«L’autre Asie» donne l'exemple

D’abord alerte sanitaire locale, cette crise s’est vite transmuée en tempête économique, financière, et même géopolitique d’envergure, alors qu’un géant conquérant — la Chine — trébuche et fait trembler le monde. Signe d’une interdépendance globale parfois néfaste, elle sert aussi de révélateur des particularités nationales ou régionales, tant pour ses origines que dans les approches déployées pour y faire face.

Un siècle après la grippe espagnole, en beaucoup moins meurtrier, la grande épidémie de 2020, qu’on a appelée « virus de Wuhan », trouve ses origines dans une singularité culturelle : des pratiques alimentaires et commerciales étonnantes (les marchés aux animaux vivants), qui fascinent, effraient ou scandalisent les visiteurs de passage en Chine.

Deux pays, la Chine et l’Italie, aujourd’hui au sommet du palmarès mortifère, ont sorti l’artillerie lourde. La première est une dictature marquée par l’opacité décisionnelle, la concentration du pouvoir et la brutalité.

Pour les autorités de Pékin, il n’y a aucun problème moral à boucler des villes ou une province entière, à enfermer de force les gens chez eux, à les parquer manu militari dans des endroits désignés.

Le cas italien est différent, même si les manières de Rome ressemblent bien à la « méthode Wuhan » (l’expression circule largement en Italie).

 

Dans un geste sans précédent pour un État démocratique en temps de paix, on a littéralement enfermé les gens chez eux et suspendu presque totalement les activités d’un pays.

Cela semble avoir marché en Chine, où l’éruption paraît terminée, la courbe refermée… On espère qu’il en ira bientôt de même en Italie.

Pour autant, il y a d’autres manières d’affronter cette crise, sans piétiner les libertés ou enfermer les gens. Trois endroits — trois « pays » — nous montrent aujourd’hui une voie différente, moins brutale, peut-être moins idéologique, tout en reflétant une manière de vivre ou un certain caractère national.

Leur exemple est d’autant plus remarquable qu’ils sont géographiquement collés sur la Chine continentale, que ce sont des terres de liberté et aussi — dans au moins deux cas — en résistance ouverte au totalitarisme de Pékin.

Premier exemple : Hong Kong. Une mégalopole de près de 8 millions d’habitants sur un territoire exigu, une des plus fortes densités urbaines au monde. Une ville où l’on avait payé cher la crise du SRAS en 2002-2003 (près de 300 morts)… et où l’on a appris depuis. Total des cas de COVID-19 au 15 mars 2020 : 148… dont 4 décès.

Deuxième exemple : Taiwan.Une île de 24 millions d’habitants, État souverain de facto mais non reconnu, combattu politiquement par Pékin, qui exclut par exemple Taipei de l’Organisation mondiale de la santé (oui !) et rêve depuis 60 ans de l’annexer. Mais malgré cet antagonisme politique, Taiwan entretient des liens économiques étroits avec le « continent » (qui reste son premier client). Dans ce contexte : combien de cas déclarés à Taiwan depuis le début janvier ? 59… et une seule personne décédée !

Dernier exemple : la Corée du Sud. Voilà un pays qui a plus souffert de la COVID-19, avec 8162 cas en date d’hier, dont 75 morts. Mais aussi, un État dont les autorités sanitaires ont pris fermement les choses en main, avec des tests de dépistage plus nombreux que n’importe où ailleurs, et un taux de mortalité (relativement aux cas rapportés) parmi les plus bas au monde : quelque chose comme 0,8 %.

Une épidémie nationale dont la courbe approche nettement de son terme… avec, à la fin — retenez ce chiffre —, un décès pour 600 000 ou 700 000 habitants. Comme si, une fois achevée, l’épidémie au Québec avait fait 10 ou 12 victimes.

Mais comment ont-ils fait, ces trois-là ? En schématisant, et en oubliant quelques spécificités nationales, on résumera ainsi : haute technologie, réseaux sociaux, tests à grande échelle, cohésion sociale, autodiscipline, hygiène, grands événements annulés, écoles fermées, quarantaines, contrôles accrus aux frontières (mais pas de fermeture)… Sans intrusions abusives, sans tout fermer, sans prohiber tous les déplacements, sans emprisonner la population.

Stratégie volontariste, plus attrayante que le bulldozer à la chinoise ou à l’italienne… et qui ressemble davantage à ce qu’on fait au Québec.

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.

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