Les anges à rabais

Depuis quelques semaines, politiciens et commentateurs multiplient les éloges, et avec raison, pour ces caissières, commis, livreurs, concierges, cuisiniers qui permettent aux épiceries, pharmacies, garages, dépanneurs et comptoirs « pour emporter » de rester ouverts pour répondre à nos besoins.

L’isolement physique pour freiner la pandémie de COVID-19 a fait réaliser à nombre de citoyens combien ces travailleurs font un boulot dont on ne peut se passer. Et pourtant, ils sont souvent parmi les moins bien payés de notre société, tout comme bien des préposés aux bénéficiaires œuvrant dans les résidences privées pour personnes âgées.

Ces employés qui restent au front empocheraient autant d’argent, sinon plus, s’ils demeuraient chez eux, en sécurité, tout en recevant la nouvelle prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois. Cette aide fédérale est cependant d’une durée limitée (quatre mois). Cela voudrait dire se retrouver du travail par la suite, ce qui n’est jamais assuré.

Ce calcul varie aussi selon la province, le salaire minimum n’étant pas le même partout. La PCU équivaut à un salaire d’environ 500 $ par semaine. En Ontario, le salaire minimum est de 14 $/ heure. Au Québec, le taux général est actuellement de 12,50 $/ h et de 10,05 /h pour les employés rémunérés au pourboire, mais il augmentera le 1er mai pour passer à 13,10 $ et à 10,45 $.

Avec de tels taux horaires, il faudrait qu’un salarié québécois travaille, dans le contexte actuel de stress et d’anxiété, 40 heures par semaine pour gagner l’équivalent de la PCU. En Ontario, ce serait environ 35 heures. Au Québec, quelques entreprises ont jugé nécessaire de bonifier — temporairement — le salaire de leurs employés. Elles ont haussé leur salaire horaire de 2 $ afin de les encourager à rester au travail et permettre ainsi la poursuite des opérations. Ce n’est toutefois pas tout le monde qui a cette petite chance.

Le problème n’est pas la mise en place de la PCU. Il y avait urgence et il fallait une solution simple pour s’assurer que le mot d’ordre de rester à la maison ne soit pas ignoré pour des raisons financières. La PCU s’adresse à tous les gens qui doivent rester chez eux pour des raisons de santé ou familiales ou encore parce qu’elles n’ont plus de travail parce qu’il n’est pas essentiel et ne peut être fait à distance.

En période de crise, les gouvernements voient au plus pressé et, idéalement, corrigent les lacunes qu’un peu de recul permet d’identifier. C’est le cas avec la PCU. Elle répond à un réel besoin et permet d’atteindre l’objectif d’isolement du plus grand nombre que se sont fixé les autorités publiques, mais sans correctif ou mesure d’appoint, elle s’avérera injuste pour les petits salariés toujours au boulot, malgré les risques pour leur santé.

Interrogé sur le sujet, le premier ministre québécois, François Legault, s’en est inquiété vendredi dernier et a annoncé qu’il avait demandé au ministre des Finances de trouver une solution. « Donnez-moi un petit peu de temps, là, ce n’est pas simple à mettre en place, mais je vous le dis, là, ceux qui continuent de travailler et qui gagnent moins de 2 000 $, on va vous compenser. Puis, faites-moi confiance, là. La mesure, on va l’annoncer dès qu’on est capables de la mettre en place. » Il a réitéré son engagement mardi de faire en sorte « que les gens qui travaillent dans les services essentiels [gagnent] au moins 2 000 $».

À Ottawa, on explique qu’il a fallu agir très vite pour offrir cette prestation d’urgence, mais on reconnaît qu’il y a des ajustements à apporter. « Je peux dire que le fédéral est d’accord avec le premier ministre Legault, qu’il faut penser à ces conséquences et qu’on doit trouver une [solution] équitable pour tous les travailleurs du Canada, y compris ces gens qui font un travail essentiel », a admis la vice-première ministre, Chrystia Freeland, en conférence de presse mardi. « On doit faire quelque chose », a-t-elle ajouté sans pouvoir offrir d’échéancier.

Ces réponses sont bienvenues, mais les solutions gouvernementales seront temporaires quand la vulnérabilité financière de ces employés demeurera une fois la crise passée. En fait, cette dernière met en relief combien le salaire minimum est trop bas et combien le travail essentiel de ces hommes et de ces femmes n’est pas apprécié, ni payé à sa juste valeur en temps normal.

Les groupes de défense des personnes à faible revenu le répètent sans arrêt, en vain. Le salaire minimum augmente, mais à pas de souris. Et on justifie toujours de la même manière la résistance à faire mieux. « Il faut rester compétitif. » « Cela ferait grimper les prix. » Mais avec qui est-on en concurrence si tout le monde paie mieux ses employés ? Et le consommateur est-il roi à ce point ?

On lit un peu partout que cette crise va entraîner des changements qu’on ne peut qu’imaginer. Et si on imaginait une société qui rémunère mieux les petits salariés et reconnaisse mieux la valeur de leur travail ?

Ce serait un début et la meilleure façon de démontrer notre reconnaissance envers tous ceux et celles qui tiennent actuellement le coup. Les anges aussi doivent manger et se loger.

16 commentaires
  • Michel Bédard - Abonné 1 avril 2020 03 h 36

    Ne jamais travailler en deçà de sa propre valeur.

    Mme Cornellier avance... que ''le salaire minimum au Q est trop bas, que le travail essentiel de nombreuses gens dévoués (tels les préposé-e-s aux malades, etc) n’est pas apprécié, ni payé à sa juste valeur en temps normal'' (aussi en période de crise disons ''humanitaire''). Ne pas savoir ''apprécier'', c'est faire preuve de petitesse, de médiocrité, de mépris... Il est navrant et honteux que nous soyons toujours une pauvre société en crise d'humanité... La culture du Québécois né pour un petit pain est encore bien enracinée chez-nous. Il ne faut donc pas s'étonner si le Québec se classe parfois bon dernier en ''Amérique du Nord'' quant au (plus bas) revenu moyen disponible par habitant ! Et curieusement à ce chapitre, nous rivalisons à chaque année avec des régions à caractère francophone ! Soit le N-B, le Mississippi, le Manitoba et la Louisiane. Cet État offre néanmoins dans le secteur d'activité qui m'occupait un salaire 4.5 fois plus élevé que le salaire minable (et minimum) offert par les employeurs d'ici, qui tiennent le discours creux : ''restons compétitifs'' (!). .

  • Serge Pelletier - Abonné 1 avril 2020 05 h 34

    Question

    Et les retraites elles... La majorités des retraités ne touchent que la SV et le SRG du fédéral... Et cette majorité est constituée de femmes... Pire, au Québec, il y confusion entre un système de retraite réel, et les prestations qui sont versées par le RRQ - ce denier est une mutuelle et non pas un régime de retraite comme tel.

    Bien pire, au Québec, il n'y pas d'indexation, par le RRQ, de la prestation qui est versée pour couvrir les frais de funérailles à la personne qui les assume. Cela fait plus de 40 ans que la somme monétaire est la même... Pire, elle est imposée.

    La situation n'est guère mieux au niveau fédéral...

    Les sommes allouées ne covrent même pas le 1/3 des frais de base. L'on ne parle pas ici de messe avec diacres et sous-diacres... Mais du BB-Q de base, et sans autre un "sheap" pot pour les cendres...

    En fait comme dans tout, le GV-Q ne fait jamais comme "du monde", et s'arrête toujours au mi-chemin... Il sauve la face en disant du n'importe quoi, et en faisant du n'importe quoi...

    Le GV-F n'est guère mieux... La crise actuelle démontre l'amateurisme qui y règne en maître absolut...

    • Yves Mercure - Inscrit 1 avril 2020 09 h 37

      Selon vous, GV-Q et GV-F sont de satanés virus à éviter.
      Vous avez tout de même raison de déplorer les méfaits de la pauvreté. Il est cependant raisonnable de croire que la misère est moins penible ici qu'en bien des ailleurs que semble valoriser votre prédécesseur dans le fil de presse. Sauf rares exceptions, les québécois sont moins mal pris que 80% des populations de la majorité des états des USA... pourtant plus fortunés. Si l'on pousse les comparaisons au niveau planétaire, le Qc restera dans les mieux lotis des 10% supérieurs. Ce qui ne signifie pas qu'il faille oublier l'odieux quotidien des assistés et des gagne-petits.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 1 avril 2020 12 h 06

      La prestation de décès a été contestée par le milieu syndicales qui voudrait que ces montants soient rediriger vers les caisses de l'État, avec l'argument que presque tout le monde a des assurances vie. D'un autre coté l'industrie funéraire se plaint que le montant versé par RRQ soit le même depuis des lustres, et que c'est eux qui doivent compensé. Et là monsieur Pelletier, se plaindre que le montant est trop petit, et se plaindre en même temps qu'il imposable a la succession... Si la succession a des impôts a payé c'est qu'elle n'est déficitaire...

      La RRQ n'est pas qu'un régime de retraite, elle couvre bien d'autres choses qui ont tout a voir avec des politiques sociales. C'est donc une forme d'impôt. En Suède quand ils ont refait leur modèle ils ont séparer leur régime de retraite public des soutiens issus des politiques sociales.
      Un des grands défaut de notre RRQ c'est d'être conçue et façonnée en fonction des régimes privés, surtout a prestations déterminées, au détriment des réalités de la majorité de la population....

      Par contre la pension du fédéral, incluant la sécurité de revenu à 65 ans et plus, doit bien se classer parmi les plus généreux au monde avec un revenu minimum garanti autour de 20,000$ par année, Ce qui est une chose peut reconnue et appréciée. Et le piège qui c'est que toute augmentation substantielle a ce niveau serait rapidement effacé par une monté proportionnelle du coût des besoins de base de cette clientèle. L'argent irait a d'autres que ceux a qui ont la donnerait.

    • Serge Pelletier - Abonné 1 avril 2020 12 h 47

      M. Mercure, nous devrions, en vous lisant, nous comparez à Haïti.. de cette manière l'on serait les kings dorés dorés. Vous, comme la majorité de la population, ne comprenez pas qu'il y a des chose qui ne fonctionne pas dans ce système qu'est le RRQ. Pire, vous croyez qu'il s'agit d'un régime de retraite, ce qui n'est oas le cas.
      Pour les USA, vous devriez savoir que c'est de là qu'est émergé la sécurité de vieillesse pour tous de niveau fédéral, cela fut fait par L.B. Jonson en début années 60 (suite au décès de J.F. Kennedy), et que Canada a copié le système...
      La grande différence se porte sur les soins de la santé: au Canada cela est étatisé, aux USA cela est demeuré au privé... Comme c'était ici avant 1966 (hospitalisation) et soins de santé (1970)... et même là, ce n'est pas une couverture universelle pour ici, car cela est laissé aux choix des provinces... Le ti-cul du Québec qui se rend en Ontario doit avoir une assurance privée pour le couvrir en cas de "pépin" - sans cela ti-cul va avoir une facture qui l'atendra à son retour chez-lui... Ça aussi ce n'est pas connu.
      En fait, il y a multitudes de sujets qui ne sont pas connus du public... Et il est extrêmenent difficile de faire valoir ce qui ne marche pas, car alors ti-cul se retranche dans les biais de confirmation. C'est uniquement quand cela le frappe en plein visage qu'il dit "ben là"...
      Il est désespérant de lire aussi M. Arès qui écrit que le RRQ est un régime de retraite... Alors qu'il s'agit d'une mutuelle, et qu'il ne s'agit aucunement d'un régime universel de retraite. Pire, que chaque dollar que le RRQ verse aux cotisants est déduit automatiquement de .50 dollar du surplus de revenu garantit d'Ottawa, car considéré comme un revenu et non un montant de rentres de retraite étatisée. Cela aussi ce n'est pas connu du grand public... Quand au 20,000$/an que mentionne M. Arès, il est supérieur d'environ de 5,000$ à la réalité. Mais à quoi bon, l'on se garoche dans les biais de confirmation.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 13 avril 2020 22 h 36

      Je suis en retard de quelques jours, mais je crois que la mise au point est importante justement pour votre scepticisme face à la hauteur des soutiens de l'État. Ce qui démontre bien que ces soutiens sont bien peu visibles et appréciés.

      Le RRQ offre une rentre de retraite a prestation qui est déterminée au moment de la cotisation (en fonction de vos revenus de travails futurs). Juste là vous avez la définition même d'un régime de retraite. Oui cela comprend autre chose que des rentes de retraite, mais c'est sa fonction première et principale.

      Pour les environs 20,000$ par les protections public accessibles a tous, même sans n'avoir jamais travailler ou cotiser, dans les quatre qui suivent pour 2019 il y en a pour 19,443$.
      Avec les indexations qui vont suivre pour 2020 on est vraiment collé sur le 20,000$.

      Tous les chiffre sont pour une personne seule.
      -Crédit d'impôt fédéral TPS/TVH: 296$
      http://cffp.recherche.usherbrooke.ca/outils-ressou

      -Crédit d’impôt pour solidarité de Québec: 1015$
      http://cffp.recherche.usherbrooke.ca/outils-ressou

      -Pension de vieillesse fédéral 2019: 7,271.67$
      http://www.cqff.com/tableaux_utiles/tab_psv.pdf

      -Supplément revenu garanti 2019: 1,086.96$
      http://www.cqff.com/tableaux_utiles/tab_supplement

  • Simon Grenier - Abonné 1 avril 2020 06 h 35

    Bien oui, ça ferait monter les prix. Ça refléterait (un peu plus) la juste valeur de ce qu'on consomme et ça influencerait nos choix. Une situation qu'on pourra alors considérer factuelle, sans connotation positive ni négative.

  • Yves Corbeil - Inscrit 1 avril 2020 06 h 37

    Vous êtes au moins cinq jours en retard avec votre chronique

    Cela est sorti la journée ou Trudeau a annoncé sa mesure. Legault parle avec les syndicats et Trudeau attends après les zexperts scientifiques.

    • Bernard Plante - Abonné 1 avril 2020 09 h 58

      Comment peut-on être en retard de parler d'un problème qui est présent depuis toujours?

  • André Chevalier - Abonné 1 avril 2020 07 h 19

    Pourquoi pas une allocation universelle?

    Ça fait plus de cinquante ans que Michel Chartrand a mis ce sujet dans le débat public.
    On pourrait remplacer tous les soutiens aux individus tels que pension de vieillesse, allocations familiales, bien-être social, assurance chômage, etc... par une allocation citoyenne universelle versée à tout le monde qu'on ait des revenus ou non.
    Dans de telles conditions, pas besoin d'imposer un salaire minimum, celui-ci étant soumis désormais aux lois du marché.
    Plus besoin d'une armée de fonctionnaires pour gérer les nombreux programmes actuels.
    Les paliers d'imposition pourraient être ajustés de façon à ce que le coût d'une telle opération soit le même que le système actuel.
    Ça règlerait le problème de la pauvreté.

    • Yves Mercure - Inscrit 1 avril 2020 09 h 45

      En effet. Ainsi, on aurait pu s'épargner des milliards en fermant le MSQ et en retournant chez eux les milliers de fonctionnaires y œuvrant. Alors, bien pourvu en marge de manœuvre, ds supports performant auraient été orientés vers les forces vives du marché économique. On aurait pu développer des centres de santé et hôpitaux plus performants. On serait parvenu à se hausser au niveau desUSA où un snow Bird malchanceux y sera hospitalisé d'urgence pour une opération urgente, mais de routine... Tant et si bien que sa semaine de cure bouffera ses économies de 30 ans de travail. Un rêve ou un cauchemars?

    • Serge Pelletier - Abonné 1 avril 2020 10 h 11

      M. Chevalier, le problème est là,vous le citer: "Plus besoin d'une armée de fonctionnaires pour gérer les nombreux programmes actuels". Fac... ce sont eux-autres qui ont les fesses collées sur les élus, et qui s'opposent le plus à cela... et qui écrivent les rapports et recommandations aux élus...

    • André Chevalier - Abonné 1 avril 2020 13 h 50

      M. Pelletier, d'où tenez vous que les employés des services publics s'opposent à une allocation universelle?
      La CSN qui est la centrale syndicale qui compte le plus de syndicats du secteurs public affilés au Québec analyse et prône une telle mesure depuis plus de trente ans.
      J'ai passé toute ma carrière dans le secteur public et j'affirme que la vaste majorité des travailleurs du secteur public ont un niveau très élevé de préoccupations sociales.

    • Sylvie Demers - Abonnée 1 avril 2020 16 h 09

      @ André Chevalier....Tellement d'accord avec vos propos !!!

      S.Demers