L’arrogance boursière des GAFA

En Bourse, les « géants de la tech » se sont attiré l’étiquette de valeurs refuges en cet épisode de confinement. Alors que la moitié des entreprises accusent des baisses de revenu de 20 % ou plus, les Google, Apple, Facebook et Amazon surfent sur la vague de la pandémie, devenant des titres dits du « restez à la maison ».

Vers la fin d’avril, le Nasdaq 100 demeurait toujours en territoire positif depuis le début de l’année alors que les S&P 500 et Dow Jones pouvaient afficher des reculs de 10 à 15 %. Alors, aussi, que le sous-indice FANG abritant les géants de la tech se moquait de la déprime généralisée avec une poussée de 9,4 % dans l’intervalle selon les données de Bloomberg. Certes, ce sous-indice n’a pas été épargné par le vent de panique ayant provoqué une chute rapide des cours, avec un plongeon de 34 % du sommet de février au creux du 18 mars, mais il a repris 38 % depuis, revenant à un ratio cours/bénéfice d’avant-crise de près de 40.

Ce retour à un multiple d’avant-crise vaut pour le Nasdaq 100, emporté par les Microsoft, Apple, Amazon, Alphabet et Facebook, comptant désormais pour 50 % de la capitalisation boursière de cet indice des valeurs technologiques, et pour 20 % de celui plus large du S&P 500.

Les résultats financiers dévoilés cette semaine ont pu illustrer le contraste. Apple a enregistré des résultats meilleurs qu’attendu au deuxième trimestre « grâce à un record absolu dans les services et un record trimestriel pour les accessoires connectés ». Malgré les difficultés rencontrées le long de sa chaîne d’approvisionnement, son chiffre d’affaires trimestriel était en hausse de 1 % sur un an et son bénéfice net reculait d’à peine 3 %.

Pour sa part, Amazon, géant du commerce en ligne et de l’infonuagique, a vu ses revenus bondir de 26 % au premier trimestre, ce qui n’a pas empêché le bénéfice de reculer de 29 %. Le groupe a dû embaucher 175 000 personnes supplémentaires dans ses entrepôts américains pour faire face à la demande accrue, et a payé 2 dollars de plus par heure cette catégorie de salariés.

Facebook, deuxième vendeur de publicités numériques derrière Google, a affiché des revenus en hausse de 18 % au premier trimestre, malgré une baisse des recettes publicitaires fin mars. Alphabet, maison mère de Google, n’a également pas ressenti les effets de la crise malgré une mise en pause des budgets des annonceurs. Son chiffre d’affaires a progressé de 13 %. « Même si ses revenus ralentissent, Google reste une machine à imprimer de l’argent. YouTube s’est particulièrement bien comporté au premier trimestre, avec des revenus en hausse de 33 %, de 52 % dans la division d’infonuagique », lisait-on dans un texte de Reuters.

Ce petit survol hebdomadaire ne saurait en rien masquer les enjeux plus fondamentaux confrontant ces géants de la tech aux marges bénéficiaires très élevées et abritant de forts réservoirs de liquidités leur permettant de mener d’importants programmes de rachat d’actions. La levée de boucliers des autorités réglementaires face à leur position dominante, à l’usage qu’ils font des renseignements personnels et au risque de piratage reste un facteur de risque dominant.

Jeff Bezos s’est fait ramener à la dure réalité vendredi. Le patron d’Amazon a été invité à s’expliquer devant le Congrès américain sur les pratiques du géant mondial, régulièrement accusé de techniques anticoncurrentielles. Les présidents de la Commission judiciaire et de la sous-commission à la concurrence de la Chambre des représentants s’inquiètent de la manière dont Amazon profiterait de données accumulées sur les vendeurs tiers de son site pour favoriser ses produits maison, lit-on dans un texte d’AFP.

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