Va, vis, deviens

Va pour le maquillage. Va aussi pour la jupe découvrant des mollets d’homme, le chemisier de soie sur une poitrine velue, les cheveux longs et les couleurs vives… Si un jeune homme — en l’occurrence l’élève qui a été renvoyé de l’école Robert-Gravel à cause de son « maquillage artistique » — veut sortir du carcan vestimentaire traditionnel, pourquoi pas ? Il n’y a pas beaucoup d’inspiration à trouver dans un veston-cravate. Aujourd’hui, de plus en plus d’individus, garçons et filles, hommes et femmes, font un pied de nez au conformisme et, surtout, à une identité sexuelle strictement « genrée ». Simple mode ? Véritable combat politique ? Difficile à dire, mais l’ère de Ken et Barbie semble tirer à sa fin.

Il y a un certain soulagement, avouons-le, à ne pas devoir correspondre parfaitement aux stéréotypes sexuels d’usage. On a beau naître femme, ou homme, on ne le devient jamais parfaitement. Seulement, cette transgression des normes va beaucoup plus loin qu’un simple brouillage d’ondes sexuelles à la Hubert Lenoir.

Depuis juin 2017, « l’identité de genre » est protégée au Canada au même titre que le sexe, la race, l’orientation sexuelle ou la religion. Sur votre passeport, et dans de nombreuses institutions, on vous permet désormais de cocher « autre », plutôt que « homme » ou « femme ». Tout citoyen, toute citoyenne, peut décider de se définir sexuellement, en d’autres mots, uniquement à partir de comment il ou elle ou « ielle » se sent intérieurement. Toutes les autres données fournies au gouvernement, ou à Statistique Canada, sont d’ordre scientifique, c’est-à-dire qu’elles sont vérifiables ; celle-ci, l’identité de genre, soudainement ne l’est plus.

Nous baignons dans une véritable révolution de moeurs, mais sans l’avoir vue venir et, surtout, sans en avoir préalablement discuté. Alors que la question d’un « troisième sexe » pose certainement autant de questions morales, sociales et politiques que l’aide médicale à mourir, la loi fédérale est passée, dans ce cas-ci, comme une lettre à la poste. Qui en a entendu parler ? Cette loi, bien sûr, n’est pas sans raison d’être : les transgenres, ceux et celles qui se sentent emprisonnés dans le mauvais corps, et ça existe, ont besoin de protection au même titre que toute autre minorité. Mais à quels coûts ? C’est la question que certains groupes de femmes commencent à se poser.

« Devoir aujourd’hui inclure un homme dans des espaces de femmes, simplement parce qu’il s’identifie comme une femme, est troublant et dangereux », dit la féministe canadienne Meghan Murphy. Au Canada, les personnes trans sont maintenant admises en prison en étant associées à leur identification sexuelle, plutôt qu’à leur sexe biologique, selon les règles du Service correctionnel canadien. Ce n’est pas sans créer un émoi chez les détenues. En Angleterre, une femme transgenre a récemment été condamnée pour avoir agressé sexuellement d’autres prisonnières. On s’attend également à ce que des femmes trans, peu importe leur degré de « transition », soient admises dans les centres d’aide aux victimes de viol. Le Rape Relief and Women Shelter de Vancouver, le plus vieux centre d’aide aux victimes de viol au Canada, s’est fait couper les vivres par la Ville après avoir refusé d’admettre une femme trans. En Colombie-Britannique, une esthéticienne a été poursuivie pour avoir refusé d’épiler les parties génitales d’une transgenre à l’appareil biologique mâle. Qui a raison ici ? Les femmes qui exigent depuis longtemps un espace séparé, une chambre à elles, un refuge par mesure de sécurité ? Ou les personnes trans qui exigent d’être traitées comme toute autre femme ?

Une lutte sans merci est engagée par le lobby trans qui refuse la binarité homme-femme, les vieilles catégories sexuelles, pour favoriser plutôt celui du genre. Celui-ci s’oppose, parfois férocement (je m’attends moi-même à recevoir quelques briques), au lobby féministe qui veut à tout prix conserver la différence homme-femme et trouve insensé qu’on n’ait pas davantage réfléchi avant d’ouvrir la porte bien grande au phénomène trans.

Le problème n’est pas seulement celui de la sécurité de femmes vulnérables. Ou encore, d’injustice. Par exemple, il est de plus en plus question de laisser des athlètes trans compétitionner (en tant que femmes), nonobstant leur énorme avantage hormonal et musculaire. Au moment où le dopage est à nouveau décrié dans le monde du sport, en quoi serait-ce acceptable ? Au-delà de ces préoccupations, il y a celle, plus fondamentale encore, de l’avancement des femmes comme tel. Tous les progrès accomplis depuis 50 ans l’ont été à partir de la reconnaissance des inégalités hommes-femmes. Ces inégalités sont basées sur le sexe, rien d’autre. Nier ou même minimiser cet aspect des choses, c’est nier ce qui a été fait tout comme ce qui reste à accomplir.

Le malentendu, il me semble, a assez duré. Au moment où des menaces pèsent à nouveau sur des femmes parce qu’elles sont des femmes, il est temps de trouver un compromis qui les protège tout en permettant aux personnes trans de vivre en paix.

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57 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 11 décembre 2019 05 h 58

    Quand (monsieur, madame, qui que vous soyez - genre!), de vos «Rimbaud» (ouille!), mes désirs vont «Verlaine» (re-ouille!)

    La «Vie en rose» c'«était» (sic) bien. Mais votre «vie en prose», c'est relou un max.

    JHS Baril

    • Gilles Théberge - Abonné 11 décembre 2019 14 h 01

      Et il n'y a pas d'espace pour signaler un «J'aime»...

      Misère... C'est qe j'aime ce commentare...

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 décembre 2019 06 h 11

    Essentialisation politique du sexe biologique


    Viendra peut-être un jour où il deviendra aussi problématique de désigner les gens selon leur profil sexuel biologique que selon leur couleur de peau, leur origine ethnique, leur religion... Encore que, justement, ce n'est pas du tout gagné même pour ces questions. De sorte que de la même manière que « les noirs » ont dû et doivent encore mener le combat pour leur pleine reconnaissance à titre de persones à partir de cette différence qui a servi à les minorer, « les femmes » ont dû et doivent encore mener le leur à partir de la « condition » dans laquelle elles ont cadrées historiquement.

    On ne devient pas femme, on le devient, disait Simone. Par une curieuse inversion, cette essentialisation opérée à partir des traits biologiques à des fins politiques, il se trouve des gens pour la revendiquer comme si elle était leur bien le plus précieux. On devient femme et on veut le rester, pourrait-on dire, pourvu que cette essentialisation puisse être tournée à son avantage. Il y a quelque chose de pathétique à voir bien des « vraies » femmes se poster devant les portes de leur propre prison pour empêcher les Gabrielle Bouchard d'y entrer. Comme il s'en trouvera bien quelques unes pour venir protester par ici de tous leurs chromosomes en enjoignant aux hommes de se faire taire les gonades.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 11 décembre 2019 07 h 09

      Je n'exclus pas que Gabrielle Bouchard puisse souffrir ou avoir souffert. Mais pour ne parler que de cela, Gabrielle Bouchard a eu la «chance» d'avoir une constitution d'homme pendant une période cruciale de sa vie, si bien que sa masse musculaire est différente et probablement que sa crainte d'être attaquée, lorsqu'elle va dans son auto, la nuit, dans une ville comme Saint-Jérôme, est moins grande et spontanée que bien des femmes, du moins sa peur en tant que «femme». Bien sûr je comprends que sa peur en tant que « trans » existe, mais je ne crois pas que c'est la même crainte d'être agressée sexuellement.

      Le problème pointé par Pelletier, c'est, pour ne pas parler de la prison, que les femmes trans veulent compétitionner avec les femmes et non contre d'autres hommes dans les sports. Si c'est si fluide, qu'est-ce qu'elles font là? La compétition contre des femmes sert de théâtre pour les valider, mais détruit le sport, il n'y a aucune chance pour les femmes biologiques.

      Le problème c'est que des (je ne dis pas « les », mais « des ») trans demandent que l'on parle des autres comme des « cis- »; il y aurait donc des femmes « trans » et « cis » et plus de « femmes tout court », c'est cette redéfinition qui pose problème, qui témoigne d'une violence symbolique assez terrible merci. Une poignée militante l'impose.

      À titre d'exemple, il n'est pas nécessaire de connaitre l'inconfort des menstruations pour être une « femme ». La distinction de genre ou de sexe a son importance. Non pour discriminer comme par le passé, mais parce que des différences assez fondamentales commandent dans une certaine mesure une protection et une ségrégation.

      Par le passé, les féministes se sont battues pour être maitres des modalités de l'encadrement de la différence et non pour être soumise au patriarcat, qu'on pense à Camille Paglia qui en a fait son cheval de bataille, mais l'idée d'invalider les contraintes biologiques était absurde.

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 décembre 2019 09 h 36

      Je vous invite, monsieur RMD, à réfléchir sur ce que Beauvoir voulait dire par "on ne naît pas femme, on le devient". Je doute que ce fut une invitation au changement de sexe... Je vous donne un indice: le regard posé comme instrument de la définition de soi. SVP n'instrumentalisez point notre Simone.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 11 décembre 2019 10 h 51

      "On ne devient pas femme, on le devient, disait Simone." - RMD

      Et moi qui a toujours cru que "Simone" avait écrit: "On ne NAÎT pas femme, on le devient."

      Vu la notoriété de Monsieur Desjardins, j'ai probablement dû mal lire mes classiques. À moins bien sûr que lui et moi ne parlions pas de la même Simone. Ce doit être ça.

      Pour le reste, je ne peux que constater - et déplorer - comme Madame Pelletier que, grâce à des personnes "trans" comme Gabrielle Bouchard qui forcent leur entrée dans l'espace jusqu'ici réservé aux femmes pour parler et agir en leur nom, ces dernières en sortent comme toujours les éternelles perdantes.

      On croyait pourtant le machisme éteint. C'était sans compter que les mâles - du moins ceux qui l'ont déjà été dans une autre vie - ont trouvé une nouvelle façon d'avoir le dessus sur elles.

      P.S.: Si la Simone à laquelle je pense savait dans quel jus est maintenant servie sa célèbre citation, elle se retournerait dans sa tombe...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 décembre 2019 11 h 23

      Madame Paulette, Simone n'est la Simone de personne et il n'est pas nécessaire de «l'instrumentaliser» pour exprimer votre seule aversion à mon endroit. Si elle vous intéresse autrement, je vous donne un indice : elle se réclame ouvertement de la philosophie existentialiste pour qui l'idée même d'une « définition » est un contresens. Il est fort douteux qu'elle souscrirait à l'idée que les traits biologiques soient l'indice d'une quelconque « nature » dont on prétendrait (à tort) s'écarter en « changeant de sexe ».

    • Jeannine I. Delorme - Abonnée 11 décembre 2019 11 h 55

      La chère Simone ! Cette femme n'a jamais voulu reconnaître son sexe. Prenez, par exemple, son aventure avec son Américain. J'ai lu toutes les lettres qu'elle lui écrivaient (une brique ) dans lesquelles elle lui déclarait son amour tel un personnage de roman Arlequin. La chère Simone lui promettait de tout faire pour lui. Cuisine, lavage, ménage, petits soins et j'en passe. Le professeur de philo transformé en midinette, femme de ménage et esclave. Ahurissant ! Alors quand on se référe à De Beauvoir pour parler de genre et de féminisme, ouf ! Je décroche. On nait femme et on reste femme. Une mince partie d'entre elles éprouvent des problèmes. Elles ne se sentent pas bien dans leur état féminin, je comprends leur besoin de se masculiniser mais pas aux dépends des autres femmes, en utilisant quelques muscles masculins bien conservés.

    • Dominique Boucher - Abonné 11 décembre 2019 11 h 58

      Je cite cet extrait tiré du « Devoir de philo » de Marie-Anne Casselot du 22 décembre 2018 : « [...Simone de] Beauvoir soutient [...] que les conditions immanentes de l’existence féminine, soit les cycles reproducteurs du corps féminin et le travail ménager, maintiennent la femme dans la passivité. »

      Il me semble que placer ainsi les cycles reproducteurs et le travail ménager dans une même phrase annonce une certaine confusion (des domaines anatomique/biologique/socialement acquis) dans la pensée de celle qui nʼavait pas la maternité en haute estime (et —anecdotique sans doute pour cette discussion, mais peut-être éclairant — pratiquait des « avortements mensuels* » sur elle-même avec lʼaide de sa sœur comme mode de contraception). Le ver du « On ne naît pas femme, on le devient... » (qui est évidemment EN PARTIE vrai) était peut-être déjà dans la pomme-féminisme, cause de certaines dérives actuelles des « theories » (idéologies) du genre, si lʼon peut dire...

      * Dixit Chantal Maillé, de l'Institut Simone de Beauvoir de l'Université Concordia sur le site de lʼémission « Plus on est de fous, plus on lit! » (https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/entrevue/6516/vie-sexuelle-simone-de-beauvoir)

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Marc Therrien - Abonné 11 décembre 2019 12 h 09

      Madame Paulette,

      Mais en concomitance avec le pour-autrui, il y a le pour-soi. Et pour dire en d’autres mots que l’existence précède l’essence et que le sujet de son existence se définit par ses choix et ses actes dans le monde du pour-soi, «La» Simone pourrait nous répéter que «si l'œuvre de Dieu est tout entière bonne, c'est qu'elle est tout entière utile au salut de l'homme ; elle n'est donc pas en soi une fin, mais un moyen qui tire sa justification de l'usage que nous en faisons.»

      Marc Therrien

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 décembre 2019 12 h 43

      Je suis assez vieille pour avoir lu les existentialistes et les avoir compris suffisament pour croire que l'apparence n'a pas grand chose à voir avec l'être. Étant une femme, je crois avoir compris que ce que "notre" (et ce notre ne vous exclu nullement) Simone a voulu démontrer c'est que la plupart des femmes sont instrumentalisées dès leur enfance à servir, ce qui n'est probablement pas le cas des hommes trans. Il leur manque donc l'expérience féministe. Sur ce monsieur Richard Maltais Desjardins, je vous souhaite de joyeuses fêtes!

    • Jean Duchesneau - Abonné 11 décembre 2019 13 h 21

      Si la citation était: "On ne naît pas homme, on le devient", personne ou presque n'y verrait d'ambiguïté. Pourtant, il 'y a-t-il pas une symétrie de sens entre ces deux assertions bien que chaque sexe soit confronté à des problématiques différentes. Àcet effet, Simone de Beauvoir contestait l'idée qu'une femme ne pouvait se réaliser comme femme quà travers la maternité, alors qu'on ne pose même pas la question en ce qui a trait à la paternité.

      La symétrie de sens vient plutôt du processus de maturation que Jung a décrit comme processus d'individuation.

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 décembre 2019 14 h 06

      Madame Delorme, vous confondez la chercheuse et philosophe avec la femme qui a subi ce qu'elle dénonce, ce qui la rend encore plus humaine et confirme sa thèse...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 décembre 2019 14 h 19

      Merci, monsieur Morin. C'était une coquille. Je note que pour vous, il y a encore des espaces réservés aux femmes. Je note aussi qu'on a une bien plus grande suspicion à l'endroit d'une personne comme Gabrielle Bouchard qu'envers bien de ces hommes roses qui s'y invitent...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 décembre 2019 14 h 29

      Merci de vos bons voeux, madame Paulette. Je vous les rends volontiers. Ceci dit, moi, les existentialistes, je suis peut-être devenu assez vieux pour ne plus très bien les comprendre, mais il me semble que si pour eux, en effet « l'apparence n'a pas grand chose à voir avec l'être », cela ne veut pourtant pas dire, surtout pas, qu'il y aurait un être plus réel, stable, une essence de l'homme ou de la femme ou autres qui serviraient de référence. Dans ce sens, je pense que le fait de se dire femme n'a pas beaucoup de sens pour Gabrielle Bouchard... ni pour quiconque et qu'on naisse avec des ovaires ou des testicules ou les deux, on ne nait pas homme ou femme, cela n'est pas si déterminant quant à ce que nous devenons, sauf évidemment en raison de la propension toute spontanée à lier des déterminants biologiques (et merci Françoise Labelle pour son commentaire intéressant à ce sujet) à une « définition » de soi féminine ou pas.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 11 décembre 2019 15 h 26

      "Je note que pour vous, il y a encore des espaces réservés aux femmes." - RMD

      Que voulez-vous, Monsieur Desjardins? Nous sommes à l'époque des "safe spaces" qui se multiplient. Je ne fais que respirer l'air du temps et constater ce qui pousse autour de moi, comme bien des gens confrontés à leur quotidien.

      Il est quand même curieux que pendant que la société post-nationale crée des "safe spaces" pour les uns, elle enlève ceux qu'avaient déjà les autres. Comme quoi la discrimination ne disparaît pas: elle ne fait que changer de visage. Pour paraphraser John Lennon, vouloir éliminer la discrimination c'est comme essayer de creuser un trou dans la mer.

      Je ne sais pas vraiment si le degré de suspicion envers les personnes "trans" est plus grand qu'envers ceux qui se plaisent à se définir comme des "hommes roses". Pourtant ces deux espèces envahissent un espace qui, au départ, n'était pas vu comme le leur. Serait-ce, pour des mâles ayant abdiqué leur masculinité, de faire à nouveau valoir leur ascendant sur les femmes par un moyen détourné? La question mérite certainement d'être posée, pour le domaine du sport comme pour le reste.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 décembre 2019 19 h 23

      Monsieur Gil,
      Les femmes trans sont beaucoup plus à risque de se faire tabasser et agresser que les femmes cis. On ne choisit pas d'être trans.

  • Françoise Labelle - Abonnée 11 décembre 2019 06 h 40

    La loi normale, dura lex sed lex

    En biologie, la distribution normale règne. Il n'y a pas deux tailles, deux poids, deux couleurs, etc. mais une variation continue distribuée selon la courbe normale en forme de cloche. Les caractéristiques sexuelles sont continues à moins de décréter arbitrairement des catégories binaires rassurantes : les grands et les petits, les grandes femmes ayant un avantage sur les petites.

    Le sexe résulte de variations chromosomiques (5 variantes), génétiques (8 possibilités selon qu'un gène est présent ou non) et hormonaux (3 possibilités). À cette combinaison de facteurs, s'ajoute la variabilité de leur manifestation pendant la croissance. Le tableau suivant (j'ai cherché l'équivalent en français) résume cette variabilité. Extrait de «Beyond XX and XY», Scientific American, sept 2017.
    https://www.scientificamerican.com/index.cfm/_api/render/file/?method=inline&fileID=BBD9B9CE-ADE8-4A2C-85616E1B7BEE8EA4

    Fausto-Sterling a bien résumé la problématique à partir des cas d'intersexualité physique. Les Klinefelter, par exemple, ont des combinaisons de chromosomes XXY, XXXY, etc. Dans ce cas, choisit-on XX ou XY? Dans les années 50-60, le médecin décidait ce qui était le plus simple, ce qui a aboutit à des résultats désastreux. On a voulu faire d'un garçon une fille après un accident lors de la circoncision. Élévé en fille avec traitement hormonal, le garçon s'est rebiffé à l'âge adulte. Ce qui montre les limites de la «genrification». Dans les cas d'intersexualié, les médecins tiennent compte de ce que ressent le sujet, comme dans les cas de transexualité, certain(e)s refusant une chirurgie, demeurent avec des attributs sexuels ambigus.
    Il y a des femmes très peu féminines et l'inverse, des hommes avec des seins (gynécomastie), etc. Évidemment, lorsqu'on parle de sexe, toutes les dérives sont permises.

  • Pierre Boucher - Inscrit 11 décembre 2019 07 h 20

    Porsche

    C'est drôle combien dire la vérité suscite des propos haineux. Et on veut la transparence.
    On aura beau coller des étiquettes et des plaquettes Porsche sur une Ford et dire que c'est une Porshe, ça restera une Ford.
    Le mur s'en vient.

    • Alain Pérusse - Abonné 11 décembre 2019 16 h 31

      Nuance: "Votre" vérité.

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 11 décembre 2019 07 h 26

    Jordan Peterson

    Pendant la lutte contre C-16 (la loi dont vous avez parlé), le Devoir a parlé de Jordan Peterson en termes péjoratifs, sans compter la SRC qui était carrément dans le libelle en l'associant à l'extrême-droite. Puis il y a une l'affaire Lindsay Shepherd, que le Devoir a très peu couverte.

    Des affaires importantes, canadiennes, avec un écho mondial, qu'on a négligé ici, pendant que l'on traite l'international avec Brousseau et l'AFP.

    Vous venez donc d'allumer? Je dirais mieux vaut tard que jamais, mais avec ce texte vous allez vous rapprocher des vos ennemis idéologiques, parce que le problème, ça n'est pas les trans. Le problème c'est que des trans radicaux, voir des militants non binaires veulent imposer, à partir de leurs lubies, des changements à toute la société afin de se sentir plus à l'aise. Tout un programme, consolidé par les tribunaux des droits de la personne, se retrouve implanté alors qu'il est incohérent avec ce que plus de 95% de la société vit. Le problème n'est pas la marginalité, mais la division qu'opère cette marginalité en voulant créer, d'une manière autoritaire, une nouvelle norme. En lieu du changement progressif des mentalités, et des innovations culturelles, on se sert du juridique et de l'arsenal militant pour discréditer les opposants.

    C'est contre cela que Peterson s'est dressé. On se demande où est le public pour les médias, mais les gens qui connaissent le personnage depuis longtemps ont de l'avance et voient les médias traditionnels s'enfoncer dans des visions étroites de jour en jour, pendant que sur YouTube, pour peu qu'on sache chercher, du contenu précis et nuancé est disponible gratuitement.

    Vous auriez pu faire 25 chroniques pour suivre ce qui arrivait à Jordan Peterson (succès mondial dont vous pourriez profiter et qui malgré tout permet de consolider certaines de vos thèses féministes) au lieu de chercher à nous culpabiliser pendant des années.

    Mais bon, je serai de votre bord cette fois-ci.

    • David Cormier - Abonné 11 décembre 2019 10 h 18

      Vous croyez réellement que Mme Pelletier parlera de Jordan Peterson? Dans le fond d'elle-même, elle est probablement d'accord avec une partie de ses propos, mais dans la réalité, elle est paralysée par sa vision manichéenne qui la fait voir Peterson comme un méchant homme blanc hétérosexuel d'« extrème droite ».

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 11 décembre 2019 12 h 47

      Je vous suis Monsieur Cormier, mais je crois plutôt que ça sera une version polie du «boy's club». Je ne m'attends pas à ce que Madame Pelletier ne nous parle de Peterson, sinon que pour le descendre. Je pense qu'elle va déchanter assez vite de ce dossier-ci, prétextant qu'il y a plus urgent et des injustices plus criantes.

      Elle ne peut que perdre à affronter la meute trans-radicale (incroyablement minoritaire, mais bruyante), toutefois FP est experte à faire parler d'elle.

      Par contre, je trouve très intéressant ce retour à la biologie. On a un vrai cas qui permet de voir ce qu'est une femme VS un homme, et l'on nous fait croire que c'est une construction, pendant que de l'autre côté, l'identité religieuse serait ontologique (le postulat à partir duquel on prétend que l'on brime les droits fondamentaux des profs qui voudraient enseigner avec un signe religieux)...

      La gauche identitaire va finir par se dévorer. Et j'étais quand même d'accord avec elle pour une fois, mais voici sa prudence à l'égard de Gabrielle Bouchard (dans une autre chronique) : « . Cela dit, je sais pertinemment que cette décision a causé bien des malaises, et sans doute en cause encore. Il faudrait pouvoir discuter de ces appréhensions sans être taxé d’homophobe ou de réactionnaire.Il faudrait pouvoir discuter de ces appréhensions sans être traité d’homophobe ou de réactionnaire. »

      Pourtant, c'est ce que Pelletier nous fait subir constamment : nous critiquer pour notre côté réac...

      Je sens que l'on va bien s'amuser.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 décembre 2019 15 h 07

      « on nous fait croire que c'est une construction, pendant que de l'autre côté, l'identité religieuse serait ontologique (le postulat à partir duquel on prétend que l'on brime les droits fondamentaux des profs qui voudraient enseigner avec un signe religieux)... »

      Je suis bien content que vous souleviez cette diffiiculté. Dire que le féminin est une construction, ce n'est pas dire qu'il n'est que l'idée que chacun s'en fait. En existentialisme, si la liberté est première, elle est toujours néanmoins située. Chacun nait dans un réseau de situations dont le corps qui lui échoit participe. Dans les pires cas, la mauvaise foi se convainc que ce sont ces facteurs qui nous font. Certains de façon plus déterminante. Je ne sais pas trop. J'aurais tendance à penser que notre génétique pèse moins sur notre destinée que celle des petits pois, pour reprendre leur exemple, bien que je reconnaisse volontiers que les quesitons liées au sexe et au genre seront pour chaucun placées au coeur de son projet. Dans le même sens, je ne crois pas en une identité religieuse ontologique... mais je crois qu'avec le sexe et le genre, l'enjeu religieux est au coeur du projet de chacun. Je ne pense pas non plus qu'elle ait une persistance qui reposerait sur une origine ontologique, que ce soit en nous ou dans une transcendance. Je n'ai rien contre le fait qu'une personne se présente en classe habillée en femme et en musulmane parce que pour elle ces deux choses sont éprouvées comme essentielles. Je ne vois pas pour quel motif je devrais brimer l'une ou l'autre. Ni en favoriser une. Nous pourrons ne pas être d'accord, mais ma position ne serait contradictoire que si je posais l'alternative dans les termes où vous la présentez.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 11 décembre 2019 17 h 32

      Votre position Monsieur RMD n'est pas contradictoire. Vous êtes constant, vous ne vous opposeriez pas plus à un prof anar et qui l'affiche qu'à un juif hassidique.

      Mais dans le monde, « la vraie vie », la société n'accepte pas de vivre pour l'instant d'après vos règles ou vos souhaits. Je comprends qu'on pourrait avoir des individus d'une grande probité qui seraient devant une classe et qui ne se cacheraient pas quant aux signes évidents qui témoignent d'une dimension essentielle de leur identité. Dans un cas un radical laïque et dans un autre cas, un intégriste religieux. Les deux ne font pas de prosélytisme actif. Les choses se passent à peu près bien, mais que se passe-t-il quand un autre individu, de la meute, débarque avec son propre symbole?

      Quelque chose me dit que la m... pogne. Pourtant notre, enseignant de la meute, il peut avoir de la probité et du professionnalisme pareil, non? Il me semble normal d'exiger, pour la paix, que tout le monde «affiche» plutôt une réserve, afin de ne pas demander à une autorité de s'immiscer dans les comportements et de policer ceux qui sont permis de ceux qui ne le sont pas, d'une manière ad hoc.

      C'est l'arbitraire, au cas par cas, qui est problématique. C'est pour ça que j'insiste toujours avec les mêmes exemples : tout le monde prend pour acquis que «la meute» ou «maga», c'est pas bien, donc ceux en faveur des signes religieux disent qu'ils ne sont pas contre les signes politiques, dans la mesure où personne n'est nazi? Mais que faisons-nous quand un «méchant» apparait?

      Pour ne pas avoir à dire, ce signe-là «oui», ce signe-ci, «non», on dit «non» à tous les signes. C'est pourquoi je dis que la liberté supposée de tout afficher mène à la tyrannie, parce que les interdictions jugeraient désormais des contenus et non plus des formes, on serait dans le contrôle de la pensée en appliquant un consensus conformiste, pour s'éviter des problèmes.

      C'est ce qu'on nous impose d'ailleurs avec C-16...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 décembre 2019 23 h 01

      C'est toujours un plaisir d'échanger avec vous, monsieur Gill. En passant, j'ai enfin commencé à lire le mémoire de monsieur Côté. Sur un fil où ce sera plus pertinent, j'y reviendrai.

      La mesure de la probité professionnelle ne tient pas à la nature des croyances mais à la latitude qu'on se donne de les exprimer. On peut très bien imaginer le cas d'un catholique pratiquant par ailleurs très tolérant à l'endroit des autres religions ou absences de religion mais qui aurait néanmoins un comportement incompatible avec la préservation de la neutralité de son enseignement. C'est peut-être moins probable que s'il s'agit d'une personne qui adhère à une religion dite fondamentaliste, mais accordons les deux. Dans les deux cas, le traitement sera ad hoc, mais la règle en cause ne l'est pas. Je propose l'analogie suivante en vous paraphrasant. On ne devrait pas avoir à demander à une autorité de s'immiscer dans les comportements d'un chirurgien et de décider des usages prudents du bistouri. Mais on ne règle pas le problème en l'interdisant pour tout le monde. A cela on pourrait dire qu'un chirurgien sans bistouri... La réponse, c'est qu'il en va de même pour un professeur qui entre dans une salle de classe où les croyances sont en cause comme le ventre du patient. L'usage approprié des convictions n'est peut-être pas plus là de les ranger dans un étui parce qu'elles sont trop coupantes. J'ai eu très jeunes des enseignants très ouvertement souverainistes ou croyants ou l'inverse. Leur engagement personnel n'aura contribué qu'aiguiser ma curiosité et mon sens critique, soit parce que je les admirais ou au contraire... Même ceux qui cherchaient à m'endoctriner (il y en a dans la vraie vie et l'école en fait partie).