Finance vert pâle

« Greenwashing ». Le mot fait office de bilan de cette 50e rencontre politico-économique au Forum économique mondial à Davos. Ils étaient nombreux, y compris Donald Trump, à ramener l’enjeu de l’urgence climatique à une simple promesse de planter leur arbre. La réduction des émissions de GES demeure majoritairement une opération marketing et la finance dite durable reste encore teintée vert pâle.

L’Institut des fonds d’investissement du Canada dévoilait cette semaine son bilan 2019, faisant pour la première fois ressortir les données portant sur l’investissement responsable. Au 31 décembre dernier, l’actif des fonds communs d’investissement entrant dans cette catégorie totalisait 12 milliards, et celui des Fonds négociés en Bourse (FNB) recevant la même étiquette, 654 millions. Ce poids représente moins de 0,8 % des 1600 milliards qu’abritent les fonds d’investissement canadiens, un peu plus de 0,3 % des 205 milliards que cumulaient les FNB à la fin de 2019.

Sur le marché obligataire mondial, le Climate Bonds Initiative (CBI) a estimé que les obligations « vertes » émises l’an dernier totalisaient 255 milliards $US. Également une goutte d’eau dans une mer obligataire de plus de 100 000 milliards $US, selon Bloomberg. Quant à la couleur réelle de l’étiquette, le CBI chiffrait à 42 milliards la valeur des obligations émises l’an dernier certifiées vertes, alors qu’un total de 213 milliards était aligné sur la définition du CBI. L’organisation ajoute que 55 milliards $US d’obligations ont été émises l’an dernier sous le label vert, mais sans répondre à ses critères de certification.

Dans une petite étude publiée le 15 janvier, Carine Bergevin-Chammah, économiste au Mouvement Desjardins, rappelle cette difficulté de « s’assurer que ces obligations soient réellement compatibles avec une économie faible en carbone, puisqu’il n’existe pas encore de catégorisation universelle ou de système robuste de vérification ». Et l’économiste d’ajouter : « Pour le moment, la divulgation du risque climatique se fait de façon autonome et volontaire, amenant un manque d’uniformité dans la classification des actifs. »

Un récent sondage canadien réalisé pour RBC Gestion mondiale d’actifs, repris par le magazine spécialisé Conseiller, soulevait cet enjeu. Parmi les répondants, 73 % croient que l’investissement responsable est la voie de l’avenir. Aussi 63 % disaient souhaiter mettre sur pied un portefeuille basé sur des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Surtout, 81 % des répondants croient que l’investissement responsable offre des rendements équivalents (62 %), voire supérieurs (19 %) à l’investissement traditionnel. Mais près de 50 % d’entre eux disent ignorer où trouver de l’information fiable.

Devant cet engouement accru, BlackRock s’est résolu à se joindre à ce vaste mouvement d’institutionnels classant désormais les changements climatiques au rang de risque d’investissement. Le gestionnaire new-yorkais et titan de l’industrie des FNB, avec plus de 7000 milliards $US d’actifs sous gestion, dont les deux tiers sous forme indicielle, évoque l’abandon des investissements présentant un risque élevé lié à la durabilité et le lancement de produits filtrant les combustibles fossiles. Il jouera également la carte de la divulgation, demandant aux sociétés dans lesquelles il investit au nom de ses clients de publier d’ici la fin de 2020 une divulgation conforme (ou similaire) aux directives SASB (Sustainability Accounting Standards Board) et une déclaration des risques liés au climat conformément aux recommandations du TCFD (Task Force on Climate Related Financial Disclosures).

« Les portefeuilles intégrés à la durabilité peuvent offrir de meilleurs rendements ajustés au risque. » À l’opposé, « au fil du temps, les entreprises et les pays qui ne répondent pas aux parties prenantes et n’abordent pas les risques de développement durable seront confrontés à un scepticisme croissant de la part des marchés et à un coût du capital plus élevé », reconnaît désormais BlackRock.

3 commentaires
  • Michel Carrier - Abonné 25 janvier 2020 08 h 32

    Il est bien évident que la politique ne mènera pas à des solutions viables pour l'environnement. Les élus ne sont pas en mesure de convaincre un public non réceptif à des changements de comportement et à payer un coût associé. L'analyse des risques financiers et surtout le fait d'en tenir compte dans les investissements viendra ajouter une pression additionnelle. Espérons que ce sera suffisant à imposer un prix à payer et des changements de comportement individuels.
    Michel Carrier

  • Clermont Domingue - Abonné 25 janvier 2020 11 h 39

    Massue...

    Voilà un tas d'informations intéressantes.Je crois cependant que les administrateurs de fonds iront toujours là où ça paie le plus.

    La Californie et l'Australie peuvent bien brûler. L'argent parle.

    • Bernard Plante - Abonné 25 janvier 2020 17 h 13

      Justement. Lorsque les risques environnementaux seront enfin intégrés on apercevra où se situe la valeur réelle de l'argent. Exactement ce que fait BlackRock. C'est un premier pas, mais un premier pas effectué par un géant qui marquera le chemin à suivre.