Notre siège à l’ONU

La semaine dernière, le gouvernement canadien a suscité l’ire d’Israël et de la communauté juive du pays lors d’un vote à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies sur une résolution appuyant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination.

En effet, pour la deuxième fois en l’espace de quelques semaines, la délégation canadienne à l’ONU a voté pour une résolution de ce genre, alors que par le passé, le Canada s’était toujours rangé derrière l’État d’Israël au sein d’une organisation où ce dernier a peu d’amis.

Pour beaucoup d’observateurs de la scène diplomatique, la volte-face canadienne a semblé opportuniste. La résolution en question — déposée par l’Égypte, le Nicaragua, la Corée du Nord, le Zimbabwe et la délégation palestinienne à l’ONU — avait essentiellement pour but d’isoler l’Israël plutôt que de promouvoir la solution à deux États qui constitue la politique officielle du Canada. Depuis 15 ans, le Canada s’est toujours opposé à des résolutions du genre. En brisant cette tradition, la délégation canadienne à l’ONU s’est attirée des critiques de la part du gouvernement américain, dont l’ancienne ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, qui l’a accusée d’avoir conclu un « pacte avec le diable ».

L’organisation B’nai Brith Canada a qualifié le vote de « tache sur la réputation du Canada » qui trahit la promesse de M. Trudeau de « défendre le droit d’Israël de vivre en sécurité ». Alors pourquoi le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau aurait-il risqué sa propre crédibilité auprès de ses plus proches alliés afin d’appuyer une résolution si douteuse ?

La réponse se retrouve dans la lettre de mandat du nouveau ministre des Affaires étrangères rendue publique par M. Trudeau le 13 décembre dernier. Parmi les « grandes priorités » que François-Philippe Champagne a été chargé de mener à terme se trouve « la campagne du Canada en vue de l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité » de l’ONU.

Le solide appui d’Israël par le gouvernement conservateur de Stephen Harper a été considéré comme étant la principale cause de la défaite du Canada lors de sa dernière tentative de gagner un siège temporaire au Conseil de sécurité en 2010. Les États membres de l’ONU ont préféré la candidature du Portugal dans une proportion de 130 contre 32. Pour M. Harper, ce revers fut le prix à payer pour sa politique étrangère pro-Israël, à laquelle il était extrêmement attaché. Les commentateurs politiques canadiens ont associé ce vote à une véritable gifle de la communauté internationale à l’endroit du Canada. M. Harper a toutefois été réélu en 2011, formant un gouvernement majoritaire pour la première et seule fois dans sa carrière. On ne peut donc pas dire que la défaite du Canada à l’ONU a nui aux velléités politiques de M. Harper.

Ce sera tout le contraire pour M. Trudeau. Alors que le mépris manifesté par M. Harper envers l’ONU fut une marque de commerce populaire pour sa base conservatrice, les libéraux de M. Trudeau sont tiraillés entre leur base progressiste et plutôt anti-Israël et la communauté juive canadienne. Ils peuvent difficilement plaire à l’une sans offusquer l’autre.

Qui plus est, pour le premier ministre actuel, l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité serait une preuve concrète que « le Canada est de retour ». En revanche, une défaite ferait plus de dommages politiques à M. Trudeau que celle de 2010 pour M. Harper.

Les deux autres pays en lice pour l’un des deux sièges réservés aux pays développés sont la Norvège et l’Irlande. Toutes deux sont mieux positionnées que le Canada en raison de leurs contributions en matière d’aide internationale et de leurs missions de maintien de la paix. La Norvège contribue pour plus de 1 % de son produit intérieur brut à l’aide publique au développement, selon l’OCDE, soit quatre fois plus que le Canada. Notre contribution a même diminué légèrement depuis l’arrivée au pouvoir de M. Trudeau en 2015. En même temps, plus de 600 Casques bleus irlandais sont actuellement déployés à travers le monde, surtout au Liban, dans les missions de maintien de la paix. La promesse formulée en 2015 par M. Trudeau d’augmenter le nombre de Casques bleus canadiens s’est avérée vide de toute substance. Après avoir timidement participé à une mission de la paix au Mali, le Canada a retiré en septembre dernier les quelque 200 soldats et 8 hélicoptères qui y avaient été déployés depuis juillet 2018. Aucun autre engagement n’a été réalisé depuis.

Le gouvernement Trudeau semble donc miser beaucoup sur son appui à la résolution palestinienne afin de contrer ses faiblesses dans d’autres dossiers chers aux pays arabes et en voie de développement afin de gagner les votes nécessaires à l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité. Alors que l’Irlande et la Norvège ont elles aussi appuyé la résolution en question, le vote du Canada a été considéré comme une plus grande victoire symbolique pour les Palestiniens étant donné l’opposition de ce pays à des résolutions semblables dans le passé.

Il reste à voir si le prix à payer pour cette volte-face sera plus grand qu’il n’y paraît.

16 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 28 décembre 2019 07 h 28

    Ça mange quoi en hiver?

    Notre siège à l’ONU? Oui, pis après? Est-ce que vous voulez savoir combien on s'en fout de cette organisation corrompue et inutile en 2020 qu'est l’ONU?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 28 décembre 2019 09 h 03

    Vivement que le Canada ne soit pas élu, alors. Ça renforcera l'image que Trudeau est probablement le pire premier ministre que le Canada ait connu en matiêre de politique étrangère. D'ailleurs, j'ai cru comprendre que sa crédibilité était très faible à l'extérieur du pays.

  • André Joyal - Inscrit 28 décembre 2019 09 h 15

    Allez l'Irlande et la Norvège...

    ...les Québécois fiers de l'être sont derrière vous et qui sait : je pourrais inclure dans mon ensemble nos «amis de QS.
    Le matin où j'ai appris l'élection fracassante du Portugal, j'avais RV avec mon médecin d'origine libanaise : nous nous en somme réjouis pendant 20 minutes avant qu'il ne procède à mon examen. La bonne humeur avait conforté mon état de santé. Puisse-t-il en être autant en mars prochain.

  • Bernard Terreault - Abonné 28 décembre 2019 09 h 27

    La seule chance pour l'ONU

    Abolir le droit de véto des cinq soi-disant ''grandes puissances''. Ces cinq-là, et particulièrement les trois plus gros, États-Unis, Russie, Chine, ont régulièrement bloqué des solutions raisonnables et souhaitables. Aimeriez-vous que les cinq plus riches familles du Canada aient un droit de véto au Parlement ou à la Cour suprème? Les vétos des ÉU sont particulièrment indéfendables car ils proviennent d'une supposée démocratie. Sans eux, il y aurait longtemps, par exemple, que la Palestine aurait obtenu un statut de nation à part entière avec un territoire bien défini et reconnu internationalement, ou que l'Arabie Saoudite aurait été condamnée pour son traitement des femmes.

  • Michel Lebel - Abonné 28 décembre 2019 09 h 29

    Aucun leadership!

    La politique étrangère actuelle du Canada: pas bien forte, c'est le moins qu'on puisse dire. On ne sent aucun leadership en la matière. L'évidence est là: Justin Trudeau, il faut bien le dire, c'est du vent. La substance n'y est pas. Je doute fort que le Canada obtienne ce siège au Conseil de sécurité. La position canadienne sur le sujet me semble essentiellement opportuniste et les autres pays le constateront bien.

    M.L.