À quoi sert Recyc-Québec?

Tout s’apprend. Sauter en parachute, parler mandarin ou manier une cuillère avec ses orteils, s’il le faut. Pourquoi alors n’a-t-on pas appris, depuis 30 ans qu’on en parle, à recycler nos déchets ? Les derniers chiffres sont franchement désastreux. Au Québec, seulement 52 % du papier, du carton, du verre et du plastique et 27 % des matières organiques sont recyclés, selon le dernier bilan. Et cela, sans savoir très souvent, dans le cas des matières sèches, où et comment elles l’ont été.

C’est pourtant ce qu’il y a de plus simple, non ? Dans le grand livre de tout ce qu’il nous reste à apprendre (ou à désapprendre) pour échapper à la fin du monde, trier les déchets paraît aussi élémentaire que d’apprendre à tirer la chasse d’eau à un enfant. Il s’agit d’y penser, d’abord. Avoir des installations sanitaires capables d’en disposer efficacement, ensuite. Et, finalement, de mettre en place un système pouvant remettre en circulation ce qui est récupérable. Or, tout est déficient à l’heure actuelle : les bonnes habitudes, les installations et, surtout, le recyclage proprement dit. Pourquoi donc ?

Créée en 1990 pour « amener le Québec à réduire, à réutiliser, à recycler et à valoriser les matières résiduelles dans une perspective d’économie circulaire », Recyc-Québec est-elle à la hauteur ? On est en droit de se le demander. Sur son site, l’agence gouvernementale se vante, en vidéo, d’avoir vu naître de « saines habitudes », des « milliers d’emplois » et de « nouveaux débouchés ». Cet optimisme béat jure avec le cynisme ambiant des Québécois, dont la moitié n’a aucunement confiance que ses déchets, même déposés aux endroits appropriés, sont en fait recyclés et dont l’autre n’a jamais humé l’intérieur putride d’un bac brun de sa vie.

Force est de constater que la tâche première de Recyc-Québec, l’éducation, laisse à désirer, malgré les efforts louables de Popa (alias Claude Meunier, porte-parole émérite) pour nous déniaiser. Vous le saviez, vous, que le styromousse n’est pas recyclable ? Je l’ai seulement appris récemment. Où sont les panneaux, les explications qui pourraient facilement nous expliquer les hauts et les bas du recyclage ? Sans le débusquer soi-même sur Internet, s’entend. Et qu’est-ce donc que « l’économie circulaire » ? Ces concepts, toujours un peu rebutants pour le commun des mortels, apparaissent soudainement sur la place publique sans que personne ne sente l’obligation d’expliquer de quoi il s’agit.

Le problème avec la question environnementale, c’est qu’elle repose sur un discours d’initiés, les seuls à véritablement comprendre ce qui se passe et, surtout, à comprendre ce qu’il faut faire. Ne disposant pas de l’information nécessaire, le citoyen moyen ne voit jamais la lumière au bout du tunnel, s’enfonçant toujours davantage dans le désoeuvrement ambiant. L’autre problème, plus grave encore, c’est que les solutions à la question environnementale passent par des entreprises privées, pour qui le profit est le premier motivateur. Ajoutons à ce cocktail douteux des gouvernements trop souvent indolents, soulagés de laisser les « intermédiaires » offrir des solutions à leur place, et, presto, vous avez la situation loufoque que nous connaissons aujourd’hui : des citoyens qui comprennent mal ce qu’il faut faire, des entreprises étrangères qui expédient le travail de recyclage à l’autre bout du monde, ayant beau jeu de faire chanter les gouvernements pour toujours plus d’argent, et ces derniers, toujours hésitants à s’en mêler eux-mêmes.

La fermeture des marchés chinois et indien aux denrées recyclées nous force aujourd’hui à revoir ce système abracadabrant, et c’est tant mieux, car il s’agissait ni plus ni moins d’un système de pelletage en règle. Le citoyen qui s’en remet à la municipalité, qui s’en remet au centre de tri, qui s’en remet au recycleur de son choix, une relation d’affaires qui, elle, « n’est pas supervisée par Recyc-Québec, qui ignore combien de courtiers sont sollicités et où se retrouvent les matières qu’on leur confie ».

Mais la farce a assez duré. La « réforme en profondeur », réclamée par plusieurs intervenants, s’impose plus que jamais. Le gouvernement du Québec doit pouvoir contrôler le processus de recyclage de A à Z, selon des normes établies. Un processus qui n’a de sens que s’il reste confiné au Québec. À l’heure actuelle, plus de la moitié des matières recyclées sont expédiées hors frontières.

On doit finalement donner à Recyc-Québec les moyens de ses ambitions en assouplissant les règles internes. L’agence cumule des surplus financiers depuis des années, une taxe sur les pneus neufs assure le plus gros de ses revenus, mais sans pouvoir le réaffecter ailleurs. Pourtant, des campagnes de sensibilisation font cruellement défaut. L’indifférence est notre pire ennemi. Donnons donc à Recyc-Québec le mandat de s’y attaquer. Ça presse.

38 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 29 janvier 2020 03 h 36

    Si le capitalisme le permettait...

    « …des campagnes de sensibilisation font cruellement défaut. L’indifférence est notre pire ennemi. Donnons donc à Recyc-Québec le mandat de s’y attaquer. Ça presse. »(Francine Pelletier)

    Il ne se passe pas une nouvelle année sans que les propriétaires des moyens de production et des capitaux ne mettent sur le marché de nouvelles matières ou manières plus profitables de produire ou d’emballer les marchandises. L’approche volontariste de la réduction des matières résiduelles à la source défendue par Recyc-Québec est son point faible, d’autant plus qu’il divise les citoyens. Si pour certains, l’important est de faire l’effort de recycler, pour d’autres, ces efforts doivent être proportionnels aux résultats.

    C’est la raison pour laquelle toute campagne de sensibilisation de la société gouvernementale auprès des citoyens doit être accompagnée d’une législation restreignant de plus en plus la production de matières résiduelles. Si le capitalisme le permettait, cela améliorerait grandement les résultats de Recyc-Québec et réduirait d’autant le cynisme.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 janvier 2020 08 h 23

      Pour extrapoler à partir du titre de votre texte, ne devrait-on pas étatiser cette industrie, incapable depuis des décennies de faire son job correctement ?

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 09 h 20

      On pourrait faire beaucoup mieux et agir assez rapidement, et il serait préférable de ne pas attendre le Grand Soir, car ça pourrait être trop long. Beaucoup de pays occidentaux doivent faire mieux que ça. Peut-être même qu'étatiser serait à envisager, ou en tout cas, certainement plus et mieux intervenir.

      Comme le dit fort bien Mme Pelletier: "Le gouvernement du Québec doit pouvoir contrôler le processus de recyclage de A à Z, selon des normes établies. Un processus qui n’a de sens que s’il reste confiné au Québec. À l’heure actuelle, plus de la moitié des matières recyclées sont expédiées hors frontières."

    • Jean Jacques Roy - Abonné 29 janvier 2020 09 h 31

      « C’est la raison pour laquelle toute campagne de sensibilisation de la société gouvernementale auprès des citoyens doit être accompagnée d’une législation restreignant de plus en plus la production de matières résiduelles« R. Blais

      Monsieur Blais, vous identifiez là le coeur du problème.
      C’est pourtant élémentaire, C’est l’État, (nos gouvernements, nos réglements) qui doit avoir une politique pour « régir » limiter, LES MODES de production des biens, (leurs composés, leur CIRCULATION, conservation et emballage). Sinon, nous verrons se perpétuer la situation actuelle où c’est l’anarchie du marché et de l’invitation à consommer les gadgets et à jeter qui vont prédominer, rendant la « sensibilisation » comme une invitation « morale » et individuelle.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 janvier 2020 17 h 40

      Dans l’équation, recycler, réutiliser et réduire, seulement le dernier est viable réellement. Les autres, ce sont des pensées vertueuses. Et comment réduire nos déchets lorsqu’on augmente la population québécoise artificiellement à chaque année par 50 000 personnes et plus. Savez-vous combien de tonnes de déchets cela représentent par année plus de 50 000 personnes?

      Ceci dit, je suis pour le recyclage intelligent et organisé et non pas ce que l’on voit présentement. Aussi, il va falloir payer plus cher pour recycler que d’avoir du neuf. Enfin, on utilise plus d’énergie à recycler qu’à produire un produit tout neuf. Donc, moins de poubelles envahissantes dans l’environnement, mais plus de GES. Pourquoi ai-je l’impression qu’on tourne en rond et qu’on garde notre tête dans le sable puisque si ce sont les gens qui polluent, logiquement, lorsque vous augmentez la population, vous augmentez aussi la production de GES, de déchets au dépotoirs, d’étalement urbain et la de pollution atmosphérique tout en faisant disparaître nos écosystèmes marins et terrestres.

      En passant, en Allemagne, et ceci après avoir dépensé plus de 725 milliards canadiens pour leurs moulins à vent et leurs panneaux solaires, ils ne peuvent même pas rencontrer les cibles qu'ils avaient signé aux différentes COP sur leurs émissions de GES. C’est de quoi à en faire réfléchir plusieurs de nos écoanxieux et sainte Greta priez pour nous qui carburent aux énergies vertes, sauf pour l’hydroélectricité évidemment qu’ils considèrent au même niveau que les énergies fossiles. Voir le programme de Québec solidaire.

      Oui, misère.

  • Serge Pelletier - Abonné 29 janvier 2020 03 h 57

    Ouais...

    Très bons commentaires, et ce malgré quelques erreurs. Ansi vous mentionnez que : "Vous le saviez, vous, que le styromousse n’est pas recyclable ? Je l’ai seulement appris récemment.." Or, le styromousse est recyclable, et à 100% de plus. Le problème relève plus des investissements dans les équipements qui sont nécessaires à "son recyclage". À titre d'exemple, un plein chargement d'une remorque de 53 pieds de styromousse, ne donne qu'une poignée de bulles de matières prête à la réutilisation en un autre panneau vierge.

    De plus, une très très petite entreprise qui est située dans le Parc industrielle de Saint-Léonard-de-Port-Maurice (St-Léonard pour faire langage courant) le fait, mais uniquement avec des ballots vierges (surplus de production) en provenance des gandes entreprises de la région métropolitaine de MTL.

    J'ajoute que voici environ une dizaine d'années, un "rapportage", photos à l'appui, d'une jeune journaliste, qui publiait dans Le Journal de Montréal, indiquait le cheminement d'une cargaison de styromousse pour une usine "industrielle" de recyclage en la matière de la région de Toronto. La jeune journaliste avait questionné le responsable de la compagnie de transport sur les coûts et autres de l'acheminement vers Totonto d'une cargaison... La réponse fut simple: "ce n'est pas rentable si nous n'avons pas de marchandises à reprendre pour le retour du camion, car juste l'allée nous coûte 800$ en frais...".

    Dimanche dernier, un autre reportage (TV5-Québec) faisait part de deux récentes petites entreprises nouvellement implantées ici qui pouvaient recycler à 100% tous types de plastiques et les dérivés de ceux-ci... Le styromousse étant compris dans "les dérivés"... Les deux procédés (un par entreprise) sont différents. Conséquemment colporter que le styromousse n'est pas recyclable est faux, et ce même si Recyc-Québec le chante sur toutes les tribunes possibles, et que des journalistes dits professionnels, comme vous Madame, en reprennent le refra

    • Yves Mercure - Abonné 29 janvier 2020 11 h 17

      Nuance, chronique ne doit pas être confondu avec journalisme.
      Celui-ci a Devoir d'informer, en toute objectivité, tandis qu'une chronique est une opinion qui n'engage que l'intérêt personnel ou idéologique du scribe en cause. Ce qui donne le présent anachronisme : manifeste bonne intention va se noyer dans l'ignorance simple et largement partagée. La chronique va jusqu'a dénoncer ce par quoi elle se fourvoie, le problème de l'information qui ne se rend pas... remplacée par l'opinion qui prend désormais toute la place. Pourquoi? P.c.q. L'opinion se vend mieux que la raison. C'est ce qui fait que des techniques sont déjà connues pour recycler à peu près tout, mais que le "faiseur de fric" ne s'y interesse pas"... tandis que la gouvernance croit encore qu'on peut indéfiniment reporter les solutions.

    • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2020 11 h 18

      Comme quoi c'est pas parce qu'on a une chronique dans un journal, qu'on sait de quoi on parle.

      En effet le styromousse est parfaitement recyclable !

  • Gaétan Cloutier - Abonné 29 janvier 2020 04 h 48

    Économie circulaire

    veut simplement dire "développement durable" ou, dit autrement, ne veut rien dire. Ce sont des « buzzwords ».

    Votre question est louable; à quoi donc sert ces gens. Ça fait longtemps que je me demande comment se fait-il qu'une vidéo (documentaire?) n'existe pas sur le site de Re(sic)-Québec. Un beau montage qui expliquerait que se passe-t-il avec nos objets une fois jeté dans nos bacs. Je cherche toujours?

    Parlant de recyclage, ça fait des années qu'on en parle et il n'y a toujours pas de consignes sur les bouteilles de vin (je sais, ça s'en vient). Ces mêmes bouteilles, mélangées au papiers dans le bac à recyclage, rendant celui-ci inutilisable pour le recyclage, ce sont les Chinois et maintenant les Indiens qui nous en avisent.

    Un mythe doit être ablolit et au plus vite; "au Québec, on est vert"...pardon? Je ne sais pas d'où vient cette légende, mais elle doit cesser. À se complaire dans notre ignorance, des efforts, ont croit en faire suffisamment.

    Pour être un "recycleur désabusé" depuis trop longtemps, j'ai compris que le meilleur recyclage qui soit est celui que nous ne sommes pas obligé de faire; consommer moins (autre « buzzword »; décroissance).

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 09 h 23

      "consommer moins" ce qui veut aussi dire réutiliser soi-même le plus possible.

      En effet - le plus écologique est de diminuer la consommation. Ce qui n'est pas consommé se recycle tellement mieux...

    • Raymond Labelle - Abonné 29 janvier 2020 09 h 25

      Même en consommant moins, on n'atteint pas la consommation zéro et la question du recyclage se pose.

      Mais il ne faut pas se dire "c'est pas grave ça se recycle" quant à ce qu'on pourrait ne pas consommer. Ne pas consommer demeure une option supérieure.

  • Michel Lefebvre - Abonné 29 janvier 2020 05 h 18

    Comment ça se fait qu'on fait dur comme ça?

    Autour de 1990, si c'est pas avant, mes beaux-parents zurichois séparaient le verre brun, le verre vert et le verre blanc pour en disposer dans trois gros bacs au bout de la rue. Je ne me rappelle plus trop comment ils disposaient du papier, du carton épais, moins épais, journal, de couleur... du plastique, du métal, de l'organique... mais bref, c'était une démarche d'extra-terrestres pour moi qui mettait tout ça dans une poubelle de métal pour le corps à vidanges. On aurait eu une trentaine pour au moins séparer le verre du papier (on l'a fait un temps à Montréal, c'était trop d'avant-garde, j'imagine)... Recyc-Québec (une équipe de passionnés, d'après leur site, parrainée par Ti-Mé)... quelle blague. Ça prendrait une commission d'enquête à 15 millions $ pour y voir clair.

    Michel Lefebvre, Montréal

    • Jean Richard - Abonné 29 janvier 2020 10 h 41

      « Autour de 1990 » dites-vous ?

      À cette époque, au Québec, (je dirais à partir de la toute fin des années 70 jusqu'à la fin des années 90), on ramassait séparément les journaux, qu'on attachait en ballots, le carton (on dépliait les boîtes), le papier blanc, celui dont on prenait le plus grand soin car il servait à faire d'autre papier blanc, à peine moins blanc, et les politiques d'achat des ministères fédéraux recommandaient qu'on donne priorité au papier contenant des fibres recyclées. Les papiers à fini satiné étaient exclus, ce qui a amené certains éditeurs à revoir la texture des pages couvertures des magazines.

      Reculons davantage. Dans les années 50 et 60, acheter de la bière ou des eaux gazeuses sans ramener ses bouteilles vides était l'exception et non la règle. Dans les villages et les plus petites villes, les bouteilles à lait se réutilisaient plusieurs fois. À la quincaillerie, on pouvait apporter son contenant pour acheter de la colle, des solvants à peinture et autres liquides. Enfin, à Noël, le point culminant du gaspillage inutile de matières d'emballage, on évitait à tout prix de briser le papier car il pouvait servir pour le Noël suivant. Réutiliser du papier faisait partie des mœurs.

      Avons-nous reculé en matière de Réduction-Réutilisation-Réparation-Recyclage ? La réponse est oui. Toutefois, on ne pourra pas revenir sur nos pas. La culture est une machine inerte et quand elle a pris une tangente, ce n'est pas facile d'en changer volontairement le cap. Et pourquoi est-ce si difficile ? Se pourrait-il que le néo-libéralisme vert, qui est loin d'être vert, ait quelque chose à voir avec cette difficulté ?

      Ce ne sont pas les gouvernements élus qui gouvernent. Pire, ces élus, une fois élus, oublient ce pour quoi on leur a donné le pouvoir et se font complice des vrais dirigeants, la poignée de gens qui ont plus de fric que le reste de la population.

      L'inefficacité des efforts de transition rendent une révolution incontournable.

    • Michel Lefebvre - Abonné 29 janvier 2020 12 h 00

      Ouais, mais nous aussi dans les poubelles de la ruelle on ramassait les journaux dans les années 60 pour les vendre à un jobber 15 cennes le ballot, même l'aluminium des enveloppes internes des paquets de cigarettes valait quelque chose... évidemment qu'on rapportait les bouteilles à l'industrie pour 2 cennes la petite et 5 cennes la grosse... les bouteilles à lait réutilisables, etc. j'ai connu ça, j'ai 66 ans. Mais en Suisse, le recyclage était intégré, organisé, il s'agissait de programmes communaux, municipaux, étatiques... je sais plus. Rien de tel au Québec dans les années 90, je regrette.

  • Simon Grenier - Abonné 29 janvier 2020 06 h 42

    Recyc-Québec a effectivement ses lacunes en matière d'éducation mais il est faux de dire qu'il est difficile de s'informer... "Sans le débusquer soi-même sur Internet, s’entend." dites-vous, sauf que la très grande majorité des gens "débusque" tout sur internet: météo, achats, conjoint(e), références fiscales... allons.

    Le problème est que les gouvernements québécois successifs se targuent tous de "s'occuper des vraies affaires" ("250 000 djobbes pour les québécoises et les québécois!") ou d'être "pragmatiques" ("500$ par année de plus dans la poche des québécois mais seulement quelques uns!") alors qu'il n'en est rien. On focalise sur les manières les moins coûteuses POUR L'ÉTAT de gérer une situation plutôt que de la considérer dans son ensemble.

    Ainsi, il était plus simple de "domper" la gestion du recyclage dans la cour du privé et de s'en laver les mains plutôt que de constater le ridicule d'expédier ses rebuts recyclables à l'autre bout de la planète - littéralement - où ils seraient valorisés. Hmm... VALORISÉS... pourquoi pas faire ça chez soi, puisqu'il faut néolibéralement et pragmatiquement "créer de la richesse pour pouvoir distribuer la richesse"? La situation était tellement grotesque qu'on nous l'a présentée en étude de cas à l'université, en 2000.

    Il aurait été plus judicieux, au cours des 20 dernières années, de mettre en place les conditions pour qu'une filière du recyclage se développe naturellement partout au Québec. Nous avons créé de toutes pièces une industrie du jeu vidéo - des produits de luxe - faisons donc la même chose avec les nécessités quotidiennes - les "vraies affaires" par excellence. Qui plus est, la matière première de cette industrie est locale et infinie! * POUF * Sans même penser aux "djobbes", on vient de créer des emplois partout au Québec. Et de mettre en place un cadre cohérent qui ne donnerait plus raisons à ceux qui ne participent pas ou mal à la collecte sélective parce que "c'est une arnaque, ça s'en va au dépot

    • Jean Richard - Abonné 29 janvier 2020 11 h 08

      Le Québec s'est doté d'un fonds vert, alimenté par une taxe sur les ventes de pétrole. L'idée de taxer le pétrole n'est pas mauvaise, mais elle peut le devenir si l'argent recueilli va au mauvais endroit. Hélas, c'est le cas au Québec : des millions de dollars du fonds vert sont versées en subventions indirectes à la polluante industrie automobile, industrie qui ne crée que peu d'emplois au Québec mais laisse beaucoup de déchets.

      Imaginons un instant qu'au lieu d'envoyer chaque année des G$ à l'industrie automobile, dont des M$ en pures subventions, nous utilisions une partie de ces sommes gigantesques à mettre en place une véritable économie verte, qui ni capitalisme vert, ni néolibéralisme vert.

      Au cours des 20 dernières années, quel a été le problème ? Nous avons repoussé en arrière-plan de nombreux problèmes environnementaux, au nom des changements climatiques, plusieurs sachant que les changements climatiques se jouent à l'échelle mondiale et échappent au contrôle régional. Ce qu'on craignait il y a 20 ans s'est produit : les changements climatiques ont servi d'écran pour cacher les problèmes environnementaux régionaux, des problèmes dont les solutions sont à la portée des gouvernements régionaux. Si au moins on avait fait quelque chose pour lutter ces changements climatiques ! Ce n'est pas en remplaçant les bougies des gâteaux d'anniversaire par des DEL qu'on va « sauver la planète ».

      Les ressources qu'on aurait dû allouer au recyclage ont été gaspillées ailleurs.