Dis-moi qui tu fréquentes…

Même si la commission Charbonneau n’avait pas été en mesure d’établir un lien formel entre l’octroi des contrats publics et les millions que ceux qui en bénéficiaient avaient versés à la caisse du PLQ, pratiquement personne au Québec ne doute aujourd’hui que ce lien existait.

De la même façon, Jean Charest aura beau jurer sur la tête de « Michou » qu’il ne savait rien des méthodes de financement utilisées par Marc Bibeau, qui va le croire ? Même si les documents qui ont justifié les perquisitions de l’UPAC dans le cadre de l’enquête Mâchurer recoupent largement le terrain couvert pas la commission Charbonneau, la proximité entre l’ancien premier ministre et le grand argentier du parti apparaît encore plus évidente. Ils étaient « comme des frères », peut-on y lire.

Il est vrai que, dans tous les gouvernements, on omet souvent d’informer le premier ministre des détails d’une affaire qui pourrait être compromettante, mais il y a quand même des limites. Trop de gens ont témoigné du pouvoir d’influence dont se vantait M. Bibeau pour que M. Charest ait pu ignorer ce qui se passait autour de lui année après année. Ce politicien roublard n’avait rien en commun avec un Gérald Tremblay.

D’ailleurs, à quoi servait tout l’argent qui s’accumulait dans les coffres du Parti libéral du Québec, sinon à faire réélire son chef ? Même si l’UPAC met officiellement un terme à l’enquête Mâchurer, comme le réclame M. Charest, le tribunal de l’opinion publique a déjà rendu son verdict. Il pourra toujours crier à la culpabilité par association, mais son ami Bibeau et lui étaient précisément des associés.


 
 

Tout cela ne le dissuadera sans doute pas de poser sa candidature à la direction du Parti conservateur. S’il y a une qualité qu’il faut reconnaître à M. Charest, c’est une détermination absolue. Durant toute sa carrière politique, il n’a jamais reculé devant l’adversité. En 1998, le PLQ avait déroulé le tapis rouge devant lui. Cette fois-ci, il s’aventurera dans un champ de mines.

À l’extérieur du Québec, les militants conservateurs n’ont peut-être pas suivi les travaux de la commission Charbonneau, mais ils devront maintenant se demander s’ils souhaitent avoir un chef dont le nom est cité dans des documents de police où il est question de fraude et d’abus de confiance. Il est facile d’imaginer l’usage que les adversaires du PCC pourraient en faire durant une campagne électorale.

La vengeance est un plat qui se mange froid, dit le proverbe. Stephen Harper attend Jean Charest dans le détour depuis longtemps. L’heure du règlement de comptes semble avoir sonné. L’ancien premier ministre canadien a renoncé à ses fonctions au conseil d’administration du fonds du Parti conservateur pour pouvoir se mêler de la course à la succession d’Andrew Scheer et plus particulièrement pour barrer la route à Jean Charest.

On peut le comprendre, après l’entourloupette que l’autre lui a faite en 2007. À l’époque M. Charest se répandait en lamentations sur le déséquilibre fiscal, qui empêchait le Québec de financer adéquatement son système de santé. Bon prince, M. Harper a accepté d’augmenter de 700 millions la péréquation qui lui était versée. À dix jours de l’élection du 26 mars, M. Charest a plutôt promis de consacrer cet argent à une baisse d’impôt. M. Harper ne le lui a jamais pardonné. Même entre politiciens, certaines choses ne se font pas.


 
 

Certes, aux yeux de M. Harper, M. Charest a également le tort d’être issu de l’aile progressiste-conservatrice, qui a dû accepter la prééminence des héritiers du Reform Party lors de la fusion de 2003. Il est bien possible que le retour au pouvoir du PCC exige un certain recentrage idéologique. L’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de M. Charest pourrait toutefois inciter ceux qui souhaitent un tel recentrage à jeter leur dévolu sur un autre red tory, Peter MacKay. C’est apparemment ce que Brian Mulroney aurait décidé.

Les circonscriptions du Québec sur lesquelles comptaient les conservateurs leur ont fait cruellement défaut le 21 octobre dernier. Ils auraient cependant tort de croire que l’élection de Jean Charest leur assurerait automatiquement une récolte plus abondante. Il faudra composer encore une fois avec François Legault, qui n’a jamais eu d’atomes crochus avec M. Charest. La situation présente à Ottawa convient très bien à l’actuel premier ministre. La prochaine fois, il pourrait trouver tout aussi souhaitable que le Bloc québécois remporte le gros du vote nationaliste.

Correctif : Dans ma chronique de jeudi, j’ai écrit à tort qu’aucun premier ministre provincial n’est ensuite devenu premier ministre du Canada. Il y en a eu deux au XIXe siècle. Charles Tupper a été premier ministre de la Nouvelle-Écosse entre 1864 et 1867, puis premier ministre du Canada pendant 10 semaines en 1896. John Sparrow Thompson a aussi dirigé brièvement la Nouvelle-Écosse en 1882 et le Canada entre 1892 et 1894.

32 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 janvier 2020 07 h 05

    une société n'at-elle pas plusieurs règles pour se défendre

    est-ce ainsi que doit être posé les questions , ne faut il pas que tout soit annalysé contextuellement , pourquoi faut il refuser d'y voir toutes les regles qu'elle possede

  • Denis Paquette - Abonné 18 janvier 2020 07 h 09

    une sociétés n'a-t-elle pas des regles spécifiques pour se defendre

    les regles ne sont-elles pas plus complexe que ca

    • Marc Therrien - Abonné 18 janvier 2020 16 h 13

      Effectivement, ça se complique quand on se met à penser qu'il y a aussi les règles non écrites et secrètes qui se transmettent en conversations privées dont l'arbitraire en est encore plus friand.

      Marc Therrien

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 janvier 2020 07 h 44

    Tous contre un ne suffit même pas pour faire tomber le masque de l'homme aux deux mains sur le volant!

    Si le ridicule ne veut rien dire au Québec, l'attitude de Monsieur Charest est dans la norme, celle de foncer, peu importe ce que l'on dit et pense de toi! À la Commission Charbonneau ils furent nombreux à indiquer que les Libéraux, dont le PM de l'époque, avaient les mains sales, spécialement en ce qui concernait les contrats de travaux entre eux (ingénieurs, propriétaires de compagnie, etc.) et le gouvernement du Québec! Les membres de l'UPAC se tiennent bien coi! Sont-ils figés par la peur? Le secret? Manifestement ce n'est pas le doute qui mène la danse, mais plutôt un régime de terreur planqué dessous la table! Dans ce contexte, il est à craindre que le gouvernement de la CAQ cède pour éviter le pire, bref, que l'on ferme encore le rideau, les acteurs ayant joué leur rôle sauf évidemment celui qui se servait d'un paravent pour éviter de se salir les mains!

  • Louise Collette - Abonnée 18 janvier 2020 08 h 32

    Jean Charest

    Ce qui le décrit le mieux : du front tout l'tour d'la tête.

    Au risque de me répéter, un véritable cauchemar. Après sa défaite en 2012 et, défait dans sa propre circonscription de surcroît, je croyais naïvement, qu'on ne le reverrait plus.
    Je le vois aux nouvelles ces jours-ci et je dois me pincer pour être certaine que je ne rêve pas. C'est irréaliste.

    On a dû être très méchants pour mériter ça. ;-)

    • Hélène Gervais - Abonnée 19 janvier 2020 06 h 26

      Je dirais que c'est un mauvais karma :)

  • Michel Fontaine - Abonné 18 janvier 2020 08 h 45

    L'opinion publique comme tribunal ?

    Monsieur David,
    Je suis très préoccupé et très déçu de constater que vous légitimez, au 3e paragraphe de votre chronique, le tribunal de l'opinion publique au détriment de celui de la vraie justice.Une telle position doit être dénoncée car elle menace notre démocratie et notre état de droit.

    • Gilles Théberge - Abonné 18 janvier 2020 18 h 20

      Vous pensez que les jugements de cour ne sont pas politique vous...?

    • Yvon Pesant - Abonné 19 janvier 2020 05 h 19

      Monsieur Fontaine, êtes-vous de ceux et celles qui croient sérieusement que Jean Charest n'était au courant de rien de toute cette magouille politique dont il est question? Si c'est le cas, dites-vous que vous faites partie d'une minorité de gens.

      Monsieur David a raison quand, dans le quatrième paragraphe de sa chronique, il écrit que "...le tribunal de l'opinion publique a déjà rendu son verdict." Le charmeur a été mordu par le serpent lassé de son jeu de flûte mais, de toute évidence, il n'en est pas mort.

      Jean Charest à la couenne dure et les plumes du Phoenix qui renaît de ses cendres qui sont comme celles des canards sur lesquelles coule l'eau des orages qui passent sans trop affecter leur bonne humeur de joyeux cancanneur. À l'exemple des grands menteurs de ce monde, il est un excellent conteur d'histoires capable de faire rire et... d'embobiner tout le monde.

      Jean Charest est le fantôme d'un opéra pas comique du tout qui a mené le Québec dans le trou financier que l'on alors que plein de petits amis du PLQ ayant généreusement contribué à sa caisse électorale s'en mettaient plein les poches à nos frais. Lui parti, le PLQ de Philippe Couillard y est allé avec un régime d'austérité complètement sans cœur qui a fait mal à tellement de gens, travailleurs et bénéficiaires des services publics, par sa faute, sa très grande faute.

      Cela dit, il nous faudrait arrêter de penser et rester cois dans l'attente d'un jugement de cour toujours susceptible de l'en disculper, selon vous? Des œillères devant les yeux, des bouchons dans les oreilles et un bâillon sur la bouche?

      Est-ce là la recommandation que vous faites à monsieur David, monsieur Fontaine? Et par ce lien direct, à tous ceux et celles qui croient sincèrement que Jean Charest ne pouvait pas ne pas savoir, quoi qu'en dise Me Michel Massicotte, son avocat, qui a le culot de demander en son nom l'arrêt de l'enquête Mâchurer.

    • Louise Collette - Abonnée 19 janvier 2020 08 h 54

      <<Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.>>
      Jean de La Fontaine
      Monsieur Charest est-il misérable ?

    • Simon Gauvin - Abonné 19 janvier 2020 12 h 43

      Monsieur Fontaine. Est-ce la Justice ou la Loi que vous évoquez ? Il y a toute une différence entre ce qui est juste et la Loi que des avocats, comme Charest, manipulent et utilisent pour le bénéfice des riches et des corporations qui les engraissent. Le tribunal populaire n'est certainement pas à encourager lorsqu'il est question d'histoires véhiculées par les médias sociaux où la médisance est souvent gratuite et amplifiée par la rumeur publique comme au temps de la colonie, mais la très sérieuse Commission Charbonneau nous a bien éclairé sur les magouilles du PLQ et ça c'est assez pour moi. Tout ce que je peux reconnaître à Jean Charest c'est une grande halibeté à bien se cacher derrière ses "amis", car on sait bien que "un chum c't'un chum"...

    • Marc Pelletier - Abonné 19 janvier 2020 15 h 09

      M. Fontaine,

      Je suis plus que surpris que M. David accorde le verdict final au " tribunal de l'opinion publique " !