Test crucial pour l’Europe

Dans un mouvement accéléré par la crise sanitaire mondiale, l’ordre géopolitique sur lequel a reposé le monde depuis l’écrasement du nazisme, il y a exactement 75 ans, continue de se défaire. Sans qu’on voie ce qui va le remplacer. Les changements en cours aujourd’hui sont encore plus importants que ceux de 1989-1991, lorsque éclatait l’Union soviétique et que cessait la division Est-Ouest de l’Europe.

Le retour des nations (pour le meilleur ou pour le pire), la montée de la Chine et le déclin des États-Unis sont les faits saillants les plus criants de la période actuelle. Mais ces trois tendances lourdes ne résument pas tout. La fin annoncée du pétrole et l’urgence d’une solution de rechange énergétique sautent également aux yeux en ce printemps 2020.

Les guerres et les épidémies ont souvent été l’occasion de réalignements radicaux. Elles peuvent aussi, comme la COVID-19, accentuer les lignes de failles et des réalignements qui déjà se dessinaient.

Le reste du monde voit la Chine dans sa soupe depuis une bonne vingtaine d’années. Souvent, en lui faisant les yeux doux : avec les sirènes de l’intérêt commercial et des lunettes roses sur la signification politique réelle de ce régime au XXIe siècle. Il aura suffi d’un coronavirus, de quelques dissimulations, sans oublier les excès d’une « diplomatie des gros bras »… pour que, soudain, l’image change de façon appréciable.

Quant aux États-Unis, l’épuisement — voire le blocage terminal — de leur modèle politique et l’abdication de leur primauté sont aujourd’hui clairs pour tout le monde. Mais ils étaient déjà présents lors des présidences Bush et Obama.

« L’angle mort » de tout ce qui précède, c’est la question de l’Europe. Question pourtant centrale pour l’avenir du monde.

On répète que la pandémie a permis à de nombreux régimes autocratiques de mieux assurer leur emprise. C’est peut-être vrai à certains endroits, pour l’instant. On verra si l’État autoritaire d’un Viktor Orbán (Hongrie) ou d’un Jaroslaw Kaczynski (Pologne) tient la distance et réussit vraiment à enterrer la démocratie durement gagnée des 25 années précédentes. Dans des villes comme Budapest, Varsovie et Cracovie, la résistance s’organise.

De façon générale, le printemps de la COVID-19 n’a pas été si bon pour ceux qu’on étiquette « populistes » ou d’« extrême droite ». En Italie, Matteo Salvini, apparemment irrésistible il y a un an, avec 40 % d’appuis et une voie royale devant lui, végète dans les 20 %. Il ne sait plus s’il doit, tactiquement, dénoncer le confinement… ou, au contraire, le déconfinement !

Les grandes gueules qui chialent avec talent ne sont plus forcément dans l’air du temps ; on attend plutôt un discours rationnel, réaliste et rassurant. Les appuis populaires à des dirigeants comme Merkel (Allemagne), Sanchez (Espagne) ou Conte (Italie) atteignent des sommets inégalés (la France faisant ici exception… le pays de la grogne reste ce qu’il est !).

Bien entendu, il faudra voir si ça dure, alors que se profile une crise économique terrible, qui ne s’estompera pas avec les derniers échantillons de coronavirus.

La question de l’Europe n’est pas seulement affaire de popularité ou de compétence de telle ou telle personne au sommet d’un État… Elle est aussi géopolitique. Pensons-y : les États-Unis, mais aussi la Chine (contre toute attente) et la Russie, sont aujourd’hui politiquement affaiblis par la pandémie.

Un Poutine, qui ricanait avec raison depuis des années, n’a jamais eu l’air si petit, ni si frustré que depuis deux mois, devant la caméra. Il n’a pas eu son triomphe du 75e anniversaire, la COVID-19 fait très mal à Moscou, et le pétrole ne vaut plus rien.

L’Europe sera-t-elle un spectateur impuissant dans la nouvelle géopolitique mondiale ? Avec des décisions prises à Washington, à Moscou et à Pékin, par des acteurs diminués mais toujours importants ?

Une Europe redéfinie par les nations, mais capable de cohésion et d’influence dans la nouvelle tectonique des blocs géostratégiques, est possible. Un test crucial, dans un premier temps, sera sa capacité (ou non) à faire une relance économique commune, avec une Allemagne solidaire et généreuse, qui comprendrait qu’il y va de la stabilité du continent autant que de son propre intérêt.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

 
 
20 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 10 h 42

    Spirale du silence

    François Brousseau a prévenu le public a plus d'une reprise au sujet de la désinformation, surtout dans le contexte de la pandémie, citons-le dans la chronique «La guerre froide du virus» : « la Russie de Vladimir Poutine, par exemple, utilise les questions de santé, les inquiétudes qui y sont associées, comme un terrain fertile pour semer de fausses nouvelles et déstabiliser le monde occidental. » (27-4-20)

    Ce n'est pas la première, il a informé les lecteurs au sujet du danger qu'incarnait Trump, en alimentant la thèse d'une ingérence russe durant l'élection, de l'existence d'une collusion et enfin il a aussi informé le public au sujet des thèses qui soutenaient un nécessaire « impeachment ». Une chronique de Brousseau s'intitulait même « L'homme des Russes » : « Trump prend-il ses ordres de Moscou ? Sans doute la réalité n'est-elle pas aussi simple. Mais tout se passe comme si le président était " tenu " par ses interlocuteurs moscovites, comme si cette extraordinaire complaisance avait des mobiles cachés, inavouables. » (14-1-19).

    Pour alimenter ses thèses, F. Brousseau a suivi Micheal Flynn : « Michael Flynn, éphémère conseiller à la sécurité nationale, démissionnaire à la mi-février parce qu'il avait "oublié " des conversations répétées avec l'ambassadeur. » (6-3-17) Une preuve, de « l'influence, voire [de] la capacité de chantage, de Moscou envers le candidat Trump et ses amis, envers le nouveau président américain...»

    Or, la presse américaine vient d'être complètement secouée par une révélation : il se trouve que les accusateurs de Trump et les témoins, dans toute la saga de "l'affaire russe" ont menti : il n'y avait pas l'ombre d'une preuve. Pire, Schiff, membre du « House Select Intelligence Committee », le savait et a continuellement soutenu le contraire devant une presse crédule. Brousseau ne peut pas manquer d'être au courant, entre autres des abus du FBI et de Obama, mais il nous parle ce matin de l'Europe? Vraiment?

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 mai 2020 12 h 58

      On ne lit certainement pas les mêmes médias. Fox News et le National Enquirer sont toujours secoués, voire agités.

      «Au moment de l'entrevue, le FBI savait que Flynn avait discuté des sanctions avec l'ambassadeur russe d'une façon qui pouvait nuire à la politique de son propre gouvernement, et que Flynn avait menti au futur vice-président et au futur porte-parole de la Maison blanche à propos de ces conversations. Quiconque avec un demi-cerveau peut comprendre que ces faits non seulement justifiaient mais requéraient une entrevues avec Flynn, sous peine de manquement à son devoir».
      «Bill Barr Wants Us to Pretend Flynn’s Lies Don’t Matter» The Bullwark, 9 mai, dirigé par Billy Kristol, républicain bien connu.

      Un autre coup de Ba-Barr et ses éléphants zombifiés, après la mise au rancart de l'enquête Mueller. Poutine, en bon léniniste, n'a fait qu'appuyer le maillon le plus faible. La réalité réelle de la covid révèle à quel point ce maillon est faible, n'en déplaise au 15% de canadiens qui s'imaginent que MAGA est dans leur intérêt. Verra-t-on les rapports d'impôt du maillon avant les prochaines élections? La cour suprême a renvoyé le débat aux politiciens.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 14 h 40

      Madame Labelle, en dépit de contraintes liées aux règles de publication des commentaires, je vous montre un examen des chroniques passées de Brousseau. Je fais la même chose avec les médias américains que je n'aime pas, je ne tire pas mes conclusions AVANT un examen.

      C'est facile de tirer sur FOX NEWS alors que Tucker peut très bien accueillir Roger Water à son émission pour discuter d'Assange. Tulsi Gaggard bénéficie-t-elle d'une couverture équilibrée si elle doit se justifier à chaque fois devant MSNBC ou CNN d'avoir rencontré Assad?

      Votre critique est fondée sur des préjugés, je vous expose des faits. Les faits sont les suivants : des discours ont été écrits à profusion pour faire exister une collusion, une ingérence dans l'élection de 2016. Les extraits de Brousseau ici montrent qu'il diffuse cette thèse.

      La question n'est pas de savoir si Trump est ou non un mauvais président. La question et c'est ici que je souligne les faits, c'est que toute cette affaire est partie d'un dossier (le Steeel Dossier, un dossier farfelu dont les sources étaient peu crédibles, de recherche partisane payée par les Démocrates). Voici ce qu'a écrit Brousseau : « Nul besoin de chercher Donald en flagrant délit au lit avec Vladimir -- même si, dans ce registre, il existe sans doute un document compromettant, filmé dans une chambre d'hôtel. Trump étant ce qu'il est, il agit effrontément, à la vue de tous » («L'homme des Russes » , Lundi 14 janvier 2019) . C'est une référence au dossier.

      Ce dossier, dont les éléments les plus incriminants étaient faux, et su faux par les différents acteurs l'ayant utilisé, a servi à des requêtes FISA pour mettre des membres de l'équipe de Trump sous écoute, et ce, sous Obama. Les transcriptions du « House Select Intelligence Committee » indiquent, à huis clos, aucune preuve n'existait soutenant l'idée d'une collusion, mais dans les médias, les témoins ou les représentants soutenaient le contraire.

  • Claude Bariteau - Abonné 11 mai 2020 11 h 04

    Il s'agit plus du retour des États indépendants que des États-nations. Depuis la chute du mur de Berlin, un autre monde que celui de Yalta s'est irradié valorisé par le discours néo-libéral des années 1970 au sein du Bloc capitaliste. L'UE n'en est pas née, mais en fut influencée avec pour résultante l’agrégation de plusieurs États indépendants à cet ensemble créé pour faire contrepoids aux États-Unis et à l’URSS.

    Les suites furent une multiplication d’entités économiques régionales que favorisa le GATT, encore plus l’OMC. Émergea un autre système-monde non sans guerres et des forces économiques émergentes, dont la Chine qui tira avantage de multinationales à la recherche d’un main-d'œuvre abondante et disciplinée dans un État où la démocratie occidentale est absente, mais aussi des producteurs de pétrole.

    Face à la crise de l’environnement, la pandémie et une économie mondiale bousculée, l’état du monde né des années 1990 me paraît moins un retour des États-nations, mais plus une pause forcée propice à revoir le système-monde.

    Que deviendra-t-il ? Il sera surement différent de l’actuel. Mais quel en sera le moteur. Le monde de Yalta est né de la mise au pas du nazisme. Celui après la chute du mur de Berlin fut la résultante d'une fièvre du capitalisme. Le monde de demain naîtra des effets négatifs de cette fièvre, d’une conscience des faiblesses des organismes internationaux comme des pertes de contrôle des États indépendants.

    Ces facteurs peuvent conduire à la résurgence des citoyens et des citoyennes pour créer un nouveau système-monde. Sous cet angle, la Chine sera sous pression à l’interne et à l’externe, les États-Unis composeront comme le fit le Royaume-Uni après les Deux Premières Guerres mondiales, la Russie se réalignera, l’UE pourrait se rapetisser, des organismes internationaux seront redéfinis, de nouveaux États verront le jour et des ententes se multiplieront pour protéger l’environnement.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 11 h 24

      Question que je vous pose comme ça : pendant 3 ans, les médias américains se sont plus inquiétés, relayés ici par nos chroniqueurs "préférés", d'une collusion avec la Russie qui était en définitive une fabrication.

      Je ne suis pas favorable à la politque étrangère de type «Faucon», mais force est de reconnaitre que Trump n'a pas cherché de guerre contraitement à Clinton qui promettait d'aller cherche Assad, voire d'affronter l'Iran. Donc même s'il est parait «Faucon» (ex. les USA doivent devenir imprévisibles), il est plus du type «Carter»...

      Pensez-vous que la politique étrangère de l'ère Bush-Clinton-Obama a vraiment aidé la Chine, avec une perte incroyable avec l'invasion du Moyen Orient, pour le «show» ?

      Pensez-vous que Trump, en dépit de la rhétorique, «prend acte» du recul, en protégeant simplement le reste de puissance américaine pour mieux rebondir en évitant la dilapidation des ressources?

      J'ai l'impression qu'il resserre l'emprise sur l'Amérique du Sud, pour éviter des régimes trop hostiles dans sa sphère d'influence, qu'il utilise le commerce pour conserver une certaine économie US (au lieu de tout externernaliser vers le GAFAM, qui pourrait aller partout au fond et qui n'a pas de loyauté), d'où son hostilité aux Amazon de ce monde qui font plus le jeu de la Chine (avec des « biens cheap » livrés plutôt qu'une économie réelle).

      Bref, depuis des années, je vois un repli (dont les coupes à l'OMS ne sont qu'un indice, d'autres coupes pour l'OTAN, par exemple pouvant être prévisibles, avec la fermetures de bases couteuses).

      Mais les médias américains (et mondiaux) n'ont pas étudié ce changement, ce repli, vers la doctrine de Monroe... Les USA ne sont pas près tout de suite à admettre une perte d'influence, le but étant d'éviter un conflit avec la Chine précoce pour favoriser plutôt un équilibre de types Guerre froide, mais avec une «base américaine» plus solide, au lieu de la dilapidation de l'ère Bsuh-Obama.

      Qu'en pensez-vous?

    • Claude Bariteau - Abonné 11 mai 2020 12 h 44

      M. Gill, avec Trump, c'est le repli et sa gestion, comme a agi le Royaume-Uni en perte de puissance bien avant les deux grandes guerres. Je partage votre point de vue.

      Les coupes de l'OMS visent sa réorganisation, car les États-Unis paient plus que les autres. Idem pour l'OTAN dont la contribution de l'UE est faiblarde

      Sur la Chine et son essor économique avec les multinationales, de mémoire c'est plutôt Nixon qui propulsa ce virage.

      Aujourd'hui, la Chine est devenue un concurrent majeur des États-Unis sur la scène internationale, dont en Afrique et en Europe tout en composant avec le Russie pour ses ressources, ce qu’entend faire le Canada avec son pétrole.

      Trump en Carter, ça m’apparaît peu probable. Trump est plus du gente Bush 2 dans un contexte de repli plutôt que d’affirmation. Mais, je me trompe fort probablement. S’agissant d’Obama, j’arrive difficilement de l’associer à Bush 2. Par contre, je le vois plus en Clinton, car, contrairement à Kennedy, il ne se distança des forces économiques pour la sortie de crise de 2008.

      Aujourd’hui il parle du gâchis de Trump face à la pandémie. Par contre, on ne sait pas ce qu’il aurait fait et ce qu’entend faire Biden, qu’il appuie.

      Vous avez raison sur les raccourcis, à l'exception d'analystes réputés de la scène internationale, qui sont devenus un révélateur des reculs des États-Unis sur la scène internationale.

      Par contre, je vois difficilement le réplique d'un équilibre analogue avec celui de la Guerre froide, car la réplique suppose deux gagnants hémémoniques. Il y a plusieurs zones de friction, mais surtout aucun maître autoproclamé en vue.

      C'est pour ce motif que j'entrevois autre chose sans savoir ce que ce sera, mais en présumant l'entrée en scène d'un autre moteur.

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 mai 2020 13 h 46

      Obama a hérité des déficits et de la crise financière de Bush. Le déficit de la dernière année d'Obama a été de $585 milliards. En 2019, celui de Trump, en pleine reprise!, était de $984 milliards. «Trump’s Deficits Are Racing Past Obama’s» Forbes 2020

      Le rapport Mueller avait un cadre limité dès le début et Ba-Barr a fait sa job de bras pour Tony Truand. L'impeachment sur le donnant-donnant en Ukraine a échoué devant les zombipublicains du sénat. Le congrès l'a jugé coupable et il n'a pas non plus été innocenté par Mueller.
      «Les attaques de Barr contre l'enquête Mueller a atteint son apogée jeudi, quand il a décidé que le département de la Justice demanderait à un juge d'effacer le plaidoyer de culpabilité de Michael Flynn en annulant la charge contre l'ex-conseiller à la sécurité. Flynn a été l'un des premiers à admettre son délit et à coopérer avec l'enquête de Mueller.»
      «Barr undercuts Mueller investigation as Trump cheers him on» Washington Post, 9 mai 2020

      La Chine a diminué ses placements aux USA après la débacle financière de 2008 sous Bush et le libertarien Greenspan (marché hypopthécaire et bons du Trésor). Elle a procédé ensuite à la plus grande relance de son histoire grâce à son immense marché intérieur, comme Obama l'a fait aux USA, dans une moindre mesure, bloqué par les républicains. Dans l'ordre, c'est Clinton-Bush-Obama et ni Clinton ni Obama n'ont envahi le M.O. Il n'y a eu aucun militaire US impliqué directement sur le terrain en Syrie. Enfin qu'est-ce que la Chine a à voir avec l'invasion de l'Irak?

      MAGA est un aveu explicite de faiblesse. La Chine se moque des menaces de Tariff Man que les américains paieront, comme le mur. Le rapatriement des manufactures aux USA a échoué. Nike, Apple, GM et les autres continueront à faire monter leurs produits en Chine.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 14 h 59

      Je poursuis Monsieur Bariteau : il est vrai qu'Obama avait une politique de détente, mais il a par exemple augmenté la présence en Afghanistan en se retirant de l'Irak et c'est sous son influence qu'il y a eu une détente avec l'Iran. Mais en même temps, il y a eu les «Printemps arabes» et la perte « de 2 alliés», qu'il fallait compenser. Donc sous Obama (avec H Clinton), à la manière de Reagan, il y a eu une opération réussie contre Kadhafi et une autre énorme contre la Syrie. Pendant ce temps, toujours à l'image de Reagan, dont Bush père était l'artisan (façon Iran-Contra ou «pipeline Afghan») il y a eu un encouragement des conflits par «proxies», si bien que des «théories du chaos» ont émergé. Dans un monde où les États-Unis perdent de la puissance, l'augmentation du chaos dope la puissance militaire de ceux capables d'intervenir. En déstabilisant de manière permanente, ils peuvent, à court terme, tirer leur épingle du jeu et profiter des opportunités. C'est le contraire du long jeu chinois.

      Cette théorie est de type «Bush 2» qui permet de mieux comprendre la logique des interventions là où elles semblent difficiles à lire. Les États-Unis ont tiré profit du chaos de la Libye, de la Syrie et de l'Afghanistan et c'est l'Europe, affaiblie et déchirée, qui a dû (avec les millions de réfugiés) recoller les morceaux. Cela a rapproché la GB des États-Unis. Trump me semble s'inscrire dans cette imprévisibilité, avec des manoeuvres de type Reagan/Carter et non des conflits ouverts de type Bush 1 (Noriega/Irak) ou Bush 2 (Afghanistan/ Irak), il semble par contre bien comprendre la logique opportuniste d'un Clinton (ex. bombarder l'Irak au besoin) comme Trump l'a fait en Syrie avec d'énormes bombes, en veillant à prévenir les Russes.

      Bref, il ne faut pas oublier qu'Obama était le «PR» Nobel d'une politique étrangère dont Clinton était la serre militaire. Donc Trump ne s'embarrasse pas de « bien paraitre », mais il est moins interventionniste.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 16 h 21

      Madame Labelle,

      « Dans l'ordre, c'est Clinton-Bush-Obama et ni Clinton ni Obama n'ont envahi le M.O. Il n'y a eu aucun militaire US impliqué directement sur le terrain en Syrie. Enfin qu'est-ce que la Chine a à voir avec l'invasion de l'Irak? »

      Dans l'ordre, c'est Carter-Reagan-Bush1-Clinton-Bush2-Obama (Clinton).

      La parenthèse pour Clinton, c'est pour H. Clinton, secrétaire d'État aux Affaires étrangères.
      La guerre par proxy a été utilisée par Reagan (et sans doute orchestrée par son VP, Bush, ancien directeur de la CIA, Reagan étant un bon acteur, mais pas nécessairement un visionnaire), qui a mobilisé pour ce faire le conseiller de Carter, Zbigniew Brzezinski, lequel a coordonné le travail avec des moudjahidin, payés en partie par l'Arabie saoudite (ce qu'on appelle le «pipeline afghan») à la fois pour les écoles coraniques au Paksitan ET les camps d'entrainement. Les talibans et Al Quaïda proviennent de là, la source est dans «Qui finance le terrorisme international».

      Reagan a aussi utilisé la guerre par proxy avec les Contras. Zbigniew Brzezinski reprendra du service sous Obama. Je reviens à nos moutons pour quelque chose de simple : quand les moudjahidin se battaient contre les Russes, en Afghanistan, est-ce qu'il y avait de troupes US sur le terrain? C'est pareil en Syrie.

      Même des avions canadiens ont bombardé, sous Obama (H Clinton), la Libye. Allez-vous le nier? On était dans la continuité de Bush Père...
      J'ai écrit : « Pensez-vous que la politique étrangère de l'ère Bush-Clinton-Obama a vraiment aidé la Chine, avec une perte incroyable avec l'invasion du Moyen Orient, pour le «show» ? » Parce qu'il est évident (on revient avec Brzezinski ) que le Bush dont je parle est le père dont le fils a continué l'oeuvre.

      L'invasion de l'Irak, était-ce un coup de poker qui aura plutôt miné, en apparence, les USA, en les grevant, face à une Chine patiente? Ou y avait-il un plan pour tirer profit du chaos?

    • Pierre Fortin - Abonné 11 mai 2020 16 h 40

      Monsieur Bariteau,

      Peut-être ne serez-vous pas surpris que Henry Kissinger, lui-même, ait adressé un texte en avril qui, sur certains aspects, rejoint votre propos. S'il croit toujours à l'hégémonie US, il n'en tient pas moins Donald trump responsable de la perte d'autorité morale des USA, la conduite de Washington étant perçue comme mesquine, vicieuse et vindicative :

      « Tirant les leçons de l’élaboration du plan Marshall et du projet Manhattan, les États-Unis sont obligés d’entreprendre un effort important dans trois domaines. Premièrement, renforcer la résilience mondiale face aux maladies infectieuse [...] Deuxièmement, s’efforcer de panser les plaies de l’économie mondia [...] Troisièmement, sauvegarder les principes de l’ordre mondial libéral.

      « Si l’attaque contre la santé humaine sera – espérons-le – temporaire, les bouleversements politiques et économiques qu’elle a déclenchés pourraient durer des générations. Aucun pays, pas même les États-Unis, ne peut, dans un effort purement national, vaincre le virus. Répondre aux nécessités du moment doit en fin de compte être associé à une vision et à un programme de collaboration mondiale. Si nous ne pouvons pas faire les deux en tandem, nous ferons face au pire de chacun.

      « Aujourd’hui, dans un pays divisé, un gouvernement efficace et clairvoyant est nécessaire pour surmonter des obstacles d’une ampleur et d’une portée mondiale sans précédent. Le maintien de la confiance du public est crucial pour la solidarité sociale, pour les relations entre les sociétés et pour la paix et la stabilité internationales. » — Henry Kissinger,The Coronavirus Pandemic Will Forever Alter the World Order (Wall Street Journal )

    • Claude Bariteau - Abonné 12 mai 2020 09 h 13

      M. Gill, vous lisez, avec conviction, un enchaînement des vues, avec des variantes, des présidents américains de Carter à Trump pour montrer que Trump est en repli par rapport aux autres malgré ses allures belliqueuse, mais semble avoir perdu ses repères face au coronavirus qui bouleverse ses approches économiques comme celle des multinationales, dont il cherchait à recentrer une partie importante de leur production aux États-Unis pour se maintenir à flot électoralement.

      Il y avait là un pari que le coronavirus a percuté de front au cœur de New York, la capitale financière du système-monde. D'où ses appels de relance puis son changement d'attitude devant le désarroi des Américains et les critiques d'hommes politiques d'envergure qui mettent en relief l'importance de hausser leur confiance à l'interne et envers les relations avec les États du monde.

      Les critiques et les charges sur Trump avaient un impact, mais ne pouvaient pas provoquer son rejet tellement il assura une hausse des activités économiques tirant avantage du cadre économique laissé par Obama et, surtout, qu'il n'y avait pas de « pogne » pour le destituer selon les règles propres de la constitution américaine.

      Avec le coronavirus, c'est différent. Même les soulèvements populaires, orchestrés ou non, furent sans effet majeur. Les Américains en repli se confinent et dans les divers États de leur fédération, il y a des approches qui rendent quasi obligatoire une perspective de solidarité qui, faut le dire, ne fait pas partie des vues du président Trump parce qu'il mise, depuis son entrée en politique, sur l'entreprenariat et une main-d'œuvre à son emploi selon les approches prisées aux États-Unis dans le monde de Yalta.

      Ce monde n'est plus et celui né de la chute du mur de Berlin se fissure parce que le coronavirus le fige, forçant sa révision. Là se trouve le défi du prochain président. Il m’apparaît incontournable.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 12 mai 2020 10 h 46

      Merci pour votre ajout Monsieur Bariteau, c'est toujours un plaisir de vous lire et de comprendre vos perspectives, vous proposez souvent une analyse du contexte et pas seulement de l'opinion, c'est ainsi plus facile à suivre et ça évite des débats stériles ça permet plutôt d'échanger sur la manière de problématiser, de concevoir autrement les enjeux.

      Je n'ai rien contre les opinions bien différentes des miennes, ce qui m'ennuie c'est de lire des points de vue qui sont affirmés avec suffisances, mais qui laissent penser que des faits leur donnent raison, alors que souvent, un travail patient montre le contraire. J'avoue que je ne comprends toujours pas ce que s'est passé au Québec pour que l'on passe de la stupeur à l'incrédulité face à la 2e Guerre d'Irak, avec l'immense complaisance des médias américains, que l'on a heureusement pas suivi ici, et que l'on continue, comme si de rien était, à faire confiance au NYT, à CNN, au WP...

      Bien sûr la théorie nous aide à comprendre pourquoi ces médias font plus le jeu des élites et d'un certain complexe militaro-industriel-affairiste-bancaire-pharmaceutique-et-big-tech, mais c'est toujours surprenant de voir que nous, alors que nous ne sommes pas complètement immergés dans la culture américaine, continuions à accorder du crédit à ces organes, aux agences de presse.

      Il y a eu un clivage au Devoir ces dernières années, il me semble que de l'époque de Gil Courtemanche, on aurait été moins prompt à embrasser une vision du monde calquée sur les intérêts de l'OTAN-l'EU-La City. Maintenant le clivage idéologique (et un point de vue franchement nationaliste, à la fois culturellement et politiquement) ne contamine plus seulement l'opinion ( Valet étant le clone de Brousseau et non son antithèse), mais même la fabrication de la nouvelle.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 12 mai 2020 15 h 10

      Erratum : j'ai écrit « et un point de vue franchement nationaliste, à la fois culturellement et politiquement » ,
      je voulais écrire « et NON un point de vue».

      De Bissonnette à Descoteaux à Myles, Le Devoir est passé de la résistance à l'establishement à la valorisation de ses valeurs...

      Donc le problème, ça n'est pas des chroniques comme celles-ci (encore que quelqu'un qui n'est pas payé par la SRC devrait plutôt jouir de ce privilège, sinon on a l'impression que c'est la SRC « qui paie»), mais l'absence d'un contrepoids...

  • Gilbert Talbot - Abonné 11 mai 2020 11 h 23

    Avez-vous remarqué que la crise du coronavirus frappe les pays les plus puissants de l'heure:: les États-Unis, l'Europe, la Chine, la Russie, alors que les pays du Sud, les plus pauvres sont beaucoup moins frappés? On a dit peu de choses à ce sujet: que l'Afrique était habituée à faire face aux pandémie, que le coronavirus survivait moins bien dans des pays chauds, que ces pays ont conservé davantage leur culture traditionnelle, leur accès aux ressources locales. On a très peu parlé de l'Amérique latine qui s'en sortait fort bien, hornis le Brésil. Serait-ce que le Virus prospère davantage dans ces pays riches et opulents qui ont pollués davantage leur environnement, comme à Wuhan, qui ont détruit tant d'espèces animales, pollués les airs et les mers et maintenu les plus pauvres dans des régimes de quasi esclavage, au salaire minimum ou moins, travailleurs temporaires qu'on expulse quand on en n'a plus besoin, réfugiés qu'on cantonné dans des campement abjects. Pas surprenant que le coronavirus alors s'attaquent à ces maudits de la Terre et du ciel. Tous ces Poutine, Trump, Macron, sont surpris les bobettes à terre. Ils font face à une crise absolument imprévisible dont ils ne savent plus comment s'en sortir. Ceux qui s'en sortiront le mieux ce n'est ni l'Europe, ni les États-Unis, ni la Chine ce sont ces pays pauvres habitués à s'adapter à ce genre de crise sanitaires.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 12 h 57

      « Serait-ce que le Virus prospère davantage dans ces pays riches et opulents qui ont pollués davantage leur environnement»

      C'est le contraire, plus un pays est «riche» (développé, etc.), plus il protège son environnement, l'efficacité permet une plus grande préservation des ressources. Les États-Unis sont par exemple plus boisés qu'au XIXe siècle. Les questions que vous posez sont intéressantes, mais on assiste, il me semble, aux limites (qu'ont déjà connues les pays urbains populeux, la Corée, le Japon, Taiwan, Hong Kong) entre densité de population urbaine et mondialisation.

      Si l'espérance de vie est moindre et que le corollaire est une pyramide démographique plus classique, le propre de bien des pays en voie de développement, ces pays vont mieux s'en sortir, ils ont moins de vieux vulnérables, plus de jeunes moins vulnérables.

      La crise n'était pas imprévisible, mais pour l'actualité locale (USA) et internationale, les médias américains sont devenus fous de septembre 2019 à février 2020 avec l'Impeachment, ce qui a empêché un travail qui aurait été honnête pour savoir ce qui se passait en Chine. On aurait pu, avec des enquêtes savoir qu'il se tramait des choses pas nettes... Déjà, des infirmières occidentales semblaient alerter, sans écho, en 2019, sur des infections locales possibles.

      Or au lieu de nous décrire ce qui se tramait en Asie, comme des vlogueurs YouTube le faisaient depuis le début, on occupait l'essentiel des ressources à ergoter sur Trump. Si je ne m'abuse, le Devoir a aussi envoyé Fabien Deglise couvrir les primaires démocrates sur place...

      C'est un bel exemple de «contamination» médiatique où on surveille ce que les médias dominants mettent de l'avant. Ce faisant, on devient très vulnérable si on se fait frapper par quelque chose qui était dans l'angle mort.

      Il est évident que le COVID 19 n'a pas eu l'attention qu'il méritait avant qu'il ne soit trop tard. Ainsi, on n'a pas suivi. les achats de la Chine...

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 mai 2020 14 h 00

      Ça serait bien s'il y avait une certaine justice mais l'histoire d'Haïti, pays pauvre et accablé plus qu'à son tour, semble montrer qu'il n'y a pas de justice.
      Une étude récente montre que la chaleur n'a pas d'effet sur SARS-Cov2. On a noté un faible effet de l'humidité.
      «Impact of climate and public health interventions on the COVID-19 pandemic: A prospective cohort study» CMAJ, 8 mai

      Les pays d'Afrique du nord (Égypte, Maroc, Algérie) semblent plus touchés. Certains pays africains sont moins (densément) peuplés. Enfin, il faut des tests pour avoir des statistiques significatives et il en manque partout, à plus forte raison en Afrique et dans les pays pauvres.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 mai 2020 22 h 17

      C'est simpliste comme observation M. Talbot. Si les pays du Nord semblent plus touchés, c'est qu'ils rapportent leurs données sur le coronavirus de façon plus fiable. Les pays du Sud n'ont pas les moyens de le faire. Le virus ne discrimine pas et tue partout de la même façon avec le même nombre de victimes en proportion de la population. Il n'y a aucune exception. Enfin, c’est beaucoup plus pire dans les pays du Sud.

      Pour la Suède, c'est un cas atypique; elle ne rapporte que les cas qui ont été testé et sont morts dans un hôpital. Alors, pour les autres, c'est le silence radio. Ce qui veut dire dans leur pratique d'un darwiniste odieux qui touche les plus vulnérables de leur société, vous pouvez multipliez le nombre de victimes officielles par au moins trois fois.

      Mais ce qui est le plus intéressant aux États-Unis, ce sont les états contrôlés exclusivement par les démocrates qui sont les pires. L’état de New York compte plus 1 388 morts par million à la minute près de ce commentaire. C’est 1 052 pour le New Jersey, 844 pour le Connecticut et 741 pour le Massachussetts.

  • Françoise Labelle - Abonnée 11 mai 2020 14 h 27

    Une Europe redéfinie par les nations

    Jusqu'en 2000, l'UE employait moins de fonctionnaires qu'une ville européenne de taille moyenne.
    En 2001, le Conseil européen charge une convention européenne d'élaborer une constitution pour mieux définir les rôles et les responsabilités de chacun dont les limites imprécises sont source d'insatisfaction. Le projet de constitution sera rejeté en 2005 par la France. Une grosse défaite.
    Dans les années 2000, la banque centrale européenne (BCE) n'a aucun moyen de connaître l'exposition des banques européennes dans les prêts hypothécaires américains ou européens (Espagne, Irlande). Encore moins leur niveau de capitalisation, plus mince que les banques américaines. En passant par Londres, les banques européennes n'étaient pas réglementées comme les banques US.
    Après 2008, la BCE n'a pas les moyens dont dispose la Fed américaine pour intervenir dans le sauvetage du système financier. Le stéréotype d'une UE tyrannique est diffusé par les partis d'extrême-droite, dont certains sont financés par Moscou (Autriche, Italie, GB, etc.)
    «Crashed», Adam Tooze, chap. La zone euro
    «Vladimir Poutine, parrain de l’extrême droite européenne» Le Monde, avril 2019

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 mai 2020 16 h 41

      Vous écrivez «une grosse défaite», mais vous savez comme moi que l'UE bureaucrate et énorme est advenue quand même. En dépit du refus de certains peuples. Quand la crise a éclaté, on a compris quel rôle Goldman Sach avait joué pour aider les politicieux grecs à «tricher», ils ont même inclus le crime organisé pour gonfler le PIB de la Grèce, histoire de pouvoir respecter les règles comptables.

      Si le système européen était justement mieux fait, plus social, ces problèmes auraient été évités.

      Le stéréotype d'une UE tyrannique, inféodée aux marchés, est entretenu par l'UE elle-même et il suffit d'écouter les réponses faites à l'encontre de Farage pour se rendre compte de son Hubris. Même lors de sa dernière intervention, le manque d'écoute de la présidence étant notable. Poutine n'a rien eu à voir dans l'intransigeance de l'UE à l'encontre de la Grèce. Je vous avoue que je suis plus du bord de Varoufakis que de Junker.

      Je suis parfaitement conscient que la Russie travaille fort, c'est pourquoi j'ai eu du plaisir à lire « The Colder War ». Mais la plus grande menace contre l'UE, c'est l'UE, pas Poutine. Le plus grand coup contre l'UE est venu de la GB, pas du Kremlin.

      Poutine est plus enclin de s'entendre avec des dirigeants qui cherchent l'intérêt de leur propre population (y compris les États-Unis) en maintenant leur souveraineté, qu'avec des mondialistes qui préfèrent diluer la souveraineté de leur pays pour des intérêts difficiles à comprendre, mais qui travaillent souvent contre les populations et les citoyens (comme en Grèce, comme en France).

      Emmanuel Todd explique bien pourquoi l'UE nuit à la France, pourquoi l'Euro nuit à son économie. J'imagine qu'on peut aisément expliquer pourquoi la BCE nuit aussi. Est-ce que Poutine le finance?


      «L'extrême-droitisation», l'ingérence, c'est toujours plus facile à invoquer que se demander pourquoi donc le peuple vote à l'encontre de ce que lui disent les élites.

  • Pierre Fortin - Abonné 11 mai 2020 14 h 36

    On ne doit pas confondre Europe et Union européenne


    Pour rappel, l'URSS s'est dissoute lorsque ses trois républiques fondatrices (Russie, Biélorussie et Ukraine) l'ont décidé par les accords de Belajeva le 8 décembre 1991, libérant ainsi tous les pays d'Europe de l'Est. C'est dans l'urgence et par crainte que se développent de nouveaux nationalismes en Europe de l'Est que le Conseil européen s'est réuni à Maastricht dès le lendemain, les 9 et 10 décembre 1991, et a négocié le traité de construction européenne sur les seules bases économique, monétaire et de marché unique. La construction politique de l'Europe ne s'est jamais faite par la volonté des peuples nationaux mais par la délégation par traité de certaines compétences à des organes communautaires, sans rien de plus.

    Quand le chroniqueur nous dit « Une Europe redéfinie par les nations, mais capable de cohésion et d’influence dans la nouvelle tectonique des blocs géostratégiques, est possible », cela relève des travaux d'Hercule. On se rappellera que le Traité de Lisbonne s'est conclu malgré les peuples et le référendum qui en rejetait les fondements. Il ne peut y avoir de géopolitique européenne commune dans une union où l'unanimité est de mise et où les USA jouent d'influence et de menace pour neutraliser toute velléité d'indépendance. L'article cinq du Traité de Lisbonne assujettit même la politique de défense européenne à celle de l'Otan. Comment l'UE peut-elle avoir sa propre géopolitique face au reste du monde dans ce contexte où elle ne peut que subir celle des puissances.

    Quant à conclure que « "L’angle mort" de tout ce qui précède, c’est la question de l’Europe. Question pourtant centrale pour l’avenir du monde. », c'est faire fi de la triste réalité : « Le Covid-19 agit comme un stress test, il révèle l’égoïsme des États membres. (Die Welt) ». La question qui diivise est le partage équitable du fardeau de la pandémie, ce que Berlin et La Haye refusent.

    Avant de penser à l'avenir du monde, l'Europe doit se soucier de son propre avenir.