Les clowns

Si la situation n’était pas aussi triste dans les CHSLD, on aurait presque envie de rire à voir la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette se reprocher mutuellement leur inaction passée.

Tout en le déplorant, Mme Blais avait d’abord rejeté toute responsabilité pour l’état dans lequel les CHSLD se trouvaient déjà durant les cinq années où elle était ministre responsable des Aînés dans le gouvernement Charest. « Ce n’était pas ma responsabilité de m’occuper des personnes vulnérables. Je n’avais pas le pouvoir de changer les choses », a-t-elle déclaré au Devoir, expliquant qu’elle relevait alors du ministère de la Famille et des Aînés, et non pas du ministère de la Santé, comme c’est actuellement le cas. À l’entendre, elle prêchait dans le désert.

Comme on pouvait s’y attendre, M. Barrette a très mal pris de l’entendre mettre en cause les politiques d’austérité du gouvernement Couillard, dont elle avait été exclue en 2014, mais aussi les « mégastructures » que lui-même a mises en place lors de son passage à la Santé. Dans un de ses tweets cinglants dont il a le secret, il a dénoncé « Marguerite la Ponce Pilate », qui n’a apparemment eu aucune influence dans tous les gouvernements auxquels elle a participé. Durant la période où elle est restée membre du caucus libéral avant de démissionner, il assure que jamais elle ne lui a parlé des CHSLD, du salaire des préposés aux bénéficiaires, des ratios, etc.


 
 

Dire que les CHSLD n’ont jamais semblé être une priorité dans les réformes imposées par M. Barrette serait un euphémisme. Ils n’en ont pas seulement été les parents pauvres, mais aussi les victimes, même s’ils étaient déjà négligés de façon honteuse bien avant son arrivée. La seule fois qu’il a paru s’y intéresser, c’est quand il a organisé au Centre des congrès de Québec une grande dégustation de la nouvelle cuisine qu’on allait dorénavant y servir.

Le président du Syndicat des travailleurs de Québec Nord, lui-même un préposé aux bénéficiaires, avait déclaré : « C’est bien beau d’avoir une belle assiette, mais dans la structure on est en manque de gens. Les gens de soirée, ils ont six, sept personnes à nourrir en une demi-heure. »

On veut bien croire que Mme Blais avait tenté confidentiellement de sensibiliser ses collègues du gouvernement Charest à la nécessité d’investir davantage dans les CHSLD, dont les lacunes étaient déjà bien connues, mais on se souvient surtout de son projet d’y envoyer des clowns pour en égayer les résidents, au coût de 293 000 $.

Là encore, un préposé de 27 ans d’expérience avait jugé cette initiative peu judicieuse : « Sur quelle planète vit-elle ? Les aînés ont besoin de soins et d’écoute. Le réseau d’hébergement ne cesse de se dégrader. » Pauline Marois avait suggéré à la ministre de consacrer plutôt cet argent à la formation des préposés.


 
 

Jean Charest avait recruté Mme Blais principalement pour la bonne image que l’ancienne animatrice de télévision avait conservée dans la population en général et chez les personnes âgées en particulier. S’il est vrai qu’elle avait peu de pouvoir à l’époque, elle constituait un atout électoral bien réel. Même quand la satisfaction à l’endroit de son gouvernement était basse, elle-même demeurait année après année en tête du baromètre Léger des personnalités politiques.

François Legault en avait pris bonne note. À l’approche de l’élection de 2018, il avait assemblé une équipe économique très convaincante, qui donnait toutefois l’impression de manquer d’empathie. En comblant ce manque, Mme Blais a été un ingrédient important de la victoire caquiste. Alors que tout le monde voulait se débarrasser du PLQ, elle avait même réussi à faire oublier qu’elle en arrivait. Elle avait sans doute de bonnes intentions, mais elle en était toujours à ce stade quand la pandémie a éclaté.

Gaétan Barrette, c’est une autre affaire. Après avoir fait le chemin inverse de Mme Blais, en passant de la CAQ au PLQ, il s’est vu investi de pouvoirs plus étendus qu’aucun de ses prédécesseurs à la Santé n’en avait jamais eus. Que Philippe Couillard l’ait laissé saccager le réseau comme il l’a fait demeure à ce jour un mystère.

Peu avant son retour en politique, en 2013, M. Couillard avait prononcé un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, dans lequel il proposait de retirer au ministre la gestion quotidienne du réseau de la santé pour la confier plutôt à une société d’État indépendante. Loin de prôner une plus grande centralisation, il se faisait le défenseur de structures comme les défuntes agences régionales de santé. Une fois en poste, c’est comme si M. Barrette s’était appliqué à faire exactement le contraire de ce que le nouveau premier ministre avait suggéré. Il y a des clowns qui ne sont vraiment pas drôles.


 
41 commentaires
  • Yolande Chagnon - Inscrite 7 mai 2020 03 h 03

    CRÉER SANS TARDER UN VÉRITABLE MINISTÈRE DES AINÉS

    Peu importe que la ou le ministre des Aînés soit rattaché au ministère de la Famille ou au ministère de la Santé n'est pas LE problème majeur, loin de là.

    Le vrai problème est que le titulaire de ce poste est un ministre d'état, un ministre sans portefeuille, donc un ministre junior.

    Un ou une ministre qui a autant d'influence qu’un lobbyiste auprès du conseil des ministre.

    Il ou elle est comme un eunuque dans un harem : bien que sachant comment faire, il ne peut pas le faire.

    Il faut faire du ministère des Aînés un vrai ministère avec un budget à gérer, un budget qui sera défendu au conseil des ministres, qui sera ensuite soumis à l'arbitrage du ministre des finances et du conseil du trésor pour être ensuite être géré par le ou la ministre qui ultimement en sera responsable devant l'Assemblée nationale qui devra créer une commission des Aînés.

    Bref, le ou la ministre devra répondre au quotidien à l'Assemblée nationale de sa gestion budgétaire plutôt que d’être perdu€ quelque part dans un organigramme.

    Actuellement, aussi sympathique que soit la titulaire du poste, elle est sous la tutelle de la ministre de la santé et des affaires sociales et ultimement du premier ministre.

    Les aînés méritent mieux qu'un aumônier émérite intercédant pour eux auprès du conseil des ministres, il leur faut un évêque possédant son propre diocèse.

  • Roger Gobeil - Inscrit 7 mai 2020 04 h 44

    Questionnant et inquiétant

    Barrette a saccagé le réseau de la santé. Comment avons-nous pu laisser faire ça? C'est honteux. Il faut maintenant revoir de fond en comble les structures mammouths de Barrette et Couillard. C'est une urgence nationale.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 mai 2020 07 h 55

      C'est plus que questionnant et inquiétant M. Gobeil.

      Pour Gaétan Barrette, on croit que tout a été dit à son sujet. Sa réforme en santé a été une catastrophe pour tout le monde. Et on sait tous qu’il ne s’en excusera pas.

      Pour Marguerite Blais, c’est une autre paire de manches. C’est ce qui arrive lorsque des gens nous viennent des médias avec comme seul bagage de compétence et de crédibilité, c’est qu’on voyait leur face à la tv. On pourrait aussi mettre Justin Trudeau dans cet exemple, lui, un artiste qui n’a pas réussi dans le monde médiatique, qui s'est ensuite tourné vers la politique. Mais revenons à Mme Blais, elle qui ne se faisait pas prier pour se faire voir à l’écran. Elle est disparue de nos radars médiatiques au moment où l’explosion des morts commençait à faire rage dans les CHSLD. Son excuse, son âge durant la pandémie. Qui pourrait parier que cela aurait été le contraire si la situation n’était pas passée de simple avertissement à une bombe thermonucléaire dans ces établissements dont elle avait la charge? C’est elle qui était le porteur du drapeau pour nos aînés dans les CHSLD. Et elle n’a rien fait ou dit pendant ce temps. Maintenant, nous en sommes à plus de 100 morts dans les CHSLD presqu’à chaque jour et la plupart sont infectés, et donc, ils annoncent la mort à venir pour plusieurs de ses locataires.

      Difficile de faire des campagnes électorales gagnantes sur les CHSLD. Difficile, même impossible. Pour le bien, l’action est plus importante que l’intention; pour le mal, l’intention est plus que l’action (proverbe espagnol).

    • Nadia Alexan - Abonnée 7 mai 2020 10 h 24

      Avant de voter pour une formation politique, il faut d'abord étudier l'historique et la performance de cette organisation. Il ne faut pas se fier sur le charme ou le fait que le candidat soit sympathique, ou bien connu. Chaque formation politique a ses priorités et ses principes phares.
      Il ne fallait pas s'attendre qu'un parti politique dévoué à la corruption, tel que le PLQ qui est fidèle au service marchande des grandes entreprises fasse mieux pour les citoyens, en général, ou aux ainés en particulier. 'Chassez le naturel, il revient au galop'!

    • Richard Ferland - Abonné 7 mai 2020 10 h 25

      Tout à fait d'accord avec vous, monsieur Barette en a fait un monstre administratif et au gouvernement c'est le pire à faire lorsque l'on a besoin que ça bouge rapidement. Il faut décentraliser les responsabilités et l'imputabilité. Si le personnel sent qu'on a confiance en lui et qu'on lui confie vraiement des responsabilités, il aimera davantage son travail, se sentira valorisé et si on ajoute un salaire conséquent relié à ceci vous avez beaucoup plus de chances que le personnel soignant soit dédié quelque soit les circonstances. Qu'on arrête de gérer les services publiques comme des compagnies privées. Ça semble très diffile à comprendre dans notre société actuellement. Ça prend du personnel pour s'occuper des humains.

    • Clermont Domingue - Abonné 7 mai 2020 13 h 40

      Vous attendez beaucoup des structures.Moi, je crois qu'il vaut mieux compter sur les personnes.

    • Cyril Dionne - Abonné 7 mai 2020 16 h 14

      À l'heure de ce commentaire, la ville de Montréal compte plus de 936 morts par million. Pour New York, c'est 1 335. Donnez une semaine à la ville du CH avec leurs services policiers corrompus d'un gouvernement de gauche plurielle et elle dépassera New York pour devenir le pire endroit de la planète. Tristan bilan en effet. Merci à Justin (not), au docteur Barrette (not), à Mme Blais (not) et enfin à Valérie Plante (not).

      Oui, les clowns sont partout.

  • Christian Montmarquette - Abonné 7 mai 2020 05 h 33

    Marguerite Blais : Coupable de complicité

    Marguerite Blais s'est servie de son image de dame patronnesse pour faire avaler le délabrement et le laisser-aller des CHSLD au Québec et faire avancer sa carrière politique sur le dos des personnes vulnérables.

    Cette vire-capot été la complice des Jean Charest, Philippe Couillard et aujourd'hui de François Legault en prêtant cette même image à la CAQ pour l'aider à gagner ses élections et satisfaire ses ambitions.

    En ce sens, Marguerite Blais est aussi coupable que le chauffeur qui fait le guet en attendant dans la voiture que le voleur de la banque lui-même.

    • Richard Ferland - Abonné 7 mai 2020 10 h 38

      Donnons-lui l'oportunité de voir comment elle peut y faire en ce temps de pandémie. Si elle le veut elle peut prendre la balle au bon pour vraiment élaborer et proposer un nouveau plan, une nouvelle structure, une décentralisation à l'échelle humaine, une vraie augmentation de personnel, un investisment rapide prioritaire dans les locaux, un réel support aux aidant pour garder davantage les ainés à la maison, des médecins qui se déplacent vraiment aux résidences (maisons, privées, publiques). C'est le temps pour elle d'essayer vraiment de corriger les années de mauvaises gestions du PQ, PLQ et CAQ dans ce domaine. Grosse 'job' à faire.

    • Clermont Domingue - Abonné 7 mai 2020 13 h 49

      Marguerite est- elle plus responsable que l'inexorable passage du temps? En Afrique, la Covid tue peu Les vieux de plus de 75 ans sont déjà morts.

  • Clermont Domingue - Abonné 7 mai 2020 06 h 14

    " ô temps suspends ton vol..."

    Aucun (e) ministre n'est responsable du passage du temps. Si vous entrez au CHSLD à 80 ans, dix ans plus tard, vous en aurez 90. Il y a de fortes chances pour qu'une préposée porte le manger mou à votre bouche....

    • Marie-Hellène Lemay - Abonnée 8 mai 2020 13 h 57

      La durée moyenne en CHSLD est 3 ans. Est-il possible que vous parliez de ce que vous ne connaissez pas? Que sous-entendez-vous par vos remarques?

  • Yvon Pesant - Abonné 7 mai 2020 06 h 52

    De pot de fleurs à renégate

    Je crois aussi que Fraçois Legault est allé chercher Marguerite Blais pour les mêmes raisons électoralistes que celles que Jean Charest. Une personne sympathique et populaire auprès des aînés, certes, mais aussi une personne très tranquille sur laquelle on pouvait compter pour ne pas faire de vague. Un pot de fleurs qui sentent le bonté benoîte.

    Toutefois, pour François Legault, c'était sans compter sur la renégate. Voilà que le pot s'est cassé et que les fleurs s'avèrent être fanées. En prenant la parole comme elle l'a fait pour non pas tant prendre sa part de responsabilité comme pour s'excuser de son incapacité à faire autre chose que d'écouter plaisamment, pour ne pas dire s'excuser de son incompétence politique et de son défaut à prendre ses responsabilités autrement qu'avec des beaux mots, Marguerite Blais vient de se tirer dans le pied d'estal sur lequel on l'avait placée.

    Elle devrait avoir honte de faire porter aux autres du gouvernement Charest le chapeau de son incurie comme ministre. Je n'ai jamais trouvé Gaëtan Barette particulièrement sympathique, loin de là, mais je trouve qu'il a bien raison de s'insurger.

    De la rose fanée, il reste maintenant une épine dans le pied du gouvernement Legault.

    • Louise Collette - Abonnée 7 mai 2020 10 h 25

      Barrette a le culot de s'insurger lui qui, avec son équippe, Couillard en tête, a tout saccagé dans le système de santé, sauf pour les médecins spécialistes bien sûr, les petits rois du régime de la santé.

      Les médecins ont notre santé, voire même notre vie, entre leurs mains, je suis d'accord pour qu'on les paie bien mais tout leur donner ça non, ya un boutte à toute franchement...

      Il y a les médecins spécialistes, et les autres.

      C'est Gaétan Barrette qui devrait avoir honte non, on le voit se pavaner, monter aux barricades comme s'il n'avait aucune part de responsabilité dans la situation actuelle non mais..

    • Marc Therrien - Abonné 7 mai 2020 17 h 32

      C’est ainsi qu’on peut encore se demander ce qui peut bien amener un citoyen à vouloir s’impliquer en politique. Paraît que pour plusieurs c’est le désir de servir et de changer les choses. Peu avoueront que c’est pour assouvir leur soif de pouvoir et de gloire.

      M. David considère que le fait que Philippe Couillard ait laissé Gaétan Barrette « saccager le réseau comme il l’a fait demeure à ce jour un mystère. » C’est peut-être tout simplement que sa volonté de puissance était moins intense que celle de Gaétan Barrette et qu’il était moins doué pour le combat. Il est bien évident que Marguerite Blais n’était qu’un poids-plume face à ce poids-lourd.

      Marc Therrien