C’est pas des farces

Guy Nantel dit avoir mis sa carrière d’humoriste en veilleuse pour se lancer en politique. Il semblait en effet très sérieux quand il a expliqué qu’il entendait remettre en avant la souveraineté-association, qu’on croyait morte et enterrée depuis longtemps. Plusieurs au PQ ne la trouveront pas drôle.

Lier souveraineté et association s’est révélé une erreur. Lors du référendum de 1980, il a suffi qu’Ottawa écarte d’entrée de jeu toute possibilité d’association pour discréditer l’ensemble de la proposition. Par la suite, le débat sur le trait d’union a été houleux. Au congrès de décembre 1981, René Lévesque était venu à un cheveu de démissionner. En 1995, il était entendu qu’en cas de victoire du oui, un refus de négocier le « partenariat », auquel M. Jacques Parizeau ne croyait pas, entraînerait une déclaration unilatérale d’indépendance. La cause est maintenant entendue : depuis des années, il n’est plus question que d’indépendance tout court.

« Moi, je proposerais une souveraineté-association avec le reste du Canada et il y aurait des choses qui pourraient être faites en commun comme une vraie confédération, comme l’Union européenne. Donc, la monnaie pourrait être une monnaie commune… je ne sais pas, les chemins de fer, on peut discuter de plein d’autres choses comme ça », a déclaré M. Nantel dans une entrevue au Devoir, quelques minutes après avoir officiellement annoncé qu’il était candidat à la chefferie du PQ.

La souveraineté-association est sans doute ce qui se rapproche le plus de la célèbre formule d’Yvon Deschamps, « Un Québec indépendant dans un Canada fort », ce qui demeure le rêve d’un grand nombre de Québécois. On peut toujours penser qu’après quelques années de bouderie, le Canada anglais accepterait de négocier un nouvel arrangement avec un Québec souverain, mais M. Nantel ne mesure peut-être pas dans quoi il s’embarque en relançant ce débat. Ses adversaires dans la course ne tarderont certainement pas à le lui faire comprendre.


 
 

En quatrième de couverture de son livre Je me souviens… de rien, paru en 2017, son éditeur expliquait que M. Nantel avait retiré temporairement son chapeau d’humoriste pour jeter un regard incisif sur le Québec d’aujourd’hui. Il est donc permis de croire que ce qu’on y lit est ce qu’il pense. Il y a là des choses pour le moins étonnantes.

Avec la CAQ, QS et le Parti vert, le PQ est un des signataires du pacte qui réclamait l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel, même s’il proposera des modifications au projet présenté par le gouvernement Legault. Dans son livre, M. Nantel s’est plutôt inspiré de la Boulè de la Grèce antique, où les dirigeants étaient choisis par tirage au sort parmi les citoyens que cela intéressait. Il envisageait donc une Assemblée nationale composée de 200 députés, dont la moitié serait élue à la proportionnelle, les 100 autres choisis au hasard parmi les citoyens remplissant quelques conditions de base, comme être majeur, avoir terminé ses études secondaires, ne pas souffrir de maladie mentale ni avoir de dossier criminel. « Pourquoi le Québec ne deviendrait-il pas un modèle précurseur pour le monde entier ? » demande-t-il.

M. Nantel a en effet une piètre opinion de la classe politique. Selon lui, le système est ainsi fait qu’il attire généralement « une caste de carriéristes de plus en plus ignorants de la réalité quotidienne des citoyens ». De toute manière, « les politiciens ne travaillent pas pour leurs électeurs, mais bien pour ceux qui financent leur campagne ou qui leur permettent de prolonger leur carrière postpolitique dans le secteur privé ». On lui souhaite de ne pas se retrouver en aussi triste compagnie.


 
 

En toute justice, son livre contient aussi des pages très pédagogiques, notamment quand il démystifie la péréquation. Des quatre candidats en lice, il est de loin celui qui jouit de la plus grande notoriété en dehors des cercles péquistes. Ses talents de communicateur et de vulgarisateur seraient indéniablement utiles au PQ, qui cherche désespérément une audience. Il pourra sans doute atteindre des gens qui ont aussi peu de considération pour les politiciens que lui.

Il ne s’agit pas moins d’un métier exigeant qui n’est pas fait pour tout le monde et qui nécessite un certain apprentissage. M. Nantel a fait valoir que si un professeur de théâtre a pu devenir premier ministre du Canada, rien n’empêche un humoriste de devenir chef de parti et possiblement premier ministre du Québec. Soit, mais le professeur de théâtre en question n’aurait peut-être pas eu le même succès s’il s’était appelé Tremblay. Avant de devenir chef du Parti libéral, Justin Trudeau avait aussi cinq ans d’expérience parlementaire. Pierre Karl Péladeau a montré qu’une grande notoriété et de profondes convictions ne sont pas nécessairement des conditions suffisantes.

M. Nantel a beau penser que « le concept de parti politique est rempli d’absurdités », c’est le cadre dans lequel il devra travailler, que cela lui plaise ou non. Le PQ a une histoire qui l’a marqué et qu’il devra respecter. Les nouvelles règles permettront à de simples sympathisants de participer à l’élection du prochain chef, mais c’est sur la base militante qu’il devra s’appuyer pour la suite des choses.


 
47 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2020 00 h 53

    Le tirage au sort.

    Probablement n'arrivera pas, mais pas une mauvaise idée.

    On n'a qu'à regarder les jurys - généralement ces personnes travaillent très consciencieusement.

    Et quand ça devient technique, on peut se faire assister d'experts et de fonctionnaires - comme les ministres et les députés.

    Et, bien entendu, la personne sur qui le sort tombe doit quand même volontairement accepter le travail, donc avoir un intérêt à le faire.

    Fait aussi en sorte que chaque citoyen.ne se dit que, qui sait, peut-être moi un jour? Ce qui peut stimuler l'intérêt pour la chose publique.

    Et c'est au-delà de la partisannerie. Et dans les grands nombres, avec le temps, statistiquement, ça devrait finir par être représentatif de la population.

    Et ce ne sont pas des politicien.nes de carrière - mandat limité dans le temps.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 février 2020 12 h 42

      Effectivement. Monsieur Nantel vient de mettre une bouffée d'air frais dans la politique stérile du parti québécois. C'est vrai que les politiciens de carrière ne travaillent plus pour les citoyens, mais plutôt pour l'oligarchie qui les appuie. L'on a qu'a examiné les politiques fiscales qui régissent nos sociétés pour se rendre compte que l'argent des contribuables ne sert plus à combler leurs services de base, mais pour enrichir les oligarchies à maintenir leurs privilèges et leurs profits dans les paradis fiscaux.
      Nous avons besoin d'une personne comme Bernie Sanders qui n’a pas la langue de bois et qui peut secouer le statu quo en faveur du bien commun. Le temps est venu pour mettre fin aux privilèges du 1% de la ploutocratie qui accapare tout, pour favoriser l'intérêt public des 99%.

    • Michaël Lessard - Abonné 15 février 2020 13 h 00

      Je veux réagir, par contre, sur un point nommé semble-t-il par Guy Nantel :
      exclusion, du tirage au hasard pour être parlementaire, des personnes ayant un problème de santé mentale.

      Dois-je expliquer ici que bon nombre de personnes ayant un problème de santé mentale et/ou maladies mentales, reconnu par un-e psychiatre, sont parfaitement aptes, intelligentes, sages et seraient d'excellent-es parlementaires ?

      Les préjugés sont tenaces !

      Je parle par empathie; je ne parle pas pour moi (je n'ai pas de maladie mentale, du moins rien de diagnostiqué par la psychiatrie). J'ai étudié la chose, travaillé un peu en santé mentale et j'ai connu/je connais beaucoup de gens ayant des problèmes ou maladies mentales. Puis, la psychiatrie et ses diagnostiques, je les connais aussi assez bien pour ne pas être impressionné par aileurs. Mes expériences de vie ne m'amènent *pas* du tout à croire que les gens dits « normaux » font de meilleur-es parlementaires, personnes, plus sages, etc.

    • Marc Therrien - Abonné 15 février 2020 15 h 10

      Madame Alexan,

      Je ne saisis pas dans votre réponse à M. Labelle en quoi vous appuyez ou non cette idée de Guy Nantel d'une "Assemblée nationale composée de 200 députés, dont la moitié serait élue à la proportionnelle, les 100 autres choisis au hasard parmi les citoyens remplissant quelques conditions de base". Est-ce que vous pensez que Bernie Sanders aurait de meilleures chances d'être élu si une partie des élections présidentielles aux États-Unis procédait par tirage au sort?

      Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2020 15 h 24

      Merci de votre attention et de votre contribution Mme Alexan et M. Lessard.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2020 15 h 35

      M. Therrien, je crois que Mme Alexan donne l'exemple de M. Sanders comme d'un politicien atypique (dans le bon sens), pour illustrer, par opposition, que si on pouvait confier moins la politique à des politicien.nes typiques, ça irait mieux, comme par exemple par le tirage au sort.

      C'est ce que je comprends de ce qu'écrit Mme Alexan, mais Mme Alexan est certes en mesure de répondre elle-même.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 février 2020 19 h 41

      À monsieur Raymond Labelle: Ce que je voulais dire c'est que «le tirage au sort» ne pourrait pas nous donner de pires résultats que ce que nous avons maintenant avec les politiciens de carrière qui font en sorte que l'argent des contribuables subventionne les multinationales et les mieux nantis (du BS pour les riches) que les citoyens qui payent leurs impôts avec l'espoir de recevoir des services publics adéquats.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2020 23 h 00

      Merci Mme Alexan.

  • Pierre Boucher - Inscrit 15 février 2020 07 h 25

    Langue de...

    vipère?
    Nantel ose dire ce que beaucoup ne veulent pas entendre. Osera-t-il déranger autant en politique?
    Sera-ce sa force?

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 15 février 2020 08 h 00

    Ce qui me trouble le plus c'est sa vision de la défense de la langue française, je n'ai pas tout lu mais Il assouplirait les règles de la loi 101 pout être plus en phase avec la nouvelle réalité du multiculturalisme.
    Sa réflexion sonne comme un ado qui semble trouver qu'on "capote" avec la langue française.

    Je préfère grandement l'approche de Bastien et de Plamondon. Espèrant que Nantel leur serve de faire valoir plutôt que de couler le parti avec une approche enfantine à la Qs qui enlèverait de la crédibilité au PQ.

    Je ne sais pas mais me semble que le PQ n'avait pas besoin de ça.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 février 2020 11 h 02

      Un article qui rapporte ce que M. Nantel a dit à propos de la loi 101 dans son livre: https://www.ledevoir.com/politique/quebec/573010/les-positions-de-guy-nantel-sur-la-langue-francaise-detonnent - ce que vous en dites semble exact Mme Geoffrion - on a plus de détails dans l'article.

      À la décharge de M. Nantel, son livre en est un de réflexions sur divers sujets, et non un programme de gouvernement. Quand on écrit ce genre de livres, on se commet mais M. Nantel ne savait pas qu'il ferait de la politique active à ce moment. M. Nantel devra indiquer ce qui, dans ce livre, mène à des mesures qu'il propose encore, ce qu'il sait qui ne peut pas se faire, ce sur quoi il a changé d'idée, et ce sur quoi il peut réfléchir encore et reconsidérer. Bref, avoir une plateforme conçue pour cette course.

      Par exemple, les députés par tirage au sort est une idée qui mérite d'être explorée et dont on peut parler dans un livre de réflexion sur la politique, mais que l'on sait que l'on ne peut pas réaliser dans les circonstances actuelles si son parti est élu.

    • Bernard Terreault - Abonné 15 février 2020 14 h 56

      J'assouplierais, peut-être, la loi 101 -- une fois l'indépendance faite et l'officialisation du français comme langue commune parlée et comprise de tous bien ancrée.

  • Claude Bariteau - Abonné 15 février 2020 08 h 10

    M. Nantel a tout d’un unijambiste en équilibre dans un cerceau qui jongle avec des idées pour attirer l’attention.

    Le PQ a mis le cap sur l’indépendance. Il prône l’association avec le Canada. Le PQ veut une proportionnelle mixte avec 125 députés. Il propose l’élection de 200 députés, 100 par proportionnelle et 100 autres tirés au hasard.

    Ces deux exemples transformeront en spectacles et en foire d’empoigne les débats entre les candidats à la chefferie.

    J’ai pensé que ce candidat pouvait contribuer à rendre le PQ plus accessible auprès des indécis face à l’indépendance. J’ai erré. Il les incitera à faire un saut périlleux dans le passé et à rêver d’un monde imaginaire.

    Le PQ revivra avec un chef visionnaire qui a les pieds sur terre et parle d’indépendance en écho avec ce qui se trame sur la scène internationale.

    Quelqu’un qui, comme l’a fait M. Lévesque, s’adresse au peuple québécois qui vit au Québec et s’exprime aux élections.

    C’est ce peuple qu’a fissuré en groupes multiculturels le PM Trudeau en 1982, désireux de stopper les rapprochements et les dépassements de la Révolution tranquille.

    Un peuple qui s’est construit péniblement sur l’axe économico-politique défini en 1812 par le Royaume-Uni pour assurer l’essor d’entrepreneurs britanniques, son avant-garde protégée militairement pour reproduire au nord des États-Unis le rêve des loyalistes.

    Un peuple qui s’est manifesté en 1836 pour changer l’ordre politique imposé par Londres à l’aide des collaborateurs de l’époque.

    Un peuple qui, avec messieurs Lévesque et Parizeau, entrevit une fenêtre sur le monde que barricada le Canada.

    Un peuple qui s’éveille de nouveau parce que ses jeunes entendent vivre librement au Québec dans un univers sous attaque avec les outils dont dispose le peuple québécois et en se dotant d’un pays pour les déployer avec force et mener leur lutte.

    Un unijambiste en équilibre instable n’a rien d’un visionnaire et a tout d’un clown.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 15 février 2020 08 h 16

    La souveraineté-association a fait son temps, pourquoi pas une vraie et moderne confédération?

    L'histoire du Dominion, issue du parlement britannique, n'est pas des plus glorieuses à l'égard des peuples minoritaires qui occupent une bonne partie du territoire, de l'Est à l'Ouest. Le souvenir de la souverainté-association n'est pas non plus celui qui remettra le Parti Québécois sur les rails. Il est plus que temps de s'affirmer comme un peuple qui, comme celui des Autochtones, ne veulent plus d'une fédération issue de traditions britanniques où ça pue le colonialisme d'antan, sans compter l'effet réducteur d'être subordonné à une monarchie dépassée, avec en filigrane les rites religieux datant des temps immémoriaux qui ne font pas progresser d'un iota la vie des citoyens. Demander une association avec le ROC relève de la soumission de la plupart des francophones québécois, tout comme elle le serait probablement avec les Premières Nations!
    Vivre dans mon pays le Québec, avec à la tête un gouvernement élu par la majorité, libre et indépendant, au sein d'une confédération moderne, peut-être même originale, en respectant les limites territoriales, est une des solutions pour faire de l'ancien dominion un endroit où il fait bon vivre, tout lien et tout signe de monarchie étant supprimés séance tenante! Les peuples d'égal à égal seraient plus interessés à faire des accomodements raisonnables (sans jeu de mots) que d'être contraints à subir les ordres d'une autorité supérieure! Nous voyons maintenant que le Dominion ne ne plus fonctionner sous la gouverne unique d'un parti fédéral pour l'imensité du territoire, où les disparités ne peuvent que mener à des affrontements au détriment des citoyens. Il est temps de passer à un avenir plus prometteur!

    • Claude Bariteau - Abonné 15 février 2020 10 h 11

      pour parler de confédération selon l'UE, il faut avant tout être un pays. Lorsque le Québec le sera, il verra ce qui se passe au Canada, notamment s'il y a une multiplication de pays, ce dont je doute. Vous postulez qu'il y aura d'autres pays. Ce n'est pas ce qu'on voulut les autres provinces en 1981.

    • Gilles Théberge - Abonné 15 février 2020 10 h 41

      Vous dites que « La souveraineté-association a fait son temps, pourquoi pas une vraie et moderne confédération? »...? D'abord je crois qu'il faut mal connaître les anglais du Canada pour penser comme ça. Ils vont gruger l'os, tant qu'il restera de la moelle...

      Et pourquoi pas l'Indépendance, puisque vous dites que la souveraineté-association a fait son temps. La souveraineté-association est inévitable dans un monde, ou tous les États doivent collaborer pour maintenir un certain équilibre..

      L'Indépendance me semble être la seule voie originale, sans équivoque pour une nation qui s'assume.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 15 février 2020 11 h 47

      Je suis d'accord avec vous Monsieur Bariteau. J''ai écrit au 2e paragraphe qu'avant de faire une confédération, au sens large du terme, le Québec doit déjà libre (indépendant). Le passé n'est pas toujours garant de l'avenir et les provinces anglaises commencent elles-aussi à être exaspérées du chapeau de J. trudeau et de sa précipitation à ne rien faire, sinon provoquer ce que beaucoup pensent! Nous sommes sur la même longueur d'onde pour bien des choses!