King Kong président

Vous êtes tannés de Donald Trump et de ses frasques ? Vous allez devoir prendre votre mal en patience. L’année qui vient, en effet, mettra encore le matamore en vedette. Vouée à l’échec, la procédure de destitution le visant lui permettra de crâner, en accusant les démocrates de lui chercher des poux par dérive partisane. Le bouillonnement électoral précédant l’élection de novembre prochain ne fera rien pour calmer les ardeurs de l’homme que son avocat surnomme « King Kong », pour souligner son tempérament imprévisible et explosif. Trump, on le sait, est prêt à tout pour gagner. Déjà, en ce début d’année, ses rodomontades envers l’Iran sont soupçonnées, par ses adversaires, de s’inscrire dans une logique électorale.

On pourrait avoir envie de se soustraire à cette lamentable politique spectacle en se disant qu’après tout, ce n’est pas de nos affaires. Cette saine indifférence nous est toutefois interdite. Quand un homme détient le pouvoir de plonger le monde dans le chaos, de bouleverser les codes de la vie en société et, accessoirement, de nuire directement à l’économie québécoise, le devoir civique nous impose au moins de faire l’effort de le connaître et de l’avoir à l’œil.

Les ouvrages portant sur Trump sont déjà nombreux et se multiplieront sûrement dans les prochains mois. Quand ils sont américains, ils ont presque toujours le défaut d’être entachés par un regard partisan. Dans un livre paru en 2019, Jim Acosta, correspondant de CNN à la Maison-Blanche qui a souvent eu maille à partir avec le président, reconnaît la difficulté de rester neutre en parlant de Trump. On ne peut qu’être d’accord avec lui. Tout, chez Trump, invite à la prise de position radicale. Pourtant, si on veut y comprendre quelque chose, une prise de distance s’avère nécessaire.

C’est justement cela que propose Rafael Jacob dans Révolution Trump (Robert Laffont, 2020, 304 pages). Politologue québécois spécialisé dans les affaires américaines, Jacob n’a rien d’un admirateur de Trump, mais son regard extérieur sur le controversé président lui permet de se livrer à une analyse exempte de partisanerie crasse.

Au passage, par exemple, il mentionnera que, « malgré tous les réflexes “autoritaires” que peut montrer Trump, il n’est pas un dictateur, et les États-Unis ne sont pas une monarchie ». De plus, écrit à partir d’un poste d’observation québécois, l’essai de Jacob a le mérite d’éviter les détails inutiles et d’aller à l’essentiel, offrant ainsi une synthèse très éclairante pour des lecteurs qui ne sont pas plongés dans le bain américain au quotidien.

Pour Jacob, affirmer péremptoirement que Trump est d’extrême droite constitue un obstacle à la compréhension du personnage. « Sur certains enjeux, particulièrement ceux liés à l’identité comme l’immigration et le multiculturalisme, le qualificatif peut en effet être justifié, écrit-il. Dans l’ensemble de son programme politique, toutefois, ça l’est beaucoup moins, car plusieurs autres positions se situent davantage au centre ou même à la gauche du spectre politique américain. »

Trump, par exemple, contre l’avis de sa famille républicaine, défend les programmes sociaux Medicare (assurance maladie publique pour les personnes âgées) et Social Security (pensions aux retraités et aux invalides) ainsi qu’un protectionnisme commercial aussi mis en avant par Bernie Sanders. L’ancien partisan démocrate qu’il était a laissé des traces dans le programme du président républicain.

Si Jacob parle de « révolution » pour désigner l’ère Trump, c’est pour souligner les changements importants, voire radicaux, impulsés par cette présidence : légitimation des attaques personnelles, transformation des primaires en cirque, népotisme ostentatoire, instauration d’un climat de bisbille permanent à la Maison-Blanche, mépris ouvert des médias institutionnels qualifiés de « pourritures », culture du mensonge et de la controverse et improvisation généralisée en matière de relations internationales.

Comment un tel homme, qui blesse quotidiennement l’esprit d’une saine démocratie, a-t-il pu s’emparer du gouvernement américain ? La faiblesse de son adversaire, en 2016, est au cœur de l’explication. Politicienne de carrière incarnant un Parti démocrate élitiste, totalement déconnecté de sa base ouvrière, Hillary Clinton n’a pas été à la hauteur. Trump a d’ailleurs été élu en gagnant de justesse dans des États élisant le plus souvent des démocrates, comme la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin.

Gagnera-t-il encore ? « Trump demeure assez impopulaire pour être battu, conclut Jacob, mais aussi assez populaire pour être réélu. » Force est de constater, toutefois, que, pour le moment, les candidats démocrates qui s’alignent face à lui ne le font pas trembler et n’impressionnent pas grand monde.

 


 
4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 25 janvier 2020 01 h 50

    Rafael Jacob

    J'aime bien Rafael Jacob. Mais, je me souviens lors de la soirée électorale de 2016 l'avoir entendu dire de ne plus jamais l'inviter comme spécialiste des États-Unis si Trump gagnait... Bon, c'était de la réthorique, mais...

    «Trump, par exemple, contre l’avis de sa famille républicaine, défend les programmes sociaux Medicare (assurance maladie publique pour les personnes âgées) et Social Security (pensions aux retraités et aux invalides)»

    Oui, il a déjà dit cela. N'empêche que le New York Times a publié il y a trois jour un article intitulé «Trump Opens Door to Cuts to Medicare and Other Entitlement Programs»... Drôle de défense de ces programmes! Deux jours plus tard, il accusait les démocrates de vouloir détruire ces programmes! Bref, il faut regarder ses actes avant d'écouter ses paroles!

    Je vais donc passer mon tour pour ce livre, même si, je le répète, j'aime bien son auteur.

  • Cyril Dionne - Abonné 25 janvier 2020 09 h 12

    Attachez vos tuques avec de la broche, vous êtes prêt pour un autre quatre ans avec l’homme à la crinière orange?

    Vous allez devoir prendre votre mal en patience parce que le « Donald » vous reviendra pour un autre quatre ans en 2020.

    Ceci dit, Donald Trump n’a causé aucune guerre, renversé aucun gouvernement et pardieu, se concentre à rapatrier tous les soldats américains éparpillés partout dans le monde. Les États-Unis vivent un âge d’or en ce qui concerne la croissance économique et le plein emploi est une réalité. Diantre, mêmes les salaires ont augmenté par rapport à l’inflation, une première depuis au moins 50 ans.

    Non, Trump n’est pas un dictateur et les États-Unis ne sont pas une monarchie comme l’indique cette lamentable politique spectacle de la destitution. Si on compare le système politique américain au nôtre, on fait pitié. Nous n’avons aucun contre-pouvoir alors qu’eux, c’est la raison même de leur constitution.

    Enfin, Trump n’est pas à droite comme il n’est pas à gauche. Ses politiques de base sont semblables à Sanders, non seulement pour les programmes comme l’assurance maladie publique pour les personnes âgées et les pensions aux retraités et aux invalides, mais aussi, il est contre les accords de libre-échange qui ne sont pas réciproques et au grand détriment des travailleurs américains. En fait, ils partagent beaucoup de points semblables sur le fond, mais pas dans la forme.

    Pour conclure, le style de Trump en graffigne plusieurs mais il faut écouter hors de tous les bruits qui émanent de cette Maison-Blanche assez particulière. Trump parle directement aux Américains et ne fait pas le « father knows best » des autres présidents. Qu’on soit d’accord ou non avec lui, il ne laisse personne indifférent et les Américains ont le sentiment de participer directement à cette grande aventure qu’est la présidence des États-Unis. Pardieu, la langue de bois, il ne connaît pas cela. Et à la différence près de son prédécesseur, Barack Obama, il agit et il ne fait pas dans les grands discours qui ne veulent rien dire pour la classe moyenne américaine.

  • Pierre Rousseau - Abonné 25 janvier 2020 15 h 32

    Débordement au Canada

    Regarder la présidence Trump du Canada avec neutralité est un exercice difficile, voire impossible car ses décisions nous affectent souvent directement, surtout quand on voit notre gouvernement fédéral agir en vassal de la république au sud et de son président. Les commentaires au Canada sont d'ailleurs aussi partisans que ceux qu'on pourrait trouver aux ÉU et nos politiques sont fortement alignées sur notre voisin du sud.

    La caractéristique la plus notoire de son administration c'est son imprévisibilité, son improvisation et son incohérence. En fait, c'est comme le menu du restaurant, on a le président « du jour » qui, une journée combat Daech et le lendemain laisse tomber son allié principal, les Kurdes. Il y a aussi les amis « du jour » comme Kim Jon Un, Bolsonaro, Poutine et autres dictateurs qu'il affectionne particulièrement.

    Il est vrai que les ÉU ne sont pas une dictature... encore ! Mais ils pourraient le devenir. Même avec une constitution républicaine béton, ils se sont farci une guerre civile de 4 ans (1861-1865) qui a causé la mort de presque un million d'Américains. Il fait peu de doutes que le président Trump a des velléités de dictature et il reste à se demander si les contrepoids de la constitution vont l'empêcher d'atteindre son rêve.

    L'Histoire nous enseigne que les grands dictateurs n'ont pas toujours pris le pouvoir du jour au lendemain et certains ont été très astucieux en misant sur des circonstances extérieures pour assujettir le leur. Par exemple, Hitler a été élu puis s'est servi de l'incendie au Reichstag par des « terroristes » pour obtenir des pouvoirs d'exception du président de la république; les Allemands n'y ont vu que du feu (oui, mauvais jeu de mots) mais une fois la main dans l'engrenage, il était déjà trop tard. Si une situation semblable survenait aux ÉU, est-ce que les Américains seraient plus vigilants que les Allemands ?

  • Joane Hurens - Abonné 25 janvier 2020 21 h 46

    Les clowns politiques sont dangereux

    Beaucoup de ces aspirants dictateurs n’ont pas été pris au sérieux de leur ascension. Et encore, s’ils ne faisaient que passer. Si Trump entend bien s’incruster pour éviter la prison, le trumpisme pourrait avoir de beaux jours devant lui. Une télé réalité en toile de fond, une déréglementation tout azimut, une accélération du transfert de la prospérité vers le 1% qu’Évita appelait l’oligarchie, le trumpisme est une révolution menée de main de maître par un rutilant mafieux et les sénateurs républicains dans la poche de ces fameux oligarques.
    Le citoyen américain ordinaire s’il ne sent pas perdu, dépossédé ou trop impuissant pourrait peut-être offrir la preuve au monde en 2020 que le grand rêve démocratique dans le pays de l’Oncle Sam n’est pas mort. Mais on peut en douter, la Cour Suprême ayant permis à l’argent d’institutionnaliser la tricherie électorale.