Six lectures pour le temps des Fêtes

Voici quelques ouvrages que j’ai lus récemment, et pour certains recensés. Je fais le pari qu’ils alimenteront agréablement et substantiellement votre réflexion sur l’éducation durant cette période que je vous souhaite propice à la lecture.

Le professeur Rivard et les chemins de l’école

Dans Le chemin de l’école (Leméac, 2019), Yvon Rivard propose une belle réflexion philosophique sur l’école. Ce livre a remporté cette année le prix Pierre-Vadeboncoeur.

L’auteur livre une fine analyse de la relation pédagogique, faite du désir commun d’apprendre et de partager, alimentée notamment par une forte critique d’un certain technicisme réducteur en éducation. « J’ai eu la chance de ne pas être formé par des pédagogues », écrit à ce sujet Rivard.

On y lira aussi une précieuse mise en garde contre certaines transformations récentes de l’université, où se conjuguent entre autres « obligation de produire ou de périr » et « course aux colloques et aux subventions sous peine d’être méprisé ou congédié ».

Des histoires de gars et d’école

François Cardinal, dans Lâchez pas les gars. D’anciens cancres témoignent (Éditions La Presse, 2019), a eu la bonne idée de réunir des témoignages d’anciens cancres, des garçons qui ont eu des difficultés à l’école — ce fut d’ailleurs son cas.

Vous lirez ici les inspirants récits de mal scolaire surmonté du Dr Stanley Vollant, du ténor Marc Hervieux, de l’artiste et écrivain Marc Séguin, de l’entrepreneur Alexandre Taillefer, de l’ex-joueur professionnel de hockey Steve Bégin et de quelques autres.

Pour l’amoureux des sciences

Jean-René Roy, dans le superbe et richement illustré en couleurs Trente images qui ont révélé l’Univers. De la Lune à l’aube cosmique (PUL, 2019), raconte justement cela, ce rôle qu’ont joué les images, d’abord de simples croquis, puis des images générées par des technologies devenant de plus en plus complexes, dans notre compréhension de l’Univers.

L’ouvrage parle ainsi des représentations du système solaire, puis de celles de la Voie lactée et des galaxies, avant d’en venir à la cosmologie. Chaque fois, une image dite « transformatrice » est présentée et son importance, expliquée — à l’aide du texte de Roy, mais aussi de nombreuses autres images et illustrations.

La laïcité et l’école

Nadia El-Mabrouk, citoyenne d’origine tunisienne, est beaucoup intervenue dans le brûlant dossier de la laïcité au Québec et en 2018, elle a remporté pour son travail le prix Condorcet-Dessaulles, du Mouvement laïque québécois.

Dans Notre laïcité (Dialogue Nord Sud, 2019), elle réunit des textes sur ce sujet parus dans divers médias entre 2015 et 2019. Il s’agit d’une forte, claire et solide défense de cette laïcité qu’elle estime être le « socle du vivre-ensemble et de la démocratie ».

Il y est bien entendu question des institutions publiques, d’une réelle égalité entre hommes et femmes, de tolérance, d’inclusion, mais aussi de l’école et du cours Éthique et culture religieuse. « Sans une école vraiment laïque, écrit-elle, la laïcité est une coquille vide. »

En prime, on lira ici deux préfaces, l’une de Joseph Facal, l’autre de Guy Rocher.

Mieux connaître PISA

Cette année encore, les résultats des enquêtes du Programme international sur les acquis des élèves (PISA) font beaucoup parler.

Mais comment, au juste, ces enquêtes sont-elles construites ? Quelles en sont les limites ? Quelles critiques leur sont adressées ? C’est à ces questions et à quelques autres que répondent Georges Felouzis et Samuel Charmillot dans leur court mais bien fait ouvrage Les enquêtes PISA (PUF, 2012).

Les passages sur la controverse opposant partisans des compétences (ce que mesurent et valorisent les enquêtes PISA) et partisans des savoirs sont éclairants, de même que ceux portant sur les conséquences, souhaitables ou redoutées, de ces enquêtes sur les politiques éducatives nationales.

Sur l’histoire de l’éducation au Québec

La pensée éducative au Québec. La génération 1915-1930 (PUL, 2019) est un tout récent titre proposé par Denis Simard, Jean-François Cardin et Olivier Lemieux et leurs collaborateurs. Il réunit les textes d’un colloque.

On s’attarde ici à la pensée et à l’action en éducation d’illustres représentants, bien connus pour la plupart, de cette génération. Les voici : Pierre Angers, Jeanne Lapointe, Judith Jasmin, Simonne Monet-Chartrand, Michel Brunet, Arthur Tremblay, Marcel Rioux, Pierre Vadeboncoeur, Léon Dion, Fernand Dumont et Jacques Grand’Maison.

On aura noté qu’il manque à cette liste l’éminent Guy Rocher, né en 1924, qui a été membre de la commission Parent. C’est qu’il était présent à ce colloque, que sa conférence a clos.

Ce texte, ici reproduit, devrait être lu par quiconque oeuvre en éducation ou s’intéresse à ce sujet. Rocher jette un regard rétrospectif sur le travail accompli par la commission Parent et sur le chemin parcouru depuis. Mais il rappelle aussi cet immense défi de justice sociale en éducation auquel nous faisons actuellement face et à l’urgence de s’y attaquer.

Perle (volontaire) de la semaine

L’histoire est racontée par une professeure en enseignement religieux dans une classe de 2e secondaire durant les années 1990. Elle présente un texte du prophète Malachie.

Un élève brillant fait alors semblant de perdre l’équilibre et de tomber de sa chaise. Il se relève et dit : « Je m’excuse, mais j’étais “mal achie”. »

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