Le poids du système bancaire parallèle

Les banques centrales interviennent avec des injections de liquidités massives et à spectre élargi afin d’éviter l’assèchement des marchés et que le choc sur l’économie réelle ne vienne fragiliser les banques commerciales et provoquer une crise financière. Cette intervention à grande échelle est d’autant plus saluée que le système bancaire dit parallèle a pris de l’ampleur pour devenir un important pilier du système financier.

Dans une étude sur le shadow banking, Morningstar DBRS estime que l’actif de ces « banques de l’ombre » compte aujourd’hui pour le tiers de celui des institutions bancaires. On parle, ici, d’institutions offrant du crédit et autres services d’intermédiation financière échappant à la réglementation bancaire. « En 2018, 51 000 milliards $US ne sont pas soumis à une réglementation prudentielle », résume l’agence.

Dans ce segment du marché de l’intermédiation, les fonds d’investissement occupent une position dominante. Or, dans un contexte de stress, les retraits, les difficultés de financement et autres distorsions peuvent avoir des répercussions plutôt ressenties sur les marchés financiers. DBRS a donné l’exemple d’un fonds de titres à revenu fixe, qui agit tel un prêteur et qui est soumis au rachat de ses parts.

L’actif de ces intermédiaires est souvent peu diversifié, contrairement à celui des banques. Ils ont également des capacités limitées de gérer la détérioration de la qualité du crédit et n’ont généralement pas accès au mécanisme de prêts des banques centrales, comme les banques. D’où l’importance de l’intervention massive et à large spectre des banquiers centraux.

Le Canada n’a pas échappé à cet essor du système bancaire dit parallèle, comme en témoigne la croissance dans l’industrie des fonds d’investissement. L’enrichissement des ménages, la progression de l’épargne retraite et la faiblesse des taux d’intérêt incitant à rechercher des rendements plus élevés ailleurs ont contribué à l’expansion. Morningstar DBRS calcule que l’actif de ces intermédiaires non bancaires a crû de 12 % par année, en moyenne, depuis 2010 pour doubler et atteindre les 1500 milliards à la fin de 2018. Ce poids est passé de 33 % de l’actif canadien des banques en 2010, à environ la moitié en 2018.

« Les pressions exercées sur les fonds de titres à revenu fixe et autres fonds ont braqué les projecteurs sur ces intermédiaires financiers […] La préoccupation est que ces fonds et d’autres intermédiaires non bancaires puissent subir les effets de ventes rapides et de transformation de l’investissement en actif liquide afin de protéger le capital. Cette éventualité ajoute de la pression sur le cours des obligations et autres instruments financiers, et accroît le risque de liquidité sur les marchés financiers. » Un risque que la crise financière de 2008 a contribué à documenter.

Le choc de cette crise sur le système financier a entraîné un stress sur le marché monétaire similaire à celui qui a été atteint lors de la crise financière de 2008. Et une pression élevée sur le marché du crédit des entreprises, avec un creusement notoire des écarts, notamment dans le segment des titres obligataires à faible cote, imposant une liquidation de titres de première qualité.

En Bourse, la chute des cours a surpris, non pas tant par son ampleur que par sa rapidité. Il n’aura fallu que 22 jours au S & P 500 pour reculer de 30 %, se sont étonnés les analystes de la TD. Et n’eût été l’injection massive de liquidités et des mesures de soutien budgétaires, avec des banques centrales se montrant plus proactives que lors des récessions passées et élargissant leur intervention à une vaste catégorie d’actif, la chute aurait été plus brutale encore.

Une chute qui est demeurée pour l’instant dans la moyenne des récessions passées malgré la nature inusitée de l’actuel choc économique. Rappelons que selon une compilation TD-agence Bloomberg au début d’avril, la baisse du S & P 500, indice de référence de New York, a été de 33,9 % du sommet au creux. Elle avait été de 56,8 % lors de la récession de 2008, de 49,1 % lors de celle de 2001.


 
3 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 11 avril 2020 10 h 30

    Magistral.

    Magistral, votre texte de ce matin,Vous exprimez clairement des choses complexes.Les gens d'argent savent rendre la finance opacte de manière à mystifier le commun des mortels.C'est une religion très puissante. Elle s'impose par la foi et non la raison.

  • Bernard Plante - Abonné 11 avril 2020 17 h 14

    Vol systématisé

    Autrement dit, des milliards de dollars se retrouvent aujourd'hui dans des banques de l'ombre, des fonds hors système bancaire et des paradis fiscaux, au même moment où des entreprises de type GAFA et autres font de l'évitement fiscal à grande échelle pour ne pas payer les impôts dus. Et après les gouvernements nous disent qu'ils n'ont pas d'argent pour payer les frais d'éducation et de santé. Quelle surprise.

    Il est beau le système capitaliste. De vrais créateurs de richesse...

  • Céline Delorme - Abonnée 12 avril 2020 10 h 29

    quelques exemples

    Cet article est très intéressant, mais difficile à comprendre pour le néophyte. Quelqu'un peut-il donner une exemple de "shadow banking".
    J'ai vu récemment un reportage sur le fonds d'investissement "BLACK ROCK" qui contrôle plus de richesse totale que plusieurs pays importants ensemble. Le reportage décrit que cette entreprise est légale, mais échappe à toute régulation. sans qu'on n'en entende parler. Est-ce que c'est un exemple de "shadow Banking"? Merci.