Plus qu’un chef

Le compte à rebours est commencé en vue de l’élection d’un nouveau chef conservateur fédéral. Les noms de candidats potentiels se multiplient. Des annonces sont attendues cette semaine, sinon la semaine prochaine. Le temps presse, car le choix du parti sera dévoilé le 27 juin prochain, à Toronto.

La défaite du Parti conservateur du Canada (PCC) lors des élections du 21 octobre dernier a inspiré des appels en faveur d’un renouvellement du leadership et des politiques du parti. Le chef Andrew Scheer a été poussé vers la sortie. On lui a reproché l’effet repoussoir de son conservatisme social et de son manque de volonté en matière de lutte contre les changements climatiques.

Bien que le PCC ait récolté en 2019 plus de votes que les libéraux et raflé 22 sièges de plus qu’en 2015, il a dans les faits piétiné. Il doit ce résultat uniquement au vote presque monolithique de l’Alberta et de la Saskatchewan, et au rebond enregistré dans les deux autres provinces de l’Ouest. En Ontario et au Québec, le parti a perdu des votes. En somme, le parti a seulement consolidé sa base, en particulier celle de souche réformiste, alors qu’il lui faut l’élargir pour espérer battre les libéraux.

Dans un texte paru lundi dans le magazine en ligne Options politiques, la coprésidente du comité organisateur de la campagne à la direction et ancienne ministre Lisa Raitt note que si le PCC a su remplir son rôle d’opposition officielle, il a été incapable d’offrir aux Canadiens « des options politiques de rechange substantielles » à prendre en considération. « Une version réchauffée des politiques conservatrices de 2006 à 2015 n’a pas inspiré les électeurs », écrit-elle. Selon elle, le PCC doit répondre aux préoccupations actuelles des citoyens.

Il faudra attendre que les candidats pressentis s’affichent pour évaluer en détail leurs positions, mais on sait déjà que la plupart sont associés à l’aile modérée ou progressiste du PCC. Dans l’immédiat, ce sont leurs atouts et handicaps personnels qui sont soupesés. L’ancienne cheffe intérimaire Rona Ambrose, que beaucoup dans l’Ouest espèrent voir sur les rangs, n’en aurait pas envie, dit-on. Elle n’a toutefois rien fait pour faire taire les rumeurs.

Le député ontarien Michael Chong et son collègue Erin O’Toole sont peu connus en dehors du parti. Bilingues tous les deux, ils étaient candidats à la direction en 2017. Le premier a vite mordu la poussière, mais M. O’Toole est arrivé bon troisième derrière Andrew Scheer et Maxime Bernier.

Chef du Parti progressiste-conservateur au moment de la fusion avec l’Alliance canadienne, Peter Mackay bénéficie d’une grande sympathie, mais on ignore toujours s’il fera le saut. Et il y a Jean Charest qui songerait à reprendre du service. Il pourrait toutefois être lesté par les fantômes de la commission Charbonneau. Et, au Québec, par l’antipathie farouche qu’il suscite auprès de l’électorat caquiste que convoite le PC, comme le confiait à mes collègues mardi une source conservatrice québécoise.

Reste à voir enfin si les tenants du conservatisme social se mobiliseront derrière un candidat de leur cru. En 2017, leur poulain, le député pro-vie Brad Trost, avait tenu jusqu’au 11e tour et avait fini quatrième. Ses partisans s’étaient ensuite rangés derrière M. Scheer. Les conservateurs sociaux sont la faction du parti la plus organisée, le PCC étant leur seul refuge politique. Leur poids n’est pas à négliger.

Le député ontarien Pierre Poilievre pourrait-il en profiter ? Difficile à dire. Durant la dernière élection, le groupe pro-vie Campaing Life Coalition l’avait inscrit sur la liste des candidats méritant d’être appuyés. En 2005, il a voté contre le mariage entre conjoints de même sexe. Est-il toutefois d’avis que le parti doit une fois pour toutes fermer la porte à toute remise en question des droits acquis sur ces sujets ? Il faudra voir.

Car il pense sérieusement à briguer la direction du parti et on le dit même favori. Selon le Toronto Star, l’ancien ministre et homme de confiance de Stephen Harper, John Baird, présiderait sa campagne à la direction, et la directrice des campagnes conservatrices de 2011 et 2015, Jenni Byrne, serait une membre clé de son organisation.

M. Poilievre a toutefois un parcours similaire à celui de M. Scheer. Député depuis l’âge de 24 ans, il n’a pour ainsi dire jamais rien fait d’autre que de la politique. Il a une réputation de fidèle bagarreur, au point d’être surnommé « pit-bull » par ses détracteurs. Les libéraux y ont goûté, entre autres dans le dossier de la taxe sur le carbone. Difficile dans les circonstances de s’imaginer que M. Poilievre pourrait revoir la politique du parti en la matière alors qu’on le prédit favori.

Or, sans politique crédible pour lutter contre les changements climatiques, sans position ferme en faveur du respect du libre choix des femmes en matière d’avortement et du droit au mariage entre conjoints de même sexe, le PCC foncera vers un mur. Le nouveau chef doit personnifier ces orientations et non pas servir de paravent au statu quo conservateur qui est, à certains égards, celui d’une autre époque.

1 commentaire
  • Yvon Massicotte - Inscrit 8 janvier 2020 21 h 38

    Bonne chronique de Mme Cornelier, comme d'habitude.
    Le parti conservateur qu'elle décrit ne se prépare certainnement pas pour l'après-Trudeau.
    Mme Lisa Raitt écrit que l'expérience de Scheer a montré que l'électorat ne veut pas des politiques des années Harper et suggère une volte-face entre autres sur les changements climatiques.
    Mais, le candidat le plus en avance actuellement et qui bénificie du support de poids lourds du parti conservateur est ce vociférant M. Poilièvre! Que ce populiste criard, de l'aile réformiste, encore plus à droite et climatosceptique que M.Scheer puisse compter sur de tels appuis me surprend et m'indique, qu'en vérité, ce parti se marginalise en un parti régional et que le rêve de former une vraie coalition de centre-droit lors de la fusion du Parti Progressif Conservateur et du Reform Party a, à toute fin pratique, été mis de côté.
    M. Charest doit vraiment s'ennuyer actuellement pour songer à s'embarquer sur ce qui est déjà un vieux rafiot.