Le test de l’unité

On ne pourra pas dire que le gouvernement Trudeau a eu la tâche facile depuis le début de l’année 2020. Une crise n’attend pas l’autre et chaque nouvelle tuile semble plus lourde à porter que la précédente. La dernière en date : la baisse abrupte du prix du pétrole provoquée par l’Arabie saoudite, ce qui a entraîné lundi la chute des indices boursiers et accentué la crainte d’une récession. Voilà une situation casse-gueule pour un premier ministre et un gouvernement, minoritaire de surcroît.

L’opposition, aux aguets, n’a pas raté une occasion depuis janvier d’accuser le premier ministre, Justin Trudeau, de faiblesse. Si ce dernier a été applaudi pour sa réaction à la mort de Canadiens dans l’écrasement de l’avion abattu par les forces iraniennes, il a été vertement critiqué pour sa réponse à la paralysie ferroviaire. Les conservateurs voulaient que la police démantèle immédiatement les barricades levées par les partisans des chefs héréditaires wet’suwet’en opposés à un projet de gazoduc sur leur territoire ancestral. Bloquistes et néodémocrates, en accord avec la tenue d’un dialogue, jugeaient que M. Trudeau ne proposait rien de concret pour le faire aboutir.

Justin Trudeau est à son meilleur quand la réponse à un drame exige d’abord et avant tout de l’empathie, comme dans le cas de l’écrasement du vol 752. Quand la situation exige de la pédagogie et une présentation précise des faits, il arrive rarement à avoir le ton juste. Une impression de mollesse ou d’indécision finit souvent par lui coller à la peau, ce qui lui nuit. Et M. Trudeau, qu’il le veuille ou non, a un effet polarisant sur une partie de l’électorat, un effet que les politiciens conservateurs exploitent avec délectation.

Après l’élection du 21 octobre dernier qui a conduit à l’éviction des libéraux des conservatrices Alberta et Saskatchewan, il est devenu évident que ce ne pouvait être Justin Trudeau qui tienne la branche d’olivier. Chrystia Freeland se l’est vu confier, à titre de vice-première ministre et de ministre des Affaires intergouvernementales.

Mais elle n’est pas la seule avec qui M. Trudeau a décidé de partager l’avant-scène. Ce n’est plus lui qui, au jour le jour, répond pour le gouvernement dans les dossiers chauds. Après avoir mené la charge dans celui de l’écrasement du vol 752, il a passé le relais à son ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, qui pilote aussi celui de l’aide à donner aux Canadiens coincés à l’étranger à cause du coronavirus.

La gestion de la paralysie ferroviaire et des revendications des chefs autochtones a été moins efficace, en particulier sur le plan des communications. Les ministres des Relations Couronne-Autochtones et des Services aux Autochtones, Carolyn Bennett et Marc Miller, ne sont pas parvenus à vraiment expliquer la démarche du gouvernement.

La réponse à la menace du coronavirus a été, en revanche, exemplaire. Il faut dire qu’une crise sanitaire exige un plan et de la transparence pour être contenue. Le plan, qui implique tous les gouvernements et les agences de santé, existe depuis la crise du SRAS, mais il fallait le communiquer. La ministre de la Santé, Patty Hajdu, a eu l’intelligence, comme ses homologues provinciaux de s’entourer des experts en la matière, ce qui a ajouté à la crédibilité des décisions prises.

Et c’est Mme Freeland qui préside un nouveau comité du cabinet chargé de surveiller les effets de la propagation du coronavirus sur la santé et l’économie. Et c’est son collègue aux Finances, Bill Morneau, qui se charge de persuader les citoyens que le gouvernement a les moyens d’intervenir, si c’est nécessaire. Il y est allé d’un discours sur le sujet la semaine dernière, mais a dû revenir à la charge lundi, à la suite des secousses boursières et de la chute du prix du pétrole. On attend toutefois les gestes concrets, ce qu’il promet pour bientôt.

Justin Trudeau n’a pas disparu du paysage, mais il se fait plus discret. Il demeure toutefois le chef d’orchestre et, même secondé par Mme Freeland, c’est lui qui sera aux commandes jeudi et vendredi quand les premiers ministres provinciaux et les chefs autochtones se réuniront à Ottawa.

Selon l’invitation publiée il y a deux semaines, ces derniers devaient parler santé, infrastructures, transferts, économie, climat, exploitation durable des ressources naturelles, priorités autochtones… Le contexte a dramatiquement changé depuis et c’est habités d’un véritable sentiment d’urgence que les premiers ministres se présenteront à la réunion. Les provinces productrices de pétrole attendent une bonification rapide du programme de stabilisation financière afin de les aider à traverser la tempête. Toutes les provinces veulent aussi, et depuis longtemps, plus d’argent pour la santé, une demande que la crise du coronavirus ne peut qu’amplifier. Et plusieurs veulent savoir ce qu’Ottawa entend faire pour éviter une répétition de la paralysie ferroviaire récente et l’abandon d’autres projets dans le secteur des ressources.

En ces temps difficiles, un défi attend M. Trudeau : créer le front commun nécessaire pour faire face à ces crises. Y arrivera-t-il ?

1 commentaire
  • Bernard LEIFFET - Abonné 11 mars 2020 13 h 43

    Ce texte : Une publicité libérale!

    Cette chronique pourrait être réduite en qq mots : vanter ce que fait le PLQ quamd la situation est redevenue plus tranquille! Non pas que les élu(e)s ont résolu des situations et qu'ils en observent d'autres, c'est tout simplement le contexte qui mène le monde! Radio-Canada en tête, subordonnée à vie au pouvoir monarchique, nous abreuve tantôt de son PM, tantôt d'un ou d'une ministre en manque de publicité, lesquels paradent comme si nos priorités étaient les leurs! il est temps que cette subordination cesse et les citoyens montrent qu'ils sont tout aussi capables d'agir et de faire face aux événements, sans paniquer, et surtout sans être considérés comme une bande de tarés! Arrêtont de prendre lles peuples, du Québec, comme d'ailleurs dans le Dominion, pour des chique-molles, béats, mais plutôt en attente d'une vaie nouvelle, celle d'une élection dont l'issue devrait apporter de nouvelles idées pour moderniser ce vieux rafiot qui prend l'eau, sans oublier les avions qui bientôt seront eux-aussi à mettre au rancard, pour des modèles plus performants, comme ceux d'Europe! Et puis, après tout, que sommes-nous dans ce vaste monde, avec une site petite population?