La guerre froide du virus

Dans les rues de Belgrade, la capitale serbe, on a pu voir ces dernières semaines de grandes affiches à l’effigie du président chinois, tout sourire, avec en grosses lettres cyrilliques : « Merci, frère Xi ! » On en a vu de semblables dans quelques pays d’Europe, mais aussi d’Afrique et d’Amérique latine.

Drame sanitaire, la pandémie de COVID-19 est aussi une lutte d’influence qui va bien au-delà des virus et des vaccins. Une compétition entre différentes versions du drame qui se déroule dans les rues, les hôpitaux, les résidences…

On l’a bien vu : savoir d’où vient le virus, comment l’affronter, qui le fait plus ou moins bien, qui aide qui, etc., deviennent des questions capitales, où viennent se mêler politique et propagande. Même si, sous le déluge rhétorique, doit se cacher quelque part la vérité.

Depuis le Moyen Âge, les épidémies s’accompagnent de rumeurs. Le monde a peu évolué sur ce point, sauf qu’au XXIe siècle, les rumeurs sont plus nombreuses et voyagent plus vite. Avec pour corollaire une « pandémie » de fausses informations, qui recoupent les rivalités stratégiques des puissances rivales, pour qui ce drame est un champ de bataille.

  

À la mi-février — avant sa passe d’armes avec Donald Trump —, le président de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Ghebreyesus, déclarait déjà : « Nous ne combattons pas seulement une épidémie ; nous combattons une infodémie. » Ce néologisme dit bien ce qu’il veut dire.

Un mois et demi plus tard, fin mars, second avertissement. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, reprenait le même terme : « Notre ennemi commun est la COVID-19, mais notre ennemi est aussi une infodémie de désinformation. »

Un peu comme le virus lui-même à l’heure de la mondialisation et des voyages de masse, les fake news se transmettent à la vitesse de la lumière.

Troisième avertissement, la semaine dernière : celui de l’organisation Reporters sans frontières (RSF), à l’occasion du classement annuel de la liberté de presse dans le monde. Pour RSF, la crise sanitaire représente un défi pour les gouvernements — plus ou moins honnêtes et efficaces selon les cas — et pour ceux qui répercutent et analysent l’information.

« L’épidémie est l’occasion pour les États les plus mal classés d’appliquer la “stratégie du choc” […] : ils profitent de la sidération du public et de l’affaiblissement de la mobilisation pour imposer des mesures impossibles à adopter en temps normal. »

C’est le cas de deux pays parmi les plus mal classés par RSF : la Chine (classée 177e pour la liberté de presse) et l’Iran (173e), « qui ont mis en place des dispositifs de censure massifs sur tout ce qui concerne la pandémie […]. L’infodémie est ainsi prétexte à des lois répressives. »

  

L’infodémie, c’est aussi la « guerre des versions » qui fait rage. Sur l’origine, la nature, les effets de la COVID-19.

Ce n’est pas d’hier que la Russie de Vladimir Poutine, par exemple, utilise les questions de santé, les inquiétudes qui y sont associées, comme un terrain fertile pour semer de fausses nouvelles et déstabiliser le monde occidental.

Déjà en 2014, un observateur attentif des contrefaçons russes sur le Web, Peter Pomerantsev, dans son livre Rien n’est vrai, tout est possible (Saint-Simon, 2015), avait raconté comment les « usines à rumeurs » de Moscou et de Saint-Pétersbourg avaient fait croire que le virus Ebola était la création de maléfiques scientifiques américains.

Trois ans plus tard, la chaîne de télévision RT (proche du Kremlin) colportait la même chose au sujet du sida, en se fondant sur un faux tweet attribué au Dr Robert Gallo.

Avec la pandémie de 2020, le tir continue : le 3 février, un compte Twitter anonyme (attribué plus tard à une agence nommée The Russophile) a écrit que le coronavirus « est une arme créée en laboratoire pour affaiblir et tuer ». Qui au juste ? Les Américains ?

La pandémie n’a pas créé cette nouvelle guerre froide. Mais elle nous en fournit une variante inédite, qui donne froid dans le dos.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

23 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 avril 2020 00 h 33

    Comme un 45 tours abîmé

    Je lis cette chronique comme on écoute un vinyl 45 tours abîmé qui répète continuellement la même rengaine.

    À l’heure où le président américain fait la promotion de l’injection de Lysol pour guérir de la Covid-19, il me semble que la rhétorique anti-communiste du chroniqueur du Devoir est un peu dépassée.

    S’il est vrai que Beijing impose son pouvoir sur son propre territoire (ce qui comprend Hong Kong et le Tibet), il n’y a que les pays occidentaux qui tentent d’imposer leur mode de gouvernement au reste de la planète.

    • Claude Bariteau - Abonné 27 avril 2020 08 h 10

      Il y a effectivement plus à dire.

      Un système-monde nouveau émerge après la chute du mur de Berlin sous l'égide des pays les plus organisés et des idées néo-libérales revisitées entre 1970-1985. Y ont contribué l'implosion des ententes de Yalta après la Deuxième Guerre mondiale, l'essoufflement des Trente Glorieuses (1945-1975) et les nouvelles approches du GATT et de l'OMC.

      Ce système-monde nouveau s'amorce avec l'ouverture de la Chine à des entreprises américaines et se consolide avec le regroupement de pays européens pour créer l'UE, des investissements dans des pays dits en développement pour tirer profit d'une main-d’œuvre sous payée, l’implosion de l'ex-URSS, des ententes économiques régionales, aussi des guerres régionales et des déplacements de population.

      Dans ce système-monde, les liens entre pays ont pour finalité un contrôle régional et international des ressources, du commerce, de la main-d'œuvre et des innovations. Le modèle américain d'investissements dans la recherche militaire repris par la Russie, le fut par la Chine. L’ex-URSS implosée, la Chine avec Shanghai devient un rival aux États-Unis et à New York comme ça s'est toujours produit lors d'ajustements économiques et politiques du système-monde.

      Aujourd'hui, le monde post-Berlin est à nu avec la pandémie qui s'ajoute à la crise de l'environnement et engendre une crise économique dont il est difficile d'entrevoir la fin comme il est difficile d'imaginer ce que pourrait être un système-monde différent de celui qui s'écroule sous nos yeux.

      Il y a les tenants d’une remise à niveau du système-monde actuel et ceux des fermetures de frontières comme après le krash de 1929. Il importe plutôt, comme après une guerre internationale, car c'en est une, de construire un autre système-monde dans lequel les pouvoirs des États indépendants actuels et à venir créeront un autre système-monde imaginé par leurs citoyens et leurs citoyennes au cours de trente prochaines années.

    • André Labelle - Abonné 27 avril 2020 08 h 51

      Pourquoi utilisez-vous le qualificatif "dépassé" ? Est-ce pqrce qu'il n'est plus à la mode ? Parce qu'il est faux ? ou Quoi ?
      «L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit.»
      [Gandhi]

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 27 avril 2020 10 h 20

      Merci pour vos commentaires messieurs Martel et Bariteau.

      Je suis très surpris que l'on ne s'attarde pas à ce contrôle de l'information. Les Brousseau de ce monde passent leur temps à dénoncer la propagande, la désinformation, les fake-news, alors qu'ils en sont les principaux artisans. Une veille médiatique au sujet de la censure sur les nouvelles plateformes montre que plusieurs agents, plus indépendants, sont intimidés, «démonétisés» . Les gouvernnements demandent à YouTube, Google, FBook de contrôler l'information, de dénoncer ce qui est faux, on laisse les médias relayer qu'ils ont le monopole de la vertu en matière d'information juste, alors qu'ils sont d'abord les instruments de relations publiques des organisations qui les possèdent. Certes la déontologie est importante pour les journalistes, mais elle n'existe pas pour les groupe de presse qui sont les patrons. À titre d'exemple, Michaud ne pouvait dévoiler les états financiers de Gesca, filiale de Power Corp, il a travaillé des années pour plus de transparence au sujet de La Presse.

      Si GESCA était complètement amalgamée à Power, au point que ses propres bilans étaient solubles dans ceux de Power, il faudrait quand même se fier à la bonne parole d'un chef de pupitre? Sachant ce qui est arrivé à Pratte en 94 quand il a osé dans une chronique critiquer Power (et encore, c'était une caricature qu'il brossait) et comment il a été remercié après des années de loyaux services pour le régime en étant nommé Sénateur, il est évident qu'un point de vue sceptique est le minimum en matière d'autodéfense intellectuelle.

      Ce sont aujourd'hui ceux qui sont les plus hystériques en matière de «fake news» qui nous ont vendu l'intervention en Libye. Ça ne me dérange pas que Brousseau soit intoxiqué, ça me dérange qu'un journal indépendant n'offre par de contrepoint à une doxa qui aurait sa place à la SRC ou à La Presse. La Covid sert de prétexte pour encore plus de contrôle, c'est très inquiétant.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 avril 2020 10 h 58

      À André Labelle :

      Imaginons-nous après la Deuxième Guerre mondiale. Les États-Unis dévoilent le plan Marshall.

      Ceux qui accusaient les Etats-Unis d’en profiter pour imposer leur technologie et de simplement vouloir en prêcher l’Europe occidentale de sombrer dans le communisme n’avaient pas tort.

      Mais ils manquaient l’essentiel; ce plan sortait de la faim et de la misère des millions d’Européens.

      De nos jours, ceux qui accusent la Chine d’utiliser la diplomatie des masques pour étendre son influence n’ont pas tort.

      Mais ils manquent l’essentiel; au lieu de vouloir étendre son hégémonie par des menaces, des sanctions, d'asservir les autres pays par l’extraterritorialité de ses lois, et de créer la division entre les pays — comme le font les Etats-Unis — la Chine utilise le soft power.

      Ce qui irrite le chroniqueur du Devoir, tellement aveuglé par son anti-communiste primaire qu’il ne réalise pas que c’est sa propre rhétorique qui pue la guerre froide.

      C'est dans ce sens que je la qualifie de 'dépassée'.

      Face au Covid-19, le temps n'est plus à la chicane, mais à la concertation des peuples.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 27 avril 2020 17 h 06

      Merci de votre intervention Monsieur Martel. Ça fait du bien de vous lire. Des fois (peut-être à cause de certaines de nos critiques) on a droit à des «bravos» complaisants. Je préfère quand on cherche à me démolir.

      J'aimerais vous demander si vous avez des lectures à nous suggérer pour comprendre les choses avec la même clarté que ce que vous exposez ici.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 avril 2020 20 h 33

      Charles-Étienne Gill ecrit : « J'aimerais vous demander si vous avez des lectures à nous suggérer pour comprendre les choses avec la même clarté que ce que vous exposez ici. »

      Mes commentaires dans Le Devoir sont souvent du couper-coller à partir de l’un ou l’autre parmi les 76 textes de géopolitique que j’ai publiés sur mon blogue :
      https://jpmartel.quebec/category/geopolitique/

      Ils ont l’avantage de ne pas être limités à 2000 caractères, ce qui me permet d’aller plus en profondeur.

      Je vous invite à y jeter un coup d’œil.

      Bonne lecture… ou bon sommeil (s’ils vous semblent ennuyeux).

  • Marie Nobert - Abonnée 27 avril 2020 02 h 39

    L'«infodémie» (néologisme d'un pur délice) et les «bobardises»™ (néologisme «un pur produit du Québec» pour «fake news»). (!)

    «Savez-vous planter des choux à la mode de...» ? Misère! Le XXIe siècle dans sa IIIe décennie se révèle «crétin»; dire que l'on pense à (lire : veut) aller sur Mars. Bref. Bon courage!

    JHS Baril

    • Richard Lupien - Abonné 27 avril 2020 11 h 44

      Celui qui a imprimé le calendrier cette année a fait une erreur bon sang, c'est 1020 que nous devrions lire.....

  • Pierre Rousseau - Abonné 27 avril 2020 07 h 47

    La Chine et la Russie comblent un vide

    Le « leader du monde libre », c'est-à-dire le président des États-Unis a décidé que son pays se retirait de grands pans de la scène mondiale pour se replier sur lui-même dans le cadre de « Make America Great Again », une politique qui fait exactement son contraire. Il n'en fallait pas plus pour que les autres candidats hégémoniques comblent le vide laissé par l'insignifiant Donald Trump.

    Dans le cadre de la pandémie, le président américain en a remis plusieurs couches en montrant son incompétence crasse et sa turpitude sans bornes. Les pays « mal classés » (bel euphémisme) ne vont certainement pas faire la queue de veau d'un pays qui est en train de sombrer dans le chaos et de s'autodétruire; ils vont s'aligner avec les puissances émergentes qui semblent sûres d'elles-même et qui ne se gênent pas pour les « aider »...

  • Françoise Labelle - Abonnée 27 avril 2020 08 h 19

    La vérité, première victime de la guerre

    Et la paix, c'est la guerre par d'autres moyens.

    Votre article ne me semble ni «anti-communiste» ni «anti-capitaliste», pour ce que ces termes veulent dire. Il suffit de se rappeler la fiole de Colin Powell, les preuves fabriquées et les conséquences désastreuses. La guerre est entre deux partenaires qui ont bien valsé pour leur profit respectif depuis Nixon.

    La Chine a tiré son épingle du jeu de la mondialisation parce qu'elle a imposé ses règles. Avec les USA, dans une moindre mesure, elle a su lancer une relance historique après 2008, une crise dont la finance américano-européenne est responsable. Mais l'arme a un double tranchant. Tous les pays occidentaux lui reprochent de ne pas respecter la propriété intellectuelle, ce qui l'a amené à mettre dehors les chercheurs français qui devaient œuvrer au P4 de Wuhan. Ils auraient pu témoigner qu'il n'y avait pas de fabrication de virus. Le vase communicant état-industrie viole les règles de l'OMC. Le PTP devait exercer une pression sur la Chine en l'isolant, mais Trump était aveuglé par sa guerre raciale contre Obama et il voulait imposer son «USA über alles».
    La Chine est un pays plus décentralisé­ qu'on ne le pense. Dans son plan de relance post-2008, le PCC a dû taper sur la table (avec son soulier) pour que les autorités locales qui ont un pouvoir important coordonnent leurs efforts. C'est 1,4 milliard de personnes. Ça ne justifie pas la propagande ou la répression mais l'imposition de mesures que les occidentaux ne respectent pas eux-mêmes n'est pas justifiable non plus.

    Selon les virologues français (Mme Crémieux et d'autres), la Chine a transmis tôt des renseignements dont l'exactitude a pu être vérifiée sur les populations européennes. Le taux de mortalité n'est pas fiable aux USA qui testent peu et les méthodes comptables sont très variables. Enfin, le rasoir d'Ockham (la solution la plus simple) pointe vers le pangolin comme coupable. Mais le centaure irresponsable a besoin de d'autres coupables.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 27 avril 2020 09 h 39

      La vérité, comme vous le dites bien, est la première victime. On ne peut que rajouter que...le mensonge est certainement le premier coupable.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 27 avril 2020 10 h 39

      Je suis d'accord avec vos prémisses, sur Powell. Le problème c'est que nos médias s'alignent depuis justement sur l'héritage de ce même Powell. Parlant de Trump, il faut rappeler que les histoires d'Impeachment et les théories farfelues comme le Russiagate ont aussi été traitées par des médias «sérieux».

      Ainsi, alors même qu'au Canada, on doutait de la version américaine justifiant l'invation de l'Irak, on avait collaboré en Afghanistan et on a participé à l'intervention en Libye. Je veux bien que Trump aient ses torts, mais la polarisation incroyables et le biais systématique ont créé une crise de confiance énorme. Pourquoi croire CNN et le WP quand, idéologiquement, vous êtes dans la camp républicain et que vous voyez le traitement que l'on a fait au MAGA Kid dans l'affaire des jeunes de l'école Covington Catholic et leur confrontation avec Nathan Philips?

      Ainsi quand des sources alternatives, comme RT, font connaitre les prétentions d'un ancien Prix Nobel au sujet de l'hypothèse que le Covid soit un virus échappé d'un labo, potentiellement le fruit d'une expérimentation pour un vaccin (remarquez, on n'est pas dans le complot, c'est arrivé par le passé), que le médecin ayant averti à son sujet en soit mort et que les pays voisins de la Chine aient refusé les infos chinoises, préférant leur propre expérience pour se prémunir, ce que nos propre services de renseignements valident aujourd'hui, je ne trouve pas farfelu de croire que ce qu'il dit est possible.

      CNN condamne la désinformation, mais son journaliste vedette se fait surprendre, alors qu'il serait infecté, à sortir en famille. Que croire alors? Qu'il est complètement hypocrite (il prêchait tous les jours de respecter les consignes) ou que l'idée qu'il ait été infecté était un mensonge? Dans les deux cas, on peut, légitimement suspecter une manipulation.

      Le problème c'est que tenir ce genre de discours, dans le climat normal, vous fait passer pour un « coucou »...

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 27 avril 2020 08 h 35

    L'Empire du bien face à l'axe du mal....

    En lisant on devine que l'axe du mal pourrait profiter de la pandémie pour écarter l'Empire du Bien.

    Or c'est oublié que cette empire du bien anglosaxon a, en temps de paix, bombardé plus de 25 pays différents, entrainant 20 millions de morts !. Toujour au nom de la défense du « monde libre » contre les « dictateurs ». Malgré tout, l'alibi de la supériorité morale justifiant le carnage tient toujours pour certains commentateurs.

    Faut-il rappeler que l'empire anglosaxon découle du fait qu'il s'agit d'une puissance matitime qui se fonde sur une doctrine géopolitique toujours actuelle, ce de Nicolas Spykman : ... les efforts déployées pour obtenir la puissance ne visent pas la réalisation de valeurs morales ; mais que les valeurs morales sont faite pour servir à obtenir la puissance ( « The search for power is not made for the achievement of moral values ; moral values are used to facilitate the attainement of power » ).

    Nicolas Spykman, America's Strategy and World Politic

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 27 avril 2020 10 h 58

      Ça fait du bien de vous lire ici Monsieur Pomerleau.

      Mon problème, c'est pas Brousseau, mais qu'il n'y ait pas, ici, dans le journal d'Henri Bourrassa, qui combattait l'Orangisme, une chronique comme la vôtre pour faire contrepoids, qu'on offre pas à Robin Philpot, par exemple, de signer un texte par mois.

      Juste sur le plan de l'indépendance, offrir une tribune à quelqu'un qui est déjà payé par la SRC est problématique. Car ça signifie qu'on ne paye pas le «vrai» travail, mais que c'est son employeur, qui pour ainsi dire, subventionne les thèses qu’on lit ici. Étant donné que la SRC est un pouvoir important, une petite réserve serait de mise. À tout le moins, on devrait lire de temps en temps des gens qu'on entend plus souvent à TVA.

      Imaginez simplement la réaction du lectorat si on offrait, pendant, 6 mois, une chronique par semaine à Michel Collon. C'est dommage, parce que Nadeau connait très bien l'histoire de l'Empire britannique. Son lien aujourd'hui était très intéressant : « En 1872, il est de 37 sur 1000, soit un peu plus de cinq fois ce qu’il était avant la pandémie de coronavirus. Entre 1897 et 1911, le taux de mortalité infantile à Montréal est semblable à celui, à la même époque, de Calcutta, en Inde, les deux cités ayant en commun d’être sous la botte d’une même couronne. Encore dans les années 1920, le taux de mortalité infantile chez les franco-catholiques montréalais est de l’ordre du double de ce qu’on observe à Toronto.»

      Les lecteurs font des liens que l'institution elle-même ne fait pas. Je n'ai pas l'impression que dans l'instance où on fabrique le Devoir, on le lise avec la même rigueur. La mainmise des communiquants et des journalistes professionnels dans la production des médias produit des effets plus pernicieux que la fabrication éditoriale organisée par des intérêts corporatifs, car les sciences de la communication sont moins critiques que d'autres disciplines...