La guerre des éteignoirs

Ainsi, le souhait de la défunte ADQ de mettre fin aux commissions scolaires — ce qui avait des allures de grand guignol, rappelons-nous, en 2007 — a finalement été exaucé. Au petit matin, vendredi dernier, 700 commissaires perdaient leur travail, comme par magie. Pouf ! Disparus du jour au lendemain ainsi que les 70 commissions scolaires qui les dirigeaient. C’est un peu cruel, on s’entend, sans parler du quatrième bâillon qui a scellé ce tour de passe-passe à l’Assemblée nationale.

Sûr, un système vieux de près de 200 ans a besoin d’être revu et corrigé. Malgré sa vétusté, notons quand même qu’en 1846, au moment de leur création, les commissions scolaires illustrent « l’esprit de lumière », vu leur engagement envers une éducation de masse. Cette nouvelle bête bureaucratique, qui possède un pouvoir de taxation en plus, en indispose évidemment plus d’un. Au XIXe siècle, « l’État est le troisième acteur en éducation, après l’Église et la famille », explique l’historien Jean Bélanger. La résistance aux commissions scolaires est considérable et l’opposition à cette première expérience d’éducation populaire sera baptisée « guerre des éteignoirs ».

La lumière finira par avoir le dernier mot, un siècle plus tard, lors de la vaste réforme de l’éducation qui mènera à la commission Parent (1961-1966) et à la création du ministère de l’Éducation (1964). Le Québec de la Révolution tranquille voit d’un très bon oeil les commissions scolaires qui, modernisées et étendues à l’ensemble du territoire, « répond[ent] à une volonté explicite de démocratiser le système d’éducation et à un urgent besoin de répondre à l’arrivée massive de la génération du baby-boom sur les bancs d’école ».

Curieusement, les commissions scolaires d’alors sont prisées pour les mêmes raisons qu’elles se voient abolies aujourd’hui. Dans les années 1960, on vante ce palier de gouvernement pour ses « gains d’efficacité », sa capacité de « démocratiser le système d’éducation » et de « redéfinir le rôle de l’État en matière d’éducation ». Aujourd’hui, on prétend que c’est plutôt l’abolition desdites commissions qui permettra d’atteindre ces mêmes objectifs. Cherchez l’erreur.

Qu’est-ce qui a changé en 50 ans sinon cette idée que l’éducation n’est plus un bien, un droit, mais un « service » qui doit être offert le plus rondement possible ? « Il faut être efficace », disait le ministre Roberge à Tout un matin cette semaine, et « avoir le courage de changer les choses ».

Il faut dire que tant les libéraux que les péquistes ont jonglé avec l’idée de se défaire des commissions scolaires — l’idée saugrenue de Mario Dumont a quand même fait son petit bonhomme de chemin depuis 2007 —, mais sans que les uns ou les autres osent proposer l’abolition complète de ce palier gouvernemental. Fidèle à son modus operandi, ayant déjà aiguisé ses couteaux en matière de laïcité et d’immigration, jusqu’au Bonjour-Hi qui a failli passer à la trappe, la CAQ revient à la charge avec l’adoption à la va-vite de la loi 40 sur la gouvernance scolaire. Il faut admirer le sang-froid, quand même, à moins qu’il s’agisse d’une espèce d’intoxication de lune de miel qui n’en finit plus. Se voir à ce point apprécié, sur Facebook et ailleurs, 16 mois après la dernière élection, doit bien finir par monter à la tête un brin.

Le parallèle entre cette réforme et celle, encore toute récente, en santé demeure d’ailleurs troublant. Même énorme machine qui ne cesse de décevoir. Mêmes professionnels exténués. Même public désabusé. Même manque de transparence et même concentration des pouvoirs dans les mains du ministre. Même faites-moi-confiance-je-sais-ce-qu’il-faut-faire. Même incapacité du public d’y voir clair. « On a l’impression d’être devant un immense fouillis », dit une porte-parole de Je protège mon école, Patricia Clermont.

Sans nier le besoin de remédier aux lacunes du système d’éducation, pense-t-on vraiment que la solution passe par le fait de mettre des professionnels à la porte au profit de parents et de représentants bénévoles ? N’est-ce pas là l’équivalent d’envoyer ses poubelles en Chine dans l’espoir de peut-être les recycler ? C’est de l’ordre des voeux pieux, en d’autres mots. Et cela ne tient pas suffisamment compte des limites d’une telle aventure : le manque de disponibilité de la majorité des parents, d’abord. Nous ne sommes plus à l’ère des dames patronnesses et des femmes à la maison. Et le manque de connaissances, ensuite, des nouveaux conseils d’établissement en ce qui concerne la gouvernance et même le milieu scolaire, dans bien des cas.

La loi 40 rappelle tout ce qui exaspère dans ce gouvernement : le manque de consultation, le besoin de cocher une case plutôt que de réfléchir plus avant, l’obsession du « service » au détriment des idées et le mépris de la fonction publique. Un autre « éteignoir », l’abolition des commissions scolaires ? Le temps le dira.

33 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 12 février 2020 00 h 43

    Pourquoi pleurer?

    Il me semble que nos écoles publiques ressembleront davantage à nos écoles privées.

    Ce gouvernement fait preuve d'autorité. Ça me plaît.

    Si on n'est pas satisfait, on pourra le mettre à la porte dans trois ans.

    • Pierre Asselin - Abonné 12 février 2020 05 h 33

      Je crois plutôt que ce que vous qualifier d'AUTORITÉ ressemble beaucoup plus à une DICTATURE qui glisse sur la vague du populisme

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2020 07 h 39

      Bien d'accord avec vous. Pourquoi pleurer?

      Dans toute cette diatribe qui veut pourfende la décision sage du présent gouvernement Legault de se défaire des commissions scolaires, ou oublie de mentionner volontairement, que ce sont le système politique et ses élections qui sont abolies et non pas les services qui vont directement à la clientèle, les élèves. Avec moins de 5% de gens qui participaient à élire des commissaires scolaires, disons poliment que la situation était saugrenue. Si les gens n’étaient pas intéressés, pourquoi avoir gardé un tel système aussi longtemps? Et ce phénomène d’élections scolaires peu couru est partout pareil au Canada. En Ontario, ils avaient essayé de faire coïncider les élections scolaires avec celles municipales et avaient terminé avec le même désintéressant des électeurs.

      Disons le tout de suite, les commissaires scolaires n'étaient pas exactement des professionnels même s’ils recevaient un salaire. C’était monsieur et madame tout le monde qui voulait se dénicher un emploi politique qui se lançaient dans cette aventure. Pour avoir œuvré moi-même au sein d’un CA d’un conseil scolaire comme professionnel en éducation, c’était comique de voir des gens, souvent avec seulement un secondaire, comment dépenser des centaines de million pour les besoins des élèves et des enseignants. C’était pathétique à entendre. On n’oubliera pas aussi que plusieurs de ces commissaires faisaient tout simplement de la politique en dénonçant les politiques d’un gouvernement dûment élu au lieu de s’occuper de leurs ouailles.

      Les commissions scolaires, qu’on appelle les conseils scolaires ailleurs dans les autres provinces, sont une « bibitte » de l’empire britannique qui depuis longtemps, avait passées leur date d’expiration. Ce qui était peut-être une bonne idée en 1846, ne l’est certainement plus en 2020. Comme pour les lois politiques, on peut se poser la même question : est-ce que le système éducationnel doit refléter les vivants ou les morts?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 07 h 55

      Élimination du contre-pouvoir: principe de base de la loi 40. Pas fort, pas fort!

      "Il me semble que nos écoles publiques ressembleront davantage à nos écoles privées.". Quelle erreur, quelle erreur! La gestion de l'école privée est l'affaire des gens de cette école.Et leurs représentants ne sont pas des poteux, des figurants. Les nouveaux membres du CA de l'ex-commission scolaire seront des figurants, de spoteux.

      La gestion de nos écoles publiques est maintenant entre les mains du ministre et des fonctionnaires: une réforme Barrete no 2.....C'est un recul majeur au plan démocratique.Le démocrate, que je suis, pleure quand il s'agit de reculs au plan démocratique.Prochaine étape: faire disparaître les élections municipales.

      "Ce gouvernement fait preuve d'autorité. Ça me plaît.". Ça me déplaÎt * au coton*. En démocratie, il faut,d'abord, essayer de convancre avant de joueur à la dictature. On ne change pas, radicalement, un système d'éducation, en quelques heures, avec des amendements majeurs de dernière minute, en pleine nuit.

      Ces nouveaux administrateurs n’auront pas le droit de s’exprimer publiquement. Ils sont tenus à un devoir de réserve. Le porte-parole de chaque « centre de services de scolaires » est désormais le directeur général. C'est le modus operandi d’un gouvernement « qui impose ses politiques » et « qui élimine les contre-pouvoirs ».

      Un gouvernement qui parle des 2 côtés de la bouche:les anglphones conserveront leur droit d'élire leurs représentants, mais pas les francophones.Tout comme, en immigration, il a exempté, à la dernière minute, les écoles privées.

      "Le faux débat des commissions scolaires" a écrit une chroniqueuse., avec raison. Le problème dans le systère, le Conseil supérieur de l'Éducation le lui a écrit au ministre:le caractère élitiste du système, basé sur le financement des écoles privées.

      Quant aux administrateurs issus du personnel, ils seront régulièrement en situation de conflits d'intérêts. Quant aux parents é

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 08 h 24

      @M. Domingue

      Principe démocratique fondamental: "no taxation without representation". Vous applaudissez à l'abolition d'un principe démocratique fondamental; pire encore,vous êtes d'accord que ce soit seulement chez les francophones.

      D'accord avec M. Asselin que cela a des airs de "dictature*.

      La gestion d'une école publique ne pourra jamais se comparer à celle d'une école publique: votre prémisse est fausse!. Pcq, au public, beaucoup de facteurs sont interreliés: notamment la gestion du personnel et des conventions collectives., la répartition des budgets, les services pédagogiques...et un tas d'autres.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 08 h 42

      @M. Domingue

      En conclusion. Le ministre verra à ce que 15 figurants bénévoles fassent partie du CA. Etre commissaire d'école, c'était exigeant pcq cela exigeait beaucoup de temps et d'énergies: ici budget de quelque 340 millions $, plus de 4 000 employés pour quelque 22 000 élèves. Cela exigeait du commissiare beaucoup de temps et d'énergies. Le commissaire avait été élu au suffrage universel; il avait eu le culot dfe mettre son nom et sa figure sur la place publique.

      Je trouve ridicule utiliser l'expression " 15 bénévoles". Mais cela présente bien la pensée du ministre:ce seront de simples figurants, ils n'auront même pas le droit d'aller sur la place publique. Et il est évident qu'il y aura un roulement fréquent. L'efficacité de la gestion scolaire PUBLIQUE s'applique quand les représentants sont élus au suffrage universel: car eux, ce ne sont pas des figurants, mais des répondants quotidiens sur la place publique.

      A chaque fois qu'Il y a un recul au plan démocratique, je suis triste!

    • Claude Bernard - Abonné 12 février 2020 09 h 22

      M Domingue
      Aux dernières nouvelles, les écoles privées fonctionnaient de façon décentralisée et avaient tous les avantages de la concurence (pour attirer les élèves) et la qualité consubstancielle à la gestion et à la culture propre à chaque établissement, alors que, selon toute apparence, le système publique sera plus centralisé et plus bureaucratique que jamais.
      Changer pour changer, sans expliquer, sans justifier, sans queue ni tête (entendez-vous le féminin?), sans vergogne, ne croirait-on pas revoir la collectivisation des terres et autres fariboles qui détruisirent l'agriculture d'un grand pays pour des générarions?
      L'idéologie affairiste et l'efficacité à tous crins est en train de nous faire manquer le bateau à la fois de la réussite scolaire et de la lutte au décrochage et de l'avenir d'un peuple pour un plat de lentilles en forme d'idée fixe.
      Empirer une situation déjà pénible à supporter pour les enseigantes (avec ou sans foulard), voilà qui semblait hors de portée des émules du doc Barrette mais nous pourrions être les témoins impuissants de ce miracle et de cette nouvelle loi populiste ni de gauche ni de droite mais de l'homo technologicus.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 09 h 31

      @M. Dionne

      Le New Brunswick avait fait disparaître ses conseils scolaires et a dû y revenir.L'Ile-du-Prince-Edouard s'apprête à faire de même.

      Pour avoir oeuvré 33 ans dans le système d'éducation québécois, au secondaire public,en y ajoutant mes 2 mandats en gestion d'affaires municipales...je réfute avec FORCE votre autre affirmation gratuite:je suis convaincu qu'avoir céduler les élections scolaires en même temps que les municipales aurait permis d'augmenter, DE BEAUCOUP, le taux de participation aux élections scolaires.

      Le principal reproche à faire à la CAQ: avoir mener subrepticement l’une des plus importantes réformes de l’éducation depuis la création du ministère(1964) sans qu’il y ait de véritables débats de société: dérive autoritaire à la Trumpisme, quant à moi!

      Les voix de Marie-André Chouinard(LE DEVOIR), de François Cardinal(LA PRESSE), de Paul Journet(LA PRESSE), d’Emmanuelle Latraverse et Réjean Parent)( JOURNAL DE MONTRÉAL), de Robert Dutrisac( LE DEVOIR), entre autres, se sont ajoutées à la mienne.

      "La bâillon de l'échec"! Absolument d'accord!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 13 h 11

      A M. Domingue...*qui trippe* sur le privé.

      Simplement lui rappeler que les députés et ministres qui ont adopté cette loi 40 envoient leurs enfants au privé., dans la majorité des cas: c'est secret de polichinelle..

      La CAQ a effectivement un faible pour le privé: elle a rompu sa promesse sur la laïcité( loi 21) en exemptant les écoles privées.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2020 16 h 08

      « Ben » M. Grandchamp, ils ont cédulé les élections scolaires en même temps que celles municipales en Ontario et le taux de participation aux élections scolaires est demeuré aussi léthargique qu’avant. La plupart des commissaires sont acclamés et nul besoin d'elections. Si le New Brunswick et l'Ile-du-Prince-Edouard s'apprêtent à faire revenir les conseils scolaires, c’est pour d’autres raisons, surtout d'ordre économique. On pourrait commencer par la raison démographique (peu de population) et le fait que ce sont des provinces pauvres qui dépendent de l’aide sociale du gouvernement fédéral et donc, les contribuables veulent avoir leur mot à dire dans les taux des taxes scolaires.

  • Léonce Naud - Abonné 12 février 2020 03 h 51

    Commissions scolaires : pas des gouvernements

    Les commissions scolaires n'étaient pas un « palier de gouvernement » comme on le prétend dans cette chronique mais des Administrations soumises à un Gouvernement, celui de l'État du Québec. La preuve : ce dernier vient tout simplement de les abolir. Exactement comme les municipalités, dont les élus oublient trop souvent qu'ils ne sont que des créatures provinciales, ce dont ils auraient davantage intérêt à se souvenir si j’étais moi-même Premier ministre…de sa Très Gracieuse Majesté, il va sans dire.

    • Pierre Bernier - Abonné 13 février 2020 11 h 01

      @ Léonce Naud : Vous avez parfaitement raison.

      Les commissions scolaires étaient des "administrations décentralisées"... comme d'ailleurs le sont les municipalités.

      Il est plus que temps de mettre fin à cette l'inflation verbale.

  • André Beaudet - Abonné 12 février 2020 05 h 19

    La transformation des commissions scolaires en centres de services, non pas 2007 mais 1982, non pas l'ADQ mais le PQ

    1982 : L'école québécoise, une école communautaire et responsable :
    En 1982, Camille Laurin, ministre de l'Éducation, dépose un Livre blanc intitulé : L'école québécoise, une école communautaire et responsablei. Se situant dans la foulée du plan d'action L'école québécoise produit par le Ministère en1979, le Livre blanc signalait un certain nombre de problèmes auxquels il fallait encore faire face :
    Au regard des écoles
    1. Le peu de prise des parents et des communautés locales sur les orientations et la vie quotidienne de l'école;
    2. La faible autonomie et le maigre pouvoir de décision reconnus à l'école;
    3. La fragilité et l'instabilité qui affectent la vie même de l'école;
    4. La taille parfois excessive de l'école et la difficulté d'y créer un climat humain de qualité;
    5. Le transport scolaire et ses coûts humains, sociaux et pédagogiques trop élevés;
    6. Le poids et la rigidité des conventions collectives et de leur application;
    7. La difficile identification des personnels scolaires comme professionnels de l'éducation;
    8. Le caractère limité de la démocratie à l'intérieur même de l'école;
    9. La difficulté pour l'école d'être un lieu de services communautaires;
    10. Les malaises suscités par le principe et la pratique de l'exemption de l'enseignement religieux;
    11. Les malaises liés aux aménagements actuels de la confessionnalité scolaire;
    Au regard des commissions scolaires
    12. Leurs préoccupations souvent plus administratives que pédagogiques;
    13. Leur éloignement des communautés locales;
    14. Leur fréquente compartimentation selon les niveaux d'enseignement;
    15. Leur division selon des critères confessionnels;
    16. Leur inadaptation structurelle au cadre administratif et juridique actuel;
    17. La lourdeur et les coûts élevés de leur fonctionnement;
    18. Leur nombre et leur chevauchement sur l'île de Montréal;
    Au regard du Ministère de l'Éducation
    19. Le développement tentaculaire et la tendance à la centralisation;
    20. Des préoccupations sou

  • Simon Grenier - Abonné 12 février 2020 06 h 35

    Ben, pas seulement ça, Mme Pelletier. Les conditions de travail en Éducation comme en Santé sont médiocres. Les rémunérations sont la plupart du temps acceptables mais l'organisation du travail dans tous ses aspects et surtout, l'ambiance de mépris camouflé derrière des phrases creuses rédigées par le service des communications alors qu'on vous regarde droit dans les yeux en vous laissant entendre sans jamais le dire que vous n'oserez pas démissionner de toute façon, brisent les gens. À quoi bon changer les structures quand le manque de personnel chronique est aggravé par des stastiques surnaturellement élevées d'absences prolongées pour maladie mentale officiellement causée par le travail et gérées par la CNESST - des dépenses publiques collatérales supplémentaires, by the by, gouvernement de l'économie. Le pragmatisme caquien, c'est pas pour le ministre de l'Éducation, en tout cas.

  • Claude Bariteau - Abonné 12 février 2020 06 h 43

    1846, pour vous est un « vent de lumière », car la création des commissions scolaires dans le Canada-Uni est un pas en direction d’une éducation de masse. Vous exagérez.

    Cette année est celle qui officialise les commissions scolaires catholiques dans les sections est et ouest du Canada-Uni.

    Dans la section est, ces commissions scolaires catholiques s’implantent après que le clergé catholique ait critiqué la création d’école publique promue par le Parti patriote, que cessa de financer les dirigeants du Bas-Canada en 1836.

    Dans la section ouest, ce fut différent. On y prôna des écoles publiques à côtés d’écoles protestantes et on est moins ouvert aux écoles catholiques. Ce sera d’ailleurs un sujet clé pour Brown, un des penseurs du Dominion of Canada, selon qui les affaires d’éducation devraient être la responsabilité des provinces, le gouvernement central n’y ayant pas sa place.

    Toujours dans la section est, le clergé, Mgr Bourget en tête, se fit le promoteur d’écoles catholiques pour les Canadiens-français et les Irlandais auprès d’hommes d’affaires de Montréal. Grâce à leur appui, il vit venir de France des communautés religieuses, qui, avec le support du gouvernement provincial responsable de l’éducation en 1874, créent un enseignement religieux partout au Québec, les institutions publiques étant rarissimes.

    En fait, le « vent de lumière » s’irradia sous les Patriotes, fut stoppée par le clergé et les dirigeants britanniques et se transforma en « vent religieux » en 1846 dans la section est du Canada-Uni avant d’être officialisé provincial.

    Si on veut comprendre les différences entre le systèmes scolaires ontarien et québécois, il faut au minimum référer à la période 1832-1846 et 1846-1874.