Le «yâbe» est dans le curé Caron

Joblo en soutane d’enfant de chœur trinquant avec David La Haye, l’incarnation du diable, au bar Bootlegger à Montréal. Conversation zéro tempérance sur l’amour, le vice et la vertu.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Joblo en soutane d’enfant de chœur trinquant avec David La Haye, l’incarnation du diable, au bar Bootlegger à Montréal. Conversation zéro tempérance sur l’amour, le vice et la vertu.

Confortablement installés sur le canapé rétro du bar Bootlegger, nous avons plusieurs heures devant nous pour deviser sur l’amour, la véritable religion de David La Haye.

Le comédien incarnait un curé Caron haïssable dans la dernière saison de la télésérie Les pays d’en haut, qui s’est terminée lundi soir, un rigoriste troublé qui tente de vider le Nord du stupre et du vice. Armé de la croix noire de la tempérance, le curé a pour mission de purifier Sainte-Adèle en interdisant le gros gin. La Haye personnifie son émissaire de Dieu avec une lueur démoniaque au fond de la prunelle. Le diable est tapi dans les détails. Sa « corneille » barbue est devenue mon personnage préféré après le curé Labelle.

J’ai toujours eu un faible pour les soutanes…

Pour quiconque s’intéresse aux potins artistiques locaux, ce contre-emploi est assez cocasse, car l’antéchrist de 53 ans a butiné toutes les fleurs de macadam de Montréal depuis plus de 30 ans ; après 1991, pour être précis, sa dernière peine d’Amour. D’Âmour.

Depuis, David La Haye s’emploie à débusquer la coquine avec qui il pourra raccommoder son âme de ti-gars. « L’amour entre adultes, c’est deux enfances qui se reconnaissent dans une complète symbiose sexuelle », glisse-t-il en reposant son verre de Bloody Caesar.

La sexualité s’avère une sphère de jeu parallèle aux recherches de l’acteur, mais n’en constitue pas l’épicentre. Appelons cela un art de vivre consommé digne des meilleures rééditions du Kama sutra.

Une de ses ex-amantes m’a vanté ses talents pour le baiser, une activité sous-estimée et la plupart du temps bâclée pour en arriver au dessert. Chez David, le sexe est une succession de tapas arrosées d’un bon sherry. L’orgasme n’en est pas le point culminant, la pénétration non plus. Tout est bon dans le cochon (pour peu qu’on ne soit pas végétarien).

L’amour c’est quand tu m’aimes
L’amour c’est quand je t’aime
Sans te le dire
Sans me le dire

Ce romantique de Bélier (j’en suis) croit mathématiquement qu’un jour son élue se présentera à lui. « C’est dans la nature de l’homme de butiner, mais les hommes amoureux tombent lorsqu’on les quitte. » Il pourrait chanter Ne me quitte pas et il connaît les paroles de Nothing Compares to You.

Au quotidien, David La Haye se décrit comme « one of the girls », le confident prodigue de conseils tactiques auprès des écorchées vives, un « gourou » de croissance personnelle distillant sa sagesse sur son mur Facebook, fort divertissant au demeurant. Il ne semble jamais à court de bons mots brodés d’une candeur qui détonne avec l’époque revenue-de-tout, surtout en matière de l’amour au temps de Tinder, d’un idéal mis à mal par l’embarras du choix.

Love-moi tendre

Capable de s’émouvoir au son d’un Love Me Tender ou de Heroes Just for One Day, David La Haye a connu l’amour avant la technologie. « La notion même de couple a changé. On remet en question l’exclusivité. Et la techno fait mal au couple. Les gens se séparent à cause des réseaux sociaux, se stalkent [traquer l’autre], se ghostent [s’ignorer]. Sans parler des textos qui tuent les relations. Moi, c’est simple, tu as mon numéro de téléphone. Si y’a un problème, on se parle. Ça prend au moins l’inflexion de la voix. Les textos créent une distance. » Et combien d’incompréhension sous prétexte de peser ses mots ou de faire rapide sans implication de votre part.

Si, pour David La Haye, la pornographie a fait beaucoup de mal à l’érotisme, les réseaux sociaux ont tué la confiance et instauré une mentalité de guerre des sexes. « Les gars payent pour un climat de “ culture du viol ” ou pour quelques hommes qui ont des comportements déplacés. On ne peut plus faire un compliment à une fille dans la rue. Je le faisais avant, plus maintenant. »

Pour lui, deux éléments primordiaux demeurent : confiance et respect. « Un texto sans réponse, y’a pas plus grande violence psychologique. Personne ne veut se faire niaiser. » Pour cet épris d’intensité, trois critères dictent ses attirances. « Est-ce que j’ai envie de l’aider ? Est-ce que j’ai envie de la protéger ? Est-ce qu’elle me touche ? Si t’es pas touché, ton coeur n’est pas là. Il faut que tu entres en résonance avec la vulnérabilité de l’autre. »

Sa devise ? « Le désir est fréquent, l’amour, rare. » Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas consommer en attendant les étincelles. « Moi, je suis un fidèle. Mais en vieillissant, c’est plus facile de l’être aussi. Y’a moins de testostérones. Et puis, on est moins soumis au FOMO [Fear of Missing Out]. »

David aime ses amantes, surtout les régulières, mais cherche la femme avec qui la compatibilité et la chimie sexuelle ne feront aucun doute.

dans nos bras
plus que nous deux
un cabanon de sueur
nous y prendre
debout et longtemps
contre le gypse bouillant
de l’aube

De L.A. à Montréal

L’acteur se promène d’ailleurs entre deux terrains de jeu depuis 12 ans, Los Angeles et Montréal. « J’aime la météo à L.A., mais pas les relations hommes-femmes. Tout est relié au travail, à ce que tu peux apporter. Les gens là-bas ne sont fidèles ni en amitié, ni en amour, ni professionnellement. Ici, c’est plus simple. Tout le monde est relativement pauvre et les gens sont plus vrais. »

Dans sa quête existentielle d’un sentiment qui s’émousse parfois, le comédien n’est pas complètement dupe : « L’amour, c’est un don, quelque chose qui te comble aussi. Mais le désir s’effrite naturellement. Les sens sont moins stimulés, ce sont toujours les mêmes odeurs, la même peau. En 2020, dès que le désir s’affaiblit, on swipe à droite. Nous sommes dans l’hypersatisfaction des sens. »

L’amour est peut-être indulgence aussi. Quelque chose qui pourrait ressembler à Marriage Story — un film qu’il a adoré —, sans le divorce. « Moi, je peux comprendre qu’on peut s’enfarger une fois. On ne va pas briser un amour profond pour une escapade d’un soir. Mais je ne veux pas être le seul à ne pas le savoir. Le manque de respect tue l’amour. Si tu ne sais pas ça à 40 ans, tu es d’une immaturité totale. »

L’amour, cet éternel mystère, cette quête de soi dans l’autre, ce baume sur la vie, David sait bien qu’il ne guérit pas tout. « Ce n’est pas deux vides qui essaient de se remplir. Ça ne peut pas combler tes manques. Il faut avoir la même envie, aller vers le même but. C’est la nature qui décide du choix des amants, pas nous. Veux-en à Dieu s’il n’y a pas de chimie, si le timing n’est pas bon. »

Parole d’Évangile. Ou de pécheur…

Aimé le recueil des chroniques de Maïa Mazaurette, ma spécialiste du sexe préférée (en français), dans Le Monde et GQ, notamment. « Le sexe selon Maïa » est tout chaud.

Lire Maïa, c’est s’ouvrir à un autre monde, moins occidental et axé sur la porno hétéronormative. Maïa fait de l’éducation de façon rigolote et décomplexée.

À mettre dans toutes les mains et à lire à voix haute au lit !

Dans cette entrevue accordée à Cheek, elle compare la pénétration au McDo du sexe.

Savouré Mourir m’arrive, une réédition du livre de poésie de Fernand Durepos. Je sais, le titre ne parle pas d’amour.

Mais le livre est rouge braise, d’une combustion amoureuse, d’une détresse aussi.

C’est peu dire que j’aime ce petit recueil que j’offrirais à l’amour. 

Vous pouvez écouter Fernand Durepos lire certains des textes du livre ici, dans ce film de Farid Kassouf

Écouté cette semaine les sexologues François Renaud et Marion Bertrand-Huot, à l’émission Pénélope sur la Première Chaîne, effleurer un sujet qui commence à monter en grade : accorde-t-on trop d’importance à l’orgasme ?

Poser la question, c’est y répondre. S’interdit-on des caresses sans finalité, des baisers lascifs sans but, des regards concupiscents sans génitalité en tête, pour le simple plaisir, le simple désir. J’en aurais pris davantage. Insatiable que je suis.


JOBLOG

Quand on aime, on compte pas

Eh bien, il s’avère que certains ont compté pour nous. Les mathématiques de l’amour existent. La charmante mathématicienne Hannah Fry nous explique de façon amusante comment les émotions peuvent difficilement se quantifier, mais les comportements, si. L’amour est parfois prévisible et répond à des modèles convenus malgré le mystère qui l’entoure. Dans cette conférence TED, elle explique notamment comment gagner des points avec une application de rencontre, comment trouver l’alter ego parfait et ensuite éviter le divorce. Et cela peut être assez étonnant, graphiques à l’appui. Les couples qui fonctionnent sont ceux qui ne négligent pas les choses. « On ne devrait jamais laisser le soleil se coucher sur sa colère. » C’est mathématiqueEt pour ceux qui voudraient explorer davantage la question


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