L’architecture scolaire

Le malicieux Prévert, ayant sans doute remarqué que plusieurs n’étaient déjà pas très beaux, assurait que les bâtiments modernes feraient de vilaines ruines.

On peut penser que cela vaut pour nos écoles construites dans les années soixante, avec leur chiche fenestration, leurs froids corridors, leurs omniprésentes briques, leurs cours asphaltées, leur manque de verdure, et j’en passe.

Le gouvernement, on le sait, vient d’annoncer un ambitieux programme, richement doté, qui vise à permettre non seulement des agrandissements d’écoles, mais aussi, et surtout la construction de nouvelles écoles, cela dans la foulée de la réflexion menée dans le cadre du lab-école.

Je pense qu’il faut s’en réjouir.

La question m’intéresse de près : si on me permet d’en faire ici l’aveu, je travaille à un livre sur les très nombreuses réalisations de l’immense Frank Lloyd Wright en éducation. Certaines des choses que j’y ai apprises m’inspirent de modestes suggestions dans le débat qui se dessine à propos de ce projet gouvernemental.

Mais pour y arriver, un mot sur ce projet.

De nouvelles écoles

Le Gouvernement invite à concevoir des écoles qui seront un « environnement sain, sécuritaire, stimulant », des écoles écoresponsables, adaptées aux besoins des élèves qui les fréquentent et qui favoriseront leur apprentissage et le développement de leur plein potentiel.

On demande à leurs concepteurs de respecter pour chacune une signature architecturale déclinée en quatre caractéristiques : l’utilisation du bois naturel à l’intérieur des écoles ; la présence d’accents de bleu sur leurs façades ; l’utilisation de l’aluminium ; l’affichage d’un visuel distinctif. Vous trouverez ici des images illustrant ce que tout cela pourra donner.

Parions que ça risque fort de faire, un jour qu’on espère bien lointain, de fort belles ruines…

Mais j’en viens à mes modestes — je ne suis pas architecte — commentaires.

Architecture et apprentissage

Peut-on raisonnablement penser que l’architecture d’une école a un effet sur l’apprentissage ?

Notre intuition nous invite à le croire, mais ce type de relation n’est pas facile à établir. Un tout récent rapport (2019) propose une synthèse des études menées sur ce sujet. Il donne à penser qu’un tel effet est bien réel et détermine des facteurs qui peuvent contribuer positivement à l’apprentissage.

Parmi eux l’éclairage, la qualité de l’air, le contrôle de la température, l’acoustique et les liens avec la nature ; des espaces d’apprentissage adaptés à l’âge et offrant des possibilités d’apprentissage flexibles que les élèves peuvent adapter et personnaliser ; un niveau de stimulation ambiante utilisant la couleur et la complexité visuelle ; le fait de tenir compte des conditions climatiques et culturelles locales ; d’autres encore.

Mais ce rapport note aussi que, pour maximiser les effets positifs des investissements dans les infrastructures scolaires, il doit y avoir concordance entre la disposition physique d’une école et la pédagogie qu’on y pratique.

S’allume ici pour moi un vif feu rouge.

Pour le dire succinctement, je m’inquiète que notre technophilie que ne semble freiner aucun des avertissements qui se multiplient à présent contre elle, ne nous pousse à faire des choix que nous regretterons demain.

La classe traditionnelle a d’indéniables mérites et je demande à voir des recherches crédibles avant de miser trop gros sur une école 5G qui sera demain dépassée.

J’en appelle donc à une sorte de principe de précaution architectural et technologique…

Architecture, éthique et gros sous

En architecture, trois aspects du passage à l’existence d’un projet sont notables.

Le premier est qu’il demandera que soient pris en compte, outre des questions de possibilité technique, des considérations éthiques intrinsèques : on doit en effet tout mettre en œuvre pour assurer le bien vivre des futurs usagers.

Le deuxième est qu’il suppose la collaboration d’un nombre typiquement très grand de gens et d’institutions : il en résulte une sorte de « paradoxe de l’architecture » qui tient à ce que, d’une part, l’éthique y est interne et que, d’autre part, le respect des finalités éthiques que se donne l’architecte ne dépend pas exclusivement de lui.

Le troisième est l’ampleur des sommes engagées, avec tout ce que cela implique et qu’on devine sans mal.

Ces considérations me rendent sensible à l’importance, d’ailleurs rappelée par plusieurs acteurs de ce milieu (universitaires, firmes d’architecture, architectes), de ne pas succomber à la tentation d’un modèle à peu près unique accordé aux plus bas soumissionnaires.

Pourquoi ne pas ouvrir des concours ? On pourrait par là espérer plus de créativité, plus de prudence et donner toute sa place au déploiement de cette éthique interne à la discipline.

Ayant décidé de l’ouvrir, ne nous trompons pas sur cet important dossier. On le regretterait longtemps…

Après tout, comme le disait Frank Lloyd Wright, qui savait de quoi il parlait, les architectes n’ont pas cette possibilité qu’ont les médecins d’enterrer leurs erreurs : tout au plus peuvent-ils suggérer à leurs clients mécontents de faire pousser du lierre…

17 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 14 mars 2020 06 h 07

    De ruines futures que celles-ci?

    De ruines futures que celles-ci? Que non, elles ne seront ni laires, ni belles ces ruines... Elles seront recyclées (pour l'aluminium), brûlées (pour le bois ); à la fonderie (pour le fer/acier); peut-être que les vitrages feront intégratement parti de la consigne du verre... Le restant à la dump... Et cela ne prendra pas deux générations avant...

    Il y a de ces modes, et de ces engouements pasagers qui donnent ce que cela donne... De très laides ruines, du moins quand non recyclées.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 mars 2020 09 h 18

    Non merci

    Pardieu, l'école de demain n'est pas une bibitte d'architecture composée de murs, de briques, de bois et une aux couleurs d'un bleu aluminium distinctif, mais bien une qui risque d'être complètement différente de ce qu'on conçoit aujourd'hui. L'école à la John Dewey de la 2e r♪0volution industrielle a fait son temps. L'apprentissage ne connaît aucun mur ou aucun emplacement distinctif aujourd’hui. C’est un retour en arrière qui est proposé, bien oui, des écoles traditionnelles orné de bois à l’intérieur et de bleu aluminium à l’extérieur. Misère.

    Une entité holographique dotée d’intelligence artificielle pourrait faire le même travail personnalisé et à moindre coût qui prendrait en ligne de compte tous les types d'apprenants, des éleves en difficulté à la douance en passant par ceux qui sont dans la moyenne.

  • Loyola Leroux - Abonné 14 mars 2020 09 h 37

    L’école idéale, la situation, le nombre d’élèves !

    Camarade Baillargeon, sortez de la caverne des pédagogos et regarder dehors.

    L’école idéale est celle ou les enfants peuvent se rendre en marchant, sans avoir à traverser une autoroute. Les ‘’recheches probantes’’ dont vous êtes friands le démontrent, les Bouboule et Toutoune, souffrant d’obésité, sont de plus en plus nombreux. Il faut les aider à marcher un peu, en espérant que leurs parents ne les déposeront pas, en VUS, à la porte de leur classe, sans escalier.

    Dans ma ville Prévost, depuis 60 ans une école a été construite le long d’un club de golf sans maison, une autre sous un viaduc de la tres achalandée Route 117 et une autre dans un trou invendable par le développeur… Aucune ne favorise les déplacements à pieds.

    Rappelez-vous que le maire Coderre avait offert à la CSDM des terrains pour construire des écoles sous une ligne à haute-tension d’HQ et un autre sur un ancien site d’une raffinerie. Heureusement, le gouvernement Legault vient de corriger la situation.

    De plus, selon moi, le nombre importe. Aucun spécialiste ne parle du nombre idéal d’écoliers dans une école primaire. Quel est-il ? Un directeur m’a dit qu’à 624 écoliers, il dirigeait seul, mais qu’à 625, la norme, le MEQ lui fournissait un assistant, donc diminuait son travail. Je pense que le nombre idéal est le nombre d’écoliers que le directeur peut identifier par leur nom !

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 mars 2020 12 h 01

      "L’école idéale est celle ou les enfants peuvent se rendre en marchant,"....

      Cela s'appliquait, dans les bonnes écoles de rang, dans nos campagnes, avant 1960.Soit, alors que le Québec était la société la moins scolarisée, en Amérique du Nord. Dans mon coin de pays, les premiers bus scolaires seraient apparus autour de 1958.

    • Loyola Leroux - Abonné 14 mars 2020 14 h 13

      Mes petits enfants a Montréal et a Gatineau marchent pour se rendre a leur école. Pour les autobus je vous invite a lire et méditer le beau poeme suivant : LE PÉRIL JAUNE (l’autobus scolaire)

      https://cahierdechansons.com/georges-langford/le-peril-jaune-lautobus-scolaire/


      Au revoir petit Paul
      C’est enfin aujourd’hui
      Ton premier jour d’école
      T’es parti pour la vie
      Parmi les enseignants
      Qu’en sont jamais sortis
      Qui sont devenus grands
      Parc’que tu es petit
      De ton conseil de classe
      Ne sois pas président
      C’est une erreur de base
      Qui peut durer longtemps
      On commenc’ ça tout p’tit
      Puis on est président
      Tout le reste de notr’vie
      À emmerder les gens.
      Courage, mon p’tit gars
      Finis de t’habiller
      Le péril jaune est là
      En bas de l’escalier
      Courage mon p’tit gars
      Finis de t’habiller
      Le péril jaune est là
      En bas de l’escalier.
      Essaye d’apprendre à lire
      À rire et à courir
      En fait, c’est en dedans
      Que c’est p’tit ou que c’est grand
      Si t’es dans les plus forts
      Prends garde aux tout-petits
      Si t’es dans les tout-p’tits
      Attends rien des plus forts
      Quand t’auras complété
      Cette perte de temps
      Déchire tes cahiers
      Renie ton président
      Que ce soit bien fini
      Ne sois pas de ces hommes
      Qui pensent que la vie
      C’est un grand conventum
      Courage mon p’tit gars
      Finis de t’habiller
      Le péril jaune est là
      En bas de l’escalier
      Courage mon p’tit gars
      Finis de t’habiller
      Le péril jaune est là
      En bas de l’escalier.
      Georges Langford.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 mars 2020 19 h 22

      BIen sûr que, au niveau primaire. et surtout en milieu urbain, bon nombre d'enfants n'ont pas à utiliser "le péril jaune"!

    • Sylvie Demers - Abonnée 14 mars 2020 21 h 02

      A M.Loyola L. Tellement d’accord avec chacun de vos propos....le bâtiment ne fait pas l’enseignement,des conditions optimales pour aider chaque pédagogue à transmettre son savoir et son savoir-être,voilà le but qui devrait être visé...bien au-delà des visées des « penseurs de la pédagogie »n’ayant point pratiqué sur le terrain depuis long de temps...
      S.Demers
      Orthopédagogue retraitée

    • Pierre Grandchamp - Abonné 15 mars 2020 07 h 01

      J’ai 34 ans de vécu au secondaire public. Toute ma vie durant, j’ai été un fan de l’exercice physique et du sport. La démocratisation de l’éducation a été réalisée grâce au *péril jaune*, dans une province aussi vaste que le Québec.

      Une nouvelle école primaire a été inaugurée, cette année, dans mon coin. Son architecture, son éclairage, la répartition dynamique des locaux : tout cela en fait une école attirante.

      Toutes les écoles secondaires publiques, sauf de rares exceptions, ont été bâties après 1960. Et, au secondaire public, *le péril jaune* est une nécessité; surtout en régions.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 15 mars 2020 16 h 08

      Je vous invite à visionner quelques images de la nouvelle école primaire, inaugurée cette année, dans mon coin.Oui, je crois qu'une école bien concue, aux niveau physiques et environnemental, aide à l'apprentissage.
      https://www.laction.com/article/2019/10/25/la-nouvelle-ecole-du-preambule-nous-ouvre-ses-portes

  • J-F Garneau - Abonné 14 mars 2020 10 h 38

    Attention les concours

    L’architecture est assurément le résultat du travail de l’architecte et des acteurs du milieu bâti. Un travail qui devrait être de qualité. Mais avant tout c’est aussi une “commande” de qualité. En cela, clients privés et surtout clients publics ont un rôle primordial. Nous n’avons pas, au Québec une grande culture de l’environnement bâti. Reconnaître que notre cadre de vie, la qualité de l’environnement bâti, sont essentiels au bien être de notre société, c’est reconnaitre l’apport de l’architecture à nos valeurs collectives

    Mais voilà, la perspective de concours d’architecture “ouverts”, c’est à dire non rémunérés, me fait frémir. S’allume ici pour moi un vif feu rouge, pour reprendre votre expression.

    Une architecture de qualité n’est pas qu’une affaire de “bonnes idées”. La qualité de la commande, qui est liée à la cohérence des budgets, du programme, est aussi essentielle. Une architecture de qualité ne relève pas que de la conception mais aussi de l’execution.

    Les architectes, depuis des années, doivent se battre pour faire reconnaître la valeur de leur travail. Les concours non rémunéré renforcent l'idée que ce travail est gratuit, et que les idées le sont aussi. Un projet d’architecture représente une quantité imposante de travail. C’est irresponsable de l’exiger par concours ouverts, comme la loterie.

    Ce n’est pas plus responsable de faire des appels de propositions de services professionnelles uniquement basés sur les honoraires.

    En créant des concours rémunérés, le gouvernement pourrait confronter les talents des architectes, indemnisés pour leurs idées, quelles soient retenues ou pas. Tout le monde sera gagnant, et les projets plus réfléchis.

  • Bernard Lefebvre - Abonné 14 mars 2020 11 h 16

    L'architecture influence l'apprentissage pédagogique au quotidien

    En prime: la qualité architecturale en mileu scolaire constitue un matériel pédagogique permanent: Émission «Défendre la qualité architecturale» Marc-André Carignan Canal Savoir Média Défis d'architectes
    Défendre la qualité architecturale
    2019
    Une architecture de qualité assure l'esthétisme d'un bâtiment, mais aussi sa durabilité et sa fonctionnalité. De plus, elle a un effet sur ses occupants, notamment en accroissant leur productivité et leur sentiment d’appartenance dans un milieu de travail. Elle peut même influencer leur humeur au quotidien.
    Animation : Marc-André Carignan, Animateur, auteur et chroniqueur en politique, affaires municipales et développement urbain
    Une production : Savoir média avec l’appui financier de l’Ordre des Architectes du Québec