Le pari de la bonne foi

Jour après jour, les gouvernements nous proposent des mesures toujours plus imposantes pour contrecarrer les dommages causés par le nouveau coronavirus.

Le fédéral, en particulier, a ouvert les vannes. Après avoir dévoilé le programme de la Prestation canadienne d’urgence pour les particuliers, il s’est tourné vers les entreprises, et les organismes, avec celui des subventions salariales d’urgence.

Le point commun, mis à part la COVID-19 ? L’appel implorant du premier ministre Trudeau à la « bonne foi ». Ces deux mots ont de bonnes chances de symboliser, un jour, la façon dont notre société a réagi à cette épidémie historique.

On nous demande continuellement de nous laver les mains avant de toucher à quoi que ce soit, pour nous rassurer et rassurer les autres. C’est une question de bonne foi.

La bonne foi était aussi de mise quant aux gens qui avaient à se déplacer, tant pour s’assurer de leurs motifs véritables que pour veiller à la fameuse distanciation sociale. Malheureusement, dans ce dernier cas, la mauvaise volonté des récalcitrants force maintenant la mise en œuvre de mesures coercitives. Mais pour l’essentiel, la population se conduit de manière responsable.

Le plus gros test viendra maintenant de la manière avec laquelle tous les intéressés se prévaudront des mesures qui leur sont destinées. Voici d’abord un rappel concernant la Prestation canadienne d’urgence.

Les gens qui ont perdu leur emploi, d’une façon ou d’une autre, à cause de la COVID-19, auront droit à une prestation de 2000 dollars pendant un maximum de quatre mois, pourvu qu’ils répondent à deux exigences : avoir gagné au moins 5000 dollars au cours des 12 derniers mois, et avoir été privés de tout revenu depuis au moins 14 jours.

Nul besoin de quelque attestation que ce soit pour l’instant, d’autant plus que, dans bien des cas, les déclarations de revenus pour 2019 n’auront pas été encore remplies.

Le fédéral s’en remet donc à un système d’honneur. Les demandes seront soumises de bonne foi. Mais gare aux contrevenants, nous dit-on. Il pourrait leur en coûter cher quand viendra le jour des vérifications. Idem pour les entreprises et organisations, qui s’exposent à des conséquences sévères si elles sont malhonnêtes, selon Ottawa.

Les entreprises, quant à elles, sont visées par le programme de subventions salariales d’urgence qui leur attribue un remboursement de 75 % des salaires versés aux employés, jusqu’à concurrence de 847 dollars par semaine pendant un maximum de trois mois. La mesure est rétroactive au 15 mars, ce qui devrait servir d’incitatif pour rapatrier des gens déjà mis à pied. Une condition : avoir vu fondre son chiffre d’affaires d’au moins 30 %. Ici aussi, le gouvernement va se fier à la bonne foi des demandeurs.

Outre le fait que ce ne soit pas si facile pour les OBNL d’évaluer à partir de quel moment leurs entrées de fonds auront baissé de 30 %, la mesure surprend puisqu’elle touche aussi les très grandes entreprises, dont on peut imaginer qu’elles ont les reins plus solides que les PME, tout au moins pour le fonds de roulement. Et paradoxalement, elle a été dévoilée le jour même où Air Canada annonçait une nouvelle vague de mises à pied, touchant cette fois-ci 16 000 personnes.

Les besoins sont urgents et criants. Il n’est plus possible de faire dans la dentelle. Les fonds doivent arriver le plus rapidement possible à ceux et celles qui sont dans le besoin. Mais comment départager le vrai du faux ? Ce sera une tâche de moine de mener les vérifications appropriées quand le feu sera éteint. Mais les avertissements ont été donnés. Les finances publiques seront dans un état tel que les tricheurs ne devront pas s’attendre à beaucoup d’indulgence.

Le gouvernement fédéral peine à évaluer le coût global de ses mesures, et c’est facilement compréhensible puisqu’elles évoluent pratiquement de jour en jour. Reste qu’elles composent le plus important plan d’intervention économique jamais déployé au Canada, rappelait mercredi le premier ministre Trudeau. Entre-temps, ces appels à la solidarité, à l’entraide et à la bonne volonté sont en voie de marquer notre monde, avec une empreinte durable.

Un récent sondage réalisé par la firme Anstice, de Calgary, signalait que 38 % des répondants canadiens disaient avoir maintenant davantage tendance à aider des étrangers. Et la dirigeante de la firme, citée dans le National Post, disait croire que nous sommes ainsi en train de forger une société plus compatissante et attentive aux autres.

Ces belles résolutions survivront-elles à l’usure du temps ? Chose certaine, les exhortations répétées de nos gouvernements à la conscience civique auront forcément un effet, dont l’importance pourra être mesurée à plus long terme. Le seul fait d’avancer des mesures qui font elles-mêmes appel à la droiture et à l’honnêteté montre qu’ils en tiennent compte.

À tort ou à raison ? Est-ce de l’angélisme ou du pragmatisme ? Est-il encore possible, aujourd’hui, de miser sur la bonne foi alors qu’on déplore régulièrement le cynisme ambiant ? Mais quelle serait l’autre option pour acheminer sans tarder des fonds vers les personnes et les entreprises mal prises ? Ottawa a fait son choix. Il donnera sans doute lieu, le temps venu, à d’intéressantes études sur cette gestion en temps de crise.

2 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 3 avril 2020 06 h 21

    «Ce sera une tâche de moine de mener les vérifications appropriées quand le feu sera éteint.»

    Et qui croyez-vous se fera coincer et épargner quand on voit ce qui arrive rarement pour grosse boite comparer aux petits entrepreneurs et citoyens.

    La totale inutilité de trudeau à Ottawa ne vous sonne pas une cloche, qui dirigent vraiment ce pays. Qu'est-ce qu'ils poursuivent comme mission ces gens-là depuis Novembre 2015 pendant que trudeau lui se promenait partout comme une rock star et maintenant est cacher dans son trou jusqu'à la fin de la crise sanitaire. Eux, avec le banquier morneau en tête prenaient le contrôle des opérations. Déficits sur déficits le début quand l'économie allait très bien et maintenant des déficits astronomiques à venir pour des années avec cette crise.

    Que se passe-t-il à Ottawa M.Vézina, que se passe-t-il avec le canada. Qui est-ce qui est à la tête de ce pays et quel but poursuivent-ils.

  • Yves Corbeil - Inscrit 3 avril 2020 06 h 33

    Comme disait Clemenceau, « les fonctionnaires sont un peu comme les livres d’une bibliothèque : ce sont les plus haut placés qui servent le moins ». Combien sont-ils, ces bouquins inutiles ?

    Aux deux paliers qu'est-ce qui pourrait être couper en temps de crise sanitaire mais surtout en temps de dépenses stratosphériques. Est-ce que la garantie salariale s'applique à tous ceux inutiles pendant la crise. Le télé-travail quand ton travail n'est plus requis. Un sénateur sans sénat, un fonctionnaire plus de fonctions... Pourriez nous fiare une chronique là-dessus M.Vézina.