentation plausible, voici une démonstration de l'art de la manipulation.

    • Christian Montmarquette - Abonné 13 mai 2020 15 h 49

      Les musulmanes voilées dans les CHSLD

      Il est assez odieux d'entendre encore des gens pester contre le voile, alors qu'il a paquet de musulmanes voilées qui sont actuellement au front pour soigner "NOS VIEUX" dans les CHSLD.

      Un minimum de respect et de reconnaissaince et leur foutre la paix serait la moindre des choses.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 mai 2020 00 h 58

    Un temps pour chaque chose

    Tout comme vous, Mme Pelletier, j’ai toujours défendu le droit des Québécoises musulmanes de porter le foulard islamique, que ce soit le hijab or le chador.

    Dans mon cas, l’une et l’autre me rappellent l’uniforme des sœurs de la Providence qui m’ont enseigné et auxquelles je suis infiniment reconnaissant.

    Toutefois, j’ai toujours été opposé au port du niqab et de la burka.

    Est-ce un volteface de défendre aujourd’hui le port du masque sur la voie publique ?

    À mon avis, cela n’est pas contradictoire pour deux raisons.

    Premièrement, le port du masque évite que des porteurs asymptomatiques propagent la pandémie. C’est une mesure sanitaire justifiée.

    Et deuxièmement, l’obligation prochaine de le porter ne fait pas de discrimination entre les sexes; hommes et femmes devront le porter afin d’éviter de contaminer les autres.

    Je serais opposé à cette mesure sanitaire si les femmes devraient être masquées sans que la même obligation nous soit imposée à nous, les hommes.

    Il y a un temps pour chaque chose. En temps de pandémie, il faut se protéger.

    Quand cette pandémie sera terminée — les pandémies finissent toujours par avoir une fin — nous reviendrons au bon vieux temps où la société québécoise se querellait au sujet du voile islamique.

    Soyons patients…

    • Brigitte Garneau - Abonnée 13 mai 2020 09 h 13

      C'est tellement vrai.

    • Pierre Fortin - Abonné 13 mai 2020 11 h 10

      Ce n'est malheureusement qu'une polémique gratuite et inutile.

      Je sais Madame Pelletier intelligente et capable de discernement, aussi je ne comprends pas qu'elle en arrive à confondre le port du masque et le port de symbole religieux. Si le premier est un devoir de santé collectif auquel la pandémie actuelle nous oblige, le second ne concerne qu'un droit individuel limité qui ne peut s'opposer à la sécurité de tous.

      Peut-être devrait-elle reviser sa notion de masque et le considérer comme une interface sociale sanitaire ne comportant aucune valeur morale autre que celle que lui confère sa fonction.

      Si elle est intelligente et capable de discernement, Madame Pelletier est aussi polémiste et habile à soulever les opinions et les humeurs. Mais peut-être cette fois a-t-elle mal choisi son sujet de controverse qui se veut inutilement divisif, alors qu'il nous faut plutôt agir dans l'esprit d'une conscience collecive qui nous fait cruellement défaut si on veut renverser cette CoViD-19 qui nous tient par les poumons.

    • Joane Hurens - Abonné 13 mai 2020 12 h 46

      Madame Pelletier n’a pu résister à exposer l’ironie de la situation.
      D’ailleurs, dès le début du débat sur le masque, j’aurais parié qu’elle n’allait pas laisser passer une si belle occasion de mettre en rogne ses “fidèles lecteurs”. À en juger par l’acrimonie de plusieurs réactions, si elle voulait provoquer, c’est plutôt réussi.

    • Marc Therrien - Abonné 13 mai 2020 17 h 23

      Je vois au moins deux effets bénéfiques de cette chronique de Francine Pelletier qui demeure sûrement la plus attachante parmi les chroniqueurs et chroniqueuses du Le Devoir tant on ne peut s’empêcher de passer outre ses énormes provocations. Elle permet aux pourfendeurs de son insignifiance d’aiguiser leur pertinence dans la plus belle éloquence. Et elle sert de catharsis soulageante en changeant la peur de place pour la ramener à cette peur de l’envahissement de l’islamisme et du Grand Remplacement devenue bien futile avec l’envahissement de la Covid-19. Il serait étrange qu’on y soit attaché au point d’espérer qu’elle soit conservée dans le retour au monde d’avant la Covid-19 et qu’elle ne soit pas supplantée par celle du complot du développement de la 5G en Chine.

      Marc Therrien

    • Josée Desharnais - Abonnée 14 mai 2020 10 h 28

      Votre réponse est la seule qui contient des arguments contre les idées cet article (je n'ai lu que celles au-dessus!!!). Les autres ne font que traiter la journaliste de ceci ou cela, et de manquer de rigueur, quelle ironie.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 13 mai 2020 02 h 55

    À LIRE AUSSI: Legault suggère le port du masque sans l’imposer

    On peut se poser la question: « Pourquoi uniquement suggérer de porter un masque? » On peut penser que c’est par soucis de respecter un droit « individuel »? Pourtant, les mesures de quarantaine universelle et prolongée pour les résidents dans les CHSLD et même dans les centres de résidence de personnes âgées sont loin d’avoir été des « suggestions » et ont brimé systématiquement les droits des personnes âgées, des aidants naturels, des conjoints et enfants.

    Sans doutes, en raison du discours initial disant « facultatif » le port des masques de protection en publique, le PM Legault perdrait la face s’il déclarerait « obligatoire » le masque qui hier était déclaré facultatif de porter en publique. Heureusement, sur ce point, la réaction des journalistes et celle des citoyens eux-mêmes ont obligé le triumvirat gouvernemental de changer le discours.

    Quant à la politique concernant l’isolement des personnes âgées... Ici, le gouvernement a péché dans le sens contraire, une régidité de béton concernant les résidents des centres pour personnes âgées... condamnées à regarder par la fenêtre leurs parents et pour les malades à mourir sans contacts avec les êtres aimés. Or sur ce point, il aura fallu attendre 8 semaines pour qu’un léger assouplissement s’introduise...

    Francine Pelletier signale la contradiction concernant le port de voiles signifiant une croyance et/ou une culture et d’autre part le port de « masques » sanitaires. Les premiers sont « prohibés » de porter dans certaines circonstances, alors que les « masques » au contraire recommandés au nom de la « sécûrité » et du « bien commun ». Dans les écoles publiques, la direction devra fournir aux enseignantes des masques de protection... mais elle devra mettre à la porte une enseignantes qui en plus du masque s’avisait de protéger ses cheveux et son cou avec ses foulards!

    • Gilberte Raby - Abonnée 13 mai 2020 11 h 04

      M. Roy,
      Tu as bien raison, pourquoi tous ces péchés (imperfections)?... Notre gouvernement aurait dû faire comme Donald Trump.
      Pourquoi perdre son temps et son énergie à critiquer.

  • Daniel Gendron - Abonné 13 mai 2020 03 h 15

    S'il vous plaît???

    Je vis dans une monarchie constitutionnrlle. Je jure sur la tête de la reine. Aucun argunent de droit ne saurait me restreindre de cette laïcité. Je porte le masque par mesure sanitaire,