L'arme de bienveillance

Un mot de bienveillance, porté par une petite musulmane, lors des funérailles des victimes de l’attentat de la grande mosquée de Québec, à l’aréna Maurice-Richard de Montréal. Chaque intention humaniste, même mentalement, annule un peu de haine et d’intolérance.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un mot de bienveillance, porté par une petite musulmane, lors des funérailles des victimes de l’attentat de la grande mosquée de Québec, à l’aréna Maurice-Richard de Montréal. Chaque intention humaniste, même mentalement, annule un peu de haine et d’intolérance.

Lundi matin, j’ai écrit un statut acide sur le spectacle de la mi-temps du Super Bowl. Puis, contrairement à Jeff Fillion, je me suis demandé si cela ajoutait autre chose au Zeitgeist et aux pièges à clics de Facebook que la haine, l’indignation et la surenchère n’ont pas déjà alimentés largement. J’ai effacé.

Le climat social n’est-il pas suffisamment nauséabond sans que la fourche de Shakira et le minou de J.Lo s’en mêlent dans un grand élan érotico-politique ? J’ai plutôt eu un échange fort intéressant (en privé) avec une jeune amie journaliste autour des considérations financières qui l’emportent sur le talent brut au pole dancing. Une conversation « bienveillante », dirons-nous.

La bienveillance, une intention pastel ou sépia, parfois même javellisée, ça ne fait pas vendre de billets pour aller admirer des Latinas sulfureuses et survoltées… entre une pub d’Amazon et d’Audi électrique futuriste miraculeusement épargnée par le réchauffement climatique. Ne perdons pas de vue l’autel païen qui réunit l’Amérique à 5,6 millions $US les 30 secondes, la seule religion qui évacue toutes les autres.

Une douce bienveillance émanait de ses gants de boxe

Il fut un temps, justement, où la religion nous enseignait les vertus de la bienveillance, à vouloir le bien d’autrui. En principe, l’élan est désintéressé et s’abreuve à la source de la compassion, de l’altruisme. Cela pourrait aussi faire partie d’un projet social bisounours.

Même notre PM, François Legault, a récemment pris le pouls d’une haine contagieuse, lors du triste anniversaire de la mosquée de Québec, sur sa propre page FB. On peut passer la vadrouille tant qu’on voudra sur les dégueulis racistes, il faudrait peut-être songer à s’armer de bienveillance pour contrer la menace ; cela en est une pour la démocratie, la paix sociale et mentale.

Si Trump a campé son pouvoir sur un mot, un seul, la peur, tout ce qui peut servir à l’alimenter, de même que ses grandes soeurs — haine, intolérance, paranoïa, violence, et j’en passe —, devrait être neutralisé par autant de déversements d’amour et de bienveillance.

Mère Teresa, sors de ce corps, je sais.

Un choix lucide

J’ai récemment averti un ami qui semblait tenir ma gentillesse pour acquise que celle-ci est un choix, pas un manque de caractère. J’aurais pu en faire un autre, de choix, apprendre le pole dancing plutôt que le swing, manger des ailes de poulet plutôt que du chou-fleur Buffalo. Je pourrais me décomposer dans la haine, chaque journée semble m’en fournir une occasion renouvelée.

Ce n’est pas un choix religieux, plutôt une vision morale (eh qu’on haït donc ce mot qui pue les bons sentiments judéo-machins), humaniste aux accents un peu fleur bleue qui souhaiterait changer le monde avec le coeur. Chacun son récit intérieur. Le mien fait un peu camomille par les temps qui courent.

Je suis restée la fille spirituelle du père Lacroix sur ces questions, même si une bitch émancipée sexuellement digne d’un clip de Luis Fonsi sommeille aussi au fond de moi.

Si tu doutes de l’homme, pense à l’humanité

Je n’irais pas jusqu’à tendre l’autre joue, mais je constate que l’eau bénite de la bienveillance est plus utile que l’huile à moteur pour éteindre les feux de broussaille. Et finalement, c’est toujours l’ego qui s’avère dans le chemin.

Je ne suis pas la seule, ils sont même une armée de pompiers volontaires. Dans l’essai de l’écrivain Didier van Cauwelaert La bienveillance est une arme absolue, on trouve une foultitude d’exemples de bienveillance, même de la part des plantes et des bactéries dans un yogourt ! Pour les saint-bernards et les golden retrievers, on le savait déjà après des milliers d’années de cohabitation.

Pour l’auteur, la bienveillance s’avère la seule réponse thérapeutique à la crise morale que traversent nos sociétés. « D’où l’urgence de radicaliser la bienveillance », de la pratiquer « sans peur, sans honte, sans modération et sans nuances ».

Et sans condescendance, ajoute-t-il. « On la prend souvent pour un signe de mollesse, alors que c’est elle, qui, au contraire, a le pouvoir de ramollir l’arsenal de l’adversaire. »

Une armée de gentils

Parmi les exemples les plus fascinants dans ce livre qui nous explique de quelle façon agit la bienveillance, l’auteur rappelle ce programme d’universitaires pour la paix au Moyen-Orient, appuyé par l’ONU à la fin des années 1980, en pleine guerre Israël-Liban. On a envoyé des « casques roses » sur les lieux. Le problème est que, dès que cette armée bienveillante relâchait son influence positive, les tensions reprenaient de plus belle.

Stimulés par cette expérience, des psychologues et statisticiens de l’Université de Princeton ont établi que 1 % de la population à « ressentir la paix » peut en faire une réalité.

Donc, si 1 % des 2,5 milliards d’utilisateurs de FB faisaient mentalement acte de bienveillance, on apaiserait peut-être des incendies. Une poignée de 25 millions de personnes pourrait apaiser tout un réseau social à décontaminer. Et sachez que des groupes (méditation, prière, athée ou non) se réunissent à heure fixe tous les jours pour envoyer des ondes positives par la pensée afin d’assurer la paix dans le monde. Du bénévolat mental !

La bienveillance de ma chatte Lélé n’aura de cesse de m’étonner, sa petite langue râpeuse léchant les larmes au besoin, ses miaulements percevant la détresse. Comme cette femelle sanglier (une laie) qui avait adopté le chanteur Gilbert Bécaud.

Elle venait poser sa tête sur la cuisse de ses amis endeuillés. Elle ne captait que la tristesse et consolait tous ceux qu’elle croisait. Bécaud explique à Didier van Cauwelaert dans son livre : « Les gens qui n’ont pas de chagrin, elle n’en a rien à foutre. Comme moi. »

Et que dire de ce paysan mexicain bien connu, José Carmen García Martinez, qui fait pousser des légumes géants en leur parlant avec amour et reconnaissance ? On a même constaté une valeur nutritive accrue dans ses plantes potagères et un supplément de saveur.

Par ailleurs, c’est la semaine de prévention du suicide. Si la bienveillance peut servir d’engrais naturel à des choux, imaginez avec un être humain. Suffit d’avoir l’intelligence émotionnelle d’un sanglier pour y arriver.

Souri en parcourant Le bouquin des méchancetés illustré, de François Xavier Testu, un dico très complet de vacheries bien envoyées, délicieuses, de traits d’esprit mordants et d’autres citations à placer au bon moment dans les mondanités.

Depuis que la langue de bois pollue les interactions à outrance, il fait bon savourer les réparties du général de Gaulle ou de Churchill, réputés pour leur sarcasme de haute volée.

Le président américain Lyndon Johnson (réplique prêtée à Kennedy également) à un homme d’affaires à la Maison-Blanche : « Vous savez, si je n’étais pas président, j’achèterais en Bourse en ce moment. » « Vous avez raison, répond le financier : si vous n’étiez pas président, je ferais la même chose ! »

Aimé le livre Être quelqu’un de bien, de la philosophe Laurence Devillairs. J’aime cette phrase : la morale n’est pas un puritanisme.

Toute la troisième partie du livre porte sur « la force d’être gentil » et nous explique que le mal est le bien que nous ne faisons pas.

JOBLOG

Prisons sans barreaux

On avait fini par nous convaincre que l’hypersensibilité environnementale est un parent pauvre du TOC ou de la dépression. Certains pensent encore (même des médecins) que tous ces pauvres bougres hypersensibles, qui ne peuvent plus intégrer notre société gavée d’ondes et de produits chimiques, n’ont aucune raison « scientifiquement prouvée » de s’évanouir près d’un terminal Apple.tv ou d’une antenne de télécommunications.

Le documentaire Prisons sans barreaux de Nicole Giguère et Isabelle Hayeur nous démontre que les connaissances évoluent sur ce terrain, notamment chez les scientifiques et spécialistes en champs électromagnétiques, comme Paul Héroux, professeur en toxicologie à l’Université McGill.

À propos de la 5G, il a affirmé l’année dernière chez Paul Arcand qu’on ne peut pas compter sur Santé Canada pour nous protéger des ondes électromagnétiques. Et aucune recherche n’aurait été faite depuis 20 ans en ces matières. Il qualifie les données actuelles de science du XIXe siècle qui privilégie le commerce. Le documentaire Prisons sans barreaux présente cinq victimes qui vivent en autarcie et des spécialistes — dont un professeur en oncologie (cancer ? non !) — qui tentent de se faire entendre dans ce Far West invisible à l’oeil nu.

La question à mille balles : sommes-nous les prochaines victimes ?

Ce film nécessaire sort en salle aujourd’hui et des panels sont prévus avec des experts ici.

Entrevue avec Paul Héroux chez Paul Arcand. « Toutes les ondes électromagnétiques sont cancérigènes »

 

22 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 février 2020 00 h 58

    «Comme cette femelle sanglier (une laie) ...» Misère!

    Le lectorat du jouirnal Le Devoir sait ce qu'est la «femen» du sanglier. Ouille!

    JHS Baril

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 7 février 2020 08 h 41

      Généraliser démontre une perception erronée de la réalité

  • Rose Marquis - Abonnée 7 février 2020 06 h 29

    Et d'une autre référence..

    Je suis en train de lire ''Vers une société altruiste'' qui a été réalisé sous la direction de Matthieu Ricard et Tani Singer et qui est ''Un dialogue avec le Dalai-Lama, des scientifiques et des économistes''.
    Je fais partie de l'AREQ (Association des retraités de l'éducation et autres services publics qu Québec) et j'y ai entendu parler de la bienveillance en lien avec les CHSLD, à mettre de l'avant sans oublier de dénoncer la maltraitance....

  • Marc Therrien - Abonné 7 février 2020 07 h 22

    De l'altruisme sans masochisme parce que ça fait du bien à soi aussi.


    J’aime aussi cette phrase : « la morale n’est pas un puritanisme. » Je l’appuie en y ajoutant cette façon de penser d’abord à son propre examen de conscience plutôt que de l’infliger à autrui avec André Compte-Sponville: « Que dois-je faire? et non pas : Que doivent faire les autres? C’est ce qui distingue la morale du moralisme. »

    Et pour aller avec l’arme de la bienveillance, il y a de l’espoir dans l’éthique de réciprocité et cette fameuse règle d'or qui est commune à toutes les religions ou grandes traditions spirituelles : « traite les autres comme tu voudrais que l'on te traite. » Mais en y pensant bien et en la méditant un peu, je me demande cependant comment les masochistes l’interprètent et la mettent en pratique.

    Marc Therrien

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 7 février 2020 08 h 00

    ..et un autre point de vue !

    Quand je lis "Je n’irais pas jusqu’à tendre l’autre joue, mais je constate que l’eau bénite de la bienveillance est plus utile que l’huile à moteur pour éteindre les feux de broussaille" je me dis, heureusement, contre cette bienveillance comme tyrannie des bons sentiments, comme politique de l’émotion et de la compassion , il y a le livre d'Yves Michaud, professeur de philosophie à Paris, "Contre la bienveillance ".

    Même si, recommander la bienveillance, la sollicitude, l’attention, sont des attitudes qui partent de bonnes intentions , il devient dangeureux d'en faire le principe directeur d’une politique.

    Avec l'obsession de la bienveillance ,on en vient à considérer toutes les plaintes sans discernement, à toutes les vaider et cela ne fait qu'encourager les revendications populistes, aussi démagogiques soient-elles..

    Pierre Leyraud

  • Daniel Mireault - Inscrit 7 février 2020 08 h 37

    De référence en référence...

    Corine Pelluchon, Ethique de la Considération. Essai philosophique pour une humanité renouvellée (ou retrouvée ?). Merci pour votre article et votre travail en général Josée Blanchette.