Quel avenir pour La Pocatière?

La population de La Pocatière est d’environ 4000 habitants. L’usine de Bombardier Transport y emploie près de 400 personnes et elle est en manque de contrats. Alstom vient d’acheter toute la division et personne ne peut prédire la suite.

Pas étonnant qu’à La Pocatière, et dans tout le Kamouraska, on s’en inquiète. S’il fallait qu’à Paris, on finisse par décider que l’usine ne sert plus, les conséquences seraient terribles.

Oui, la demande est en hausse partout sur la planète pour les trains et les tramways. Mais le protectionnisme est aussi en hausse. On récolte ici de moins en moins de retombées de contrats obtenus aux États-Unis. Et le passé récent démontre que rien n’est garanti pour les travailleurs locaux.

Les derniers contrats, pour le réseau de trains de banlieue de Montréal, ainsi que pour le REM, alias le train de la Caisse, sont allés respectivement à la chinoise CRRC et à Alstom… qui fait fabriquer les wagons en Inde — mais qui, ironiquement, va certainement plaider pour une exigence de contenu local lors des prochains contrats accordés au Québec et dans l’ensemble du Canada !

On verra pour la suite. À court terme, la survie de l’usine de La Pocatière semble assurée au vu des grandes déclarations du gouvernement québécois comme celles de la haute direction d’Alstom, mais nous avons déjà joué dans ce film-là…

Et la question se pose : quand une grande entreprise dominante dans une région décide de fermer les livres, est-ce le début de la fin pour la communauté touchée ? Non. Au Québec, l’histoire montre qu’un milieu qui décide de réagir au lieu de baisser les bras peut s’en tirer, et même améliorer sa situation.

Prenez Montmagny. En 2002, la multinationale Whirlpool, qui y fabrique des électroménagers, laisse entendre qu’elle va finir par fermer son usine. On espère localement qu’elle va changer d’idée, mais rien n’y fait : le 13 mai 2004, 137 ans après son arrivée, elle met définitivement fin à ses activités. Quelque 500 travailleurs perdent alors leur emploi. Pour cette petite ville de 12 000 habitants, c’est un véritable tremblement de terre. Par sa taille, Whirlpool était omniprésente dans l’économie locale. En proportion, c’est comme si Montréal perdait d’un coup 100 000 emplois !

Le choc a été terrible. Mais au lieu de sombrer dans le défaitisme, les gens de Montmagny ont rapidement organisé la riposte, aidés, il est vrai, par un fonds de 1 million de dollars versé par Whirlpool en guise de prix de consolation. Et aujourd’hui, même si c’est difficile à croire, la ville se porte mieux que jamais, avec un des taux de chômage les plus bas au Québec, à peine 2 %.

Que s’est-il donc passé pour survivre au cataclysme ? Une combinaison de trois éléments : la détermination du milieu, l’engagement des entrepreneurs locaux et l’appui des institutions qui ont avancé le capital supplémentaire pour soutenir la remontée.

C’est ainsi que les Maisons Laprise, Ressorts Liberté et autres entreprises ont pris le relais. Et la ville s’est aussi refait une beauté en mettant en valeur son front de mer et son centre-ville historique.

Il y aurait donc une vie après le départ d’une multinationale ? Sûrement, même lorsque plusieurs multinationales mettent les voiles les unes après les autres.

C’est en plein ce qui est arrivé à Shawinigan. La ville était jadis réputée la plus prospère au Canada, avec les salaires les plus élevés. Elle s’était même payé les services de l’architecte-paysagiste américain Frederick Law Olmsted, le même qui avait dessiné Central Park, à New York, et le parc du Mont-Royal à Montréal.

Puis est survenu, alors que personne ne s’y attendait, un long mais inexorable déclin. Il a commencé lorsqu’elle a perdu l’avantage de la proximité avec les centrales hydroélectriques sur le Saint-Maurice. À l’époque, le courant se dissipait lorsque transporté sur de longues distances. Une des plus grandes innovations québécoises, la mise au point des lignes à haute tension par Hydro-Québec en 1965, allait lui faire perdre son premier attrait.

La mondialisation a ensuite frappé. Les industries textiles, pétrochimiques, métallurgiques et même papetières ont migré, laissant sur place de vastes friches industrielles, de grands complexes apparemment condamnés à l’abandon… jusqu’à ce que Shawinigan retrouve un nouvel élan alimenté par de nouveaux leaders, locaux ici aussi.

Autrefois ville de cheminées, elle est devenue un centre de haute technologie sans pour autant renier son passé industriel. AddÉnergie et ses stations de recharge électriques ou Cognibox et ses logiciels de santé-sécurité côtoient aujourd’hui Shawinigan Aluminium, entre autres, qui perpétue l’héritage manufacturier de la ville. Et rien n’illustre mieux cette renaissance que la transformation de l’ancien complexe textile de la Wabasso : l’immense bâtiment abrite à la fois le Digihub, un incubateur pour jeunes pousses technos, et le Centre d’entrepreneuriat Desjardins, à la vocation plus large.

Il reste encore du travail à faire pour que Shawinigan retrouve sa superbe d’antan. Le taux de chômage demeure plus élevé que la moyenne québécoise et sa population a vieilli. Mais l’heure n’est plus à la nostalgie.

La morale de ces deux histoires ? On ne peut savoir ce qui va arriver à La Pocatière et à son usine de matériel roulant. Peut-être que l’entrée en scène d’Alstom va s’accompagner de cette manne de contrats qu’on espère depuis longtemps. Mais peut-être pas. Sauf que les gens de La Pocatière ne sont certes pas plus démunis que d’autres. Et si nécessaire, il leur suffira de regarder autour pour réaliser que rien ne vaut la maîtrise de son propre destin.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 21 février 2020 17 h 38

    dans les poches de ceux qui ont planifiés le coup et au detriment des travailleurs, n'est ce pas toujoursainsi que fonctionne les affaires

    la famille héritiere n'a-t-elle pas recu d'énorme cadeau a l'automne et on se demande ou est allé l'argent