Gérer le mental

Le premier ministre Legault est parfaitement conscient que le confinement commence à tomber sur les nerfs de bien du monde. «Il faudrait être déconnecté pour ne pas voir qu’il y a des gens qui sont tannés d’être à la maison», a-t-il déclaré mardi.

Bien sûr, personne ne s’attend à ce que le Québec soit le théâtre de manifestations comme celles qui ont eu lieu dans plusieurs États américains pour protester contre le confinement et la prétendue violation de leurs droits, même si la COVID-19 y fait des ravages bien plus dévastateurs qu’ici. S’il y a une chose que les Québécois partagent avec le reste du Canada, c’est la stupéfaction que provoque parfois le comportement de nos voisins du sud.

Un avocat de Mont-Saint-Hilaire s’est néanmoins adressé aux tribunaux cette semaine pour faire annuler les décrets adoptés par le gouvernement pour imposer les mesures de confinement, l’accusant d’utiliser «une crise fabriquée pour modifier la société». Cette réaction est sans doute marginale, mais le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, n’a cependant pas tort, quand il dit que «la discipline des gens et la cohésion sociale sont des choses qui peuvent se relâcher rapidement».

Certes, M. Dorval prêchait surtout pour sa paroisse, mais les entreprises et ceux qui en dépendent ne sont pas les seuls à s’impatienter. Combien de parents n’en peuvent plus de voir leurs adolescents évachés devant leurs écrans? Le Québec s’est signalé par son obéissance aux consignes, mais à partir du moment où la population aura le sentiment que le pire est passé, il faudra lui consentir un certain espace de liberté, si on ne veut pas qu’elle fasse sauter les barrières. Le froid inhabituel pour la saison a sans doute contribué à rendre le confinement plus supportable, mais le printemps finira bien par arriver.


 
 

M. Legault a toujours dit que la santé serait le seul critère qui déterminera le moment de déconfiner les entreprises et les écoles, mais la gestion du mental fait aussi partie de l’équation. Même le toujours prudent Dr Horacio Arruda s’est dit très conscient des conséquences possibles du confinement sur la santé mentale, l’anxiété, la violence faite aux femmes ou aux enfants. Il y a un équilibre à maintenir, a-t-il convenu.

Pour redonner de l’espoir, M. Legault avait prévu de dévoiler dès mardi dernier les premiers éléments de son «plan de réouverture», notamment en ce qui concerne les écoles et les entreprises, mais cela a été reporté à la semaine prochaine. Le drame des CHSLD et des résidences pour les personnes âgées, dont on commence seulement à mesurer l’ampleur, a eu l’effet d’une cassure.

Jusque-là, M. Legault affichait un air optimiste. Grâce à la discipline inespérée de la population et à l’action précoce de son gouvernement, le Québec allait s’en sortir mieux qu’ailleurs. Cette semaine, le premier ministre et le Dr Arruda tentaient plutôt d’expliquer pourquoi cela semble être le contraire.


 
 

Le moral du premier ministre lui-même en a pris un coup quand il s’est rendu compte que son appel au secours des CHSLD n’a pas été entendu. Après avoir évoqué la fierté québécoise au début de la crise, il était visiblement gêné d’avoir dû réclamer l’intervention de 1000 membres de l’armée canadienne, pour la plupart sans la moindre formation médicale, en expliquant que seulement 350 médecins spécialistes temporairement libérés de leurs fonctions s’étaient portés volontaires, au lieu des 2000 qu’il attendait.

Il a dit avoir expliqué à la présidente de la FMSQ, Diane Francœur, que des milliers de personnes allaient mourir en CHSLD. De toute évidence, il escomptait une plus forte contribution des spécialistes, qui ont arraché des avantages exorbitants au cours des dernières années. Aux yeux de beaucoup, leur réponse au SOS lancé la semaine constituait une sorte de test, auquel ils ont malheureusement échoué.

Au cours des prochaines semaines, il faudra se résoudre à voir cohabiter deux réalités très différentes qui laisseront un goût amer. La majorité des Québécois retrouveront peu à peu leur emploi, leur école, leurs amis et, de façon générale, le plaisir d’une vie normale. Soit, les Montréalais devront attendre un peu plus longtemps que d’autres, les grands festivals ne seront pas au rendez-vous et il faudra reporter les projets de voyage, mais les vendeurs de piscines font déjà des affaires en or.

Pendant ce temps, des milliers de personnes âgées s’éteindront dans des conditions misérables sans qu’on ait su leur porter assistance. On a d’abord cru que le Québec sortirait de la crise avec une fierté et une solidarité nouvelles. Soudainement, on se prend à en douter. Cela aussi est dur pour le moral.

53 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 avril 2020 06 h 51

    Dépasser par les événements?

    Je crois depuis quelques jours que le premier ministre Legault a atteint la limite de ses capacités. Ses propos vont de hue à dia, avec souvent beaucoup d'imprécision. Je ferais la même observation pour ses deux autres collègues qui l'acompagnent chaque jour à la télévision. Le trio semble dépasser par les événements. Ce jugement peut sembler sévère, mais je crois qu'il importe de parler vrai. Le Québec passera à travers cette pandémie, mais peut-être avec plus de peine que prévue. J'ose espérer que je me trompe à cet égard. Mais Il ne faut pas désespérer.

    M.L.

    • Hugues Cormier - Abonné 23 avril 2020 08 h 40

      donneur de leçon / gérant d'estrade ?

    • Hélène Lecours - Abonnée 23 avril 2020 08 h 50

      Monsieur Lebel, moi je ne vous trouve pas sévère du tout. Quant à moi, il faudrait l'être beaucoup plus. De quoi avons-nous peur? Que nos médecins formés ici à grands frais partent pour l'étranger si on les oblige à travailler pour des salaires normaux? Cela n'arrivera pas, en tout cas pas sur une grande échelle. Peur que notre système de santé nous coùte trop cher? C'est déjà trop cher, puisque ça ne rapporte pas. C'est du moins l'opinion de ceux qui ont ou auraient les moyens de se faire soigner dans le privé. Peur de se faire traiter de "socialistes"? Hoooonnnn! Le gros mot que nos voisins du Sud haîssent; peur de l'opinion de nos voisins si nous ne prenons pas leur train? America First? Peur de ne pas être reportés au pouvoir si nous agissons avec trop d'autorité...ou pas assez? Peur de déplaire? Voilà ce qui ressemble à nos politiciens en général. Et enfin, peur de déplaire à nos amis investisseurs? Nous ne sommes pas autonomes, ni en esprit ni dans les faits. Ça marche ensemble.

    • Claude Bariteau - Abonné 23 avril 2020 09 h 33

      Ils ne sont pas dépassés. Le Québec ne l'est pas. Il agit avec des pouvoirs limités et un État subordonné au Conada. Le Québec ne dispose pas des pouvoirs régaliens, ni d'une armée et d'une banque centrale, n'a pas de relations directes avec les États indépendants existants. Ine peut que composer et a dû le faire avec les hésitations du PM canadien de fermer les frontières et les aéroports et exiger des protocoles de quarantaine à la demande du Québec.

      Vous dégainez comme les personnes qui négligent ces points. Or, vous les connaissaez autant que moi et vous ciblez un trio en panique cherchant à colmater des gaffes du PLQ les yeux et la tête branchés sur les idéologues canadiens depuis 1995. Si vous voulez « parler vrai », osez au nminimum penser vrai pour lire ce qui a cours. Le trio navigue avec un bateau piégé depuis 1995 et déconstruit par des coupures à la Chrétien après 1995.

      M. Parizeau savait très bien que les charges canadiennes avec « Monsieur Canada » du cheval de Troie qui prit le contrôle de l'État provincial du Québec seraient dévastatrices. M. Bouchard y contribua, aussi son remplaçant désireux comme lui de ramener le Québec à leurs vues ethno-nationalistes dont les fondements renvoient aux idées passéistes avant la Révolution tranquille.

      Pour faire le constat que vous vous permettez, il faut être volontairement aveugle et se mettre le doigt dans l'oeil pour ne pas voir l'essentiel et espérer seulement se tromper.

    • Michel Lebel - Abonné 23 avril 2020 10 h 15

      @ Hugues Cormier,

      Loin de moi de vouloir jouer au gérant d'estrade ou au donneur de leçon en ces temps-ci! Mais l'esprit critique se doit de conserver ses droits; une saine démocratie l'exige.

      Je me demande si nos dirigeants ne parlent pas trop, chaque jour étant devant le petit écran. Je ne perçois pas chez eux le recul et la réflexion requise pour faire face efficacement à la crise dans les résidences pour aînés. Tout se dit sans grande précision ou apparente connaissance des sujets abordés.

      M.L.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 avril 2020 10 h 20

      Le Québec a une main attachée dans le dos. Monsieur Lebel ne veut pas l'admettre. Pire, il ne veut pas le voir...

      Je lisais hier dans le devoir, que des milliers d'infirmières ont préféré démissionner plutôt qe d'affronter le Covid 19. Et que des centaines d'autres ont préféré recevoir le 2000 $ que l'État Canadien leur verserait à ne rien faire, chez eux, pénardement... Ce qui est une des cause, ce n'est pas la seule mais ce n'est pas négligeable, du manque de personnel dans les CHSLD. De toutes façons, rien n'est négligeable à ce moment-ci de notre histoire.

      Ya-t-il meilleure façon de saper les efforts du gouvernement du Québec, que d'offrir comme ça de l'argent... On se croirait à Noël... pas étonnant que le premier ministre ait fait la lippe lors de la révélation de la nouvelle. Je ne voudrais pas être dans sae souliers ces temps-ci.

      De plus, Trudeau avec ses airs d'enfant de coeur distribue allègrement les «bonbons», sachat très bien que quelqu'un devra les payer un jour ou l'autre. Qui les payera d'après vous ?

      C'est à faire lever le coeur !

    • Louise Poulin - Abonnée 23 avril 2020 10 h 34

      M. Lebel votre réaction va toujours en ligne droite avec l'Idée que seul vous pourait diriger le Québec Tout serait si merveilleux,
      Tout serait parfait.

    • Claude Gélinas - Abonné 23 avril 2020 10 h 43

      Trop facile pour Monsieur Lebel de jeter la pierre au trio gouvernemental et de jouer aux gérants d'estrade.
      Bien évidemment, leur présence quotidienne sur les ondes entraîne nécessairement leur lot de répétitions et de mises en garde. Peut-être faudrait-il espacer ces points de presse qui peuvent pour certains être générateurs de stress.

      Par contre, n'est-il pas raisonnable de penser que dans la crise actuelle le duo Couillard/Barette axé sur le rendement et dépourvu selon certains d'intelligence émotionnelle, n'aurait pas fait mieux alors qu'ils sont tous deux à l'origine de la situation catastrophique dans les CHLSD de même que dans le passage au privé de ce secteur humain si négligé qui a toujours fait saliver plus d'un investisseur avec une recette toute trouvée pour un rendement assuré : logement selon les soins jusqu'à 10 000 $/M et salaire minimum avec des conditons de travail exécrables pas loin du capitalisme sauvage à la sauce américaine.

      Quant à la Présidente de la Fédération des spécialistes qui reste coï face au refus d'une majorité de ses membres de participer à l'effort collectif cette fuite en avant ne démontre-t-elle pas, à l'instar de la société actuelle, une forme d'égoïsme, d'individualisme, de corporatisme voire d'élitisme, un manque de compassion, et de sympathie mais surout un refus de descendre de leur pied d'estale de ces professionnels habitués à recevoir un traitement privilégié des Gouvernements et qui préférent ne courir aucun risque en attendant la ré-ouverture officielle du train train quotidien du milieu hospitalier.

      Alors que le PM réclame des bras, les médecins spécialistes, des cerveaux peuvent avoir l'impression que le message du PM ne leur est pas adressé.

    • Michel Cromp - Abonné 23 avril 2020 11 h 03

      La honte!
      Vos propos ne sont pas sévères monsieur Lebel, il passe tout simplement à côté de la plaque comme on dit. Cessons de gaspiller notre temps à identifier l'anecdote. La vrai crise n'est pas dans l'inorganisation devant l'imprévue ou dans les "ils auraient dont dû", non la vrai crise est dans l'inaction actuelle des médecins spécialistes inactifs qui n'ont pas répondu de façon massive à l'appel, la vrai crise est dans la désertion de milliers d'intervenants compétents de la santé devant une menace certe présente mais non léthal pour la quasi totalité des personnes de moins de 50 ans, la vrai crise est devant tout ces gens qui préfèrent rester bien assis chez eux avec leur chèque de $2000 plutôt que de contribuer à l'effort de guerre. La vrai crise ne se joue pas dans le passé ou dans l'avenir, la vrai crise se joue maintenant et nous sommes passé à côté. La vrai crise se joue dans quelques CHSLD. Il ne manquait qu'un peu d'élan de groupes de personnes déjà formés et compétents. ils étaient trop occupés à négocier. La vrai crise n'en est pas une de gouvernance mais de déshérence citoyenne.Souhaitons que de la honte surgisse le courage et de la noirceur la lumière!

    • Jean-Charles Morin - Abonné 23 avril 2020 13 h 03

      "Je crois depuis quelques jours que le premier ministre Legault a atteint la limite de ses capacités. Ses propos vont de hue à dia, avec souvent beaucoup d'imprécision. Je ferais la même observation pour ses deux autres collègues qui l'accompagnent chaque jour à la télévision. Le trio semble dépassé par les événements. Ce jugement peut sembler sévère, mais je crois qu'il importe de parler vrai." - Michel Lebel

      Monsieur Lebel, vous avez toujours carburé à l'essence de vos préjugés.

      C'est bien sûr votre droit le plus strict. Digne émule de Manon Massé, vous prétendez maintenant "parler vrai". En fait il y en a beaucoup qui ne partagent pas votre conception de la "vérité" et qui, loin d'être des admirateurs inconditionnels de François Legault, sont néanmoins capables d'avoir envers lui et son équipe une opinion beaucoup plus nuancée que la vôtre.

      Il a toujours été clair que vous n'entretenez pas de préjugés favorables à l'égard du gouvernement actuel parce qu’il ne correspond pas à vos biais idéologiques. Par contre, il est fort à parier que si Philippe Couillard ou Pierre Arcand avaient été à sa place à la tête du gouvernement et qu'ils avaient posé exactement les mêmes gestes que lui au travers de cette crise, vous ne leur trouveriez que des excuses et même des mérites.

  • Jean Lacoursière - Abonné 23 avril 2020 07 h 12

    C'est facile à envier en rétrospective...

    ...mais comme tout le monde j'observe quotidiennement la Suède. Ils n'ont pas fermé les écoles pour les moins de 16 ans. Les restos et les bars demeurent ouverts.

    Le « mental » semble mieux aller là-bas. La principale raison derrière leur stratégie est simple: les mesures de confinement sévères sont insoutenables à long terme.

    Le but du confinement est bien sûr de réduire le nombre de morts, mais avant tout de préserver la capacité de nos hôpitaux à soigner l'afflux de covideux.

    Je ne sais pas si des gens morts en Suède sont le résultat d'hôpitaux en déroute. Supposons que non.

    Si les voisins de la Suède ont proportionnellement deux fois moins de morts, c'est parce qu'ils ont été davantage confinés. Mais avec les déconfinements graduels, les taux de mortalité rejoindront celui de la Suède. Ce n'est qu'une question de temps.

    N'étant pas épidémiologiste, mon avis ne vaut pas grand-chose... .

    • Yves Mercure - Abonné 23 avril 2020 09 h 10

      N'étant pas non plus spécialiste, je constate toutefois que la Suede montre en ce moment un bilan pire que le Québec : presque deux fois plus de décès pour une population un peu plus nombreuse et un taux de 200 décès par million d'habitant comparé au 130 du Québec. Les choix stratégiques ne peuvent pas être comparés au moment présent, l'avenir peut montrer des variations importantes dans les stratégies et conséquences. Ce qui est certain pour le moment, et dans la mesure où les statistiques mondiales comportent d'énormes différence dans les marges d'erreurs, c'est que peu de pays peuvent se targuer de réussites et que la très grande majorité des systèmes sont dépassés par les événements, même lorsque leurs réseaux santés semblent contenir la vague. Le dépassement tient à la fois de l'épidémie et du jeu politique international : les prises à partie pour imputer la faute à l'autre fait que même là où ça semble mieux contrôle, on subit la hargne vindicative de gouvernant qui profitent ds événement pour se mieux placer sur l'échiquier. Et, tant s'en faut, n'allez pas croire que le recul du temps permettra d'y voir plus clair : les données épidémiologiques qui seront compilées comporteront a jamais des marges d'erreurs telles que peu de sagesse en sortiront faute de pouvoir valider ou même nuancer logiquement les rapports locaux. La seule base d'apaisement socio-sanitaire viendra de pilules ou vaccins efficaces.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 23 avril 2020 11 h 43

      Je vous suggère la lecture de l'article sur l'expérience vietnamienne.

      Il y a quelques semaines on nous parlait de la soi disante cohésion sociale de la société québécoise. Le scandale à nos CHSLD nous rappelle que nos vieux nous dérangent et on dirait bien que nos enfants commencent à nous déranger. Ici, pas de cohésion bien au contraire.

      Faut dire que le Vietnam semble avoir une résilience forgée historiquement au gré des souffrances, des invasions et des aggressions. Contrairement à notre petite misère de peuple qui a peur de s'assumer.

      D'autre part, comparer l'accueil molasson et improvisé des voyageurs à l'aéroport Trudeau par le fédéral au début de la crise à celui des vietnamiens à leurs aéroports, nous permet de comprendre bien des choses sur notre peur de protéger la collectivité, si le sacrosaint individu est dérangé dans son petit confort égocentrique.

      D'un côté de la bouche, dire que les vieux sont importants, puis, de l'autre côté, payer les préposés aux bénéficiaires le salaire minimum, c'est hypocrite et choquant. S'excuser après l'est aussi.

      Les homme d'affaires, comme M. Legault, administrent des budgets. Mais gérer une société d'humains n'est pas comme gérer une compagnie d'aviation.

  • Yolande Chagnon - Inscrite 23 avril 2020 07 h 28

    #BoomerRemover

    Il n'y a qu'à faire une recherche avec le hashtag #BoomerRemover pour lire toute la haine entretenue envers les boomers en général, mais en particuliers envers les résidents des CHSLD et des EHPAD dont la santé s'est détériorée.

    On avait même prévu qu'en cas de choix (déchirant bien entendu) entre deux patients, que dis-je, deux bénéficiaires, il fallait laisser partir pour l'au-delà celle ou celui portant le stigmate de la comorbodité.

    Presque le jour-même de mes 50 ans, j'ai reçu un exemplaire de bienvenue de la revue Le Bel Âge où, en page couverture, il y avait un homme et une femme aux cheveux gris sur un terrain de golf.

    Mais entre les deux couvertures, des annonces de culottes jetables, des articles sur les fuites urinaires, les balonnements et flatulences, une pudique annonce de la Maison Urgel Bourgie mentionnant délicatement : «Quand l'heure sera venue...!».

    Sans compter une publicité d'une institution financière proposant une assurance-vie de 10 000,00 $ dont le produit était payable «dans les 48 heures». Dans les 48 heures de quoi, au juste ?

    Dans Booz endormi, Victor Hugo écrivit : «Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.»

    C'est plutôt Chateaubriand et De Gaulle qui avaient raison en disant que «la vieilesse est un naufrage».

    Bien sûr, on fait semblant ; il n'y a plus de vieux, de vieillards, d'agonisants ni de mobibonds.

    Il y a des aînés, des sages, des personnes semi-autonomes ou en perte d'autonomie, des bénéficiaires en soins palliatifs ou en soins de confort, tous des euphémismes qui cachent la triste réalité de bien des personnes du troisième ou du quatrième âge.

    Tout cela pour cacher lr fait que dans trop de CHSLD privés ou publics, avec la «nécessaire rationalisation des dépenses d'hôtellerie», on découvre ou retrouve bien des vieux qui, faute de soins, génèrent leur propre dentifrice ou qui, comme Job dans la Bible, sont carrément assis sur leur tas de fumier.

  • Daniel Gendron - Abonné 23 avril 2020 07 h 29

    Gardons-nous en santé

    Gare au déconfnement hâtif. Protégeons nos enfants. En tant que peuple a-t-on à se laisser infecter collectivement? La réponse ne doit pas provenir d'un roi seul et de son fou. Je reste chez moi.

  • Marc Therrien - Abonné 23 avril 2020 07 h 30

    En s'inquiétant pour la mort d'un grand-parent tout en célébrant l'arrivée d'un nouveau né; pas tout à fait comme toujours


    Et c’est là « qu’on verra » que gérer le mental, entre autres, la contagion de la peur et l’anxiété anticipatoire causées par un ennemi invisible qui s’attaque indifféremment à l’Un comme à l’Autre et à qui on ne peut pas exiger qu’il se présente à visage découvert ne pourra se faire aussi simplement que par une loi qui mettra à l’abri le peuple québécois des extrêmes crées par cette nouvelle réalité universelle qu’il craint tant. « La fin est dans le commencement et cependant on continue » disait Samuel Beckett. Pendant que les plus vieux mourront, des nouveaux nés seront projetés dans ce nouveau monde et devront apprendre à y danser en même temps que leurs parents qui ne sauront pas trop comment leur montrer.

    Marc Therrien