Noël... pas de farce

Tu com­prends que là, si même les hom­mes mangent pas la Butterball, on fait pus de farce.
Photo: Lauri Patterson Tu com­prends que là, si même les hom­mes mangent pas la Butterball, on fait pus de farce.

« On ne l’avait pas vu venir. Je veux dire, l’allergie à la Butterball, la tourtière de millet, les sentiments prêtés à un porc, bout de viarge ! Le cochon, on a toujours su c’était qui, pis vers quelle heure, mais lorsque venait le temps du ragoût de pattes, on se taisait pis on mangeait. 

« Plus maintenant ! Tout le monde a une opinion, même les jeunes. D’abord, ce sont les petits de huit ans qui réclament un Noël végétalien : “Tu comprends, mamie, c’est parce que tous les animaux souffrent, pas seulement Pantoufle pis Ti-pit, ton canari.” “Pis tu comprends, mamie, nous on ne mangera ni Pantoufle, ni les animaux du zoo, ni les animaux d’élevage, ni les animaux sauvages. On est antispécistes. Pis mets-nous pas de la poudre de grillons dans la bûche de Noël non plus. Ouache !” »

« T’as vu ? Ils étaient 11 militants dans une porcherie de Saint-Hyacinthe le week-end dernier. Pour dénoncer le sort des porcs. Une autre gang qui va manger de la tourte au tempeh local à Noël pis qui se gèle aux gummie bears de cannabis bio.

L’homme a également tendance à valoriser des animaux qui flattent son narcissisme

« Y en a même qui vont se sortir les grelots dehors le 23 décembre pour boycotter la fourrure au coin de Peel et de la Catherine. À poil !

« C’est pas tout ! Mon amie Denise nous a appris que la Ville de New York allait bannir le foie gras dans ses restaurants en 2022. What a shame ! Avec le champagne Krug (yé rendu 431,75 $ à la SAQ), c’était le mariage parfait. Celui qui dure pas, mais dont tu te souviens. Tsé, le genre “Ils font donc un beau couple !”. La façade d’Ogilvy un vendredi 13 décembre…

« Oh well ! Il faudra se gaver autrement. La belle-soeur d’Annie va apporter du “faux-gras” à base de lentilles à Noël. Elle m’a dit qu’avec la confiture d’oignons au porto, on ne verrait pas la différence. Elle a pris la recette sur le site de Bosh.tv, les deux dudes anglos qui se prennent pour des nouveaux messies.

« For Christ sake ! Noël, c’est sacré. Si on commence à toucher à ça, le p’tit Jésus va perdre son cache-sexe. Faut pas bricoler avec l’affectif, les traditions, la gueule de bois. Moi, j’ai pour mon dire, tu fais ce que tu veux chez vous, mais à Noël, t’essaies d’être au moins aussi catholique que la Sainte Vierge. C’est pas le temps de finasser. »

La game change

« Pis si y avait juste tes cousines hipsters devenues véganes parce qu’elles font du bénévolat à la SPCA pis qu’elles offrent des gerboises à leurs parents à Noël ! Ben non ! Ça s’arrête pas là !

« Leurs chums (pas des moumounes là !), des gars top shape, tatoués à l’année, qui grimpent les montagnes Blanches en courant comme des caribous sous le règne de la CAQ ; ben depuis qu’ils ont vu le documentaire Game Changer sur Netflix, ils se prennent pour Arnold ou Georges Laraque.

« Parle-moi-z’en pas ! Les pompiers dans le film deviennent végétaliens après avoir subi des tests sanguins. Des joueurs de la NFL aussi ! Des beefs qui broutent du kale ! Même Arnold Terminator, qui n’est plus une jeunesse, nous explique que la choucroute garnie, ça n’a jamais été son truc : “Ils nous ont vendu cette idée qu’un vrai gars mange de la viande.” »

« Depuis que ton père a vu ça, et surtout entendu cette phrase du docteur : “75 % de risques prématurés de mortalité à cause des produits animaux”, il commande des sushis végés au resto. Mais la totale, c’est quand un chercheur en urologie fait faire un test à trois jeunes Adonis dans la fleur de l’érection et qu’il leur démontre — résultats nocturnes monitorés par un sex toy — que leur virilité s’en trouve améliorée.

On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas.

 

« Plus dur et plus longtemps, graphique à l’appui. De 303 à 477 % d’augmentation après un seul repas de burritos aux fèves noires. Et le doc qui ajoute : “Ça va réveiller les gens avec un pénis et ceux qui aiment les gens avec un pénis.” Fini le boeuf Wellington, mon homme. Et ils en bandent de joie. Avoir su… ton père aurait lâché le Viagra avant.

« On apprend aussi que pour un simple hamburger, il faut compter 2400 litres d’eau du début à la fin et que le quart de l’eau de la planète est utilisé pour les animaux d’élevage. Ton père, qui a toujours farouchement défendu son steak, est en train de virer bouddhiste, ma grand-foi. Tu comprends que là, si même les hommes mangent pas la Butterball, on fait pus de farce.

« Moi, ce qui m’a le plus frappée, c’est l’espèce de warrior qui défend les rhinocéros en Afrique contre le trafic et le braconnage ; un Américain typique bâti comme un cheval. Lorsqu’il a réalisé que le morceau de viande qu’il faisait griller le soir n’était pas différent de celui qu’il défendait le jour, il a viré sa cuti. Il broute comme un grand singe. »

Dissonance cognitive et humour

« Remarque, il était pas le seul à pratiquer la dissonance cognitive. C’est comme ça qu’on appelle ça. Le deux poids, deux mesures. La main gauche qui regarde pas ce que la main droite fait. T’as juste à regarder Justin, il dissone tout le temps.

« Ou Mike Ward, tiens. Quatre trophées pour s’être moqué d’un petit handicapé victime d’intimidation durant des années. Moi, je me serais gardé une tite gêne. Mais chus pas humoriste non plus !

« En tout cas, Mike Ward est végétarien à cause des animaux qui souffrent. C’est beau, quand même, il est capable d’empathie pour les veaux. Il a dit à un journaliste du Journal de Montréal qu’au début, il mangeait juste des animaux stupides comme les dindes, les poules et les poissons. Puis, il a tout arrêté parce que finalement, la stupidité est peut-être dans l’oeil de celui qui regarde.

« Ta cousine m’a offert Que pensent les dindes de Noël ? Oser se mettre à la place de l’animal, écrit par une éthologue… et je ne sais plus quoi penser de Mike Ward. Est-ce qu’il faut se mettre à sa place à lui aussi ?

« Parce qu’il a vraiment l’air de faire pitié avec toutes ces poursuites pis ces gens méchants qui le traitent de « gros tas de merde » sur les réseaux sociaux (il l’a dit au Journal aussi). Il a même raconté que ça lui a donné des complexes physiques.

« Bon, c’est bien beau, le placotage, mais faut que je trouve une recette de bûche végétalienne sans gluten et sans noix. Et je me demande encore avec quoi je vais servir mes atocas ? La dinde est pus d’accord. Et la liberté d’expression, je respecte ça. »

Aimé le livre de cuisine Les bonnes choses d’Élise Bonnin. Cette cuisine végétalienne simple et savoureuse ronronne au coin du feu. On réapprend le flammekueche, le wok de nouilles chinoises, la pizza marinara ou le tofu brouillé aux oignons verts. Brunch, lunch, repas rapides et beaux desserts, car cette cheffe est pâtissière de formation. Antispéciste d’origine française, Élise s’est installée à Montréal. Le livre a été édité en France d’abord, puis un an plus tard ici. On y apprend même à faire son pain et son yogourt végétal, son fromage de cachou et son « parmesan » ! Le blogue et le livre ici.

Savouré le livre Fiesta Santé d’Alex Diaz. Ce n’est pas un livre végé à 100 %, mais un ouvrage de transition (comme la transition énergétique de Justin Trudeau, ça peut prendre jusqu’en 2050). Alexandra partage avec nous sa passion pour la course et la cuisine santé familiale et festive. C’est plein d’idées pas compliquées pour manger frais, bourré de légumes et de couleurs. Bref, un livre que j’offrirais en cadeau sans hésiter à des gens qui veulent, mais résistent encore un peu. Se sentir mieux en étant végé, c’est l’idée. Et janvier arrive à grands pas. Comme coach d’entraînement, Alexandra m’a donné des trucs que je vais appliquer !

Trouvé dans les archives de Radio-Canada une vidéo de La Souris verte datant du 23 décembre 1970. La Souris verte refuse de sacrifier la dinde vivante que son ami Fenouil lui rapporte : « Qu’est-ce qu’on va faire avec une dinde aussi vraie que ça ? ! » Délicieuse Louisette Dussault, végane avant l’heure.


JOBLOG

Noël végétalien

J’ai demandé à deux amies cordons-bleus, Josée Robitaille, styliste culinaire et auteure de livres de cuisine, et Marie-Josée Ferron, gourmande et généreuse, des idées de menus pour un Noël végé. Les voici. Pour la bûche, vous vous arrangez.

Chez Josée

Soupe à la courge et noix de coco

ou badjis à la courge

ou soupe aux lentilles et à l’oignon gratinée

Tourte aux champignons, céleri-rave et tofu

Betteraves poêlées au dukkah

Chutney de courgettes ou ketchup aux fruits

Risotto d’orge aux légumes racines

Choux de Bruxelles poêlés

Endives braisées à l’orange

Toutes les recettes (sauf la tourte) sont dans son dernier livre C’est l’hiver.

Chez Marie-Josée

Tourtières Beyond Meat maison, pâté de faux-foie, arancinis au quinoa, feuilletés à la purée de haricots blancs, poireaux et menthe, un Wellington aux champignons, des dumplings farcis… et un gâteau au chocolat ou au citron pour le dessert.

De rien !

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9 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 13 décembre 2019 07 h 23

    Bof!

    Quand on a plus de repère spirituel, on tombe sous le charme d'une idéologie tordue pour remplir une vie aspirée par le vide du néant existentiel. Ça s'appelle de l'idolâtrie. Et l'idole finit toujours pas déshumaniser l'adorateur. C'est la religion du narcissisme.

    • Clément Fontaine - Abonné 13 décembre 2019 16 h 27

      Bien dit de la part d'un Boucher !

  • André Joyal - Inscrit 13 décembre 2019 09 h 17

    La fois que j'ai visité une porcherie...

    ...c'était il y a 12 ans. Les porcs enfermés dans leur cage, pouvant à peine bouger, me regardaient avec des yeux aussi tristes qu'intelligents qui semblaient paraphraser Félix: «Monsieur! Je vous en prie, délivrez-moi de ma torture!» Deux jours plus tard, chez mon IGA, j'ai refusé d'acheter mon paquet de bacon... Et je suis passé devant les filets de proc en les ignorant. Fini leur cuisson au four enrobé de sauce Hoising. Et, je ne mange que des oeufs de poules en liberté. Pour le porc, quand je me balade en Limousin, je ne mange que du «cul noir» que je sais courir en liberté dans leur sous-bois.

    Oui, si j'avais 20 ans je serais végétarien, mais c'était au temps des microsillons 33 tours. Comment abandonner les huitres, le homard des Îles, ma recette de civet lièvre, mon riz frit au poulet, et le repas traditionnel de Noël que les moins de 20 ans ne sauraient connaître? Je réponds : impossible en pensant à ce que m'a dit cet ami du Montana rural ll y a 20 ans. Ce type - qui a attiré sur lui toutes les plaies d'Egypte (chute en cheval, chute en ski, etc) avait le corps démoli et transportait des souffrances chroniques -, m'a dit : «Regarde ces boeufs, ils n'ont pas de prédateurs, ont de la bouffe à satiété, ne souffrent pas, et surtout, ils ne savent pas qu'ils vont mourrir... tandis que nous...» Ce rappelle cette toune de Tex Lecors ,toujours à l'époque de mes 20 ans, qui faisait allusion à ce gars qui regarde passer les outardes en...enviant leur sort. Ben pour dire!

  • Yves Lever - Abonné 13 décembre 2019 10 h 27

    Je ne comprends pas


    pourquoi il y a des «...» à chaque paragraphe, comme si c'étaient des citations. Si oui, leur origine aurait due être mentionnée.

  • Claude Poulin - Abonné 13 décembre 2019 10 h 35

    Un grand texte

    Un grand ce ces grands textes humoristiques qui vaut le prix mon abonnement. Quel talent! Joyeuses Fêtes!

  • Dominique Boucher - Abonné 13 décembre 2019 12 h 01

    Peuvent-ils souffrir?

    «[Mike Ward] a dit à un journaliste du Journal de Montréal qu’au début, il mangeait juste des animaux stupides comme les dindes, les poules et les poissons.»

    Tous les animaux sont un peu stupides.

    Les animaux humains compris.

    Mais, comme lʼa dit justement Alain Finkielkraut, citant Jeremy Bentham : «La question n'est pas: peuvent-ils raisonner, peuvent-ils parler? Mais peuvent-ils souffrir?»

    Jean-Marc Gėlineau, Montréal