L’économie urbaine et les potagers urbains

Les Québécois sont friands de produits alimentaires locaux. Et une PME montréalaise travaille à les rendre plus accessibles, notamment pour des clientèles défavorisées qui en auraient bien besoin, et elle a l’intention d’étendre son rayonnement au-delà de la métropole.

Au départ, on se doutait bien de l’appétit des consommateurs pour les produits frais : mais le phénomène vient d’être une nouvelle fois confirmé par une étude dévoilée la semaine dernière lors de « l’Événement Marketing » du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ).

Intitulé Le virage vert, le rapport a été préparé par l’agence Braque et la firme Nielsen. Il met en évidence trois tendances qu’on retrouve chez les consommateurs québécois quand il est question de leur alimentation.

D’abord, près de la moitié d‘entre eux souhaitent vivement une réduction des emballages — ou à tout le moins que ceux-ci soient réutilisables ou recyclables.

Ils sont également presque aussi nombreux à rechercher des produits biologiques, bien qu’ici, plus qu’ailleurs au pays, les prix plus élevés puissent les refroidir. Quand même, la tendance demeure forte : 30 % de toutes les fermes dites « biologiques » au pays sont situées au Québec.

Enfin, c’est encore l’attrait pour les produits locaux qui rallie la plus forte proportion de clients potentiels, à 47 %. Des chaînes de supermarchés l’ont compris, surtout quand les marchands indépendants, affiliés, disposent d’une marge de manoeuvre qui leur permet de mettre en place des présentoirs mettant en valeur les produits du terroir.

C’est parfait pour les villes de taille moyenne, mais plus difficile pour les grandes, où on déplore trop souvent la présence de ces « déserts alimentaires », en fait des zones abandonnées par les grandes surfaces, qui n’y trouvent pas leur compte, surtout dans des quartiers défavorisés.

Leurs habitants sont alors frappés deux fois. Ils n’ont pas accès à de grands commerces de proximité qui pourraient offrir une diversité d’aliments frais et ils doivent alors se rabattre sur les dépanneurs, quand il y en a, dont les produits vont coûter plus cher.

Les familles sont alors bien moins nourries. Et les enfants risquent notamment d’en souffrir.

Une économie en santé, c’est aussi une population en santé.

Et si on transformait les espaces urbains vacants en potagers ? Au-delà des jardins communautaires, souvent situés dans des quartiers habités par des familles aux revenus tout au moins moyens ?

C’est l’un des intérêts de la PME Micro Habitat, qui reçoit en ce moment des propositions pour ses potagers urbains.

Micro Habitat a été fondée en 2016 avec l’objectif de mettre en valeur des espaces inutilisés et de les aménager pour l’agriculture. Elle a aujourd’hui à son actif une trentaine de jardins associés à des écoles, à des centres hospitaliers et même à des entreprises, comme celui qu’on retrouve au 11e étage de l’édifice Sun Life ou celui situé à côté du Centre Eaton… dont la production est entièrement acheminée vers des banques alimentaires.

« Pour les gestionnaires, c’est à la fois une question d’engagement communautaire et une initiative pour réduire les îlots de chaleur en ville », explique Orlane Panet, cofondatrice et directrice générale de Micro Habitat et lauréate récente du Grand Prix de l’entrepreneurship EY, catégorie jeune entrepreneur(e).

Micro Habitat n’est pas un OSBL, mais bien une PME qui propose une solution clé en main. Elle trouve les endroits propices, les aménage, les gère, et s’assure de remettre aux parties prenantes les fruits — et surtout les légumes — de ce travail. Mais ce sont surtout les écoles qui retiennent actuellement son attention.

Ses potagers sont déjà présents près de certains établissements aisés, comme la Villa Sainte-Marceline ou le collège Jean Eudes, qui y croient tellement que la familiarisation avec l’agriculture urbaine et la gestion desdits potagers sont incluses dans le cursus scolaire. Dans un sens, et sans jeu de mots, c’est déjà dans leur culture.

Mais tous les citoyens n’ont pas la même chance. Dans les milieux défavorisés, l’accès aux produits frais et locaux est souvent problématique. De là l’initiative de Micro Habitat, qui vient de lancer un appel de candidatures aux écoles qui pourraient accueillir un potager. Dans ce cas-ci, la PME peut notamment compter sur l’appui de Fondaction, de la CSN, qui aide à couvrir les frais.

L’école Champlain profite déjà de ses services, sans frais. Située tout près du pont Jacques-Cartier, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, elle dessert en bonne partie des familles à faibles revenus.

L’installation du potager par Micro Habitat va au-delà des seules plantations et récoltes : on offre aux élèves du primaire, ainsi qu’à leurs familles, de véritables programmes pour les initier à l’agriculture et à une saine alimentation. Au bout du compte, les denrées sont justement remises aux familles qui participent à cette initiative. Avec une devise : « Cultivons pour donner un sens à l’avenir ».

L’école Champlain a été la première, mais elle ne sera bientôt plus la seule école à participer à ce programme.

En octobre, Micro Habitat a lancé un appel de projets pour étendre son action à une vingtaine d’écoles en milieux défavorisés. Les établissements intéressés doivent démontrer leur intérêt pour l’agriculture verte et recueillir l’adhésion des parents autant que des dirigeants et des professeurs. Les candidatures seront acceptées jusqu’au 6 janvier. Il faut les envoyer à l’adresse suivante : www.fondaction.com/cause-sociale.

Pour l’instant, ce programme qui touche les écoles en milieux défavorisés se limite à la région de Montréal, mais on vise à l’étendre plus loin, là où le besoin pourrait se faire sentir. Et tant mieux si les enfants auront ainsi plus de chances d’avoir accès à des produits frais qu’ils contribueront eux-mêmes à faire pousser…

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5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 6 décembre 2019 01 h 23

    Précision

    « Située tout près du pont Jacques-Cartier, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve»

    Cette école est en fait dans le quartier Centre-Sud, pas dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, bien plus à l'est.

    • Gabriel Rompré - Abonné 6 décembre 2019 11 h 37

      Merci Mario! Moi aussi ça me faisait saigner des yeux!

  • Raynald Blais - Abonné 6 décembre 2019 10 h 07

    SLOGAN

    « Une économie en santé, c’est aussi une population en santé. » (René Vézina)

    Le slogan est accrocheur. D’un côté, il tente de convaincre la minorité qui accapare 75% des fruits de l’économie que sa richesse dépend de la santé de la majorité. De l’autre, il tente de convaincre la majorité besogneuse que sa santé est dans l’intérêt de la minorité richissime. Ça me fait penser au film "La liste de Schindler", lorsque les employés juifs d’usines prétendent que les Allemands ne peuvent se débarrasser d'eux parce qu'ils leur sont utiles comme travailleurs.

    • Gabriel Rompré - Abonné 6 décembre 2019 11 h 40

      Je m'attendais pas au point Godwin dans un article sur les potagers communautaires.

    • Raynald Blais - Abonné 6 décembre 2019 13 h 16

      M. Rompré,
      oubliez svp la dernière phrase qui remémore un fabuleux film
      et remplacez-la par la première version de mon commentaire:

      Et c’est dans cet environnement spéculatif que la PME Micro Habitat espère prospérer et améliorer la santé publique.