Ces stratégies anti-krach

Pour les spécialistes de l’investissement, « c’est dans les corrections que l’on fait de l’argent ». La dynamique a changé depuis deux jours sur les marchés et on les voit de retour à la chasse aux aubaines en Bourse après une correction touchant les 30 % depuis le sommet du 20 février. Si savoir quand acheter quand vendre oscille entre l’émotivité et la science, savoir protéger ses gains est un art.

L’univers des Fonds négociés en Bourse (FNB) a cet avantage d’offrir aux portefeuilles une capacité de réajustement et de repositionnement à faibles frais et de donner accès à des stratégies ou à des risques ciblés. Encore petit lorsque comparé à celui des fonds d’investissement traditionnels, le marché des FNB bénéficie d’une entrée nette de fonds et voit sa liquidité augmenter au rythme de l’arrivée des investisseurs institutionnels.

Cette introduction étant, la performance des FNB n’est évidemment pas à l’abri des revers de marché, mais certains s’en tirent mieux que d’autres en ces temps troubles. Dans sa trousse de « stratégies pour pandémie », le spécialiste Daniel Strauss, de la Financière Banque Nationale, a relevé sept approches ayant apporté un élément parfois de protection, surtout d’atténuation de la perte affichée par les grands indices de référence.

L’éventail comprend :

– les FNB faibles volatilité, ayant pour objectif d’abaisser le risque ;

– les fonds alternatifs, pour leur non-corrélation au marché des actions ;

– les « buffers », pour protéger contre les pertes ;

– l’or, pour son aspect valeur refuge ;

– les obligations gouvernementales à long terme, pour protéger contre un repli du cours des actions ;

– les devises, surtout le dollar américain, considéré comme une valeur refuge, qui apporte une protection contre une chute des actions américaines pour l’investisseur canadien ;

– les portefeuilles prudents.

Au 15 mars, ces catégories de fonds avaient, dans l’ensemble, mieux fait que le S & P 500 et sa dégringolade de quelque 30 % depuis son sommet le 20 février dernier. Les gagnants étant, sans grande surprise, les bons du Trésor américain, suivis de l’or.

Plus en détail, les FNB faible volatilité ont évidemment fait écho au plongeon généralisé, mais avec une chute inférieure de 200 à 600 points de base depuis le sommet de l’indice de référence. En 2019, année plutôt fertile en Bourse, ils avaient légèrement sous-performé, avec un gain moyen autour de 22 %.

Dans la catégorie des fonds alternatifs, le segment dit à effet neutre, qui vise l’équilibre entre les pondérations actions et obligations, le meilleur a livré un gain de 15 % depuis le sommet de février, de 18,5 % depuis le début de l’année. En 2019, son gain avait été sous les 2 %. Le segment mettant l’accent sur les actions a affiché des pertes oscillant entre 11 et 23 %, selon le FNB, sur un mois alors que celui empruntant aux stratégies multiples — s’en remettant à plusieurs classes d’actif comme les actions, les obligations, les matières premières et les devises — ont fait entre -3 % et -16 % en un mois. Leur gain moyen en 2019 a été autour de 10 %.

Pour leur part les « buffers », qui utilisent généralement les stratégies d’option de manière défensive ou afin de protéger contre des pertes, ont affiché une perte entre 16 et 19 % depuis le sommet de février. L’analyste Daniel Strauss explique que sur une période d’un an cette stratégie va généralement protéger contre la perte du premier 10 %, mais elle va capter les rebonds. Mais entre-temps…

Un FNB aurifère était en hausse de 1,5 % sur un mois au 15 mars, de 10,5 % depuis le début de l’année. Il avait fait environ 12 % en 2019. Autre valeur, refuge les devises ont livré du 4,6 % en un mois, du 7 % depuis le début de l’année, contre un recul d’environ 3,6 % en 2019.

Enfin, les obligations gouvernementales à long terme font généralement bien dans un marché baissier. Les obligations du gouvernement américain ont progressé de 9,9 à 14,3 % entre le sommet des marchés boursiers de février et la mi-mars. Pour leurs correspondantes canadiennes, le gain oscille entre 0,8 et 5,9 %, poursuit le survol de la Financière Banque Nationale.

Alain Desbiens, vice-président FNB de BMO Gestion mondiale d’actifs, résume dans tout ceci que les titres à revenu fixe, obligations de première qualité en tête, ont apporté un équilibre aux portefeuilles en ces temps difficiles. Aussi, une grande popularité a été mesurée chez les FNB S & P 500 non couverts, le renforcement du dollar américain ayant compensé avec un rendement excédentaire ou positif de quelque 10 %, souligne le spécialiste de BMO.

Pour la suite des choses, il observe que les spécialistes de l’investissement travaillent présentement sous un scénario de fin de cycle baissier, troquant leurs forts rendements obligataires pour

des titres défensifs de qualité générant des revenus, à faible volatilité. « L’approche factorielle a bien fonctionné [dans le passé] et elle devrait continuer de bien performer. »

1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 22 mars 2020 11 h 26

    Foi ou raison?

    Difficile de comprendre le fonctionnement de ce grand jeu de la finance.Il est plus facile de faire confiance aux gourous que d'arriver à une opinion personnelle par un effort d'analyse et de réflexon.

    Quoi qu'il en soit, seul le temps peut éclairer l'avenir.Petits microbes,nous occupons peu de temps et peu d'espace dans l'univers.