#MeToo: 1, Weinstein: 0

Au moment où on apprend que Jean Vanier, un « saint » homme qui a voué sa vie à la défense d’une grande cause, a, lui aussi, agressé sexuellement de nombreuses femmes, la condamnation de la figure de proue en la matière, Harvey Weinstein, arrive à point nommé. Le verdict rendu cette semaine marque une victoire incontestable pour le mouvement #MeToo, né dans la foulée des révélations concernant le célèbre producteur de cinéma.

Depuis le début de cette affaire en octobre 2017, plus de 80 femmes se sont levées pour pointer Weinstein du doigt et une centaine d’hommes importants ont eux aussi perdu leur emploi à cause d’agressions sexuelles présumées. Mais sans que ces accusations soient nécessairement portées en cour. La véritable difficulté était là, à plus forte raison face à un homme riche et célèbre comme Weinstein. Malgré la condamnation l’année dernière de l’acteur Bill Cosby, rien ne garantissait un verdict de culpabilité cette fois-ci. Pensons à l’affaire Ghomeshi. En mars 2016, l’ex-animateur de radio de CBC a été acquitté de toutes les accusations après que la défense a relevé des contradictions dans le témoignage des victimes.

L’enjeu de ce procès était justement de voir si, malgré les fameuses « zones grises », le comportement ambigu de certaines victimes qui maintiennent un contact souvent intime avec leur agresseur, un homme de l’envergure de Harvey Weinstein — « un pécheur, certes, mais pas un violeur », plaidait son avocate — se verrait, malgré tout, condamné. C’est fait. Reconnu coupable de deux des quatre accusations qui pesaient contre lui, viol et agression sexuelle, Weinstein fait face maintenant à une peine allant de 5 à 29 ans de prison.

C’est la réaction de l’homme lui-même —le méga-producteur qui faisait et défaisait des carrières en claquant des doigts — qui illustre peut-être le mieux le caractère exceptionnel de ce verdict. À l’annonce qu’il serait immédiatement conduit en prison en attendant sa peine, il resta assis sur sa chaise, interloqué. « Mais je suis innocent », venait-il de répéter à trois reprises au moment où le jury lisait son verdict. Les magnats des médias ont l’habitude, après tout, de s’attendre à des faveurs sexuelles de la part des belles femmes qu’ils engagent. Allez voir le film récemment oscarisé Scandale (Bombshell) si vous en doutez. La disjonction semblait donc totale entre ce que Weinstein avait toujours considéré comme son dû et ce qui soudainement lui tombait dessus. L’ex-baron du cinéma refusa de bouger. Il fallut l’intervention des officiers de cour pour l’aider finalement à quitter la salle.

« C’est absolument spectaculaire comme décision », dit une ex-procureure spécialisée en matière d’agression sexuelle, Jane Manning. « Voici un homme qui a utilisé tout son argent et tout son pouvoir pour s’acheter l’impunité et, aujourd’hui, l’impunité a pris fin. » Le procureur au dossier, Cyrus Vance, le même qui avait précédemment refusé de porter des accusations contre Harvey Weinstein, faute de preuves, a parlé d’un « jour nouveau ».

L’ampleur de la victoire ne devrait pas être sous-estimée. Comme le rappelle l’avocate-conseil Jane Anderson, « le système n’est pas conçu pour aider les victimes [mais] pour appuyer les droits constitutionnels de l’accusé ». D’abord, les victimes sont tenues de témoigner alors que les accusés n’ont pas cette obligation. De plus, les dés ont toujours été pipés contre celles qui ne répondaient pas au profil de la victime parfaite. Une « vraie » victime porte plainte immédiatement, n’entretient surtout pas une bonne relation avec son agresseur, encore moins intime. « Vous aviez un choix », s’est plu à répéter l’avocate de M. Weinstein, Donna Rotunno, insinuant qu’il y a deux types de femmes en ce bas monde : des femmes comme elle, qui ont l’intelligence et la force morale de ne pas se retrouver dans des situations compromettantes, et des femmes qui se prêtent à n’importe quoi et qui sont ultimement responsables de ce qui leur arrive.

Les femmes l’ont cherché ; elles veulent, au fond, être sautées. C’est le plus vieux préjugé du monde et pour cause : les relations hommes-femmes reposent, depuis l’aube de l’humanité, sur la notion de la disponibilité sexuelle des femmes. Malgré la libération féministe, cette fameuse « disponibilité » est annoncée tous les jours à coups de publicités et de panneaux réclame. À Hollywood, cette notion que les femmes doivent être archi-sexuelles pour être intéressantes est profondément ancrée. Même dans un contexte plus anodin, le sex-appeal est (tacitement) exigé des femmes alors qu’il ne l’est pas des hommes.

C’est un peu tout ça qui vient de battre en retraite à New York cette semaine. Non seulement un jury a-t-il cru des victimes qui ont entretenu un rapport avec leur agresseur, ce qui précédemment les aurait totalement discréditées, mais le verdict reconnaît également la pression sexuelle anormale que subissent les femmes. Grand jour, en effet. Puisse ce jugement créer un précédent.

15 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 février 2020 01 h 56

    « [...] a, lui aussi, agressé sexuellement de nombreuses femmes» (Francine Pelletier)

    Une grande victoire pour les finances publiques, puisque le simple fait d'être une femme est en soi une preuve irréfutable de vérité, ce qui permettrait d'économiser sur la tenue d'éventuels procès

    Pourquoi diantre payer pour la tenue d'un débat juridique, puisqu'une vérité aussi accablante qu'irréfutable que la déposition d'une femme est garante de véracité absolue

    Blague à part, aujourd'hui, aucun juge ne s'aviserait de contester la déposition d'une femme, au risque qu'on le traîne dans la boue s'il l'a contredit

    Par les temps qui courent, le plus simple est d'éviter la compagnie des femmes, question de prudence: ne jamais être seul en présence d'une femme, au risque que vous portiez sur elle un regard non-désiré; si vous ressemblez à Roch Voisine, elle vous sourira, si vous êtes laid comme un poux, vous serez mûr pour le bagne

    En fait, celles qui vont subir le contrecoup, ce sont les midinettes qui se bousculent pour offrir leur charme en échange d'un rôle; elles risquent de ne plus trouver preneur

    Je connais un réviseur que le tribunal a traîné dans la boue, parce qu'il a témoigné du plagiat d'une étudiante; le comité de discipline de l'établissement universitaire a reconnu et sanctionné le plagiat, mais par la suite il a suffi à l'étudiante de dire au juge «ce n'est pas vrai» pour que ce dernier tombe à bras raccourci sur mon infortuné collègue et qu'il le traîne dans la boue comme un malpropre; idem pour le matériel informatique -buriné- qu'elle subtilisait à son employeur; imaginez-vous donc qu'un homme avait eu l'outrecuidance de la dénoncer; mal lui en pris, l'étudiante s'en est plaint à une policière qui a alors tenté d'arrêter le dénonciateur, parce qu'il portait atteinte à la réputation de la voleuse-plagiaire

    Ce jugement va satisfaire les idéologues qui hantent les pages de ce journal, mais ceux qui vivent au ras des pâquerettes ne prennent guère au sérieux ces ineptes intrigues de touche-pipi entre adultes

    • Hélène Lecours - Abonnée 26 février 2020 08 h 14

      En voilà un qui est ridiculement fâché par le jugement contre Weinstein. Je suis certaine que votre besace est pleine de ces exemples irréfutables que vous interprétez comme étant le pouvoir des femmes sur les hommes. C'est à dire TOUT pouvoir. Quand on ne voit plus qu'un seul côté de la médaille, monsieur, il faut avoir l'honnêteté de se faire soigner.

    • Sylvie Paré - Abonnée 26 février 2020 11 h 50

      Je suis pas d' accord avec tout ce que vous dites mais je salue bien bas votre courage et votre lucidité face à la dérive potentielle de #Metoo qui ne peut que nous enfoncer plus avant dans la chasse aux sorcières et le puritanisme actuels.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 26 février 2020 15 h 44

      Ben voyons M.Lacoste, 99% des femmes ne sont pas crues et ça fait la une quand elles le sont, imaginez.

      En toute rationalité:
      80 femmes ont accusées Weinstein et 2 seulement ont été crues. 78, ca fait beaucoup de menteuse déja.

      Je ne pense pas qu'Angelina Jolie ou Ashley Jude ont besoin de ce genre d'attention, ni d'argent, ni se mettre à dos un producteur influent dont la culpabilité était loin d'être gagné.

      Ne vous en faites pas trop, les chiffres sont claires, nos prédateurs s'en sortirons toujours et les femmes, à moin d'être 80, continuerons d'être humiliées du poste de police jusqu'à la cour.

    • Hélène Lecours - Abonnée 26 février 2020 17 h 48

      DÉGUEULASSE.

  • Claude Gélinas - Abonné 26 février 2020 04 h 35

    Chapeau à ces femmes courageuses !

    Il en a fallu du courage et de la détermination à ces femmes pour subir ces contre-interrogatoires déstablisant venant d'une procureure de la défense reconnue comme étant "une pit bull", utlisant toutes les techniques possibles avec un ton accusateur accompagnant de tant d'agressivité.

    Dans le cas Weinstein les victimes qui souhaitaient faire carrière n'avaient pas le choix de se taire. C'était le crois ou meurt. Abus de pouvoir avéré : ou bien tu acceptes ou bien ta carrière est terminée.

    Trop souvent le systéme de justice américain accepte que des arrangements financiers achètent le silence des femmes. Ce qui permet aux prédateurs comme le Président Trump de continuer leur manège sans être inquiété.

    • Clermont Domingue - Abonné 26 février 2020 09 h 43

      Il en faut du courage pour soutenir qu'on vous a bien tapoter les fesses alors qu'une autre femme essaie de vous faire passer pour une sainte nitouche

  • Serge Lamarche - Abonné 26 février 2020 05 h 07

    Jean Vanier, héro incompris?

    D'après ce que j'ai lu, Jean Vanier n'aggressait pas vraiment les femmes. Il les enfirouapait avec de la frime religieuse. Faut pas mettre les gentils vilains dans le panier des méchants vilains. Il était bon vendeur.
    Il reste un héro pour tous les autres, non?

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 26 février 2020 06 h 24

    Le crime sexuel organisé

    Excellente nouvelle en effet!
    Maintenant à quand le tour des complices et des témoins silencieux dans ce genre d'affaire?

    Dans le cas de Weinstein, du personnel formé rangeaient les lieux et rapportaient les effets personnels des filles, ils manipulaient les victimes pour s'assurer de leur silence.

    Complicité d'abus sexuel?

  • Marc Therrien - Abonné 26 février 2020 07 h 06

    Argent, pouvoir, sexe et désarroi


    Les affaires Weinstein et Rozon ont mis en scène des hommes de pouvoir riches et célèbres animés d’une volonté de puissance bien alimentée par l’énergie vitale de la libido et ont exposé le désarroi d’êtres humains éprouvé dans ces contextes particuliers où l’argent et le pouvoir et l'attrait qu'ils procurent viennent contaminer le jeu de séduction érotique naturel. Dans la vie domestique ordinaire, j’ai toujours confiance que les hommes et les femmes qui se choisiront pour maintenir le processus de reproduction sociale qui se transmet de générations en générations, c’est-à-dire par la construction de cellules familiales, sauront continuer de bien gérer le rapport de sexualité dont la fonction n’a pas beaucoup changé pour ce contexte.

    Marc Therrien