À l’aube d’une révolution

« La gestion d’actifs à l’aube d’une révolution ». Ce titre coiffe un texte de l’agence Reuters publié cette semaine, qui reprenait les propos du gestionnaire de fortune Union bancaire privée (UBP). Cette industrie est invitée à relever les défis que pose une faiblesse des taux d’intérêt s’inscrivant dans la durée ainsi qu’un déplacement de l’épargne vers l’investissement durable. Avec, dans l’intervalle, une gestion du risque de transition vers une économie à faible émission de carbone pesant sur les portefeuilles.

« Nous sommes à la veille de changements plus profonds que ce que nous avons connu il y a quelques années avec la gestion passive » ou indicielle, a soutenu Nicolas Faller. Le cochef de direction d’UBP adopte le scénario de taux d’intérêt restant durablement faibles ajoutant à la cherté des actifs dits à risque déjà alimentée par les politiques accommodantes des banques centrales. Il croit ainsi que les investisseurs devront s’habituer à de faibles rendements sur le marché obligataire, à des performances moindres sur celui des actions.

Le réflexe des investisseurs sera de se retourner vers les actifs non cotés et réels, la dette privée et les placements privés. « Il faut accepter d’avoir une partie de son épargne dans des produits à faible liquidité, de sacrifier la liquidité pour avoir du rendement », souligne le gestionnaire d’UBP. Même si le déplacement des capitaux vers ces investissements alternatifs apporte déjà son lot de valorisations élevées, ils sont appréciés pour leurs rendements positifs et pour la protection contre l’inflation. L’immobilier, les terres agricoles, la forêt et les infrastructures… En matière de diversification, cette catégorie propose, notamment, une faible corrélation avec les marchés traditionnels.

À propos d’infrastructures, Alain E. Roch, président et chef de la direction du spécialiste en gestion de patrimoine BlueBridge, disait l’an dernier dans un blogue que ces actifs partagent les caractéristiques suivantes : un service fondamental à la communauté, une position de quasi-monopole naturel, une demande peu dépendante de la conjoncture, des actifs de longue durée ainsi que des coûts et des revenus futurs attendus prévisibles, car souvent réglementés par l’État.

Risque ESG

Ce déplacement vient renforcer un autre mouvement de fonds : l’intérêt croissant pour des investissements dits durables, à incidence positive sur l’environnement dans un contexte de réchauffement climatique. « Sur les 20 dernières années, le secteur technologique a joué un rôle essentiel dans la hausse des marchés des actions. Dans les 20 prochaines années, nous pensons que l’essentiel de la croissance sera porté par des sociétés ayant un impact fort » en matière d’investissement responsable.

Nicolas Faller rejoint ainsi la position prise le mois dernier par Larry Fink. Dans une lettre aux dirigeants, le président et directeur général du gestionnaire de fonds Blackrock soutenait que les risques d’investissement découlant du changement climatique « devraient accélérer une réaffectation importante du capital, qui aura à son tour un impact profond sur la tarification des risques et des actifs dans le monde ». Et ce spécialiste d’insister sur le potentiel de rendement accru. « Les portefeuilles intégrés au développement durable peuvent offrir aux investisseurs de meilleurs rendements ajustés au risque. » Autrement dit, les entreprises et secteurs à risque ESG accru sont générateurs d’externalités négatives.

Dans l’intervalle, toutefois, le gestionnaire sera confronté au risque de transition, « à savoir comment la transition mondiale vers une économie à faible émission de carbone pourrait affecter la rentabilité d’une entreprise » et les rendements, dit-il. Et la référence indicielle devra suivre. Les MSCI, S&P et autres grands fabricants d’indices de ce monde devront concocter des baromètres universels qui viendront se coller à cette nouvelle réalité, et alimenter par ricochet l’essor de l’investissement à impact positif.

3 commentaires
  • Michel Carrier - Abonné 8 février 2020 09 h 14

    Très intéressant. Il est clair qu'il faudra diversifier vers des actifs à impact environnemental positif à long terme afin de préserver l'environnement et les actifs d'investissement. Le moteur de changement pourrait plutôt être par l'investissement que par le politique?

  • Clermont Domingue - Abonné 8 février 2020 10 h 09

    Notre bas de laine!

    Bonne chance au nouveau président de la Caisse des Dépôts.

  • Gilbert Talbot - Abonné 8 février 2020 14 h 15

    Le corollaire de cet article.

    Le corollaire de cet article veut qu'il y ait diminution des investissements dans les domaines sensibles à la détérioration du climat, comme les énergies fossiles, diminution qui se manifestent déjà dans l'industrie canadienne des sables Bitumineux. C'est cette diminution qui a amené le gouvernement canadien à acheter lui-même un pipeline (trans Mountain) que le secteur privé ne voulait plus assumer. De même les investisseurs devraient lire cet article avant de financer le GNL d'Énergie Saguenay, aussi dépendant de l'exploitation des sables bitumineux. Mieux vaudrait investir dans les énergies renouvelables, dans cette période de transition.